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31 janvier 2018

Rames et pagaies ludiques

                      Une ou deux fois l'an j'aime taquiner non le goujon mais le cinéphile. Cette fois j'ai décidé de vous embarquer. Enfilez donc un gilet de sauvetage et jetez vous à l'eau. Honnêtement ça me semble assez difficile pour une bonne moitié mais j'en connais quelques-uns  qui devraient bien s'en sortir. De toute façon, vu la photo 20 il me paraît impossible d'avoir 0. Je vous demande d'avoir la gentillesse de me donner les réponses en privé après un bref commentaire d'ordre général pour que l'on puisse jouer un moment. Merci.

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11 janvier 2018

You know what? I'm lucky

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                           Ce film est une petite merveille, production modeste et qui se joue des clichés sur l'Amérique tout en utilisant quelques-uns de  ses  stéréotypes. J'ai été très heureux de le faire découvrir aux gens qui n'ont pas regretté d'avoir fait l'effort de sortir un soir de janvier. Premier film mis en scène par l'acteur John Carroll Lynch et dernière apparition du légendaire Harry Dean Stanton (faut-il rappeler le Travis de Paris, Texas?). Cet acteur à la dégaine inimitable n'aura eu dans sa longue carrière que deux premiers rôles. Précisément le film de Wim Wenders, devenu archétype de l'errance, et plus  de trente ans plus tard, ce Lucky. Ce film a été écrit pour le grand nonagénaire émacié et s'inspire de sa vie, disent les  scénaristes. Lucky, dans ce petit bled de poussière et soleil, vit un quotidien sans histoires entre jeux télé très moyens, mots croisés chez Joe's, et gym régulière en caleçon.

                           Au rayon des micro-évènements la disparition de President Roosevelt, la tortue de Howard (David Lynch, étonnant de simplicité), les petites querelles au bar d'Elaine, les insultes de Lucky à l'endroit d'Eve's, autre bar d'où il semble avoir été exclu pour avoir allumé une cigarette. C'est que Lucky joue parfois au misanthrope, en pure perte car en fait tout le monde l'aime bien. Ca pourrait même l'irriter un peu. Mais nous aussi, dans la salle, on l'adore cette petite communauté dans un ouest-sud américain assez bon enfant, même si tout cela  est un peu désargenté. Ancien marine, Lucky échange quelques mots au comptoir avec Fred (Tom Skerrit, pas vu depuis un siècle, formidable), quelques mots  sur la guerre du Pacifique et c'est bouleversant. Et la scène de l'anniversaire chicano est splendide. Lui-même folksinger à l'occasion, harmoniciste et amateur de musique mariachi, Harry Dean Lucky Stanton y est inoubliable. Il est un peu l'homme qui parle aux saguaros, aux criquets, et il restera au moins de ce beau film son sourire superbe, à peine désabusé, dernière image d'un personnage historique du cinéma américain.

                          Sourire également sur le visage des spectateurs, et enthousiasme pour ce film et sa philosophie. Quelqu'un a dit "Sur un cadre western les mots ont remplacé les colts". Un autre "On se prend d'affection pour ce pauvre Howard, esseulé depuis l'escapade de  sa tortue. Mais chut attendez la fin..." Ultime argument, décisif, on y entend Johnny Cash, pas longtemps, mais deux minutes de I see a darkness valent bien le déplacement.

                          Plus qu'ultime argument, je viens de lire chez Sentinelle que Ronnie adore ce film. Moi j'adore ce que dit Ronnie à propos de Lucky.

