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24 juillet 2022

A l'est d'Aden

Le-paquebot

                 Pierre Assouline est un excellent raconteur qui revisite l'histoire d'une façon très précise et vivante. Il est aussi grand biographe (Simenon, Hergé, Dassault, Gallimard). Parfois le personnage principal est un lieu, l'hôtel Lutetia au retour des camps de la mort, Sigmaringen ultime refuge de ceux qui avaient fait le mauvais choix. Ici nous embarquons sur le Georges Philippar, flambant neuf (expression tristement prémonitoire) et quittant Marseille pour le Japon. Il porte en toute modestie le nom du patron, bien vivant, des Messageries Maritimes.

                Février 1932, direction Yokohama pour ce luxueux ocean liner. Nous allons faire connaissance avec le beau monde, ce qu'on appellerait maintenant la business class. Des ponts inférieurs on ne saura pas grand-chose.Jacques-Marie Brauer, libraire spécialisé en bibliophilie sera notre conteur. On ne peut s'intéresser à tous, nous resterons donc plutôt au gotha. Cette période dite maintenant de la montée des périls a si souvent été le cadre de bien des romans. Dans le huis clos plutôt élégant du Georges Philippar toutes les sensibilités s'affrontent à fleurets mouchetés. Les sujets délicats en manquent pas, le Duce par exemple, ou cet agitateur autrichien devenu patron d'un nouveau parti en Allemagne. 

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               On s'occupe. Jeux de cartes et d'échecs. Piano, piscine, essais de théâtre. On parle de Claudel, de Flaubert, de Proust. De Freud, de Thomas Mann. Des Juifs. De grands boxeurs et de courses automobiles.Plusieurs générations, le commandant Pressagny, ancien pacha et sa petite-fille Salomé, Sokolowski musicien russe, le jeune Philippe, gamin astucieux, la belle mystérieuse Anaïs,  des diplomates, hommes d'affaires, militaires, fonctionnaires coloniaux. Et le jeune aveugle Numa, surdoué des 64 cases noir et blanc, l'un des rares qui monte de la plèbe d'en bas. Et puis un personnage réel, qui n'apparait que très peu et seulement au retour car il y aura un voyage retour, enfin à moitié. Albert Londres le célèbre reporter auquel Pierre Assouline a consacré une bio il y a des années (Albert Londres. Vie et mort d'un grand reporter).

                Le Georges Philippar, bien sûr, c'est notre monde en ces années trente. Plus tard ça s'appellera l'Entre Deux Guerres mais on ne le sait pas encore. Quoique...Aux sombres rumeurs sur les fragilités du navire, bien curieuses pour un vaisseau de prestige et qui sort des chantiers, technologies dernier cri, luxe, calme et volupté au programme, font écho d'autres bruits quant à l'Europe. Le monde d'hier s'apprête à devenir le monde d'avant-hier. Le destin foudroyé du paquebot, flammes sur le golfe, n'anticipe-t-il pas sur le sort du monde?

 

            

 

 

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15 avril 2019

Bi ou les roues de la discorde

bi

                                Pas mal du tout, cette lecture, sans prétention mais non sans plaisir. Pas mal d'humour aussi, de cet humour qui parsème des écrits sur le voyage ou le progrès technique, souvent apanage des Anglais, Jerome K.Jerome, Redmond O'Hanlon par exemple. Sauf que Uwe Timm est allemand de Hambourg et que son héros est taxidermiste de talent dans la petite ville de Cobourg en Bavière, cette ville a un passé un peu gênant puisqu'elle devint la première en Allemagne à élire un conseil municipal nazi. Ce n'est donc pas cela qui est drôle dans L'homme au grand-bi.

                               Un peu excentrique, un peu utopiste, Franz Schroeder a l'idée d'importer le grand bi, cette bicyclette préhistorique, dans la petite principauté de Cobourg, qui s'ennuie gentiment dans son décor d'opérette. Mais il ne s'attend pas à un tel tohu-bohu et à de telles réactions qui scindent bien vite la ville en deux camps. Cet avant-gardisme est dans l'ensemble assez suspect. Ne cacherait-il pas des sympathies socialistes? Mais un autre danger guette notre naturaliste éclairé. La concurrence débarque avec l'apparition face au grand bicycle aux deux roues extrêmes, d'un moyen bicycle aux deux roues parfaitement égales. Platitude et inélégance, pense Schroeder. Mais les adversaires ne désarment pas, mettant l'accent sur les risques de chute et de... stérilité, voire d'auto-castration des adeptes masculins de l'engin. De toute façon la selle de ces nouveautés n'est pas convenable pour un postérieur féminin.

                              C'est un bouquin fort sympa que L'homme au grand-bi, que j'aurais bien vu adapté par Lubitsch, jolie comédie douce amère, qui tente de décloisonner un peu cette société fin d'empire. Mais sans leçons, car certains bourgeois fraternisent avec les modestes, ne serait-ce que pour dire pis que pendre de cet original qui empaille les chiens des aristos aussi bien que le gibier des braconniers. Cette Allemagne là  avait encore le sourire, un peu figé, mais bon enfant.

                              "L'adepte du grand-bi suit son chemin, les sens en éveil, comme un Indien suit une piste. Fini les ruminations malsaines, il s'agit d'ouvrir l'oeil, et le bon. Le grand-bi est une machine à aiguiser les sens: vue, ouïe, toucher. Maintenir en érection, grâce au mouvement, ce qui est normalement destiné à tomber lourdement, voilà l'arterfact dont on fait soi-même partie intégrante, la beauté se  savourant elle-même."

3 septembre 2015

Du passé faisons table rase

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                                Il est un peu difficile parfois ce Passé imparfait de Julian Fellowes. Intéressant et très bien écrit sur un sujet qui me branche: ma génération. L'auteur a mon âge. Il revient sur ces drôles de gens qui avaient 20 ans en 70, encore plus curieux quand il s'agit d'aristocrates anglais. Tout part dans ce roman des célèbres et désuets maintenant bals des débutantes ou quelque chose dans ce genre-là. Manifestement Julian Fellowes parle de choses qu'il connait bien en ce curieux pays,le plus exotique qui soit pour un Français. Pourquoi ai-je écrit en incipit qu'il était un peu difficile ce roman? Parce qu'il n'est pas si aisé pour un lecteur continental de s'inviter à ces 600 pages so typically British même si ce British là démolit consciencieusement la perfide Albion. Ce n'est plus Rule Britannia mais F*** you Bloody Island. Fellowes est l'auteur de Gosford Park l'un des derniers films de Robert Altman. C'est plus clair maintenant?

                               Damian Baxter charge le narrateur de retrouver la mère de son enfant. Six candidates possibles mais on est en 2008 et toutes et tous ont la soixantaine imminente. Ce narrateur sans nom va scrupuleusement enquêter, faisant jaillir des vérités enfouies, pas des plus reluisantes. Je peux comprendre ça, je n'ai pas toujours relui. Des fantômes se réveillent, des liaisons cachées ressurgissent, des antagonismes ancestraux réapparaissent. Presque tout ce beau monde est resté dans le beau monde, monde comme les autres avec son lot de vanités et de lâchetés, pas pire qu'ailleurs. Rassurez-vous, pas mieux non plus. Si on comprend assez bien la "bascule" de la fin des sixties, car Passé imparfait est parfaitement clair et maîtrisé, on a le droit d'être un peu frustré car Julian Fellowes évoque peu le Swinging London et la révolution musicale si prégnante de Carnaby Street à Ibiza.

                            Un très bon roman, de classe aux deux sens du terme. Mais Julian Fellowes, peut-être Sir Julian Fellowes à cette heure, une question. Comment un tel livre peut-il ne pratiquement pas citer John, Paul, George and Ringo? Soyons justes. Il y a quand même en direct live (comme on ne disait pas) lors d'un bal le Spencer Davis Group. Ce qui n'est pas rien.

 

 

 

10 juin 2015

Géographie: Eugene, Oregon

 Eugene

                                                Ce doux prénom est aussi une ville ouest-américaine de l'Oregon, l'un des terminus ou presque de la conquête. Elle tient son nom de son fondateur Eugene Skinner. Sufjan Stevens, déjà rencontré il y a peu en Illinois, a passé pas mal de temps de sa jeunesse dans l'Oregon et cite dans l'album Carrie and Lowell de nombreuses références  à cet état. Eugene est le titre tout simple de cette chanson.

 

                                               Le folkeux Tim Hardin et le bluesman Robert Cray sont des enfants d'Eugene*. Et le célèbre écrivain Ken Kesey, hippie et "acid" et taulard etc... ( Vol au dessus d'un nid de coucou, Quelquefois comme une grande idée) qui y mourut en 2001 y est célébré par ce mémorial, The storyteller.

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* Moi, personnellement je suis un enfant d'Alfred.

 

 

 

10 mai 2015

Géographie, Toledo, Ohio

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                                         Je n'ai rien à dire sur Toledo. Si. Il semble que cette ville de l'Ohio ait été la première au monde à être jumelée. Et je vous le donne, Emile. Avec quelle cité? Tolède, Espagne. Etonnant, non? Mais c'est surtout l'occasion d'évoquer Blue Nile, merveilleux groupe de Glasgow, suivi depuis trente ans par une poignée de fantômatiques fans aussi rares que les rares albums du trio écossais. Je ne les connaissais pas beaucoup mais, piochant pour cette rubrique un peu aléatoire, j'ai découvert cette chanson sublime, Because of Toledo, extraite de l'album High (2004) qui doit être le quatrième de Blue Nile.

 

                                        Ce que l'on appelle faute de mieux la musique rock réunit en fait tellement de diversités depuis soixante ans qu'à picorer par monts et par vaux, à la faveur ici d'un souvenir, là d'une citation, on découvre où on redécouvre des perles rares. A mon sens Because of Toledo et The Blue Nile en font partie. Et vogue, de mes musiques, la felouque...

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P.S.A la fin de la chanson notre ami félin se réveille. J'espère que vous aussi. Pour mieux se reposer puisque je vais, pour quelque temps (ça m'étonnerait que je tienne longtemps), mettre ce...

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18 février 2014

Nordique botanique

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                                J'avais apprécié Le loup dans la bergerie, j'ai aimé Fleurs amères et le Norvégien Gunnar Staalesen me semble du niveau des meilleurs Mankell, et bien plus intéressant que Ake Edwardson par exemple. Ce roman nous baigne dans Bergen, seconde ville du pays, et m'a donné fichtrement envie de traîner dans cette ville de l'Ouest, car Gunnar Staalesen sait nous la rendre palpable. Varg Veum, son privé, sort d'une désintox à l'alcool et envisage un gardiennage d'une propriété de prestige pour se remettre à flot, aidé en cela par la kiné, mes respects chère consoeur, qui l'a pris en charge. Les détectives du Nord ont ce problème, c'est génétique, et tout le monde ne se contente pas comme Maigret d'un blanc sec au comptoir.

