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11 janvier 2020

Dans les montagnes du Tibet

panthère  

                             Sur que ni l'auteur ni le livre n'ont besoin de moi.  Il n'avait pas besoin non plus du Prix Renaudot, non qu'il ne le mérite pas. Mais objectivement voilà un auteur invité, presque omniprésent, fêté, suivi, adulé. Je ne l'avais jamais lu, ne goûtant guère ses interventions télé et le prenant aussi pour un cabotin, ce qu'il est d'ailleurs. On me l'a offert. Et Sylvain Tesson a écrit là un livre formidable. La panthère des neiges dont il est juste de considérer le photographe Vincent Munier presque comme coauteur est une vraie et belle création littéraire. Le mythique félin n'y fait pourtant que quelques rares apparitions mais l'attente du plaisir, et Tessson y fait souvent allusion, est l'essentiel. La quête, rien que la quête...ou presque.

                           Mais La panthère des neiges, cette Moby Dick version himalayenne, est surtout un hymne, pas un manifeste écolo, hymne à la nature, à la vie, à l'homme aussi. Je  n'irai pas jusqu'à dire à la foi en l'homme. Tesson reste à  mon avis sceptique, sauf sur son art. Mais encore une fois, ma surprise m'a surpris. Ce bougre de baroudeur a une fameuse plume tant pour décrire les orbes d'un rapace que le chant des loups en partance pour les crimes nocturnes. Des ânes sauvages, des charognards et les yacks, si chevelus et si emblêmatiques. Et, puisque le vie grouille en dépit du bon sens et des 35 degrès en négatif, quelques hommes aussi, et des enfants de dix ans menant les lourds herbivores. Le monde est fascinant et Tesson, parfois bavard et souvent fonceur, apprend le silence et la patience.

                          Elle, l'once impératrice de ces blanches altitudes, de ces rocailles glacées, chevalière à la longue absence, qui se confond, minérale, entre pierre et nuage, nous toise de sa morgue splendide, de son mépris souverain. Combien de temps encore? Un vrai grand livre que traversent quelques préceptes orientalistes qui ne sont pas mes passages favoris.

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                            J'ai aimé également l'adaptation en BD par Virgile Dureuil du beau récit de neige et de vodka, de longues marches et de bois coupé, de pêche et d'hommes rudes, Dans les forêts de Sibérie. Introspection, profonde peut-être sur les rives du lac Baïkal, profond sûrement. 

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3 avril 2020

Brûler les planches

Bal des ombres

                              J'ai lu presque tout Joseph O'Connor, nouvelles ou romans. Plusieurs ont été chroniqués ici. Et je n'ai pas été déçu cette fois encore. Comme dans Muse l'auteur irlandais mêle une relation de fiction à la vie de trois célébrités, Bram Stoker, immortel auteur de Dracula et deux gloires britanniques du théâtre de la fin du XIXème siècle, Henry Irving et Ellen Terry, souvent comparée à Sarah Bernhardt. O'Connor est expert en grand romanesque et s'y entend pour les retours sur le passé, mais aussi la forme épistolaire et le journal pour nous entraîner dans l'inimité de ce trio qui brûle les planches de ces scènes londoniennes puis du monde entier. Où rôdent Dorian Gray, ce qui reste acceptable, mais aussi Jack l'Etrangleur, ce qui l'est moins.

                              Si Henry Irving et Ellen Terry connaissent une renommée internationale, Bram Stoker, lui, restera dans l'ombre toute sa vie. Ce n'est que plus tard notamment grace au cinéma qu'il triomphera bien que, comme souvent, sa créature soit devenue plus célèbre que lui-même. Tous trois se rencontrent au Lyceum Theater dont Stoker deviendra le régisseur. Comme toujours, de sa plume chatoyante et souvent enjouée, O'Connor excelle à nous faire vivre dans l'air du temps. En l'occurrence cette Angleterre victorienne si propice aux intrigues en coulisses et aux triomphes scéniques.

                              La genèse très laborieuse de Dracula parsème le récit régulièrement au gré des hauts et des bas de Bram Stoker, souvent rudoyé, voire humilié par le cabotin shakespearien génial Henry Irving. L'amitié survit malgré tout et Ellen Terry de toute sa grace illumine volontiers le trio. On sourit souvent à la truculence du récit qui court sur les trois carrières des protagonistes. George Bernard Shaw, par exemple, en prend pour son grade, jalousie des théâtreux. Joseph O'Connor est aussi à l'aise que lorsqu'il explore la poésie dans Muse,  le monde du rock dans Maintenant ou jamais, l'immigration dans L'Etoile des Mers. Mais tous ses livres sont formidables même si mon irlandophilie frise le déraisonnable.

                            Irving, parlant de Stoker: C'est un petit gratte-papier irlandais, Ellen. Il ne sera jamais rien d'autre. Ces prétentions à produire de la soi-disant littérature, c'est la malédiction des gens de son pays, je n'en ai jamais rencontré un seul qui ne se prenne pour un fichu poète, comme tous les autres sauvages à la surface de cette terre.

                            Dialogue Irving-Stoker: Et quel est donc le thème de ta dernière efflorescence artistique? - C'est une histoire de vampire. - Que Dieu nous garde. - En quoi cela pose-t-il des difficultés. - Les vampires ont été usés jusqu'au sang, si je puis dire - Il ya là ce que j'espère être un rôle majeur pour un acteur. Accepterais-tu de le lire? - Tu imagines Sir Henry Irving jouant un croquemitaine dans un spectacle de grand-guignol? Je ne crois pas, mon chéri.

23 octobre 2019

Les tenaces

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                                   L'auteur semble creuser un sillon duel car outre cette biographie croisée du politique et du peintre il a écrit un De Gaulle-Malraux et un Chateaubriand-Bonaparte. Et les deux vieillards de cette photo assez connue, on a beau dire, valent la peine. C'est le moins que l'on puisse dire. On sait la longue amitié et le profond respect mutuels de ces deux hommes d'exception. Comme ils semblent vénérables et couverts d'honneurs sur cette image. Ils l'ont été, mais pas de tout temps. Quasiment du même âge ces deux volcans devenus icôniques ont affronté de tout temps bien des oppositions, souvent féroces, et bien des obscurantismes.

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                                  Monet s'est fort peu engagé en politique. Clemenceau davantage dans la défense du génie de son ami. Et vers la fin de leur vie la série Les nymphéas fera l'objet de toute une aventure et il faudra sept ans pour que les deux hommes parviennent à offrir comme un bouquet de fleurs à la France meurtrie de l'après-guerre cet ensemble impressionnant de l'Orangerie. Mais Alexandre Duval-Stalla, s'il commence son récit par cet épisode, presque un épilogue de la vie bien remplie de ces deux géants, revient ensuite sur le médecin Clemenceau et le caricaturiste Monet, leurs débuts d'adultes. Et c'est déjà la guerre, celle de 1870. Puis sur le tribun tombeur de ministères et l"aliéné" honni des salons tellement officiels. Puis sur le dreyfusard et le jardinier de Giverny qui, chacun à leur manière et souvent envers et contre tous, allaient rayonner et irradier le pays.

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                                  J'ai beaucoup aimé ce voyage parallèle. Qu'il ne faut pas prendre pour une franchouillarde bénédiction du génie français, mais pour une ode au cran, à la ténacité, au courage. Il se trouve que ces deux là étaient français. J'ai aussi voulu illustrer par deux portraits des monstres sacrés en jeunes hommes. Oui, Georges Clemenceau et Claude Monet ont été jeunes. Merci à mon ami JP qui m'a fait découvrir ce livre.