3 janvier 2018

Boulette

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                            Animant en janvier et février un séminaire (ça fait sérieux) sur différents aspects de la musique au cinéma j'ai en bon béotien voulu me documenter sur le sujet. En clair j'ai essayé comme tout un chacun de pomper consciencieusement les travaux d'autrui, autrui qui lui-même avait puisé etc... Du moins je m'imagine autrui ainsi. Revenons à nos moutons. Il ne m'a pas coûté cher. Il m'a coûté trop cher. Pardon à Madame Cristina Cano, universitaire dans la prestigieuse Bologne que j'ai fréquentée l'an dernier. C'est Bologne que j'ai fréquentée, pas Madame Cristina. Signora, scusami. Nanti de ce précieux viatique je m'apprêtai (moi, je suis pro-passé simple)  à proposer une session d'anthologie qui ferait se pâmer d'admiration mes auditrices, car j'ai surtout des auditrices, si. Je dus déchanter car j'avais oublié l'essentiel.

                           Coming out. Voilà, j'avoue. Je ne sais pas lire l'universitaire. Le chapitre Les structures discursives: la modalité symbolique dans les processus de signification en musique a déjà calmé mon ardeur. Le chapitre La macro-fonction motrice affective m'a presque anéanti bien que son sous-chapitre Le fonctionnement  pragmatique, la fonction d'induction sensori-motrice, le corps et l'inconscient personnel ait été d'un lyrisme à couper le souffle.

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                           Deux chapitres particuliers allaient me permettre de me refaire. Dans celui sur Woody Allen me fut confirmé que Si l'isotopie est un ensemble de catégories sémantiques qui permet la lecture uniforme du texte musical, la narration de la rencontre et du souvenir amoureux peut être décrite, sur le plan du contenu, grâce à l'isotopie sémantique tristesse/ crescendo/ tristesse, à partir de l'observation de configurations de caractère syntagmatique. Quel farceur ce Woody. Dans celui sur  Fantasia de Disney je n'appris rien, sachant depuis belle lurette La séduction synesthésique, où s'accomplit le processus objectif d'une mutation radicale du langage musical et pictural, et qui s'étend avec une froide synchronie de Vienne à Moscou.

                         Si vous avez lu mon billet entier sachez que déjà vous avez fait un bel effort, et que je n'en ai pas lu davantage. Enfin si un lecteur adepte de Sacher-Masoch en version littéraire désirait ardemment cet ouvrage je me ferais un plaisir de lui envoyer bien vite. J'avais d'abord pensé l'abandonner dans un jardin public comme je le fais parfois mais aucun banc ni aucun promeneur ne méritent une telle punition. Pourtant la photo de couverture est tirée d'un des plus beaux films de l'histoire du cinéma.

29 décembre 2017

L'Ecrivraquier/16/J'aurais voulu danser

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                                  Bien sûr mais que croyez-vous donc, bon sang? Les choses en auraient été tout autres, je suis pas sûr, mais tout de même un peu. J'aurais voulu savoir, virevolter, enchanter. J'en ai jadis rêvé, j'aurais voulu tourner, valser, rock'n'roller. Etre Gene Kelly sous la pluie, George Chakiris au delà du grillage, Lancaster immuable et changeant. Dans le tourbillon repartir, de bon pied, c'était avant qu'is soient enserrés. Ainsi je me suis efforcé, l'élégance de De Sica, quitte à finir sur le pré, mais je n'ai pas toujours eu Darrieux dans mes bras.

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                               J'aurais voulu danser, j'aurais voulu sourire. Ténébreux et intro, mutique à l'occasion, cela ne dura pas toujours. Mais il y eut des rechutes. Et puis c'est dur d'être à l'aise parfois, les autres ne dansent pas tous très bien au grand bal du monde. Alors on se heurte, on se jauge. Certains sont grands et forts. J'aurais voulu danser, queue de pie et Katherine, du temps du noir et blanc. La grace ne m'a pas touché et Terpischore m'ignore encore. J'aurais voulu chalouper, cavalier argentin aux rives du Rio  de la Plata, mais je tiens mal à cheval. J'aurais voulu, dame, un peu plus de prestige, on a tous nos faiblesses, et des regards un peu plus insistants.