                                Ecrit il y a une vingtaine d'années Fleurs amères évoque le combat écologique et la lutte interne dans une riche famille d'industriels. Un premier cadavre dans la piscine des riches architectes, de douloureux retours en arrière sur la disparition d'une enfant huit ans plus tôt, cette famille d'atrides de la haute bourgeoisie scandinave, dont la fille est handicapée mentale depuis un accident (?) et qui herborise, le regard au ciel, une intrigue que comme d'habitude j'ai un peu perdue en route. Mais le plus important est Bergen, principal personnage, cette ville attachante et  sillonnée par Varg Veum de banlieues en port industriel, de parc paysager en centre d'aquaculture. Alors bien sûr Gunnar Staalesen abuse des noms de lieux pour qui n'est pas indigène. Il sait de quoi il parle, auteur, outre des enquêtes de Varg Veum, d'une trilogie historique Le roman de Bergen.

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                                J'aime le Nord mais ayant jadis abusé de l'aquavit des polars de là-haut je ne m'y aventure plus que rarement, laissant Wallander et Winter faire valoir leurs droits à la retraite, et vous laisse sur une note plus légère, Un peu d''or dans l'air estival, sous les doigts du génial duo folk issu de Bergen, Kings of Convenience.

 

 

 

26 septembre 2013

Sobre ode et sycomore

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                                       Je botanise toujours à ma manière de citadin et je musarde par la même occasion en musique.Cela me donne l'opportunité de revenir au Luxembourg de mes études paramédicales. Le sycomore y est superbe et on y voit toujours des étudiants qui rêvent qu'ils on fini leurs études et des professeurs qui rêvent qu'ils les commencent. J'ai une vénération pour le Lux,j'y déambulais à une allure de sénateur, j'y lisais déjà Hammett,pas encore Buzzati.Parfois j'obliquais vers les cinémas,Odéon,Saint Michel, Monsieur le Prince au lieu de la rue d'Assas,le ciné valait mieux que la kiné,bien que  l'étymologie ait réuni depuis longtemps deux des pôles de ma vie.J'avais abandonné la guitare mais je la retrouverais à peine quarante ans plus tard.De toute façon je ne jouerai ni ne chanterai jamais comme Bill Callahan.Alors à quoi bon,à quoi bon tout ça?

                                       Là il y a un gars qui touche au coeur,ça n'est même pas un souvenir qui m'encombre joliment,c'est une chanson  que j'ai découverte ce matin. Bill Callahan est accompagné au violon,au tambour,à la guimbarde. J'veux pas en faire trop,j'arrête là,écoutez...

hqdefault         http://youtu.be/GGeofZWsky8  

                                 

3 septembre 2013

Juge et père

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                           Je poursuis mon exploration du cinéma italien,c'est un peu cahotique mais passionnant.Voici un inédit en France (perché?),nanti d'un titre à rallonge,ce qui fut un peu la mode dans le cinéma politique italien des années 70, Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon, Confession d'un commissaire de police au procureur de la république. Ce film de Mauro Bolognini,décidément souvent abordé ici même, aurait pu s'appeler Accusation d'homicide pour un étudiant mais,sûrement parce qu'on le découvre 40 ans après n'a droit qu'au relativement court Chronique d'un homicide. Bolognini avait tourné peu avant Metello,  Metello vu par Mauro son meilleur film, avec le même acteur,le chanteur à succès Massimo Ranieri. Chronique d'un homicide revient sur le début des années de plomb et les mouvements d'extrême gauche, mais aussi d'extrême droite, avant les attentats de Milan et Bologne et l'enlèvement assassinat d'Aldo Mauro.

                       Cinéaste plutôt à gauche, presque pléonasme, version italienne assez souple et sympa,mais point trop doctrinaire ,Mauro Bolognini, avec le concours des deux Ugo, Liberatore et Pirro, scénaristes, s'intéresse surtout à la relation entre le jeune homme et son père, juge d'instruction qui est chargé de l'enquête sur le meurtre d'un policier, commis en fait par son propre fils.Joué par le second plan du cinéma américain Martin Balsam (Psychose, Douzes hommes en colère),sobre et crédible, ce magistrat est un homme intègre qui,confronté à son fils meurtrier, aura la réaction qu'il sentira la plus appropriée,comme si cela pouvait exister. On pense au long du film à une longue explication tortueuse et théâtrale entre les deux protagonistes.Apôtre ici d'une certaine sobriété et d'une belle discrétion, Mauro Bolognini refuse le morceau de bravoure.C'est tout à l'honneur du film que de ne pas  asséner ainsi des vérités de prétoire.

Il viaggio

                      Le rôle de la mère,dépassée mais toujours digne,est joué par Valentina Cortese. Et elle est très crédible.Les films italiens, souvent remarquables et tellement au contact du pays, ont parfois tendance à "fanfaronner" un tout petit peu comme le héros du chef d'oeuvre de Dino Risi Il sorpasso. Chronique d'un homicide, extrêmement sobre, demande à être (re)découvert. Ce sera pour moi l'une des dernières contributions au très beau challenge de Nathalie, Chez Mark et Marcel, qui se termine bientôt, l'un des rares challenges que j'ai vraiment honorés vu que je m'étais inscrit,trop inscrit un peu partout. Enfin,une petite madeleine sonore avec...

http://youtu.be/Jw-kZ0jb3XA    Morricone   Imputazione di omicidio...

                         

14 août 2013

Et la Comtesse a regretté

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                             Pavé de bonnes intentions,mon chemin a croisé celui de Brize.Encore fallait-il que je trouve un bouquin de plus de 600 pages,c'était la règle du jeu. Un bon roman d'Irvin Yalom en Livre de Poche,budget raisonnable,ferait l'affaire.Le seul livre, par moi lu, de cet auteur était le formidable Et Nietzsche a pleuré  Divan viennois:ainsi pleura Zarathoustra Sûr,j'allais me régaler et me pourléchais les babines à l'idée d'avoir suivi celle de Brize (d'idée).Mal m'en a pris,la potion m'a semblé insipide et toc. La déception est à la hauteur de l'attente.

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                                    Deux choses essentiellement dans ce roman:des consultations chez le psychanalyste et des pages et des pages sur le poker.J'en baille encore à me demander ce qui m'intéresse le moins.Et pourtant comme j'avais aimé la fiction de Yalom,si bien écrite, et si fertile,cette rencontre entre le Dr Breuer, mentor du jeune Sigmund Freud, et Nietzsche, par l'intermédiaire de Lou Andreas Salomé. N'y pensons plus.Pour ce Mensonges sur le divan point besoin de ne plus y penser, c'est déjà dans les limbes de l'oubli,tellement refoulé dans ls replis de mon moi profond,enfin mon moi profond c'est un peu ampoulé, disons mon moi tout court.

                                    Alors qu' Et Nietzsche a pleuré, ancré dans Vienne et ma chère Mitteleuropa,touchait son lecteur au coeur et à l'âme en recréant l'ambiance de la préhistoire de la psychanalyse, émouvante et ludique, on s'ennuie ferme dans cette Californie d'executive women, de psychiatres douteux,de joggers insipides, de businessmen surbookés. Longues conversations au fil rouge souvent libidineux, pensions de reversion faramineuses. Aussi intéressant pour moi qu'une série télé formatée, Mensonges sur le divan m'a surtout donné envie d'une bonne sieste à l'ombre, et aussi de demander à Brize le remboursement de mes 8.60 Euros. Tiens,j'ai une petite fringale de galets, de caillous. Halte au pavé.

 

28 mars 2012

Que viva Serguei!

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                Sous ce titre farfelu qui n'est pas sans évoquer une célèbre émission critique deux hurluberlus cinémaniaques dont votre serviteur ont décidé d'unir leurs efforts pour présenter une fois de temps en temps une double analyse pas forcément contradictoire.Ne croyez pas que Christophe soit uniquement versé dans le film d'auteur façon Palme d'Or et moi dans le blockbuster anabolisé.Ne croyez pas le contraire non plus.Et puis,après tout,croyez ce que bon vous semble.De toute façon on ne se connaît pas,lui et moi.On ne se connaît pas mais on ne s'ignore pas non plus.Mais je crois que nous n'avons guère d'à priori,guère,et nous savourons Bergman et Robin des Bois,Tex Avery et Jean-Luc Godard,Mizoguchi et Rossellini,et bien d'autres encore, muets, musicaux, silencieux, bruyants, drolatiques, dramatiques, anciens,très anciens,récents,très récents (pour moi,pas sûr).Nous nous connaissons surtout une passion cinéma galopante,souvent en noir et blanc,et la moindre pellicule peut nous émouvoir ou nous fâcher tout rouge. Je sais que Christophe a à coeur de faire partager son enthousiasme et qu'il a la rigueur d'un véritable historien du cinéma,avec des compétences techniques que je n'ai pas.Je sais que quelque part en Bourgogne il hante les salles obscures (pour les vignobles j'avoue ne pas avoir d'informations),présentant et disséquant le Septième Art.Pour ma part,probablement nettement plus âgé,j'ai animé pas mal de séances cinéphiles,sans y trouver toujours mon compte.Il faut bien admettre que le spectateur plus ou moins estampillé Art et Essai,très ouvert forcément (?) n'aime pas beaucoup la contradiction.Un jour j'ai émis quelques légères réserves sur un film de Ken Loach.Crime de lèse-majesté,on ne touche pas à l'icône.Bien sûr je suis parfois buté et tout aussi mauvaise foi que les autres,mais s'il faut permettre aux autres ce que l'on s'autorise la vie devient fardeau.Bref j'arrête là mon métrage avant que vous ne le trouviez trop long et vous invite à parcourir nos bêtises,nos ratiocinations et nos engouements pour l'attraction de foire des Méliès,Lumière et quelques autres (déjà là,si on veut il y a débat)  qui répond au joli nom de Cinématographe qu'on a,faute de temps raccourci en cinéma,en ciné,en ci (euh non,pas encore). Moi,j'aime bien le côté "graphe" mais c'est vrai que l'écriture est aussi une de mes passions.     

     Quelques lignes sur le contexte car Christophe,de sa rigueur coutumière,vous présentera ça bien mieux. Le tropisme de Hollywood n'a épargné personne pas même Eisenstein.Il serait plus juste de dire qu'Eisentein n'avait pas l'intention d'épargner Hollywood.Fin 1929 la réputation sans pareil du Cuirassé Potemkine lui vaut une invitation par la Paramount.Eisenstein débarque avec ses deux bras droits,Edouard Tissé et Grigori Alexandrov.Les deux premiers projets,adaptés de Cendrars (L'or de Sutter) et du grand romancier américain  Theodore Dreiser (Une tragédie américaine) ne verront jamais le jour,frilosité des producteurs devant les idées d'Eisenstein.Ce dernier rencontre alors Upton Sinclair,l'écrivain,socialiste et riche.Il s'intéresse au projet.Aidé d'artistes mexicains dont le peintre Diego Rivera Eisenstein parcourt le pays et tourne,tourne....Les rushes envoyés à Sinclair semblent lui convenir juqu'à son revirement en 1932. Inachevé, amputé de son quatrième épisode Que viva Mexico rejoignit la cohorte des films maudits. Eisenstein ne revit jamais la totalité des pellicules tournées au Mexique.Au delà des tribulations du film Christophe et moi vous présentons nos sentiments au sujet de cet objet filmique curieux et nécessaire.