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                                      "Non, pas de noir pour Monet." Clemenceau arrache le drap noir qui recouvre le cercueil de Caude Monet. Il le remplace par un drap de fleurs qui se trouve à portée de main, "une cretonne ancienne aux couleurs des pervenches, des myosotis et des hortensias."

15 décembre 2019

Faisceaux lumineux

Masse critique 

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                          Babelio et Vendémiaire ont fait un très beau cadeau de Noël au passionné du cinéma italien que je suis de longue date. Et c'est con molto piacere que je vais écrire pour Masse Critique tout le bien que j'en pense. J'ai pas mal de documentation sur le Néoréalisme, la comédie italienne, les grands films politiques italiens, les cinq grands maîtres historiques Vittorio, Roberto, Luchino, Michelangelo et Federico, etc. Mais cet ouvrage sera vraiment une référence sur cette période pour le moins discutable du cinéma et de l'histoire italiens. 

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                          L'ouvrage est très documenté et se consulte comme...un dictionnaire, cet objet inconnu de mes petits-enfants qui peinent à en tourner les pages, peu familiers de l'ordre alphabétique depuis l'avènement du yakatapé. Sérieusement le Dictionnaire du Cinéma Italien de la marche sur Rome à la République de Salo 1922-1945 d'Alessandro Corsi est une vraie mine qui étonne parfois. Comme toujours les choses sont un peu plus complexes que ce que l'on croit savoir. Et comme dans toutes les périodes troubles, c'est à dire tout le temps, les hommes ont souvent fait preuve d'opportunisme. L'immense Rossellini, mon maître absolu, en est un exemple, lui qui tourna sous l'égide de Vittorio Mussolini quelques films très loin d'être des brûlots antifascistes. Puis ce fut Rome, ville ouverte et les cinéphiles connaissent la suite.

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                         Il résulte de cette lecture, parcourue bien sûr, que finalement peu de films de propagande ont été véritablement produits. Le public étant surtout friand de spécialités italiennes, le film d'opéra, les films de héros musclés, Maciste notamment, véritable objet de culte, les comédies bourgeoises appelées téléphones blancs. Rappelons aussi la création en 1932 de la Mostra de Venise, dont toutes les récompenses sont sponsorisées par Mussolini, son gouvernement ou le Parti Fasciste, et surtout celle de Cinecitta en 1937. Grazie mile à Babelio et Vendémiaire. Aucune chance que ce livre là finisse sur un banc public. 

                           

                         

 

 

 

7 novembre 2019

In the name of rock/ Melissa

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                                     C'est du rock sudiste. C'est carré. Ca n'a pas toujours eu bonne presse. On s'en fiche pas mal. Moi, j'aime Melissa. Gregg Allman joue ici une version assez tardive accompagné de Jackson Browne. C'est extrait de l'album All my friends qui fêtait The Allman Brothers. Son frère Duane était parti depuis si longtemps déjà. Et le bassiste Berry Oakley aussi, également en moto. Ils avaient 25 ans. Gregg les a maintenant rejoints. Oui, je sais, il arrive un moment, y a plus personne. Je joue un peu Melissa mais même mon âge ne m'autorise pas à vous l'imposer. Crossroads... 

                          

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14 octobre 2019

Le milieu de l'Europe (premier mouvement)

                                 Milan, Milano, l'antique Mediolanum n'est ni Rome, ni Venise, ni Florence. Ne pas trop rêver cependant. Vous ne serez guère seul devant le Duomo et vous n'accéderez pas à la Cène de Léonard du premier coup. Car Milano l'hyperactive, Milano la branchée est devenue une citta rumorosa qui ne dort guère. Quelques photos, je n'en poste jamais beaucoup, les plus belles étant dans ma mémoire, la vraie.

Il Duomo 2 Bianco,il Duomo. Nera, la Piazza con la moltitudine.

Il Duomo Victor-Emmanuel face au Duomo

Galerie Victor-Emmanuel 1 Galerie Victor-Emmanuel, un autre temple

Galerie Victor-Emmanuel 3  Au coeur de la Galerie

Galerie Victor-Emmanuel 4 Verrière

Galerie Victor-Emmanuel 6 Comme un second Duomo dédié aux dieux du commerce

                                    Milan la Lombarde, Milan la Nordique, son nom l'indique bien, a parfois sur elles l'ombre de Vienne, voire de toute la Mitteleuropa. Un goût d'Alpe aussi, Bergame (Bergheim) la splendide n'est pas si loin. Et les lacs alpestres non plus, Côme notamment et d'helvétiques accents de prospérité. Et puis  dans Milan de la fashion week, du design, on parlera bientôt plus anglais qu'italien. Reste le canto, la Scala, où l'on donne toujours plus Verdi que Wagner. Et parfois la chance comme moi de tomber par hasard sur le maestro Riccardo Chailly en pleine répétition au coeur de la cathédrale, aVec l'Orchestre de la Scala, en jean et en grâce. Grazie mile per questa Prova d'Orchestra, heureusement moins  explosive que le film de Federico. Oui, souvent les Italiens je les appelle par leur prénom.

Castello Sforzesco (2)  Le château des Sforza

Castello Sforzesco Se dice il Castello Sforzesco

Milan_duomo Compilation

Flèches Vertigo nel Duomo

Flèches (2) Dentelle gothique milanaise

Hôtel de Ville Hôtel de Ville

                          A suivre...

 

 

 

 

 

 

17 novembre 2019

Morts à Venise

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Masse critique

                            L'opération Masse Critique de Babelio m'a entraîné cette fois à Venise sur les traces du commissaire Brunetti que je ne connaissais que par quelques épisodes télé d'une série, curieusement allemande, assez plats. Un peu d'air de la lagune m'a fait du bien, même vicié par une hélas banale histoire de drogue, comme partout ailleurs. Brunetti est sympa et puis tant qu'à hanter des lieux glauques à souhait autant le faire à quelques pas du Lido ou de la Douane de Mer. De plus le grand amoureux de l'Italie que je suis n'est jamais allé en visite à la sérénissime. Ceci dit nous sommes avec Donna Leon et La tentation du pardon dans des entiers, enfin des voies d'eau bien convenus. Nous n'aurons donc guère de surprises. Mais ne faisons pas la fine bouche à propos des enquêtes sur la lagune (une trentaine maintenant) de Signora Donna Leon, qui a depuis longtemps quitté son New Jersey pour vivre à Venise.

                           Les faits divers sont souvent l'occasion d'approcher la vie locale. Finalement pas tant que ça dans cet opus dans lequel Donna Leon parvient à occulter les touristes pour se consacrer aux turpitudes classiques du polar. Stupéfiants et escroqueries au menu dans le cadre prestigieux de la perle adriatique. Rien de vraiment neuf mais comment faire du neuf dans le domaine archibalisé de l'enquête policière? On peut certes changer le décor et l'époque et les auteurs de polars ne s'en sont pas privés. D'où un nombre hallucinant de romans policiers ethno-historiques la plupart du temps plaisants et oubliés très vite. Ceux de Donna Leon ne doivent pas échapper à la règle et Brunetti et sa famille sont des gens si bien élevés qu'on tout à fait le droit d'apprécier cette lecture. Je n'irai pas jusqu'à en dévorer l'intégrale. 