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                                J'aurais voulu danser, n'import où, ors viennois, bords de Marne, aristo ou populo, qu'on me voie.  Le temps n'est plus aux entrechats. Pourtant oui j'ai dansé, pas très bien, tout modeste, doucettement, comme ce couple déchirant d'Une aussi longue absence, merveille de film tout en pudeur et retenue, couronné en 1961 et que j'ai vu hier pour la première fois. Même le cinéphile a sa part d'ombre et ses zones d'amnésie.

 

 

 

16 décembre 2017

C'est souvent pour demain

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                                C'est d'Algérie que nous vient le très beau film de Karim Moussaoui, En attendant les hirondelles. Nous projetions lundi soir ces trois histoires,qui s’enchaînent. Et qui offrent une radiographie révélatrice de l’Algérie d'aujourd'hui, pas propre, pas nette, pas débarrassée de ce qui l’empoussière, et où l’on attend toujours le retour des hirondelles qui ont fait le printemps arabe. Trois générations, trois récits et le patriarcat, la corruption, le déni. Une Algérie douloureuse de  ses années 90. Et ce fut vraiment une bonne soirée de cinéma car le public habituel a beaucoup apprécié ce film. Mais, chose plus rare, car vous savez bien que ce genre d'animation réunit en général les fidèles, quelques personnes sont venues découvrir ce film, attirés par le sujet. Ce n'est pas si fréquent, un film algérien. Et une jeune femme franco-algérienne a notamment pris assez longuement la parole pour évoquer son sentiment sur En attendant les hirondelles, parlant de son ressenti envers l'Algérie actuelle. Ce fut particulièrement enrichissant.

                            Un homme d'affaires divorcé peine à gérer sa relation avec une Française qui ne s'est pas insérée dans la vie algéroise, et l'instabilté de son fils qui veut interrompre sa médecine. Un jeune femme, plutôt moderne, hésite sur son avenir entre un mariage de convenance semble-t-il et son amour de jeunesse. Un neurologue de renom se voit rattrappé par une grave accusation lors d'un enlèvement terroriste survenu dix ans plus tôt. Tous ces gens sont de bonne foi et dans l'ensemble assez sympathiques. Mais tous se retrouvent à la croisée des chemins, à se questionner sur leur choix. C'est que tout est si compliqué en Algérie, si tatillon notamment, ce pays si jeune, si prospère potentiellement et pourtant toujours terriblement divisé. Le temps semble suspendu sur eux qui hésitent. Quels seront leurs lendemains?

                            Pour son premier long Karim Messaoui se montre habile à la description en mode mineur, au sens de non trop tragique, de ces gens relativement privilégiés, mais qui n'en sont pas moins plutôt mal dans leur existence. Plusieurs voitures sont en panne dans le film, et on comprend bien que c'est toute l'Algérie qui est en panne. En panne de printemps, En attendant (peut-être) les hirondelles.

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30 novembre 2017

Deux avis valent mieux qu'un

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                               Voilà pourquoi vous en aurez aujourd'hui deux pour le prix d'un. L'Ours d'Or de la Berlinale suffira-t-il à dynamiser les entrées de Corps et âme, film d'une réalisatrice hongroise dont on n'avait rien vu depuis 27 ans environ? Il s'agissait de Mon XXème siècle, pourtant Caméra d'Or. Pour le premier spectateur, ce film vu vendredi a distillé pas mal d'ennui tout au long de presque deux heures (soupir) dans le cadre idyllique d'un abattoir de bovins. Songez, les deux personnages principaux sont le directeur de l'établissement, l'homme, Endre, un quinqua solitaire au bras atrophié, que l'on voit souvent à la cantine de l'entreprise, un endroit particulièrement séduisant pour une histoire d'amour. Gris sur gris, à première vue vide de tout désir et de toute flamme, et la femme, Maria, nouvelle responsable de la qualité (on appelle ça comme ça), présentée comme une psychorigide peu loquace et peu portée sur toute forme de contact. Tout cela est toutes les douze minutes environ entrecoupé d'une scène forestière dans la neige, un cerf et une biche, certes très cinégéniques mais tenant du procédé puisque relatant le rêve commun à nos deux personnes.