       La version présentée de  Que viva Mexico! serait la plus proche de l'idée d'Eisenstein.Grigori Alexandrov, seul survivant à l'époque du triumvirat,raconte ce que vous en a écrit Christophe (du sérieux) et nous présente le pays. L'aigle ramène à l'Empire et les cactus à la terre souvent aride de ce grand pays qui de tout temps fut champion des inégalités.On a vite une idée de la trame qu'Eisenstein voulait pour son film.Amalgamer toute l'histoire du Mexique,de l'Amérique précolombienne aux années contemporaines en passant par la Conquista espagnole.Une histoire à l'échelle d'un semi-continent,où le grotesque le dispute au tragique.Il est des films comme une symphonie mais Que viva Mexico! a l'ardeur d'un oratorio,de feu et de sang,de danse et de mort. Nous y reviendrons.Souvent.L'influence des peintres mexicains et la formation esthétique d'Eisenstein ont fait merveille.

  Prologue

         Minéralité,maître mot avec l'éternité de Que viva Mexico! qui mêle ainsi des pierres,des dieux,des hommes en un carnaval somptueux d'images et de symboles.Les sidérantes similitudes entre les visages des Indiens et les statues multiséculaires des pyramides aztèques,ces traits se confondent en un montage inoubliable. Et ces hommes assis drapés d'une couverture,et ces silhouettes escaladant les parois de ces pyramides lourdes,dégageant une forme d'austérité malgré la présence d'idoles dont les masques se retrouveront dans les différents fiestas mexicaines. Starring la Mort, ai-je écrit plus haut.Car c'est peu dire que souligner l'omniprésente camarde au long des rites funéraires et d'une certaine langueur méphitique.

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        Cette langueur confine à la paresse,une paresse princière que celle des pirogues indiennes, coulant, nonchalance apparente parmi les animaux du crû,singes trépidants,crocodiles et couguars.Le hamac où se love la jolie fille dévêtue ( c'est l'une des plus belles scènes nues que j'aie vues) et ce parfum lascif du Mexique tropical incitent au rêve d'un temps immémorial.

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       Nous sommes encore avec ce premier épisode dans ce Mexique hors du temps et profond,Tehuantepec ou le rêve des jeunes filles.Le sourire de la fille nous invite à la fête prochaine.Elle s'appelle Concepcion et la voix off décrit avec une force documentaire les préparatifs à son mariage avec Abundio.C'est un Mexique de la joie,d'une joie de labeur malgré tout car la vie y est rude.Mais c'est un Mexique où la valeur solidarité signifie quelque chose.Peu à peu Concepcion s'est constitué un collier d'or.Il manque encore une pièce pour pouvoir se marier.Le travail,la cueillette dans ce pays de fruits,ananas,bananes,très présents tout au long de l'épisode,y pourvoiront.L'or ramène évidemment au si douloureux siècle des conquistadors qui baigne le pays tout entier.L'or,le meilleur et le pire.

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            Le village fonctionne en partie selon le matriarcat.Les mères et les marieuses supervisent et la dot et les costumes confectionnés pour ce beau jour.Le regard d'Eisenstein sur ces modestes semble tendre et rousseauiste, c'est du moins l'impression que j'en ai retirée,à voir et revoir,pas très éloignée d'un Robert Flaherty,peut-être.Passage obligé sur le marché très coloré comme il se doit (ça c'est un fameux cliché),mais comment dire les choses autrement bien que Que viva Mexico! soit un film en noir et blanc? Les femmes passent,panier sur la tête,civilisations ancestrales et universelles.Pour les bijoux du collier le compte est bon.Triple ban pour les épousailles.Robes immaculées,foulards et couronnes de fleurs.Les animaux sont de la fête,volailles dans les bras,cochons sur les épaules des hommes pour un défilé.Agapes et la danse,la grâce et la simplicité d'un monde encore figé derrière les immanquables masques.Et chaloupe le rythme de la Sandunga,le chant des rêves des jeunes filles.Sur cette place en fête sous les feux d'artifice Eisenstein enchaîane avec un hamac de tendresse,Concepcion et son mari,et l'enfant au sourire de miel.

La Fiesta

      Tout à la fois fêtes de la Vierge de Guadalupe et du Sang Versé de la Conquête espagnole,ces journées de liesse sont cependant d'un registre assez différent,faisant écho plus porofondément au lourd passé colonial du Mexique,bien plus ancien, ne l'oublions pas,que celui de l'Afrique.Sur les lieux mêmes des pyramides aztèques les Espagnols ont souvent édifié leurs églises,ce qui avait l'avantage de ne guère changer l'itinéraire ainsi immuable des pélerins qui n'avaient donc qu'à modifier leurs idoles.Encore les cultes se mélangèrent-ils la plupart du temps sans trop d'analyse.Le paganisme fut ainsi brûlé au fer rouge.Eisenstein réussit un plan de toute beauté sur quelques moines et quelques crânes.Eisenstein en personne se souviendra de ces images dans Alexandre Nevski.

Que-Viva-Mexico

    On n'en finirait pas d'ailleurs de citer les influences de ce film.La reconstitution de la Passion du Christ est hallucinante avec l'ascension des pélerins accroupis, jeunes hommes en blanc,véritable chemin de croix,et ce Golgotha de où montent les condamnés à la crucifixion,trois hommes en noir,tiges de cactus sur les épaules, incarnant Jésus et les larrons.Probablement Luis Bunuel a vu  Que viva Mexico!.Telle un mystère sur un parvis médiéval,la première partie de La Fiesta est un monument de cinéma qui impressionne celui qui croit au ciel comme celui qui n'y croit pas.

          La danse macabre suit la colline tragique.Et tournent ainsi la mort,les diables et les dieux.Federico Fellini a dû voir le film.Emplumés,empanachés,les masques virevoltent.Et si la reine de la fête n'était pas la Vierge de Guadalupe mais la Mère des dieux païens d'Amérique latine,autrement maléfique.La question ne laisse pas d'inquiéter.Mais en terre hispanisante tout finit par des toros.Je ne connais pas le point de vue d'Eisenstein sur l'art taurin (?) mais le grandiose et l'humble le disputent au grotesque.Certains en prôneront l'élégance,la ceinture que le matador enroule sur ses reins en un geste de diva,ou la piété filiale,la bénédiction de la mère à ses fils qui vont défier le toro.Enfin dans ces arènes,sponsorisées par des alcools français entre parenthèses, chacun se fait sa thèse.La mienne étant plutôt d'y voir des histrions sur le sable et des pâmoisons dans les tribunes.Cette sarabande  des pantins,fort bien filmée,conduit sous les ovations vers la fin des réjouissances et le corso fleuri des calmes embarcations, pause bienvenue avant les derniers plans de l'épisode.Les péones, adossés aux hauts murs de l'hacienda,entonnent leur chant triste de labeur,leur blues à eux,leur fado.Un milicien dans l'encadrement de la porte,John Ford a dû voir le film.Et le portrait de Porfirio Diaz.

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Maguey

     Le maguey est l'arbre duquel les paysans aspirent le suc pour faire cette eau-de-vie couleur laiteuse qui accompagne la vie des Mexicains.Dans cet épisode situé au début du siècle sous la dictature de Diaz Eisenstein a évidemment choisi son camp,celui de la Révolution,à travers le drame de Sebastian dont la fiancée Maria,en vertu d'une sorte de droit de cuissage a été abusée par un invité lors de sa présentation  au maître selon l'usage.La révolte de Sebastian et de quelques amis est alors filmée avec rage,après les plans pourtant paisibls de Maria et Sebastian ouvrant le chemin des champs de Maguey,sous de lourds nuages malgré tout.Sergio Leone a dû voir Que viva Mexico!.Dans cette sorte de western,éternelle histoire de vengeance et de représailles,la fille du propriétaire trouvant la mort dans la fusillade,le montage alterne les symboles brutaux, éperons, gants, fouets.Le chapeau de la fille roule comme un certain landau...

    Arrêtés, les paysans sont amenés sur la colline,une autre colline pour un autre calvaire,Sam Peckinpah a dû voir cette scène.Enterrés jusqu'au cou les trois hommes vont subir leur martyre.Images inoubliables,notamment ce  plan moyen d'un cavalier paresseusement couché sur le dos sur son cheval tandis que les malheureux sont poussés dans leur fosse.J'ai pas mal consulté de documents sur Que viva Mexico!.Certains évoquent Mantegna et le Quattrocento.

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     Sebastian finit par s'incarner ainsi en une sorte de figure christique.Il est étonnant de voir qu'Eisenstein, plutôt ennemi de l'orthodoxie religieuse,et d'autres orthodoxies d'ailleurs,Eisentein, ce Letton venu du Nord et de l'Est, a assimilé les différentes piétés indiennes et en a fait des valeurs presque universelles.Maria,tout en noir,sur les lieux maudits m'évoque immanquablement les femmes des pêcheurs siciliens.Le Visconti de La terra trema,a dû voir Que viva Mexico!.

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La Soldadera

      Interrompu, le tournage  en restera là.De La Soldadera,quatrième épisode,ne subsistent que quelques photos sur les femmes des soldats,et leurs enfants, promesse d'avenir dont il faudra se contenter.Le réveil du Mexique, du volcanique Mexique,est en marche.En marche jusqu'où,je ne sais,il y aurait à dire du Mexique contemporain, qui fut lontemps dirigé par un Parti Révolutionnaire Institutionnel.

Epilogue

   Bienvenue au festival de crânes.La voici enfin,grande vedette pour le Jour des Morts.La Camarde en personne,superstar dans ce pays qui s'en abreuve,qui sait ce qu'est la violence.Les affiches s'affichent,elle est partout.C'est le temps des crânes qui jouent la castagne,des bougies ,des fruits sur les tombes,des amours dans les buissons des cimetières.C'est le temps de la danse,déhanchements endiablés, sardanes ou tarentelles,.Les enfants s'endonnent à mort joie. Manèges, carnaval, pantins,c'est la noria des cercueils en chocolat et des cadavres exquis,c'est le cas de le dire.Sous les chapeaux les crânes,et sous les ceintures cuisses et croupes légères.Eros et Thanatos,vieux duo de music-hall.

images

    Ce n'est pas tout à fait le culte de la mort.C'est sa victoire qui se transforme en déroute.Ce n'est plus la vénération des idoles de pierre.Dans la goguette des squelettes le Mexique méprise la mort,la ridiculise et finit par en triompher par la dérision.Curieux comme ça donne envie de bouger.Pui tombent les masques,celui du gendarme,de l'évêque,du gouverneur,du ministre.Voilà les vrais cadavres ,ceux de la société ancienne que semble enterrer Eisenstein.Et ces gamins gourmands qui se goinfrent de fémurs-nougats et de sucreries morbides,ne seraient-ce pas les fils de la Soldadera?

 http://youtu.be/MkzBQZbGmus Vamos  a bailar!

    L'aventure de Que viva Mexico! est celle d'un homme qui avec quelques amis a su prendre le pouls d'un universtrès éloigné du sien pour l'offrir au monde entier.Si les dieux du cinéma n'ont pas toujours été favorables les oeuvres inachevées sont souvent les plus belles.