                            Une anecdote qui demanderait à être vérifiée. J'ai lu que Donna Leon refusait, bien que vénitienne depuis trente ans, la traduction de ses romans en italien, afin de conserver un relatif anonymat. D'ailleurs il semblerait qu'elle réside en Suisse la plupart du temps. La Dame a fui l'étrange cité aux 30 millions de touristes et aux 58 000 habitants. Capisco.

 

 

 

                            

22 mars 2019

Essai non transformé

 Masse critique

Chaplin

                         Pour Masse Critique de Babelio, que je remercie, fidèle pourvoyeur ès nouvelles parutions, j'ai donc lu un essai, chose que je ne fais presque jamais. Cet essai est intitulé Charlot, le rêve et il est beaucoup moins rigolo que Charlot. Je sais quand même qu'un essai est censé être sérieux. Et ce livre l'est, sérieux. Dieu, comme il est sérieux. Et moi le très sérieux m'indispose. Adolphe Nysenholc a sous-titré son livre Contrepoint entre le créateur et sa créature. Quelques mots. Peu, je ne suis pas compétent.

                         Nul doute que Chaplin et Charlot n'ont pas toujours fait bon ménage même si le cinéaste a fini par avoir la peau du vagabond avant que la postérité, à son tour, ne redonne au "tramp" de son état la place qu'il mérite au panthéon du Septième Art, la toute première. Cela dit, je n'ai pas grand-chose à rajouter. Chaplin, le rêve est une thèse sur L'imagier, sur La rivalité Hitler-Chaplin (cette partie est malgré tout intéressante et surprenante), sur Romanitude et judéité. Ce sont des titres de chapitres. Un beau travail d'universitaire qui m'a souvent ennuyé.

                        J'ai été plus sensible aux passages Vagabond errant ou Un corps ailé, Chaplin m'ayant souvent ramené aux archanges, si sentimentaux. Pardonnez ma brièveté. Mais si vous aimez Chaplin rien n'est mieux que de revoir ses films, et les revoir encore. Et si vous le connaissez somme toute assez peu découvrez-le. Car ce n'est pas avec ce livre que le plus grand génie du cinématographe trouvera ses fans nouvelle génération. Tout Chaplin se regarde avec le coeur. Ce livre se lit avec la tête. Avais-je la tête ailleurs?

 

 

 

 

 

10 juillet 2019

Avec vue sur l'Arno

Masse critique

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                                Très judicieuse livraison de Babelio dans le cadre de l'opération Masse critique qui me fait toujours confiance et que je remercie. J'avais choisi dans le cadre de la non-fiction parmi de nombreux ouvrages ce délicat livre sur la perle de Toscane, cette cité que j'aime tant. En v.o. est une jolie collection où l'on trouve aussi Rome, Berlin, Bruxelles, New York. Le livre se décline comme une suite d'articles, une quarantaine, autant d'entrées sur des mots italiens, noms communs ou propres,  de afa (chaleur) à viola (le violet du club de foot Fiorentina). Chaque présentation d'Annick Farina est complétée par un extrait littéraire en version bilingue italienne et française dans la plupart des cas.

                               Car y figurent aussi Sade, Dumas, Taine, Stendhal, Montaigne et d'autres étrangers, Dickens, Keats, Andersen, Brecht, Forster (d'où le titre de ma chronique) témoignant de la fascination de l'Europe entière pour la cité toscane. De ces fous d'Elle bien sûr je fais partie. N'allez pas penser qu Florence en v.o. est un ouvrage un peu snob pour happy few. C'un bien joli livre que peuvent emporter les voyageurs et aussi les gens qui ne marcheront jamais dans les allées des Médicis. Quelques exemples.

                               Le Falo delle Vanita, le Bücher des Vanités, où l'on raconte que Botticelli lui-même jeta dans le feu ses propres dessins de nus scandaleux selon Savonarole. Vraie ou pas l'histoire est fascinante. Le terme Inglesi a lontemps été synonyme d'étrangers tant était prépondérante la place des Britanniques dans la Florence du XIXe siècle. "Sono arrivati degli inglesi. Ma non ho capito se sono o tedeschi" (Des Anglais sont arrivés mais je n'ai pas compris s'ils sont russes ou allemands).

                               Le si célèbre Ponte Vecchio est illustré de quelques très belles lignes du Nobel russe 1987 Joseph Brodsky "A midi les chats vont voir sous les bancs, pour s'assurer que les ombres sont noires. Sur le Ponte Vecchio-on l'a restauré-où sur un fond  de collines  s'embuste Cellini on fait un commerce effronté de bimbeloteries de toutes sortes, les vagues dans un murmure roulent une branche après l'autre et les boucles dorées d'une belle femme qui se penche pour chercher quelque chose de rare, qui fouille au milieu des boîtes sous les regards insatiables de jeunes vendeurs, semblent une trace d'ange au royaume des corbeaux". (Décembre à Florence).

                              Annick Farina raconte joliment que, privée des grands aqueducs romains, la belle Florentine offre peu de grandes fontaines mais surtout des petites, au départ plus pratiques que décoratives (Fontane é fontanelle). Joli texte de Taine sur les Tritons, les Néréides, et "l'harmonie des troncs, des cuisses et des nuques". Fantasmes... Quand je vous disais la séduction de ce petit livre ensorcelant...Felice viaggio tutti. Per me sara Milano in settembre. Grazie Babelio.

18 mars 2019

In the name of rock/ Peggy

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                           Que de Peggy dans ma vie!  La Peggy Sue de Buddy Holly, la Peggy-O de Simon et Garfunkel, dont je viens  de découvrir une fabuleuse version par The National, la plus ancienne encore Peggy Gordon reprise par tous les gratteux des pubs d'Irlande et les oubliées. Sans omettre les Meg, Meggie, Madge, Maggie, bref les Marguerite (comme Faust) et les Margot qui en pleurent encore. Dans l'immense discographie du Loner j'ai exhumé cette Ballad of Peggy Grover. C'est un enregistrement très ancien. L'une des toutes premières chansons de Neil Young, avant même le légendaire Buffalo Springfield, avec un groupe canadien nommé The Squires. C'est simple, même moi je n'écoutais pas  encore cette musique à l'époque, c'est vous dire si ça date.

 

                          Les archives Neil Young, une institution, ont réédité les morceaux de  ces temps immémoriaux. Neil n'a pas encore vraiment la voix de légende qu'on lui connait. Il a vingt ans. Valeur surtout historique, pour les Loner's Lovers invétérés. Je n'en suis pas tout à fait. J'oublais une autre Peggy O, dispensable mais tant pis pour vous. Après tout, je vous ai abandonnés trois mois durant...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9 décembre 2018

Et vous, à sa place?

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                                 Une âme pouvait être détruite de trois manières: par ce que les autres vous faisaient; par ce que les autres vous contraignaient à vous faire à vous-même; et par ce que vous choisissiez volontairement de vous faire à vous-même. Chaque méthode était suffisante, mais, si les trois étaient présentes, le résultat était imparable.