                             C'est bien sûr comme souvent au ciné une leçon de tolérance puisque les deux vont s'apprivoiser, longuement, très longuement, avant de se trouver d'autres point communs que l'onirisme zoologique hivernal. D'ici là on aura eu le temps de maudire ces snobinards du festival d'avoir récompensé un film qui a tout d'un besogneux devoir de fin d'études d'une école de cinéma d'un quelconque pays de l'Est avant la chute. La chute évoquée ici n'étant pas celle du spectateur égaré en cette salle et qui s'écroule, plombé de sommeil.

                            Voici l'avis d'un second spectateur, qui a pourtant vu le même film, Corps et âme, d'Ildiko Enyedi. Présenté en animation débat le film a été unanimement apprécié par un public conquis. On a aimé cette rencontre de deux déclassés qui peu à peu vont se rejoindre. Maria, la très raide et toute nouvelle cadre ès qualité, par ailleurs hypermnésique (on pense un peu à Rain man), et intouchable au sens propre, va se découvrir capable d'éprouver... Corps et âme est l'histoire de cet éveil sensuel, sentimental, sensoriel. C'est très finement amené, en particulier par le jeu sur les mains de Maria qui par exemple rejoue avec deux playmobil une de  ses entrevues avec Endre, ou qui laisse ses mains divaguer doucement sur le cuir d'une vache sous les moqueries de ses collègues. Et le rêve commun de ces  deux là, restés sur le bord de la route, prendra corps, prendra âme, prendra Corps et âme. Nul besoin d'en dire plus, ce film a été chez les fidèles du ciné-club considéré comme l'un de plus beaux depuis trois ans et demi que nous pratiquons cette formule.

                            Le premier spectateur c'était moi, presque seul, le vendredi après-midi, à la limite de la sieste, et me demandant au bout de dix minutes ce qu'il m'avait pris de choisir cet interminable objet visuel pourvoyeur de deux heures entre parenthèses que j'eusse mieux fait de mettre à profit pour oxygéner mon teint blanquet de rat de salles obscures.

                            Le second spectateur c'était moi, avec une bonne quarantaine de gens, sorte de garde rapprochée du Septième Art qui sont intervenus après le film, tous heureux de la découverte, et qui, plus clairvoyants que moi, n'avaient pas attendu une seconde vision pour apprécier Corps et âme. Et nourri de leur ressenti j'ai eu l'impression d'avoir vu pour la troisième fois en quatre jours ce bien beau film.

                              

                              

                             

23 novembre 2017

Quelques mots sur quelques films

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                                            Faute d'amour est un film terrifiant comme Le retour, comme Leviathan. Que le cinéma de Zviaguintsev est troublant, jusqu'au malaise. Et comme la Russie semble le pays idéal pour la dérive,les dérives. Un couple se déchire dans la banalité d'une banlieue de Moscou ou Saint Petersbourg. De toute façon  on n'est nulle part. Dans un no love's land hideux et terrible où des parents glissent le doigt sur leurs tablettes, sans émotion, leur enfant étant en fugue, rien de plus, rien de grave. J'ai eu froid et j'ai pensé à Leonard Cohen " I've seen the future, it is murder".Andrei Zviaguintsev est d'ores et déjà un immense cinéaste mais ne comptez pas  sur lui pour vous sentir bien.

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                                 Un peu contraire, jouant la carte du mélo et de la différence, mais intelligemment construit sur l'aventure de deux adolescents sourds en fugue à New York en 1927 et 1977, Le musées des merveilles sait nous bouleverser. La Big Apple en noir et blanc, juste avant l'irruption du cinéma parlant, est très joliment filmée et ce conte initiatique transfigure la quête de ces  deux enfants sourds à la poursuite de leurs destins. Pour la magie on pense à Hugo Cabret qu'adapta Scorsese. Rien d'étonnnant, Brian Selznick étant l'auteur des  deux romans. Le film doit beaucoup à ses deux jeunes acteurs. Todd Haynes rend hommage aux grands mélodrames silencieux, et à la ville de tous les possibles. Bien sûr, quelques-uns, pas très nombreux, ont fait la fine bouche. Et Cannes l'a soigneusement ignoré. Moi j'ai trouvé qu'on était proche de la perfection. Space oddity de Bowie, la version d' Also sprach Zarathustra par le pianiste brésilien Deodato que je n'avais pas entendue depuis des siècles, une très belle musique originale de Carter Burwell, de jolis glissements des scènes identiques entre l'époque de Rose et celle de Ben, une poésie de tous les instants, autant de raisons de voir Wonderstruck.