 

 

Le site de Claude

 

Critique de Christophe

 

En 1929, Serguei Mikhailovitch Eisenstein, qui venait d’achever La ligne generale,quitta l’Union sovietique avec Grigori Alexandrov (son scenariste et assistant) etEdouard Tisse (son chef operateur) pour accomplir un voyage d’etudes -enparticulier sur le cinema sonore- en Europe. Debut septembre, ils gagnerent laSuisse, ou ils participerent a un congres de cineastes independants a La Sarraz.Expulses de ce pays, le trio passa ensuite par l’Allemagne (ou Eisenstein fit laconnaissance de Joseph von Sternberg), la Belgique, l’Angleterre. Fin novembre,les trois hommes arriverent en France ou, pour survivre (ils avaient quitte leurpays avec vingt-cinq dollars en poche), ils accepterent un projet d’un emigre russe, Leonard Rosenthal, qui leur proposa de produire une oeuvre dans laquelle Mara Giriy, sa maitresse, tiendrait le role principal. Mais invite par la Paramounta Hollywood, Eisenstein abandonna en cours de route le tournage de ce poememusical impressionniste, dont il confia l’achevement a Alexandrov. Le resultatn’est pas digne de la reputation de l’auteur d’Octobre. De ce travail alimentaire,il dit lui-meme au critique francais Leon Moussinac :

 

Vous savez bien qu’il n’y a pas beaucoup (pour ne pas dire plus) de moi la-dedans, excepte les principes et possibilite d’application du son qui y sont popularises.

 

[…]

 

En tous cas, on a eu de ce film ce que l’on a voulu on a pu tenir financierement a Paris, jusqu’au voyage transatlantique

 

 

 

 

 

. Il dut neanmoins assumer la paternite de cette oeuvre,Rosenthal ayant menace de ne pas payer le travail effectue si son nom ne figurait pas au generique.Eisenstein et Tisse quitterent Cherbourg a bord de l’Europa le 8 mai 1930.Quatre jours plus tard, ils etaient a New-York. Apres avoir donne une serie deconferences dans de grandes universites (Boston, Harvard, Columbia, Princeton),ils atteignirent Hollywood le 16 juin, ou ils rencontrerent Chaplin, von Stroheim,Fairbanks, Disney, Griffith, Lubitsch, Flaherty, Dietrich… La Paramount proposaalors a Eisenstein d’adapterLa Tragedie americaine de Theodore Dreiser. Desdesaccords profonds sur le discours du film se firent cependant bientot jourentre le cineaste et le studio americain, qui finit par resilier son contrat le 23 octobre. Le projet echut finalement a Josef von Sternberg (a noter qu’uneseconde version, signee George Stevens, sortira en 1951 sous le titreUne place au soleil, avec Montgomery Clift, Elizabeth Taylor et Shelley Winters). Le 18 novembre, le Departement d’Etat refusa de prolonger le permis de sejour du trio(Alexandrov avait finalement rejoint ses deux compatriotes). Les trois hommesn’avaient plus d’autre choix que de retourner dans leur pays. Une solution se presenta toutefois a eux grace a l’ecrivain Upton Sinclair, qui leur offrit de produire un film au Mexique.

 

 

 

Le tournage de Que viva Mexico ! commenca le 13 (selon Steven Bernas) ou le 14 decembre (Barthelemy Amengual) par des prises de vue de la fete de la Vierge de Guadalupe et d’une course de taureaux, ce qui valut a Eisenstein d’etre arrete par la police (il filmait sans autorisation). Rapidement libere, il rencontra plusieurs artistes mexicains, tels David Alfaro Siqueiros, Roberto Montenegro,Diego Rivera et Jose Clemente Orozco -ce dernier ayant fortement influence l’esthetique de l’episode Maguey (autre nom de l’agave americain)- ainsi que le peintre francais Jean Charlot.Le 14 janvier 1931, l’avion transportant la petit equipe de tournage survolaOaxaca de Juarez au moment precis ou un tremblement de terre detruisait la ville :Le 14 janvier 1931, survint le seisme le plus devastateur de la metropole :de nombreuses habitations s’effondrerent et des edifices publics, tel le Palais du Gouvernement, subirent de graves dommages. Les repliques du seisme semerent la terreur parmi les survivants, et l’on vit les gens dormir dans les rues et les parcs pour ne pas etre surpris par les mouvements sismiques

 

(

 

Memorial des

 

agravios

 

 

 

 

 

, Jorge Pech Casanova, 2006). Les images du cataclysme, immortalisee

 

par Tisse, furent projetees a Mexico huit jours plus tard.Pendant plus d’une annee, Eisenstein parcourut le pays en avion, accumulant un important materiau documentaire. Mais les retards accumules et l’importance des sommes engagees decida in fine Sinclair a interrompre le tournage en janvier1932.Vous savez, ecrivait le 27 janvier le realisateur a Zalka Viertel (scenariste de plusieurs films de Greta Garbo, tel La reine Christine, Anna Karenine ou Marie Walewska), qu’au lieu des quatre mois prevus et d’un budget de 25 000 dollars,qui n’auraient produit qu’un pitoyable documentaire touristique, nous avons travaille treize mois et avons depense 53 000 dollars, mais nous sommes en possession d’un grand film et nous avons developpe l’idee originale. Pour realiser ce developpement, nous avons fait face a d’incroyables difficultes que nous ont causees le comportement et la mauvaise gestion du beau-frere d’Upton Sinclair,

 

 

 

Hunter Kimbrough

 

 

 

 

 

. Dans le meme courrier, il reprochait a celui-ci de s’immiscer dans son travail et de le faire passer aupres de Sinclair pour un menteur. Il ne lui

 

 

 

manquait, affirmait-il, que 7 ou 8 000 dollars pour achever son film. Il se disait cependant pres a tout accepter pour le mener a terme. Il concluait en suppliant sa correspondante d’interceder en sa faveur :Aidez-nous, Zalka ! Non pas nous,notre oeuvre, sauvez-la de la mutilation Salka Viertel ne reussit pas a convaincre Sinclair et Mary Craig, sa femme. Pas plus que David O Selznick, qui proposa pourtant de couvrir toutes les depenses deja engagees par le couple et de financer la fin du tournage. Selon Grigori Alexandrov, le choix de Sinclair fut motive par ses ambitions politiques :Alors que nous etions sur le point de terminer les prises de vue

 

, affirme-t-il dans

 

Le cinema sovietique par ceux qui l'ont fait, […] Upton Sinclair […] voulant se faire elire gouverneur de Californie, a cru que notre film pourrait nuire a sa reputation lors des elections. Il nous a donc coupe les vivres. Nous n’avons pas pu trouver d’autres subsides financiers. L’ecrivain, pour sa part, donna une explication sensiblement differente dans son autobiographie, expliquant qu’il rompit avec      Eisenstein sous la pression de son epouse et de la riche famille de celle-ci.Les trois hommes quitterent le Mexique le 17 fevrier 1932. Ils emporterent avec eux l’ensemble des rushes, pour les monter a Moscou. Selon Alexandrov,la pellicule a ete expediee dans nos bagages et elle arrivee jusqu’au Havre, ou elle a ete saisie et renvoyee aux Etats-Unis a la demande de Sinclair. Eisenstein s’est querelle avec l’ecrivain, qui nous proposait de retourner a Hollywood pour y monter le film. Eisenstein a refuse et n’est retourne en Amerique que pour liquider nos affaires. Barthelemy Amengual indique dans  Que viva Eisens que les negatifs furent interceptes a Hambourg. Quoi qu’il en fut, Eisenstein ne pouvait guere protester, son contrat stipulant tres clairement que son travail au Mexique etait la propriete de Mary Craig Sinclair:Eisenstein de plus s’engage a ce que tous les films faits ou diriges par lui au Mexique, toutes les copies negatives ou positives, et tout l’argument et les idees incarnes dans ledit film mexicain, soient la propriete de madame Sinclair, et qu’elle puisse les mettre sur le marche de quelque facon et a quelque prix qu’elle le desire.Qu’advint-il du materiau tourne ? Le scenariste Vsevolod Vichnevski pretendit,dans un opuscule apologetique consacre au cineaste sovietique, que le negatif fut reduit en poudre. En realite, il fut conserve a la cinematheque du Museum of Modern Art de New-York. Mais une partie des rushes furent developpes et montes. Au cours des annees, differentes versions virent ainsi le jour. La premiere, signee Sol Lesser (un producteur de series B, connu notamment pour avoir finance une quinzaine de films de la serie

 

Tarzan), sortit en 1933 sous le titre Thunder over Mexico. La meme annee, il livra Eisenstein in Mexico, puis Death day, qui reprenait des elements documentaires. En 1939, Marie Seton, une journaliste britannique, biographe du realisateur, et Paul Burnford, presenterentTime in the sun. Steven Bernas reconnais l’applicationdes auteurs de cette tentative a suivre le scenario original. Il ne la regarde pas moins comme une trahison des intentions d’Eisenstein, rappelant que ce script etait un leurre destine a la censure. Ce que confirme un texte du realisateur :

 

[Cette premiere ebauche]

 

est naturellement encore superficielle, pas encore affute, pas encore cisele, ni dans ses details, ni dans ses intentions, ni dans ses tendances. Il est meme volontairement edulcore, lisse de toutes les manieres puisque le texte etait destine au groupe coiffe par Upton Sinclair, qui financait l’entreprise et craignait par-dessus tout que le film ne laisse filtrer quoi que ce soit de trop radical. Par ailleurs, tout aussi sourcilleuse a l’egard du scenario, il y avait la censure gouvernementale du Mexique de l’epoque.…] Il nous fallait adoucir le ton du scenario en nous reservant la possibilite pendant le tournage de

 

 

 

developper, de mettre en relief ce qui n’etait dit que par allusion ou au detour

 

 

 

d’une phrase

 

 

 

 

 

. En 1958, Jay Leyda (assistant realisateur d’Eisenstein sur Le pre de Bejine , en 1937) monta Eisenstein’s mexican project, un assemblage de rushes dans l’ordre chronologique du tournage.