                                 J'ai voulu introduire par une citation cette chronique commune avec ma colistière La jument verte de Val. Car l'essentiel est là, dans ce résumé du statut de l'artiste en pays de dictature. Julian Barnes, auteur dont je ne ne connaissais que l'adaptation ciné de son roman Une fille, qui danse, devenu sur les écrans l'excellent A l'heure des souvenirs, a écrit une sorte de biographie partielle et et libre du compositeur Dimitri Chostakovitch. De quel espace de liberté jouit-il précisément sous le joug stalinien? Et de quel droit jugerions-nous aujourd'hui l'hier de la glaciation soviétique? Ou tout autre régime autoritaire évidemment.

                               Julian Barnes l'exprime très bien, un artiste n'existe réellement que par ses oeuvres. Encore faut-il les montrer ou les faire entendre. Chostakovitch est passé sous le fer soviétique du stade d'étoile adulée, de musicien du siècle, comblé d'honneurs, au rang de suppôt rétrograde, rénégat et accusé de formalisme bourgeois, Oncle Jo n'ayant pas apprécié une représentation de Lady Macbeth du district de Mzensk. Chostakovitch échappa au pire mais dut de longues années subir la terreur ordinaire, la crainte d'hommes de la nuit silencieux et rapides, qu'il attend sur son palier. Eut-il de "remarquables facultés d'adaptation"?

                               Stratégie d'un enfermement moral, persécutions du quotidien et du dérisoire, puis liberté très surveillée y compris lors de  ses voyages en Amérique. Dans ce grand pays d'absurdie on ne peut même se fier si peu que ce soit à son interrogateur, la versatilité de la tyrannie étant telle que le questionneur d'un soir peut le lendemain avoir à rendre des  comptes. Le fracas du temps est un grand livre, un livre effrayant sur l'homme et les perversions du pouvoir. Aucune épouvante dans ce livre. Pire, la banalité des jours d'un régime immonde. Là nous sommes dans la version est. Il existe d'autres modèles en d'autres points cardinaux.

                               Mais être un lâche, c’était s’embarquer dans une carrière qui durait toute une vie. Vous ne pouviez jamais vous détendre. Vous deviez anticiper la prochaine fois qu’il vous faudrait vous trouver des excuses, tergiverser, courber l’échine, vous refamiliariser avec le goût des bottes et l’état de votre propre âme déchue et abjecte. Etre un lâche demandait de l’obstination, de la persistance, un refus de changer – qui en faisaient, dans un sens, une sorte de courage.

9 novembre 2018

Retour en Cinéphilie

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                               La Cinéphilie est un pays, voire un continent, que finalement j'aime bien. Malgré moultes défauts sur lesquels je ne reviendrai pas. Le temps de nos ciné-débats est revenu. Cer automne il a pris un peu de temps, notre multiplexe de centre-ville (une rareté) ayant changé de main. Pour la première j'ai eu l'occasion de présenter le curieux premier film de Jim Cummings, à la fois emprunt et hommage éponyme à la chanson de Bruce Springsteen Thunder Road (album Born to run). C'est en effet la peinture des petites gens que nous narre le Boss depuis longtemps que Jim Cummings, à la fois réalisateur, scénariste, acteur très principal, et compositeur, a puisé son sujet.

                             Il y joue un flic à la dérive, mais ni violent ni (trop) alcoolique par exemple, qui rend hommage au temple à sa mère décédée, très émouvant, très sensible, très maladroit aussi, dans un long plan-séquence et sur presque fond de K7 de Thunder Road. Puis tout se délite, il voit peu sa fille de huit ans, a maille à partir avec  sa hiérarchie, a des rapports distants avec frère et soeur, et divorce. Beaucoup pour un seul homme, Jimmy Arnaud, modeste policier texan. Vacillant. Le fim, doté d'un très petit budget, a un ton très personnel et je vais laisser à Newstrum, maitre ès critiques toujours très élaborées, le soin de vous en parler mieux. Hey, l'ami, à toi  ici . Moi je vais consacrer quelques lignes au public. Merci Strum.

                             Et merci public, d'avoir patienté. Autant juillet et août sont sacrifiés, autant notre petite communauté cinémane commence à piaffer dès septembre. Notre ville n'est qu'une cité moyenne qui ne draine pas des centaines d'amis, mais une troupe doucement grandissante de fidèles qui accepte bon an mal an de nous suivre dans nos pérégrinations. Je confesse une grande responsabilité dans le choix des films mais ils ne m'ont pas encore lynché. La lutte est longue pour amener à nos écrans des nouveaux venus mais le challenge vaut la peine. Et je n'aime rien tant que voyager en Cinéphilie. Tiens, très bientôt dans notre Connaissance du Cinéma (hommage) nous emmènera faire un tour en Pologne, Vatican, Japon, Pérou, Kazkhstan, Tunisie. Alors merci à tous, on se retrouve très vite.

                            Quant à la chronique du film, pas de soucis. Sans complaisance je peux vous assurer qu'elle est plus dense chez l'ami Strum. Je suis au moins sur Thunder Road sur la même longueur d'ondes.

11 février 2018

C'est pas tout ça, rendez-moi les Beach Boys

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                            Ce bouquin est lauréat du Pulitzer 2016. Une référence. Méritée. C'est un grand livre. Et les chroniques ont été la plupart du temps très élogieuses. Je maintiens, c'est un grand livre, très bien écrit, qui ne vous lâche guère. A une condition, il faut être soi-même surfeur, et même, à mon avis, surfeur globe-trotter pour l'apprécier à sa juste valeur. William Finnegan, grand reporter,quand il n'était pas  sur les planches, a une plume magnifique pour épouser les rides, les droites et les gauches, décrire ses chevauchées sur les spots du monde entier. Mais vous n'arriverez pas à me faire croire que tant de lecteurs puissent sans s'estourbir le suivre dans ses encyclopédiques circonvolutions de short-board ou de pintail.

                            Nous sommes donc en présence, ça arrive de temps en temps, du chef d'oeuvre quasi illisible. Et pourtant je l'ai lu, j'en suis venu à bout, après force paquets de mer. Mais comme le temps m'a paru long à infiltrer des reefbreaks et à faire des duck-dives. J'en suis épuisé. Il m'a fallu un mois pour parcourir le monde entier en compagnie de Finnegan. J'en ai marre des outside de Madère, des lineup de Samoa, des cutback de Waïkiki. C'est le ton de Jours barbares et c'est peu dire qu'il reste assez peu de place, malgré 520 pages, pour la vie dans les îles du Pacifique Sud, voire les  écoles d'Afrique du Sud ou William Finnegan a trouvé un peu de temps pour enseigner.

                           N'empêche, ce récit a  du souffle, ce souffle vital aux surfeurs de Californie et du reste du monde. Ce monde qui semble tourner à 90% dans le but d'émouvoir les adeptes de ce sport, vaguement philosophie, plus sûrement addiction. On peut lire Jours barbares et le trouver assez fabuleux. C'est mon cas. On peut y avoir sué sang et eau salée. C'est aussi mon cas. On pourra aussi, syndrome d'Ulysse et Joyce, se montrer perplexe quant à ceux qui auraient pris leur pied (goofy foot ou regular foot) sans avoir parfois envie de sortir des rouleaux, un peu compresseurs.

                           M.Finnegan, vous êtes un grand auteur. Je  sais que vous étiez aussi au Soudan ou dans les Balkans. On surfe peu à Sarajevo. Si vous m'en parliez je vous écouterais volontiers. Les rares paragraphes non surfés, par exemple quelques lignes sur les autochtones de Madère, formidables, en sont témoins. En attendant rendez-moi un  le Surfin' U.S.A des Wilson Brothers. C'est un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. "C'mon! Brian, Carl, Dennis,c'mon!"