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                                   Une séance ciné-philo a été consacrée au document d'Amos Gitai, un de plus, A l'Ouest du Jourdain. On connait depuis si longtemps le long combat de Gitai pour une solution pacifique du séculaire conflit. Pas mal d'intellectuels israéliens, écrivains, cinéastes, savants, luttent ainsi pour faire triompher la raison. C'est peu dire que c'est pas gagné. Le public a été très intéressé et la discussion s'est bien engagée, mais le sujet est si complexe. Certains ont vu le verre à moitié plein, les scènes de fraternisation des mères des deux côtés, le trouble de certains soldats d'Israel se remettant en question. Mouais... Moi, qui pèche rarement par excès d'optimisme, j'y ai surtout entendu un gamin de douze ans rêver de martyre d'une part, et un journaliste plutôt désespéré prévoyant que pour des raisons de démographie la solution négociée sera tout bonnement définitivement impossible d'ici quelques années. Terrifiant, glaçant et, à mon sens, probable. A l'Ouest du Jourdain est bien sûr un film à voir. Sans illusions.

 

20 novembre 2017

Je revisite ma cinémathèque/Arsenal

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                                          1928, Alexandre Dovjenko et le souffle des grandes années, faut-il dire soviétiques, russes, ukrainiennes. Etonnament ce film dormait sur mes étagères depuis un fameux bail alors que son presque jumeau, La terre, est au firmament de mes classiques muets. Ce que La terre est aux paysans, Arsenal l'est aux ouvriers. Propaganda? Bien sûr et pas qu'un peu. Grand film? Bien sûr et pas qu'un peu. D'une durée de 1h06, du moins dans la version DVB que je possède, pas trop fiable, et là on se prend à rêver que certains pensums actuels ne durent que ce temps là, Arsenal est un poème lyrique où les petits, les sans grade, les perdants immuables tiennent le premier rôle. C'est certes la grande histoire mais au travers de quelques destins individuels.

                                         On l'a souvent écrit, les grands films soviétiques ont posé la légimité du montage, étape majeure, de la fabrication, terme très approprié, d'un film. Il y a dans Arsenal des scènes d'une cruauté inouie, une quintessence de la misère paysanne, un laboureur usé frappe un cheval étique,  un soldat en proie aux gaz hilarants, des exécutions où l'ombre des condamnés leur emboîte le pas  et s'écroule. Par ailleurs Dovjenko fait preuve d'inventivité avec plusieurs cadrages audacieux et une superbe parabole où un accordéon expire lors du déraillement d'un train. Il y a comme ça pas mal d'idées dans ce film.A ce stade plus question de polémique ni d'idéologie. Il reste du cinéma, celui qui se suffit à lui-même, même s'il demande, c'est vrai, un effort au spectateur.

                                         1918, Timosh, soldat ukrainien déserte et rentre à Kiev. Revenu dans sa ville natale, Timosh , dégoûté, se révèle un meneur et c'est tout un peuple harassé qui se jette dans le bolchevisme, la seule issue possible aux malheurs qui l’accablent. Mais dans une Ukraine indépendante le gouvernement central est aux mains de la bourgeoisie. Timosh exhorte les ouvriers de l’arsenal maritime à se lancer dans une grande grève. Le gouvernement russe décide de noyer cette fronde dans le sang... Arsenal s'adresse à mon sens à l'intelligence du spectateur, supposé apte à décrypter au delà des sentences bien carrées les avancées contradictoires d'un pays qui, aux dernières nouvelles, n'en a pas encore fini. Il y a quelques films qu'à mon sens il est bon de voir deux fois de  suite. Arsenal est de ceux-là.