 

 

 

Grigori Alexandrov

 

Grigori Alexandrov, de son cote, ne perdit jamais l’espoir que les negatifs du film fussent restitues a son pays. Apres des annees de demarches infructueuses, en raison des tensions politiques de la Guerre froide, ses efforts furent tout de meme recompenses a la fin des annees 1970. Les archives Gosfilm d’URSS en reprirent finalement possession, ce qui permit au scenariste et assistant

 

d’Eisenstein de proposer sa propre vision, composee a partir des montages de

 

Lesser et Seton, d’images inedites, du scenario, des ecrits et des dessins de

 

l’auteur d’Ivan le terrible. Bernas est assez severe sur le travail d’Alexandrov,dont il dit : [Il]a bacle son montage et a signe du nom d’Eisenstein au lieu d’admettre qu’il est le meme faussaire que les autres

 

. Plus loin, il observe :

 

Saisir

 

cette part de pouvoir de l’auteur mort signale de quelle autorite les monteurs

 

 

 

veulent s’emparer. Quel qu’en soit les defauts, c’est cette version que je commenterai ici, car elle est actuellement la plus accessible. C’est surtout la seule que je connaisse…

 

 

 

Avec ce projet, l’objectif d’Eisenstein etait de montrer l’asservissement des peuples primitifs par les colonisateurs de l’eglise catholique

 

. Un propos qu’il prevoyait de structurer en quatre recits encadres par un prologue et un epilogue,illustrant

 

grosso modo la chronologie de l’histoire mexicaine.Le prologue met en scene un Mexique eternel,

 

ou le passe triomphe encore du present, annonce le script. Par une succession d’images d’une puissance visuelle rare, le realisateur s’attache a montrer la ressemblance entre les habitants du Yucatan contemporain et les figures sculptees de leurs ancetres Mayas. Il recourt pour cela au montage alterne, qui lui permet de mettre en perspective

 

 

 

les profils hieratiques des vivants (photo) et les idoles de pierre (photo). Parfois,

 

 

 

il les rassemble dans un meme plan (photo). Comme pour montrer que, malgre l’effondrement des civilisations, l’oppression espagnole, la dictature de Porfirio Diaz, le peuple du Mexique est immortel, puisqu’il survit a toutes les epreuves.Meme a la plus ultime d’entre elles : la mort. Car si

 

Que viva Mexico ! s’ouvre sur une ceremonie funeraire (l’enterrement d’un jeune homme emmene par les siens a travers une etendue desertique plantee d’agaves), il se clot sur la fete du Jour des morts, ou les Mexicains, apres avoir honore leurs defunts, adressent un pied de nez a la camarde. Une maniere de mieux signifier leur vitalite.Dans le premier episode,Zandunga, Eisenstein celebre justement cette vigueur,a travers un recit impregne de sensualite. Il le situe pour cela dans le milieu primordial de l’isthme de Tehuantepec, qui signifie colline du jaguar en Nahuatl

 

(la langue des dieux). L’eau en est l’element dominant (photo). Par son caractere

 

ethnologique, il se rapproche des films de Robert Flaherty. On songe egalement

 

au Tabou (1931) de Murnau, auquel collabora l’auteur de Nanouk l'Esquimau. On retrouve la meme nonchalance lascive (photo), la meme effervescence des corps(photo) dans un environnement naturel, aquatique (photo) et vegetal (photo), dont se parent les nudites fremissantes (photo). La dimension animale n’est pasabsente. Elle s’incarne notamment dans l’image d’un jaguar observant les deux

 

amants (photo). Cet animal occupe une place fondamentale dans le pantheon des civilisations mesoamericaines. On l’associe en particulier a la fertilite, theme central de Zandunga.

 

Le montage d’Alexandrov fait commencer cet episode par la romance entre

 

Abundio et Conception. Un choix en contradiction avec le scenario, qui le fait

 

debuter juste apres l’enterrement du prologue :

 

Le soleil levant envoie son

 

irresistible appel a la vie. Ses rayons qui penetrent tout s’infiltrent au plus

 

profond de la foret tropicale ; et les habitants s’eveillent avec le soleil et au son

 

de la brise marine matinale. Des vols de perroquets crient

 

(photo),

 

battent des

 

ailes bruyamment dans les branches des palmiers reveillant les singes

 

 

 

 

 

(photo)

 

qui se bouchent les oreilles de colere et descendent en courant vers le fleuve. En chemin, ils font tressaillir les venerables pelicans en retrait du rivage

 

 

 

 

 

[…].

 

De jeunes Indiennes se baignent dans le fleuve

 

 

 

 

 

(photo)

 

. Etendues sur le lit sableux et peu profond du fleuve, elles chantent une chanson.

 

 

 

 

 

[…]

 

De petites barques

 

dessechees par le soleil glissent lentement sur la surface brillante du fleuve photo). Cette liberte -ce n’est pas la seule, comme on le verra- legitime le jugement severe de Steven Bernas sur le travail d’Alexandrov.

 

La transition avec la seconde partie de ce recit s’opere par deux fondus enchaines d’une grande beaute : une parure de fleurs devient un collier (photo),qui lui-meme epouse -au propre comme au figure- la forme d’un hamac aubalancement duquel s’abandonne mollement un homme (photo). La premiere image symbolise l’amour instinctif, primitif, la seconde l’amour social (le mariage). Le

 

bijou, constitue piece apres piece par la jeune fille grace a son labeur, lui permettra en effet de trouver un epoux. Le realisateur exalte ici une societe matriarcale ou ce sont les femmes qui travaillent, choisissent leur compagnon,qu’elles accueillent chez elles. A l’inverse, les hommes apparaissent comme des creatures indolentes (photo), le plus souvent releguees au second plan (photo).Sous l’oeil d’Eisenstein, le Mexique est une societe feminine…

 

Fiesta

 

est le second episode de la version d’Alexandrov (le troisieme dans le scenario). Il est celui de la confrontation des cultures maya et espagnole. Cette

 

 

 

rencontre est illustree par la fete de Notre-Dame de Guadalupe, celebration

 

 

 

commemorant l’apparition de la Vierge a un indigene du nom de Juan Diego, en

 

 

 

1531. Eisenstein met d’abord en scene une procession se deroulant sur les pentes

 

 

 

d’une antique pyramide. Ce troublant melange de paganisme et de religion nous

 

 

 

montre des penitents gravissant a genoux le Golgotha paien (photo), autrefois

 

 

 

lieu de sacrifices (in)humains. D’autres portent sur leurs epaules une tige de

 

 

 

cactus (photo). Aux convulsions d’un peuple longtemps martyrise par l’Inquisition

 

 

 

(photo), le cineaste oppose ici les visages replets et obscenes des dignitaires de

 

 

 

l’eglise (photo), qu’il compare cyniquement -la encore par un montage alterne- aux

 

 

 

masques sepulcraux portes par des danseurs de la bacchanale (photo) organisee

 

 

 

en marge de la ceremonie religieuse, comme pour annoncer la mort prochaine de

 

 

 

ces oppresseurs. Dans cette sequence, l’influence d’El Greco se fait sentir dans

 

 

 

quelques plans d’une beaute saisissante, qu’il est impossible de traduire par des

 

 

 

mots. On songe, en particulier, au

 

Saint-Francois recevant les stigmates du

 

peintre cretois (photo).La confrontation entre les deux civilisations se poursuit avec une corrida, filmee a la maniere d’un ballet, parfois en camera subjective (photo). Dans cet episode ou la violence est erotisee -voir les oeillades adressees par l’une des spectatrices

 

au matador (photo)-, l’air est l’element primordial, que ce soit au sommet de la

 

pyramide, concue comme l’ultime etape avant le ciel, ou sur le sable de l’arene,

 

vibrante de lumiere.

 

A la cruaute du spectacle se deroulant dans l’amphitheatre repondent, dans

 

Maguey

 

, les atrocites commises par les grands proprietaires d’origine espagnole

 

contre les

 

peons indiens. Mais si le taureau a finalement toutes ses chances dans

 

son combat contre l’homme, le peuple n’en a aucune face aux puissants. L’action

 

se situe cette fois dans les champs d’agaves de Los Llanos de Apam, la principale

 

region de production du pulque, une boisson issue de la fermentation de la seve

 

du maguey. Eisenstein aborde dans cet episode le western, avec l’histoire de

 

Sebastian, un paysan se revoltant pour venger sa fiancee, Maria, victime d’un viol.

 

Arrete, il se verra inflige, avec deux de ses compagnons, un terrible chatiment :

 

enterres jusqu’aux epaules (la terre est donc l’element constitutif de ce recit),

 

ils mourront pietines par les chevaux des hommes de l’

 

hacendado. Cette scene n’a

 

rien a envier aux films de Sergio Leone. L’auteur d’

 

Il etait une fois dans l’Ouest

 

a-t-il eu connaissance de l’une des versions montees dans les 1930 ? Je ne suis

 

pas en mesure de repondre, mais la violence brute, frontale, proposee ici (photo),

 

le traitement visuel, avec de gros plans sur les visages (photo), les regards

 

(photo), indiquent une parente si evidente entre

 

Que viva Mexico ! et l’oeuvre de

 

Leone que le hasard ne semble pas y avoir sa place. A noter que cette sequence

 

fait l’objet dans le scenario d’une description tres edulcoree, sans doute par

 

crainte de la censure :

 

OEil pour oeil… [les peons] paieront leur audace de leur vie.

 

C’est parmi les magueys ou Sebastian a travaille et aime qu’il trouve sa fin

 

tragique

 

.

 

Pour la partie ethnologique de

 

Maguey, Eisenstein emprunta a diverses sources

 

picturales. Une lithographie du peintre Jose Clemente Orozco semble ainsi l’avoir

 

particulierement inspire. Intitulee

 

Magueyes, nopal y figuras, elle montre des

 

ouvriers agricoles cheminant, ployes sous le faix, a travers un champ d’agaves. Le

 

cineaste ne repugne pas non plus a s’approprier l‘iconographie religieuse. De

 

meme que

 

Fiesta faisait allusion a des representations de la Passion du Christ

 

(photo), l’image de Maria et Sebastian se rendant a l’hacienda renvoie en effet

 

au voyage de Marie et Joseph a Bethleem pour le recensement ordonne par

 

Cesar Auguste (photo).

 

Le sexe, force vitale plus ou moins explicite traversant tout le film, n’est pas

 

absent de cette section. Il apparait notamment dans les scenes documentaires evoquant la production du pulque, ou l’on voit les peons aspirant la seve de la plante, qu’ils rejettent ensuite dans une calebasse :

 

Debout au coeur de la plante,

 

ecrit Barthelemy Amengual,

 

le coupe-coupe erige a hauteur de sexe, le peon

 

semblait forniquer avec elle, se mettant, aussitot apres l’avoir percee, a la teter

 

.

 

Magueyes, nopal y figuras

 

, Jose Clemente Orozco (1929, lithographie)

 

En raison du conflit avec Sinclair, le dernier episode,

 

Soldadera, ne fut pas

 

tourne. Il devait avoir pour toile de fond

 

les incessants mouvements d’armees, de

 

batailles et de trains militaires qui succederent a la revolution de 1910, jusqu’a

 

l’instauration de la paix et du nouvel ordre dans le Mexique moderne

 

. Les

 

soldaderas

 

etaient les femmes des soldats de l’armee revolutionnaire. Pour

 

Eisenstein, cette evocation de la naissance du Mexique libre devait donner au

 

 

 

film son unite et garantir son impact dramatique :

 

Sans cette sequence, le film

 

perd tout son sens

 

[…]. Il n’est plus qu’une presentation d’episodes sans cohesion.

 

Pour la mettre en scene, il avait obtenu du gouvernement mexicain qu’il mit a sa

 

 

 

disposition 500 soldats, 10 000 fusils et 50 canons. On peut avoir une idee de ce

 

 

 

que projetait le realisateur grace a la lettre qu’il adressa a Zalka Viertel, deja

 

 

 

citee :

 

Nous aurions alors un film […] avec des scenes de foule qu’aucun studio ne

 

pourrait pretendre produire actuellement. Imaginez 500 femmes dans un desert

 

sans fin de cactus, qui trainent, dans des nuages de poussiere, leurs affaires :

 

leur lit, leurs enfants, leurs blesses, leurs morts, tandis que les suivent les

 

soldats paysans vetus de blanc et coiffes de chapeaux de paille. Nous montrons

 

leur entree dans Mexico, la cathedrale espagnole, les palais !

 

Le feu -celui de la poudre, et, par metaphore, celui de l’embrasement revolutionnaire- aurait sans doute ete l’element fondamental de

 

Soldadera

 

Que viva Mexico! s’acheve sur le Jour des morts. Une fete qui, au Mexique,presente deux faces, telle une medaille : l’une reservee aux commemorations, a la memoire des defunts, aux prieres ; l’autre festive, ou la vie triomphe. Cette victoire sur la mort, les Mexicains la manifestent en se livrant a une exultante danse macabre, ou l’on se nourrit de cranes en sucre (photo), de cercueils en chocolat… Ce depassement carnavalesque de la mort est l’une des raisons du voyage d’Eisenstein au Mexique.