                                     

 

15 janvier 2018

L'Ecrivraquier/17/Portrait de groupe avec rupture

 L'Ecrivraquier

                                 Ils ont dix-neuf ans, tous les quatre, ou peu s'en faut. Dans ce grenier, dans la maison des parents de Philippe, pas très sain pour leurs jeunes bronches, entre tabagie d'époque et poutres plus très apparentes, ils se retrouvent pour assouvir leur passion et fantasmer sur un futur de musicien, lequel ne concernera que les quatre cinquièmes de la bande. Car il sont cinq, cinq comme d'autres, pas beaucoup plus vieux, quelques années, toujours à la une, et pour longtemps. Mauvais jour de janvier, en brume et en brouille. Une amitié qui pour certains remonte à une douzaine d'années malgré leur jeune âge, les deux tiers de leur vie, ça pèse lourd. Ils n'ont guère répété ce soir, Henry n'avait pas la voix des belles heures de cet automne et le blues éraillé, initié par Paul sur sa Gibson flambant neuve n'avait vu le jour que vaguement, que mollement. Le quatrième larron, tout pâle sur son tabouret de drummer, semble devoir vomir irrémédiablement dans les les deux minutes prochaines.

                                 Ca fait plusieurs mois qu'ils savent qu'il faut en arriver là, que ce n'est plus possible et et que ce boulet, désespérément scotché à son clavier, pathétique et confondant de naïveté, et qui décidément ne comprend rien à rien, ce pauvre Régis, toujours incapable du moindre accord de septième, doit quitter le navire. "Ces putains de combinaisons à quatre doigts, j'y arriverai jamais". Ils sont là, les quatre musiciens de Tulsa Train, comme des myriades de jeunes au monde à s'escrimer sur les rares partitions accessibles. Je vous parle d'un temps sans toile. Ils n'ont pas vingt ans et leur décision, bien lourde, qu'on trouvera dérisoire plus tard, est cette fois sans appel. A vrai dire ils aimeraient qu'on leur certifie que tout cela n'aura plus la moindre importance dans quelques années tout au plus. Il n'osent se regarder. Ils se la jouent hard boiled, pas de place pour les plus faibles. Tous quatre, à leur manière, saignent. Il monte l'escalier, on entend son pas lourd, il est un peu en retard. On aurait pu lui redonner une chance. Sans un mot, ils se sont regardés encore une fois. Couperet. "Il faut qu'on parle".

                               C'est fait, Tulsa Train, groupe rock en devenir, en cet âge où tout est permis, souvent le pire, vient d'envoyer son organiste ad patres. Et c 'est peu dire que ça s'est mal passé. Les yeux mouillés il a dévalé les marches et claqué la porte. Sa vieille dauphine, qui les trimballait, si valeureuse, au fait, les avait bien un peu inquiétés depuis quelques jours. La suite... Peu d'heures dans les quarante-cinq années  suivantes devaient être aussi difficiles.

30 novembre 2017

Deux avis valent mieux qu'un

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                               Voilà pourquoi vous en aurez aujourd'hui deux pour le prix d'un. L'Ours d'Or de la Berlinale suffira-t-il à dynamiser les entrées de Corps et âme, film d'une réalisatrice hongroise dont on n'avait rien vu depuis 27 ans environ? Il s'agissait de Mon XXème siècle, pourtant Caméra d'Or. Pour le premier spectateur, ce film vu vendredi a distillé pas mal d'ennui tout au long de presque deux heures (soupir) dans le cadre idyllique d'un abattoir de bovins. Songez, les deux personnages principaux sont le directeur de l'établissement, l'homme, Endre, un quinqua solitaire au bras atrophié, que l'on voit souvent à la cantine de l'entreprise, un endroit particulièrement séduisant pour une histoire d'amour. Gris sur gris, à première vue vide de tout désir et de toute flamme, et la femme, Maria, nouvelle responsable de la qualité (on appelle ça comme ça), présentée comme une psychorigide peu loquace et peu portée sur toute forme de contact. Tout cela est toutes les douze minutes environ entrecoupé d'une scène forestière dans la neige, un cerf et une biche, certes très cinégéniques mais tenant du procédé puisque relatant le rêve commun à nos deux personnes.

                             C'est bien sûr comme souvent au ciné une leçon de tolérance puisque les deux vont s'apprivoiser, longuement, très longuement, avant de se trouver d'autres point communs que l'onirisme zoologique hivernal. D'ici là on aura eu le temps de maudire ces snobinards du festival d'avoir récompensé un film qui a tout d'un besogneux devoir de fin d'études d'une école de cinéma d'un quelconque pays de l'Est avant la chute. La chute évoquée ici n'étant pas celle du spectateur égaré en cette salle et qui s'écroule, plombé de sommeil.

                            Voici l'avis d'un second spectateur, qui a pourtant vu le même film, Corps et âme, d'Ildiko Enyedi. Présenté en animation débat le film a été unanimement apprécié par un public conquis. On a aimé cette rencontre de deux déclassés qui peu à peu vont se rejoindre. Maria, la très raide et toute nouvelle cadre ès qualité, par ailleurs hypermnésique (on pense un peu à Rain man), et intouchable au sens propre, va se découvrir capable d'éprouver... Corps et âme est l'histoire de cet éveil sensuel, sentimental, sensoriel. C'est très finement amené, en particulier par le jeu sur les mains de Maria qui par exemple rejoue avec deux playmobil une de  ses entrevues avec Endre, ou qui laisse ses mains divaguer doucement sur le cuir d'une vache sous les moqueries de ses collègues. Et le rêve commun de ces  deux là, restés sur le bord de la route, prendra corps, prendra âme, prendra Corps et âme. Nul besoin d'en dire plus, ce film a été chez les fidèles du ciné-club considéré comme l'un de plus beaux depuis trois ans et demi que nous pratiquons cette formule.

                            Le premier spectateur c'était moi, presque seul, le vendredi après-midi, à la limite de la sieste, et me demandant au bout de dix minutes ce qu'il m'avait pris de choisir cet interminable objet visuel pourvoyeur de deux heures entre parenthèses que j'eusse mieux fait de mettre à profit pour oxygéner mon teint blanquet de rat de salles obscures.

                            Le second spectateur c'était moi, avec une bonne quarantaine de gens, sorte de garde rapprochée du Septième Art qui sont intervenus après le film, tous heureux de la découverte, et qui, plus clairvoyants que moi, n'avaient pas attendu une seconde vision pour apprécier Corps et âme. Et nourri de leur ressenti j'ai eu l'impression d'avoir vu pour la troisième fois en quatre jours ce bien beau film.