8 novembre 2017

Une île

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                                 Vent du large au CinéQuai le lundi 6 novembre à 20h. Mais vent contrarié avec le très beau document de Loïc Jourdain Des lois et des hommes, couronné de plusieurs prix dans les nombreux festivals du réel. Loïc Jourdain vit la moitié de l'année dans le nord de l'Irlande et a tourné une dizaine de documents sur la vie là-bas, ou plutôt là-haut. Le travail sur Des lois et des hommes a duré près de huit ans. Tout cela pour ramener à 1h40 près de 500 heures de tournage. Résultat, le portrait de John O'Brien, pêcheur du Donegal, enraciné comme le whiskey dans la tourbe, irlandissime comme son nom l'indique et comme c'est pas permis, combattant sans trêve pour maintenir l'activité artisanale dans cette zone d'extrême Europe. Mais le film va bien au delà de la lutte de la minuscule île d'Inishbofin contre les lobbys industriels.

                            Car voilà, l'autre vedette de ce film est le Parlement Européen et Loïc Jourdain nous le présente bien loin des clichés habituels de bureaucratie et d'opacité. Il faut voir John O'Brien faire valoir ses arguments jusque dans les couloirs bruxellois et y trouver certaines oreilles attentives. Salutaire, non?

                            Ce que vous venez de lire est l'appel lancé aux spectateurs de venir un lundi soir, le premier soir de cette saison où il fallut la raclette sur le pare-brise, pour voir un très discret document sur un îlot perdu au nord-ouest du nord-ouest européen. Pas de quoi quitter son home, sweet home (pas toujours si sweet que ça) pour se coltiner 1h40 d'un doc en gaélique sur le rocher d'Inishbofin où les marins pêcheurs ont fait la gueule et se  sont battus huit ans, de 2006 à 2014, sous le futile prétexte qu'on les empêchait de pêcher. Sont susceptibles ces Irlandais.

                            Trèfle (Irish oblige) de plaisanterie, ils sont venus les spectateurs. Pas autant qu'à l'Aviva Stadium, Lansdowne Road, Dublin pour Irlande-France, mais ils sont venus. Et même, ça leur a plu, ce cinéma  à hauteur d'homme où le principal protagoniste n'a pas eu besoin des maquilleurs pour le vieillir de huit ans, ce qui nous change un peu des fictions. Oui, Des lois et des hommes a été apprécié et les échanges, terme que je préfère à débat, ont été très enrichissants. J'avais choisi ce film, vous connaissez mon erinesque passion, mais j'avais un tout petit peu planché sur le fonctionnement de l'Europe, que l'on connait si mal. Europe, not so bad. En gaélique je m'abstiendrai. Mais je remercie les fidèles de notre CinéQuai et sa directrice pour avoir permis de faire connaître un peu un tel film.

                            Retour à la fiction internationale prochainement avec deux films, hongrois et algérien. Côté partie de pêche dramatique, deux chefs d'oeuvre historiques oscillant entre le document et le fictionnel demeurent inoubliables, La terre tremble de Visconti et L'homme d'Aran de Flaherty. J'oubliais, ils sont en noir et blanc.

5 novembre 2017

J'écris

                     J'écris sur le blues parce que bien que cette musique s'égrène la plupart du temps sur trois accords  je suis incapable de la jouer un peu pas trop mal. Et parce que pour le chanter il faut du ventre et du coeur, ce qui doit me manquer. Enfin je me persuade que c'est surtout la voix qui manque. Après tout tout le monde n'a pas eu la chance de crever de faim sur les routes du Sud américain, ni de jouer dans un bouge du Mississippi pour un plat de haricots.