 

Je l’avoue en toute objectivite et bien sincerement, reconnait-il dans la postface du scenario,

 

c’est lui, le Jour des morts, ou plutot ce j’en savais, qui m’a inspire bien avant que j’ai l’occasion d’aller au Mexique. Sans doute voyait-il dans cette attitude de defi a la loi la plus implacable de la nature comme un symbole de la lutte sociale. D’ailleurs, si le peuple du Mexique se moque de la mort, il s’amuse aussi a habiller des squelettes de costumes de ministre (photo) ou de generaux (photo), les representants des classes moribondes…

    L’epilogue s’interesse particulierement aux fameuses calaveras, ces decorations representant des cranes humains, utilisees le Jour des morts. Souvent en sucre,elles peuvent prendre aussi la forme de lithographies ou d’eaux-fortes, dont les plus celebres, signees Manuel Manilla et Jose Guadalupe Posada, ont a l’evidence inspire le realisateur russe (photo)…e ne me risquerai pas a fantasmer ce qu’aurait pu etre Que viva Mexico ! , siUpton Sinclair avait accorde a Eisenstein les 7 a 8 000 dollars necessaires a l’achevement de son projet. Reste cependant des images d’un lyrisme et d’une beaute rarement egales. Ce qui suffit a placer cesquelette de film parmi leschefs-d’oeuvre du Septieme art. Je terminerai cette chronique assurement trop longue… en ne concluant pas. Car je compte revenir prochainement sur cette oeuvre, via un theme connexe, les dessins mexicains du cineaste. Il convient de rappeler qu’il eut, tout au long de sa vie, une activite graphique intense, et notamment lors de son sejour au Mexique, periode ou se developpa une inspiration erotique parfois dechainee…

 

Il me reste a remercier Claude pour avoir initie l’idee de ce travail a deux voix (ou a deux mains), qui se renouvellera, je l’espere, au moins une fois par

 

trimestre.

 

Que viva Mexico !

 

est disponible en DVD chez Films sans frontiere, dans une

 

integrale d’assez belle qualite, meme si le format n’est pas respecte…

 

 

 

Le site de Christophe

 

 

 

Ma note –5/5

 

 

 

A lire :

 

Que viva Eisenstein ! Barthelemy Amengual (L’age d’homme, 1990)

 

Les ecrits mexicains de S.M. Eisenstein

 

, Steven Bernas (L’Harmattan, 2003)

 

Le cinema sovietique par ceux qui l'ont fait

 

, Luda Schnitzer, Jean Schnitzer,

 

Marcel Martin

 

(Editeurs francais reunis, 1966)

 

   

7 février 2012

Mes héros de celluloïd

   the_kinks_kinks_greatest_celluloid_heroes                     

          1972,la musique des Kinks,un des groupes phares de la Swinging England avec les mots de Ray Davies  et l'hommage à Hollywood et à nos héros de celluloïd. Avec l'évocation de Garbo, Bela Lugosi, Valentino , Bette Davis, etc...Hollywood Boulevard,Marilyn,et le rêve de glamour au pays des illusions.Extrait de l'album Everybody's in showbiz.

I wish my life was a non-stop Hollywood movie show,
A fantasy world of celluloid villains and heroes,
Because celluloid heroes never feel any pain
And celluloid heroes never really die.


The KINKS - Celluloïd heroes (1972)

 
 
 
 
27 janvier 2011

Tel-Aviv ma douleur

shiva

    Voyage un peu longuet à mon gré que ce Shiva du grand Avraham B. Yehoshua.Pas sans intérêt vu l'étoffe de cet écrivain mais moins prenant que L'année des cinq saisons ou Le responsable des ressources humaines,déjà évoqués sur ce blog.Benjamin Rubin, jeune médecin israélien,promis à un bel avenir,voit sa vie changer à la suite d'un voyage aux Indes où il est envoyé pour rapatrier la fille du directeur de l'hôpital où il travaille.Il va tomber amoureux,mais,et c'est là le problème,de la mère de  cette jeune patiente.De retour en Israel,malgré un mariage un peu hâtif,une paternité et des soucis professionnels en ce milieu si hiérarchisé de l'hôpital,il va se trouver dans cet état comme d'apesanteur,amant fugace et transi d'une femme de vingt ans plus âgée,rondelette et pas précisément séduisante.Mais justement comment fonctionne la séduction?Et qu'est-ce qui fait que cette femme plutôt falote le fascine?Et pourquoi Benjamin,brillant et mesuré,n'est-il plus tout à fait capable de libre arbitre depuis l'irruption de cette femme,Dori, dans sa vie tracée pour la réussite?Shiva est une histoire d'amour vraiment pas comme les autres où la mort du mari semble enrichir encore la relation du jeune médecin et de la femme mûre,où les liens familiaux sont de part et d'autre très forts mais aussi explosifs.

     Mais j'avoue être resté de marbre pour tout ce qui concerne le "transfert" de l'âme du défunt à son rival et plus généralement pour les pesantes références à la civilisation traditionnelle indienne dont mon rationalisme s'accomode décidément assez mal.Certes il y a dans Shiva comme des pages d'un amour à la fois léger comme un nuage et lourd comme une préparation à une intervention chirirgicale compliquée.C'est une belle écriture,riche et profonde.J'y ai parfois trouvé le temps long comme en une salle d'attente anxieuse.Pourtant les dialogues finaux entre Benji et sa mère sont de la très haute littérature.

28 juillet 2007

Le premier homme à en savoir trop

   En 1934 la première version de L'homme qui en savait trop sera un triomphe pour Alfred Hitchcock et attirera l'attention de Hollywood.Je n'aurai pas l'outrecuidance d'apporter un éclairage neuf sur un cinéaste que François Truffaut a si bien analysé et il n'est pas le seul.Ce film à suspense a aussi des atouts de comédie,notamment une jolie bagarre de chaises dans une église,très potache malgré le caractère dramatique d'un scénario à base d'enlèvement d'enfant.Ceux qui ne connaissent que le remarquable film de 56 avec James Stewart et Doris Day seront étonnés puisqu'à Marrakech s'est substituée une station de sports d'hiver suisse.Moins exotique certes mais en 34 la Suisse n'était pas si proche et Hitch raconte qu'il avait passé là-bas son voyage de noces.Sinon les deux films ne sont pas si différents:plus d'humour british en 34,plus d'introspection américano-freudienne en 56.

   Le morceau de bravoure est conservé,ce fameux coup de cymbale au Royal Albert Hall,qui doit couvrir le bruit du meurtre d'un diplomate.Rappelons qu'en 56 c'est Bernard Herrmann en personne qui dirigeait l'orchestre.Au rayon des interprètes on a oublié Leslie Banks(Les chasses du Comte Zaroff) pourtant excellent,moins "héroïque" que Jimmy Stewart.L'espion français très vite assassiné est joué par un Pierre Fresnay dont le célèbre débit s'amalgame assez bien lors de ses rares répliques en anglais(Daniel Gélin pour la version marocaine).Mais bien sûr et comme le dit l'ami Oogy c'est Peter Lorre que l'on garde en tête pour son premier rôle en anglais.Mais je reviendrai sur Peter Lorre,cet acteur hors du commun que le cinéma américain a condamné à des rôles de comparses dont certains furent inoubliables chez Huston ou Curtiz par exemple.

Extrait:Pierre Fresnay dans le texte   http://www.youtube.com/watch?v=SebVC6ly9pU

   

11 novembre 2006

Images de ruines

   Vous avez aimé Le troisième homme, ou Allemagne année zéro. C'est vrai que les ruines d'après l'horreur ont donné naissance à des chefs d'oeuvre parfois.Avez-vous lu L'ami allemand, excellent roman de Joseph Kanon dont Steven Soderbergh termine l'adaptation?

La Porte de Brandebourg

     Berlin 45.Un journaliste américain doit rédiger une série d'articles sur la conférence de Potsdam. La ville est éventrée et dans ce décor sinistre ou tout se monnaie il veut retrouver Lena son amour d'avant-guerre car il a vécu autrefois dans cette ville qu'il aimait.C'était un peu avant la guerre.C'est si loin.

L'ami allemand

     Mais les tensions politiques sont au paroxysme.Il ne faut pas oublier que la guerre n'a cessé que pour devenir une autre guerre, dite froide. Il y a déjà bien des rivalités pour le contrôle de ce qui est encore la capitale allemande qui va bientôt sombrer dans une sorte de no man's land bureaucratique pour 50 ans.Dans ce climat délétère il faut songer à sauver sa peau, quand les cadavres ne sont pas tous ceux que l'on croit et que d'un secteur à l'autre la vie ne vaut pas bien cher. La recherche de documents nazis pour la justice n'a, comme les hommes,pas toujours été exemplaire. C'est un livre très riche qui conjugue action et réflexion sur la difficulté de sortir d'un conflit démesuré qui aura aussi brisé l"amour de Jake et Lena.

29 septembre 2019

Retour de là-bas

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                                          Photo mensongère. Sur la Piazza del Duomo, là-bas, on est en fait environ 2000. Assaillis de mendicité, de vendeurs de bouts de ficelle colorés, de selfie-made people qui ne considèrent la cathédrale que comme le théâtre qui leur permettra de dire "j'y étais", de centaines de pigeons qui défigurent la statue équestre de ce pauvre Victor-Emmanuel. Le vrai voyage n'est plus. Moi, j'aurais voulu voyager comme Liszt ou Chateaubriand, mes malles arrivant au port, et être en tête à tête avec la Cène de Leonardo. Mais bien sûr je faisais partie de cette foire aux vanités. Sans perche à selfie, faut pas exagérer.

                                          Ceci dit, beaucoup de choses intéressantes à Milan, à commencer par le Duomo. Quelques images et quelques impressions bientôt.

 

20 septembre 2013

Nous sommes tous des spadassins

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                                 Très beau roman,sombre et brusque d'un auteur français que je découvre. Les spadassins est une grande réussite du roman sur fond historique qui conjugue le regard sur la brutalité d'une époque,les Guerres de Religion, et le récit d'aventures et de combats refusant totalement,et à ce point là c'est rare,le picaresque qui enjolive parfois un peu trop ce type de littérature.Jean-Baptiste Evette confie la narration de cette histoire à Antonio Zampini,bretteur italien assez lettré pour devenir l'homme de confiance et le chroniqueur de Guillame Du Prat,baron de Vitteaux en cette fin de XVIème Siècle. Le royaume de France est à feu et à sang et s'ils s'engagent  du côté du roi et du parti catholique ce n'est certes pas par conviction papiste.La seule fougue qui stimule Vitteaux,c'est le goût de la bagarre,très en vogue à l'époque où le fratricide était un art majeur dont l'exemple venait de très haut.