                              

                              

                             

7 janvier 2018

Le vieux dossier texan

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                                Qu'a pensé mon amie Val (La jument verte de Val) de cette lecture commune? Ils vont tuer Robert Kennedy est un livre très fort, qui vous poursuit et vous amène à vous remettre en question. Depuis longtemps Marc Dugain interroge l'histoire, les gueules cassées de 14-18, Staline, Hoover. A l'heure où l'on vient d'ouvrir de nouveaux documents sur Dallas, ce dont chacun sait bien qu'il ne faut rien attendre, l'auteur a curieusement amalgamé, et je crois que c'est un beau travail, les recherches d'un professeur d'histoire contemporaine sur les assassinats des Kennedy d'une part, et la mort violente de ses propres parents d'autre part. Sa mère, suicidée? Son père, éminent spécialiste de l'hypnose, un an après, mort accidentellement sur la côte californienne? JFK, Dallas, sous les balles de Lee Harvey Oswald? Robert, candidat à la Maison-Blanche en 68, Los Angeles, sous celle de Sirhan Sirhan? Bien sûr, mon âge fait que je me souviens de ça mieux que d'hier. J'avais 14 ans. C'est un facteur qui facilite un peu la lecture de ce roman, car c'en est un. Mais tout de même cette immersion dans les méandres de l'histoire récente est un bain d'intelligence, cette intelligence fût-elle parfois avec l'ennemi, ennemi qui reste à définir.

                               Robert Kennedy est bien sûr la figure principale du livre et Marc Dugain, sans l'idéaliser béatement, en dresse néanmoins un portrait assez favorable. Est-ce justice de nous le décrire, lui, Bob, troisième choix pour le père Joe Kennedy, dont plus personne n'ignore les sinistres penchants carrément pro-hitlériens, comme un homme tout de bonne volonté, ayant à coeur de faire la paix au Vietnam et d'améliorer la vie des petites gens? Je ne me prononcerai évidemment pas. Ce qui est sûr, c'est que Marc Dugain est vraiment un grand écrivain, à la manière très élaborée dont il entremêle les innombrables interconnections de la société américaine des  sixties. On connait un peu les théories complotistes et on finit par se demander qui est complètement innocent de l'assassinat du président Kennedy. Le livre est très riche, Oswald et Ruby, simples marionnettes, ont-ils été utilisé? Et par qui?

                             400 pages après, on n'en sait pas plus sur les meurtres eux-mêmes. Ce n'était pas l'objectif. Mais on croit comprendre que l'assassin est bien identifié. Il s'agit de l'Amérique, immense arbre aux rameaux schizophrènes, et, accessoirement coupable idéal de tant de maux qui permettent à bien d'autres de s'exonérer un peu vite de tout défaut.

16 octobre 2017

Subterranean rhapsody in blues

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                                     Encensé par la presse française lors de la rentrée littéraire Underground Railroad est effectivement un bon livre. Pas tout à fait l'oeuvre majeure comme le disent certains. Il faut dire que Ballades pour John Henry m'avait tellement sonné il y a quelques années que j'ai trouvé ce dernier roman un peu plus appliqué. Je crois que le sujet est un peu connu maintenant, du moins pour ceux qui suivent les parutions car on en a pas mal parlé et il se vend assez bien. Ce fameux Underground Railroad est en fait le réseau mis en place vers 1850 par les abolitionnistes américains pour faire évader les esclaves noirs des plantations du Sud. Point commun avec le working class hero John Henry, on finit par ne plus démêler le vrai du faux, la légende de la réalité. Alors imprimons la légende (John Ford mais vous savez tous ça).

                                   Cora est une jeune esclave en fuite qui traversera plusieurs états depuis la Georgie et connaitra des fortunes diverses tout au long de ce fameux réseau dont Colson Whitehead nous conte les détails de fonctionnement avec  ses gares, ses chefs de train, ses tunnels, tout cela avec une belle imagination. Mais du ferroviaire l'organisation possède surtout la terminologie  et c'est d'ailleurs assez fascinant. Quoi qu'il en soit Underground Railroad a le souffle d'une locomotive performante et les ramifications d'une carte secrète. Habilement construit tant sur le plan chronologique que géographique le périple de Cora s'avérera épique et dangereux, tributaire des mauvaises rencontres fréquentes et des bonnes volontés, plus rares. La haine et le mépris pouvant prendre différents visages, la crédulité aussi.

                                  Une  expérience de ferme participative dans l'Indiana sera cruciale dans  le destin de Cora. N'en disons pas trop, le voyage au coeur américain du XIXème Siècle, se lit comme un roman, un grand roman qu'il est, et qui explore en une parabole qui frôle le fantastique, voire plus, avec ce train fantôme surgissant de nowhere, la face sombre de la construction d'un empire presque galactique où le grandiose a souvent chevauché avec l'abject. Comme partout. Je crois savoir qu'une série devrait être tirée rapidement de ce chemin de fer clandestin, sous la houlette de Barry Jenkins (oscarisé pour Moonlight).

Ce qu'en  a pensé Claudialucia  ici

                                   

                          

                                  

 

 

 

20 novembre 2017

Je revisite ma cinémathèque/Arsenal

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                                          1928, Alexandre Dovjenko et le souffle des grandes années, faut-il dire soviétiques, russes, ukrainiennes. Etonnament ce film dormait sur mes étagères depuis un fameux bail alors que son presque jumeau, La terre, est au firmament de mes classiques muets. Ce que La terre est aux paysans, Arsenal l'est aux ouvriers. Propaganda? Bien sûr et pas qu'un peu. Grand film? Bien sûr et pas qu'un peu. D'une durée de 1h06, du moins dans la version DVB que je possède, pas trop fiable, et là on se prend à rêver que certains pensums actuels ne durent que ce temps là, Arsenal est un poème lyrique où les petits, les sans grade, les perdants immuables tiennent le premier rôle. C'est certes la grande histoire mais au travers de quelques destins individuels.

                                         On l'a souvent écrit, les grands films soviétiques ont posé la légimité du montage, étape majeure, de la fabrication, terme très approprié, d'un film. Il y a dans Arsenal des scènes d'une cruauté inouie, une quintessence de la misère paysanne, un laboureur usé frappe un cheval étique,  un soldat en proie aux gaz hilarants, des exécutions où l'ombre des condamnés leur emboîte le pas  et s'écroule. Par ailleurs Dovjenko fait preuve d'inventivité avec plusieurs cadrages audacieux et une superbe parabole où un accordéon expire lors du déraillement d'un train. Il y a comme ça pas mal d'idées dans ce film.A ce stade plus question de polémique ni d'idéologie. Il reste du cinéma, celui qui se suffit à lui-même, même s'il demande, c'est vrai, un effort au spectateur.

                                         1918, Timosh, soldat ukrainien déserte et rentre à Kiev. Revenu dans sa ville natale, Timosh , dégoûté, se révèle un meneur et c'est tout un peuple harassé qui se jette dans le bolchevisme, la seule issue possible aux malheurs qui l’accablent. Mais dans une Ukraine indépendante le gouvernement central est aux mains de la bourgeoisie. Timosh exhorte les ouvriers de l’arsenal maritime à se lancer dans une grande grève. Le gouvernement russe décide de noyer cette fronde dans le sang... Arsenal s'adresse à mon sens à l'intelligence du spectateur, supposé apte à décrypter au delà des sentences bien carrées les avancées contradictoires d'un pays qui, aux dernières nouvelles, n'en a pas encore fini. Il y a quelques films qu'à mon sens il est bon de voir deux fois de  suite. Arsenal est de ceux-là.

17 mars 2017

Born on the bayou

Les maraudeurs 2

                     Pardon à mes amis de Creedence Clearwater Revival mais je n'ai pas résisté. Pour certains ce sera  plutôt Dead on the bayou dans cette aventure à la couverture illustrée  d'Al.E.Gator. La Barataria est le personnage central des Maraudeurs, sorte d'entité amphibie faite de bras morts, de mangroves, de pêcheurs de crevettes et de pétrole voisin. Mais attention, Katrina est passée par là. Ruine, pollution et déchets à toutes les profondeurs. Ajoutez des jumeaux, disons brutaux, un manchot chercheur de doublons datant de la splendeur pirate louisianaise, et quelques autres specimen de la faune locale au QI inférieur à l'oppossum si courant dans les cheniers des bayous. Ces gars là font pas dans la tendresse et le zydeco des cajuns n'a guère adouci leurs moeurs.