 

                      J'écris sur le folk depuis toujours. Je crois que j'écrirais sur le folk même si je pouvais faire autrement. au moins  cette question-là ne se pose pas. Je suis un songwriter fantôme, un folksinger virtuel. Mes frères aînés avaient nom Robert Zimmerman ou Donovan Leitch. Et puis d'autres encore plus tard, glorieux, ou pas du tout. Maintenant je cède aux  sirènes de la facilité. Un ou deux clics et ils paraissent, folkeux de quatrième série parfois, mais qui me touchent de trois arpèges, me blessent d'un la mineur, me tuent d'une ballade pour une femme partie (régle générale, la femme est souvent partie, ou malade). Le folk c'est rarement du burlesque. Mais ça tombe bien, j'me sens mieux quand j'me sens mal. Et j'écris souvent automne, comme le chante Gordon Lightfoot, dont je préfère la version de Changes à celle du créateur Phil Ochs. Rassurez-vous je dis ça à personne. On en interne pour moins que ça.

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                     J'écris sur les livres depuis que je sais lire. J'ai su lire très tôt et c'est un grand tort. On devrait apprendre à lire sur le tard. Et puis non, on devrait ne jamais apprendre à lire. C'est trop humiliant. On comprend vite qu'on ne saura être aussi inquiétant que Buzzati, aussi lucide que Marai, aussi finaud que Simenon. Donc, disais-je, j'écris sur les livres. Ca m'évite d'écrire un livre. Qu'est-ce que je raconte, là?

                     J'écris sur le cinéma. Je décortique un film guatémaltèque que j'ai vu un jour seul dans la salle. Oh j'ai pas peur, seul au ciné, ça m'arrive toutes les semaines. J'en parle aussi, du cinéma, assez souvent. Je parle et j'écris, donc je suis. Enfin je suis pas tant que ça, me semble-t-il. Assez pour oublier que j'étais trop jeune pour être le Tancrède du Guépard, et que je suis trop vieux pour être le Prince Salinas d'un éventuel remake. Dieu ou diable nous préservent d'ailleurs d'un tel projet. Voyez...J'écris sur le cinéma.

 

                         J'écris, j'écris quelques commentaires sur quelques blogs que j'aime. J'écris parce que d'autres ont écrit. J'écris ainsi sur ce qu'ils ont écrit. Souvent ils écrivent aussi un peu sur ce que j'écris. Vous suivez? Se sentent-ils, se sentent-elles, obligés-ées (inclusive, le ridicule ne tuant pas)? Je l'ignore mais j'aime bien quand ils écrivent, et souvent ce qu'ils écrivent. A quelques-uns j'écris aussi directement mais chut!

                         De temps en temps, rarement, je me mets à écrire, à écrire tout court. Mais souvent, il me faut bien le dire et l'écrire, je trouve que ça tourne court.

 

11 octobre 2017

Envie de bâcler

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                              Pas envie de faire du zèle mais de l'expéditif. J'aime souvent les chansons de Barbara. Elles n'ont nul besoin de l'affligeant et prétentieux pensum nommé Barbara de Mathieu Amalric qui nous brode une variation sur la création, mise en abyme comme on dit si souvent, etc... Attention, ce n'est que mon avis.

                              Le Redoutable, de Michel Hazanavicius, au moins, est un peu cocasse. Pas de quoi cependant cocasser trois pattes à un canard. Bien sûr le film n'aborde que l'année 68 ou à peu près mais si JLG vous intéresse mieux vaut revoir ou tenter de revoir ses fulgurances réelles et ses inepties non moins réelles. Ceci est au moins partiellement de mauvaise foi car j'ai vu trop peu de films de Godard, ils sont nombreux, pour émettre un avis un tout petit peu, pas beaucoup, éclairé.

                             Ce billet ne restera pas dans les annales. Les deux films expressément cités, enfin cités express, non plus. Mais ce n'est... que mon avis. Pour paraphraser la grande dame en noir, si la photo est petite...la chronique aussi. Mais nous avons tous le droit à la petitesse. Je sais, certains en abusent.