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                              Car de religion ou de foi point n'est question dans ce qui ressemble parfois au journal de bord d'une bande de brutes rappelant certains univers de westerns, plutôt à l'italienne,ou fin de mythologie.Très loin d'Alexandre Dumas où l'on a du chevaleresque,du preux, Evette nous présente ses combattants,courageux certes mais n'hésitant pas à tirer sur un fuyard ou à trucider au coin de la rue,rue bien peu avenante en ces années de Saint Barthélémy.Car si la Saint Bart est la star incontestée de ces années obscures on assiste à une multitude de sympathiques petits massacres sans importance,où l'on trucide le parpaillot,même pas gaiement d'ailleurs.Certes le huguenot n'est pas en reste quant à brûler et dévaster.

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                             Zampini,qu'il ne faut pas trop sanctifier parce qu'il sait lire et écrire,est en fait fasciné par le baron de Vitteaux,que rien n'arrête,et que rien n'intéresse hors les lames et à la rigueur,les aventures sans lendemain.Des lendemains il n'y en aura pas pour tout le monde,même pas pour les grands,Coligny, Guise, Charles IX ou Henri III. Mais Vitteaux semble protégé par un quelconque talisman alors que ses proches rejoignent le paradis ou l'enfer, romain ou protestant.J'ai aimé ce livre aussi pour son vocabulaire très riche. D'ailleurs pour défendre la langue française je suis prêt moi-même à tirer de l'émerillon ou du fauconneau,voire du basilic,coiffé d'un morion. La guerre a parfois de bien jolis mots. On pense un peu à La Reine Margot mais on est aux antipodes de ce brave Alexandre.Alors on pense à l'autre Reine Margot, celle de Patrice Chéreau. Pour la brutalité et l'effet "soudard" on a un peu de ça,c'est vrai.Mais débarrassé des intimes obsessions du metteur en scène. Si vous ne craignez pas de chevaucher et ferrailler, claquant des dents, affamé et crotté, foncez dans les sillage des Spadassins. Eux au moins ne vous donneront pas de leçon de morale.

                            

11 février 2015

Torpeur en Essex

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                                 Ca devient une habitude, je vais dire du bien de William Trevor, auteur d'origine irlandaise, depuis longtemps vivant au Royaume-Uni. Toutefois un peu moins  que pour Ma maison en Ombrie, Les splendeurs de l'Alexandra ou récemment Les enfants de Dynmouth. La petite musique de Sir W.T. joue souvent en mineur une partition provinciale où les héros se démènent et se malmènent dans les petits malheurs et parfois les grands. Thaddeus Davenant, horticulteur, vient de perdre sa jeune femme dans un accident de la route. Veuf dans son manoir campagnard, à portée de Londres cependant, sa femme était fortunée, avec sa petite fille de quelques mois et sa belle-mère qui s'installe pour veiller sur la petite. Pourquoi pas? La moins mauvaise façon de continuer de vivre?

                                 Survient Pettie, jeune femme de guère plus de vingt ans, candidate au poste de nurse pour la petite Georgina. Elle vient d'un foyer et a pour camarade Albert, gentil garçon un peu simple qui travaille de nuit et qui ne veut que le bien de Pettie. Mourir l'été n'est pas un roman flamboyant, encore moins hyperactif. Pettie, déçue de ne pas avoir obtenu le poste, et un tantinet charmée par la mélancolie de Thaddeus et par son jardin, sent germer en elle une drôle d'idée. Tableau plutôt calme de vies un peu étriquées, chacun dans son milieu, le roman voit ses quatre personnages principaux tourmentés et hésitants. La belle-mère qui, pour la bonne cause, cherche à s'imposer, le maître qui, anesthésié, semble s'en remettre à elle. Et les deux jeunes gens, Pettie et Albert, qu'une belle amitié réunit, dont le plus raisonnable n'est pas celui qu'on croit.

                                Mourir l'été n'est pas le livre des grandes colères. Et les drames s'y glissent presque par effraction. Comme si la mort par beau temps en était un peu plus souriante. William Trevor, maintenant très âgé, a vu son lectorat en France grandir doucement. Il y a comme ça des écrivains que l'on lit bien après l'été (je pense à E.M.Forster par exemple).

6 août 2013

Atout Coeur

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                                     Vraiment une réussite que ce grand Coeur,bien au delà du roman historique classique, ou de la bio romancée bien agréable. Jean-Christophe Rufin, académicien toubib diplomate marcheur, rien là-dedans de déshonorant, nous immerge dans cette époque charnière si prometteuse après les interminables conflits de la Guerre de Cent Ans. Absolument passionnant.Foin d'Anglois boutés hors de France,c'est l'Italie et ses richesses qui vont changer la France et l'Europe. Le modeste fils de fourreur au nom inoubliable va devenir en quelques dizaines d'années un précurseur,un visionnaire en matière d'échanges et d'économie,alors même que la France sort exsangue du Moyen Age. De l'avènement et de la grandeur du bourgeois en quelque sorte,j'y reviendrai. Avant maudissons la langue française qui a presque fait de ce vocable une injure en ne retenant que le moins bon de ce nouveau venu sur la scène sociale et politique.

                              Jacques Coeur, compatriote berruyer de Jean-Christophe Rufin, est d'origine assez modeste (pas si modeste que ça selon certains historiens, peu importe) et de prestance très moyenne. Mais cet homme a de l'énergie à (re)vendre. Son histoire nous est contée sérieusement, sans grande fantaisie, mais l'auteur a parfaitement su éclairer la profondeur de cet homme et surtout ses dons de précurseur,presque de visionnaire quant à l'avenir d'un pays,le Royaume de France, dont le souverain Charles VII est surnommé le petit roi de Bourges. Coeur fut l'un des premiers en Occident a compris l'attrait de l'Orient pas seulement celui de Jérusalem.Il a compris aussi que l'ère du pré carré est appelée à disparaître.

                              Monnayeur ,commerçant, banquier, financier, armateur, à la tête aussi bien d'une gigantesque entreprise privée  que de la maison France sur le plan économie, Jacques Coeur dont l'intelligence en affaires se double d'une grande clairvoyance quant à ses collaborateurs,connaîtra des triomphes,puis la disgrace,la prison et la torture,puis l'évasion et la mort en grec exil. Cependant il aura eu le temps de restaurer l'autorité du roi et de lancer les prémices du mécénat,de la libre circulation des biens,du commerce moderne. Rufin est un écrivain que je n'avais pas lu et j'ai beaucoup aimé la justesse de ce portrait d'un homme en avance. On sait qu'il n'est pas confortable d'avoir raison trop tôt. Le grand Coeur s'honore aussi de fouiller les personnages de Charles VII et Agnès Sorel, première maîtresse officielle de l'Histoire de France, autrement que comme le prince chétif qui devait tout à Jeanne d'Arc et la courtisane sans vergogne avide de puissance

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.                                Un beau roman, suffisament ample mais introspectif,assez pour que l'on regarde à Bourges, le fameux Palais Jacques Coeur ,à deux visages,l'un médiéval l'autre renaissance,superbe bâtisse qu'il n'eut pas le temps d'habiter, comme le témoignage d'un homme d'une grande complexité comme il y en eut peu dans l'Histoire. On a longtemps fait de Jacques Coeur un symbole de bourgeois.Je hais ces approximations. Admettons le toutefois comme un bourgeois, certes, mais alors très éclairé. Des comme ça,j'en redemande.

                 

13 mai 2012

Ma cabane en Alaska

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        Impressionné comme beaucoup par Sukkwan Island j'ai attendu un peu pour aborder Caribou Island.Ca me rappelle une jolie chanson  qui s'appelle J'irai jamais sur ton island.Parce que les islands vues par David Vann c'est pas de la tarte.Le premier livre était assez désespéré.Le second,Désolations,pour une fois le titre français n'est pas trop mal vu,serait plutôt désespérant.C'est pire.D'abord David Vann a le chic pour nous présenter des personnages médiocres, inintéressants, souvent pas mal beaufs,vaniteux.Inintéressants? C'est pas  sûr finalement.Un homme n'a qu'une obsession,bâtir une cabane de rondins dans une île paumée en Alaska.On ne sait même pas vraiment pourquoi.Son couple est en train de sombrer,sa femme malade traîne un boulet freudien lourdissime.Et puis l'Alaska n'est pas la Floride,on finit par s'y geler les neurones.Tous deux manipulent billes de bois péniblement transportées sur un bateau besogneux.Douleurs articulaires et blessures aux mains assurées.

    Ils ont bien eu deux enfants,adultes.Enfin,adultes,ça se discute.Le fils n'est vraiment lui-même que camé ou bourré.Le type même du gars qu'on n'a pas envie d'avoir comme ami.Il y en a comme ça.Les cadences péremptoires de la pêche au saumon, industrielle,en haute saison ne tendent certes pas vers la poésie mais cet homme n'a manifestement pas grand -chose à foutre de ses parents.Sa soeur,physiothérapeute (mais ce n'est pas par confraternité que je la sauve),très mal attelée avec un dentiste menteur comme un arracheur de dents,a bien conscience du malaise grandissant puis culminant chez ses parents.Elle fera ce qu'elle pourra mais chez David Vann,jusqu'à présent car il n'y a que deux romans,toute grâce semble vouée à l'échec.

     Ainsi donc le mari et la femme,j'ai oublié leur prénom et rendu le livre, n'échangent plus que des efforts harassants pour bâtir cette odieuse cabane,entre insultes et mépris.D'évidence ce ne sera pas "Home,sweet home".Désolations est un bon livre, fort bien documenté sur la nature alaskane d'une clémence relative.Je veux bien go West mais pas à ce point-là.Pour vous remonter le moral ne comptez pas sur David Vann.Pour une lecture de qualité mais réfrigérante,si.Pour voir une ébauche de label Vann,eh,peut-être.

L'avis  de Claudia  http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2011/10/david-vann-desolations.html

8 juin 2013

Récits de corail

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                Superbes,ces nouvelles sont superbes et comme j'aime Joseph Roth dont j'avais découvert il y a très longtemps La Marche de Radetzky et La Crypte des Capucins,avant de lire cinq ou six autres romans un peu plus récemment.Neuf textes courant de 1915 à 1936 constituent ce splendide recueil qui se termine par Le marchand de corail.Au moins six de ces nouvelles m'ont régalé.Par exemple l'une des plus courtes,Sa Majesté apostolique imériale et royale,petite chronique sur l'une des dernières sorties du vieil empereur d'Autriche-Hongrie,symbole d'une autre époque,où nous frappe cette attraction-répulsion de Roth pour ces "temps d'avant".Rien de nostalgique chez Joseph Roth,plutôt d'ailleurs contre l'autoritarisme,mais Le buste de l'empereur est l'occasion d'une analyse remarquable sur la décomposition d'une société qui fait place à une autre,pas forcément enchanteresse.Grand lucide, Roth évoque les notions de patrie et de nationalité chez un comte jadis autrichien devenu polonais,à en perdre son latin et son identité.C'est profond,et ça en dit beaucoup sur la Grande Guerre et le grand tournant.

                    Le chef de gare Fallmerayer,modeste fonctionnaire,bouleverse sa vie pour une comtesse russe victime d'un déraillement. Souvent chez Joseph Roth un déclic, accident ,maladie, deuil, transforme le destin de personnages besogneux et falots. Le marchand de corail, le discret commerçant juif ukrainien Nilssen Piczenik, court à sa perte, victime de sa passion pour l'or rouge des fonds.Les petits héros des nouvelles de Roth,disséminés dans les landes en déréliction de l'ex-monarchie viennoise,ou errant au Prater maintenant banalisé,sont à leur manière,presque tous,des victimes de 14-18.Pour eux rien ne sera plus comme avant,même les noms ont changé.J'aime profondément la sensibilité de Joseph Roth,qui a toute sa place près de Zweig ou Schnitzler,autres grands d'Autriche.