                    Quatre cent pages tambour battant, qui seront expédiées très vite tant les moustiques et les serpents mocassins vous talonneront les mollets et ainsi vous aurez vécu une super aventure au coeur des bayous du delta, sur les traces du boucanier français Jean Lafitte. C'est que la grande histoire s'invite aussi au festin de gombos et mint juleps et les noms français abondent dans ce festival où se cotoient les épices les plus fines et de méphitiques marais qui se referment bien vite sur certains protagonistes. C'est aussi un roman qui n'occulte pas les misères de ce Deep South et son quasi abandon depuis l'ouragan. James Lee Burke, entre autres, a beaucoup raconté le pays dans ses polars. La Nouvelle-Orleans, cette métropole déchue y apparait gangrenée comme jamais, et pas seulement sur le plan bactériologique. L'essentiel des péripéties des Maraudeurs se déroule dans la bourgade de Jeanette, où un bateau, si vieillot soit-il, constitue le meilleur moyen de survie, en même temps qu'un danger permanent vu les créatures visqueuses, venimeuses, ou squameuses qui hantent la Barataria.

                  Embarquez, moussaillons, sur l'un des rafiots du capitaine Tom Cooper, qui pour son premier roman, et avec quelle énergie, mêle allégrément coups fourrés, trafics divers, chasse au trésor, rêves de fortune et beaucoup d'humour. Méchamment hilarant, ne ment pas la quatrième de couv. Laisse le bon temps rouler!

28 mars 2017

Chants du Cygne

Masse critique

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                               Snobissimo, le milieu dépeint par Melanie Benjamin, au coeur d'un New York palpitant, mais huppé puisque Les Cygnes de la Cinquième Avenue sont les femmes les plus fortunées, les mieux mariées, les plus élégantes de la Big Apple. C'est ainsi que les appelle le maître d'oeuvre de cette mise en scène, le grand ordonnateur des fêtes les plus dispendieuses en ces années soixante. Truman Capote, vous l'aviez reconnu, le célébrissime auteur de Breakfast at Tiffany's et de De sang froid, accessoirement connu comme une langue de vipère à la prose assassine. Je me méfiais bien un peu de cette incursion de plus de 400 pages au coeur de la jet set newyorkaise de cette époque, craignant de m'y sentir mal à l'aise et surtout de m'y ennuyer prodigieusement entre cocktails, défilés de mode et yachts caribéens. D'ailleurs je n'ai lu ce roman, en épreuves non corrigées, que dans le cadre de Masse critique de Babelio que je remercie. Or Les Cygnes de la Cinquième Avenue s'est révélé un excellent bouquin, bien plus profond que je ne l'imaginais.

                              La vie de Barbara "Babe" Paley, la plus emblématique de ces dames, toute entière vouée au luxe et au paraître, alors même qu'elle évoque très peu par exemple les quatre enfants de ses deux mariages, est distillée par Melanie Benjamin quaisment à l'aune, unique et exclusive, de sa rencontre et de son amitié avec Truman Capote, ce personnage ambigu, tout en fascination-répulsion, grand talent littéraire et insupportable cabotin. Il faut se rappeler l'omniprésence, au coeur de l'intelligentsia de la Côte Est, de Capote, à la fois histrion et intello, passionné par le meurtre gratuit perpétré par deux jeunes hommes dans le Kansas ( cela donna  De sang froid, livre de Capote, puis film de Richard Brooks), fashion victim, icône gay avant l'heure, ami de tout le gratin de Jackie Kennedy à Andy Warhol, bref de tout ce qui comptait dans la jungle urbaine branchée. Il faut lire notamment les pages sur le célèbre Bal en noir et blanc donné par Truman, où l'on croise Sinatra et Bacall (ce roman n'est pas avare en name dropping). Bouffi et extravagant, moulinant de grands gestes, Capote va finir par blesser la belle faune de là-bas, ses chers cygnes glissant apparemment sans effort de cocktails en vernissages. Son recueil Prières exaucées ne paraîtra vraiment qu'après sa mort. Mais quelques-uns des textes qui le composent seront lisibles dans le magazine Esquire. Devenu la caricature de lui-même, cynique et pathétique, il  dépeint, à peine masqué, ses chères et tendres amies dans la nouvelle La Côte Basque (c'est le nom d'un restaurant de prestige). Ce sera la fin de ses relations avec Babe, mais aussi les autres, Slim, Gloria, C.Z., etc...

                              Meurtris, ces fameux Cygnes de la Cinquième Avenue qui n'ont bien sûr rien d'oies blanches, vont ainsi vieillir, bientôt malades, et affronter un ennemi inachetable par leurs différents, successifs et richissimes époux. C'est toute cette histoire courant sur une douzaine d'années, et leurs rapports avec Truman Capote, grand écrivain et serpent venimeux, que raconte très bien Melanie Benjamin. C'est un éloquent portrait de groupe avec chute d'une société aux commandes, ou qui croit l'être, ce qui n'évite pas forcément l'essoufflement et le crash final.

                            "La poitrine de Truman ressemblait à celle d'un ange, si innocente, la peau si blanche, entièrement recouverte d'un  fin duvet doré qui semblait l'éclairer d'une lueur éthérée. Ses biceps étaient étonnament bien dessinés et, avec son visage boudeur, son regard rêveur, il aurait pu passer pour un Adonis, si ce n'atait ce ventre légèrement grassouillet".

 

10 novembre 2016

Après lecture des lectures

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                                 Pour la troisième fois j'explore le bel univers de Yoko Ogawa (Les abeilles, La formule préférée du professeur) avec Les lectures des otages, recueil de neuf textes, mais à l'intérieur d'un récit unique. Je m'explique. Lors d'une prise d'otages étrangers, on n'en saura pas plus, une ONG parvient à introduire un enregistreur. Opération réussie, les huit otages vont tour à tour prendre la parole et parler de toute autre chose que de leur situation. Il y aura un neuvième témoignage, celui du soldat de la brigade anti-terroriste. On apprend très vite que les otages n'ont pas survécu mais là n'est pas le propos de cette fine auteure qu'est Yoko Ogawa. Tout cela n'est qu'un prétexte pour que chacun des prisonniers évoque un souvenir, ce qui permet d'évoquer avec finesse (mais ça on le sait très vite en lisant n'importe quel texte même court d'Ogawa, même la toute première fois) différentes situations selon les protagonistes. Quelques exemples.

                             Une  femme voit sa vie bouleversée à la vue d'un jeune homme dans le train transportant un objet très long dans sa housse, qui s'avère être un javelot. Le suivant elle découvre un stade vétuste et s'éblouit de la grâce du geste de l'athlète. C'est tout, et, croyez-moi, c'est beaucoup sous les doigts de Yoko Ogawa, experte en émois. (Le jeune homme lanceur de javelot).