                   Joseph Roth (1896-1939) mourut d'alcool et de misère à Paris après avoir fui le régime qui brûla ses livres.Juif autrichien né en Galicie,dans cette sorte de macédoine que constituait l'empire de François-Joseph,il fut journaliste et s'interrogea beaucoup sur la fin des puissances centrales,qui imprègne son oeuvre dont nombre d'articles pour les journaux viennois, témoignages. Il repose dans un cimetière de banlieue parisienne après une sorte de lent suicide que son ami de toujours Stefan Zweig ne put empêcher avant de choisir à peu près la même désespérance..

18 mai 2013

Les miroirs feraient bien de réfléchir

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             Curieuse affiche pour cette adaptation de Raymond Chandler,La dame du lac,qui semble jouer sur l'interactivité en...1946.L'originalité de ce film réalisé et interprété par Robert Montgomery est la caméra subjective,procédé devenu assez courant mais qui à l'époque avait créé une petite sensation.Passé ce truc qui ne nous fait voir Philip Marlowe uniquement dans un miroir ou un reflet,La dame du lac est assez loin de l'ambiance vénéneuse et complexe du Grand sommeil.De plus les deux films sont tout à fait contemporains.L'un est maintenant au panthéon du noir,avec Bogie et The Look,via Howard Hawks.L'autre n'est guère évoqué que par les exégètes des écrivains hard-boiled dont Chandler est un des phares.Bogart qui n'a pas été si souvent un privé au cinéma a tellement investi la mémoire ciné de sa silhouette,de son accent et de son tabac qu'on a l'impression que Marlowe c'est lui,et que le Sam Spade de Hammett c'est lui aussi.Sacré Bogie,ça va Patron!

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         On passe cependant un bon moment avec cette Dame du lac bien que l'on ne voie jamais ni la dame ni le lac.Une secrétaire, assez fatale,fallait s'y attendre tentera bien d'égarer Marlowe.Un flic s'avérera peu regardant.Quelques comparses y laisseront leur peau.Le tout venant du polar,à une époque,où,tout durs à cuire qu'ils étaient,les auteurs de pulps ne se croyaient pas tenus d'aligner trois pages sur la façon de découper un thorax.La dame du lac est à sa place en ligue 2 catégorie film noir, estimable. Evidemment, comme je viens de revoir Assurance sur la mort de Billy Wilder la comparaison est cruelle.Lequel Wilder avait pour coscénariste... Raymond Chandler d'après la longue nouvelle de James Cain,et ceci sans le moindre private investigator..On y revient bientôt.

28 mai 2013

Géographie: Minneapolis, Minnesota

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http://youtu.be/mxVo5mjK4eg 

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                   Spécialement pour le Bison qui appréciera.Oh si,ça,ça va lui plaire à ce cher ruminant de Le Ranch sans Nom.Ou alors j'arrête de bloguer et j'écoute de la techno.Tom Waits au piano et sa Carte de Noel d'une pute à Minneapolis.Laquelle Minneapolis est une des twin-sisters du Nord-est avec sa voisine St Paul. Minneapolis est joliment décrite par David Treuer dans son roman Comme un frère Là-bas au Minnesota. Les deux villes sont indissociables.St. Paul, capitale administrative de l'état du Minnesota, et Minneapolis la plus grande ville.Mais les deux sont intimement liées pour former l'une des plus importantes conurbations du Nord des Etats-Unis.

                 La plus froide parmi les grandes villes américaines,Minneapolis fut longtemps peuplée de descendants scandinaves ou allemands.Un court moment sous administration française comme beaucoup de territoires de la Louisiane au Canada,Minneapolis fut aussi le berceau de Prince et des frères Coen.

P.S.Pour le Bison ne rien déduire de ses fréquentations suite au titre de Tom Waits.Ou plutôt n'en déduire que ses goûts musicaux,au demeurant excellents.Pour le reste... cela ne nous ...regarde pas.

28 mars 2013

Ob la di, ob la da,obsèques hi,obsèques ha!

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                 Je vais dévoiler la dernière partie de ce livre.Quelle mouche m'a donc piqué?Je n'ai jamais fait ça mais la lecture du roman Obsèques est une aventure qui a pris pas mal de temps de ma précieuse vie.Les lecteurs, rares, de Lars Saabye Christensen, enfin les éventuels lecteurs ont le droit de savoir.J'ai acheté ce livre parce que cet auteur norvégien m'a séduit avec Beatles et un peu moins avec Le modèle,Liverposlo ,Tableaux d'une exposition .La couverture m'avait aussi bien plu,Magical mystery tour oblige et les chapitres nommés comme des chansons des Beatles.C'est sûr,j'allais me régaler.Mais voilà,les choses n'ont pas été aussi simples.

           Sur 412 pages,280 environ m'ont considérablement fatigué.Kim est mort à 50 ans dans un hôtel du Nord norvégien,ce qui fait pas mal de nords et explique que j'ai perdu le mien un bon moment.Kim Karlsen est donc mort,mais il ne se souvient de rien. Non, suivez s'il vous plait.Il faut vous dire que la lecture de Beatles,remontant à trois ans,j'avais oublié que Kim était l'un des quatre membres du groupe rock héros de ce génial roman.Déjà là,je vous aide un peu,bande de veinards.Les deux premiers tiers du livre, Christensen les a voulus ainsi,très oniriques,surréalistes,comme le furent les Beatles de I'm the walrus ou Strawberry fields forever.Alice et Lewis Carroll ne sont pas loin non plus.Plus ahurissant encore,Kim aurait volé un diplôme décerné au cinéma de cettre ville du Nord très nordique,lequel diplôme récompensait la meilleure recette mondiale des entrées du film La mélodie du bonheur.Attention,j'en vois qui ne vont pas finir cet article pourtant limpide.

         Le mode est farfelu,parfaitement hermétique par instants,mais peut-être ai-je dormi un peu.Mais sûrement vous avez mieux à faire,vous ennuierais-je?J'abrège."Arrivé à la moitié du parcours le funambule s'aperçut que le fil n'allait pas plus loin".Cette citation superbe sera ce que j'ai essentiellement retenu des deux premers tiers d'Obsèques.Ne faites pas cette tête d'enterrement, j'ai bientôt terminé.Après ces heures de lectures,hachées menues à raison de trois pages ici,quatre pages là,on en vient aux funérailles,de belles funérailles sous la pluie avec très peu de gens,une ex-épouse,une fille que Kim avait un peu oubliée,un ancien copain gauchiste puis dealer,puis clochard.Et surtout Seb,Olaf et Gunnar les three restant ce ces Fab Four norvégiens,héros du livre Beatles,abondamment cité.Laborieusement retrouvés dans leurs activités de sexagénaires,bien loin de Sergeant Pepper's,bien las,l'un vaguement fonctionnaire archéologue,l'autre prof ayant depuis lontemps perdu ses cheveux,le troisième sourd,qui lutte contre l'obésité.Fringant,tout ça.

        130 pages très belles,de celles,rares,où j'ai l'impression de faire partie d'un bouquin,d'être partie prenante de ce cimetière sous la pluie,tant ces personnages paraissent vivants,tellement humains et pathétiques,auxquels je m'étais déjà pas mal identifié dans Beatles.Il y a des livres dont le tiers valent mieux que cinq tomes entiers d'autres.Obsèques m'a bien sûr inspiré pour Riff ultime, dernière livraison de Des plumes,une histoire d'Olivia. Cessons de persifler,lire Obsèques si on n'a pas lu Beatles, c'est un peu compliqué.Si on l'a lu c'est juste un peu plus simple,pas beaucoup.Mais avec un peu de fantaisie,celle de The fool on the hill,ça vaut le coup.

http://youtu.be/0fEuuxlB3aY  The fool on the hill

12 mars 2013

Hitch's cameos

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            Un tout petit clin d'oeil.Je pense que la plupart d'entre vous connait déjà ce petit montage.C'est un grand classique des quizz cinéma.Mais comme on se pose toujours  la question voilà de quoi satisfaire la curiosité de chacun.La plus étonnante de ces apparitions est sûrement celle de Lifeboat,huis clos sur un canot de sauvetage.

http://youtu.be/OW6Rdiqlg2E  Oscar du meilleur 83ème rôle

20 mars 2013

Je l'appelle Emma

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            Renoir (1934) et Chabrol (1991) encadrent Minnelli (1949) pour elle,pour Emma,pour cette héroïne littéraire si française et si universelle, Emma dont le prénom m'est si cher,Emma Rouault épouse Bovary,fille d'un paysan normand,sorte de midinette du XIXème Siècle,jusqu'à en mourir.Les trois films,très différents,sont estimables bien que ne rendant pas totalement justice à Emma,ni à Gustave d'ailleurs..Mais quel metteur en scène pourrait croquer la vie de province avec l'acuité de Flaubert?Quel réalisateur aurait le temps de la sévérité de l'auteur à propos de l'inénarrable comice agricole?Un tel roman,et quel roman que Madame Bovary,ne peur qu'exiger des sacrifices.Renoir,Minnelli,Chabrol ont en commun d'être restés modestes.Dans cette affaire même Flaubert s'incline devant Emma.

              Vincente Minnelli,flamboyant parmi les ardents,est on le sait un prince du mélodrame,somme toute genre parfois proche de la comédie musicale à laquelle il consacra aussi plusieurs films.Madame Bovary reste moins intéressant que les somptueux Comme un torrent et Celui par qui le scandale arrive.Mais tout de même,quel beau film! Evidemment le personnage,important,de ce cuistre de pharmacien Homais est banalisé alors qu'il est férocement croqué par Flaubert. Rodolphe Boulanger,prestance de Louis Jourdan,est aussi un peu délaissé.Charles Bovary,ce mari médecin de campagne,a manifestement la sympathie de Vincente Minnelli, honnête homme dépassé.Mais il y a Jennifer Jones,rêveuse et splendide, "fleur poussée sur le fumier" selon Flaubert lui-même (James Mason,peu crédible pour une fois)dans le prologue du film,le procès pour obscénité.De Madame Bovary,j'ai pas mal de souvenirs scolaires, mais,moi,mes souvenirs scolaires de français sont de bons souvenirs.Ils s'amalgament parfois fort bien avec Hollywood quand le maître de céans a les gants de velours d'un Minnelli.

           Le grand Miklos Rozsa,loin de sa Hongrie natale,composa pour le film l'une de ses meilleures musiques.Et,ultime hommage de la part de votre serviteur, piétrissime danseur s'il en fut,Madame Bovary est sur le podium des trois films qui m'ont  donné envie de valser,et ça,croyez-moi,c'est un exploit.Il est vrai que les partenaires pour ces scènes de bal sublimes s'appelaient outre Jennifer Jones, Danielle Darrieux pour Madame de... et Claudia Cardinale pour Le Guépard.

http://youtu.be/51M4sbxfKWc   Madame Bovary,Le bal au château

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