                            Un futur écrivain, dans La salle de propos informels B, raconte comment jadis il est entré par hasard dans une salle d'un bâtiment public. Cet endroit bien anodin se révèle un espace de curiosité, de liberté, où s'expriment des groupes farfelus sans trop de soucis de logique ou de raison. Il y en a qui veulent sauver une langue qu'ils sont seuls à parler. Et aussi les amateurs de toiles d'araignée, le syndicat des recherches sur le jeûne, l'amicale des dessinateurs d'animaux imaginaires, et mon favori, l'assemblée de ceux qui écrivent Shakespeare sur des grains de riz. Fantaisie, surréalisme et humilité, sous la belle plume de Yoko.

                           Le loir hibernant nous est conté par un ophtalmo, peluche dépareillée et assez laide parmi les autres, tout aussi laides, proposées dans la rue sur un simple drap par un vieil homme noueux et décharné. La particularité de ce modeste éventaire est d'exposer des effigies d'animaux plutôt pas très sympathiques, chauve-souris, blattes, scolopendres, oryctéropes...Variation sur la différence et l'empathie, imagination stimulée. Ca vous dirait, une peluche de paramécie dont vous pourriez caresser les cils vibratiles?

                           Tous les textes des Lectures des otages sont à cette image, très originaux et inattendus. Je crois que Madame Yoko Ogawa va rejoindre ma cohorte d'écrivains favoris. Il y en a un pour qui c'est chose faite depuis longtemps, c'est notre ami Le Bison.  La Lecture des Otages [Yoko Ogawa]

9 mars 2017

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

 Haïkus

Tes pleurs, mon printemps

Demeureront vains, il faut

Cesser de nous voir. 

*

Saison, doux réveil

Et la gente fleurie perce

Sous l'astre radieux

*

Dans l'air un refrain

De l'eau, comme un tourbillon

Doux avril revit

                     Je dédie bien volontiers ces trois petites pièces à Asphodèle actuellement aux intempéries et qu'on a hâte de retrouver.

14 octobre 2016

Beyrouth

Quatrieme mr

                                 J'ai peiné sur le premier tiers du roman de Sorj Chalandon Le quatrième mur. Les faits d'armes ultra-gauchistes m'ont toujours gonflé, insupportables de prétention et donneurs de leçons. Il en est question dans la vie de Georges vers 1980. Heureusement assez vite le roman oblique vers un tout autre évènement, la situation au Liban au moment des massacres de Sabra et Chatila, septembre 82. Sorj Chalandon y était jeune reporter pour Libération. Le fil conducteur du roman est la volonté de Samuel, juif et grec, malade, metteur en scène, de présenter en plein coeur du conflit israélo-palestinien Antigone, la pièce de Jean Anouilh.

                                Georges son ami finit par accepter de prendre le relais et de mettre en scène cette oeuvre créée en 1944 sous l'occupation et qui recueillit des avis très contrastés à l'époque. Variation sur le pouvoir et la révolte d'après Sophocle, Samuel et Georges trouvent à Antigone une totale actualité dans cette zone du monde toujours en ébullition. Rien n'est plus compliqué que ce Proche-Orient en ces années 80 et l'idée est de trouver des interprètes de toutes les minorités de la région. Faire jouer par des acteurs des différents groupes religieux qui s'opposent dans la guerre au Liban : une palestinienne, un chrétien, un druze, un chaldéen. Très difficile de vraiment faire la part des choses, celle de la raison et des fanatismes.

                               Mais quoi qu'il en soit ce voyage au centre de la guerre est poignant et rarement l'enfer sur terre n'aura été si bien évoqué. Le théâtre, le quatrième mur, pour, non pas sauver, mais simplement, oui simplement, pour souffler, modestement. Chalandon ne philosophe pas longuement. Il est homme d'action. De toute façon, là-bas, on n'a pas trop de temps pour ce luxe, la réflexion.

 

 

10 septembre 2016

Saga citée

 Les O'Brien

                                 Pavé sympa que l'histoire de la famille O'Brien que le Canadien Peter Behrens nous raconte sur 572 pages rythmées et colorées, trois quarts de siècles et pour Joe O'Brien l'aîné, très jeune devenu chef de famille, les échelons de la fortune et du succès, notamment dans le bois et les chemins de fer. Cette saga est hyperclassique et ne prétend ni à l'originalité ni à l'inoubliable. Mais alors qu'il m'est arrivé de m'ennuyer ferme sur nombre de ce type de romans quasi feuilletonnesques j'ai trouvé que l'essor du XXème Siècle cadrait parfaitement avec l'évolution du personnage de Joe O'Brien, faisant du voyage un bon moment en compagnie du clan.

                              Joe, sa femme Iseult, ses trois enfants vivront pleinement leur époque, avec un maître mot, l'énergie. A travers les crises morales et financières, les deuils, les deux guerres qui n'ont pas épargné le Canada, mais qui ont-elles épargné? J'ai conscience que ce que j'écris là ne saurait être décisif quant à votre envie de lire Les O'Brien. Pourtant, des Rocheuses où l'on pose des traverses aux plages californiennes au surf balbutiant ce roman-fleuve (plus Yukon que Mississippi) m'a constamment incité à poursuivre cette histoire. Ce n'est pas le cas de toutes les histoires de familles.  Ce n'est pas non plus l'avis de tous les lecteurs, certains trop virulents (le naufrage des O'Brien), d'autres trop laudatifs (d'une rare intensité). Moi, ce modéré moi-même, j'y ai pris pas mal de plaisir. J'admets aussi, le temps nous étant compté, qu'on peut considérer avoir des lectures plus urgentes.

31 août 2016

La vie pas si mondaine de Miss Parker

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                              Les nouvelles de Dorothy Parker sont d'une précision entomologique. Et ses personnages ne sont pas loin d'être des insectes s'agitant dans leur microcosmos souvent newyorkais comme en un bocal, mais un bocal upper class (quelques exceptions cependant). Seize nouvelles dans le recueil La vie à deux, et autant de joyaux ironiques , facétieux même et pourtant graves sur le thème fameux de l'incommunicabilité des couples. Comme toujours pour les nouvelles je n'en évoquerai que quelques-unes, chacune ayant son charme, étonnant alors que l'idée semble presque identique.

                             La dernière, Les bonnes amies, met en scène une femme rendant visite à une de ses amies, malade ou dépressive. Poussant à l'extrême, Parker ne donne en fait la parole qu'à la visiteuse en un ahurissant monologue puisque, toute à sa prévenance et à sa "compréhension" elle ne laisse jamais à l'autre, l"assistée" le temps de dire un mot. C'en est presque désopilant, tragi-comique... et très facilement transposable à...vous ou moi.

                            Sentimentalité se passe dans un taxi où une femme pleure les heures enfuies, se remémorant les lieux de la ville témoins de son bonheur. Toute à son chagrin elle confond les rues... Le coup de téléphone, est un minidrame, une femme attend, attend, attend... Le téléphone, damné objet du quotidien (que dirait Dorothy Parker de ce que ce truc est devenu, parfois génial et plus souvent odieux), ne sonne pas. La femme attend, attend... Ces petits dialogues entre époux, ou ces absences de dialogues   Le calme avant la tempête, sinistres objets du quotidien

                            Tristesse de Vêtir ceux qui sont nus ou Le petit Curtis, un autre monde, prolétaire et parfois noir de peau. J n'attendais pas Miss Parker sur ces rivages, très sobres et très prenants. Plus variées que je ne l'imaginais , les vignettes littéraires de La vie à deux sont une vraie réussite.

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