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5 octobre 2017

Rien vu à Hiroshima

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                             Audience très correcte, public attentif et plutôt conquis par le beau et calme film du documentariste Jean-Gabriel Périot. Je trouve que Lumières d'été porte bien son titre. Lumineuse en effet, cette variation sur le devoir de mémoire prend la forme d'un conte presque ludique malgré le sujet pour le moins difficile et qui porte un nom qui zèbre l'histoire de noir, Hiroshima. Akihiro,  metteur en scène nippon francophone, personnage très proche de Jean-Gabriel Périot, recueille dans un studio le témoignage d'une survivante de la tragédie, soixante-dix ans après. Il rencontre dans un parc de la ville une jeune femme, Michiko, curieuse, bavarde, mutine. Elle semble bien connaître le passé. Plus loin un enfant et son grand-père, Hiroshima serait une ville comme les autres.

                            C'est certes un film bien peu spectaculaire que Lumières d'été. Mais c'est une jolie balade qui trouve son rythme en deuxième partie après la relativement longue interview de la vieille dame, à cet instant on sent dans le public une certaine impatience. Mais le film se transforme tout en douceur en une sorte de walk-movie, peu prolixe en péripéties, un peu trop en dialogues à mon gré même si ces derniers ne sont jamais assénés comme on aurait pu le craindre d'une oeuvre "à thèse". J'ai aimé ce film, plus à la seconde vision, certains traits m'ayant échappé la première fois.

                           L'ami Martin a plutôt apprécié ce film discret Revoir Hiroshima. Les spectateurs du CinéQuai aussi et les échanges ont été assez riches. En majorité ils ont aimé la façon qu'a le film de parler de l'indicible sans images choc, sans même archives, rien que par la grâce de la rencontre de quelques personnages, de tous âges. Alors on parle bien sûr de devoir de mémoire, de plus jamais ça, bref on parle de raison. On n'évite pas toujours les à peu près, voir les erreurs. Mais somme toute proposer un tel film est déjà une petite victoire. Ca dure 1h23, timing idéal, juste quelques pas dans une ville célèbre, qui aurait tant aimé l'anonymat.

                          Le cinéma japonais, encore maintenant, ne cesse de multiplier les références ou au moins les allusions à ces horreurs. De retour de Berlin, notamment du Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe, le fait d'évoquer le Genbaku, Dôme de la Bombe d'Hiroshima, est évidemment encore mois anodin. Pas anodins non plus, ces bruits de bottes nucléaires non pas au Pays Du Soleil Levant, mais dans l'inquiétant voisinage du Pays du Matin Calme.

13 juin 2017

Lisbonne et Varsovie

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                                Composé pour le texte presque entièrement des véritables lettres de l'écrivain portugais Lobo Antunes durant la guerre d'Angola, le film d'Ivo M.Ferreira ne se laisse pas apprivoiser facilement. Vers 1970 le grand écrivain était alors âgé de 28 ans et, médecin militaire, servait en Afrique dans ce pays qui devait accéder à l'indépendance en 1975. Près de 300 lettres furent ainsi écrites à sa femme et constituent la trame du film. Souvent lues par la voix féminine, ces missives déstabilisent au début du film et l'artifice prend un peu de temps à convaincre. Mais le noir et blanc et la lumière de Lettres de la guerre finissent par fondre le spectateur et comme une hypnose nous emporte dans une certaine fascination.

                               Malgré tout Lettres de la guerre reste un film de genre, et son genre c'est la guerre. J'ai trouvé, mais tout le monde n'était pas de cet avis, que le film échappait assez bien à la thèse anticolonialiste, situant le débat au delà de la repentance si stérile. A sa manière il n'est pas si éloigné des grands films américains sur le Vietnam. L'Afrique de l'Ouest y est bien belle au cépuscule. Crépuscule qui est aussi bien sûr celui d'une certaine idée de l'Afrique vue d'Europe.

                               Mais ce film reste également une histoire d'amour, dont l'intérêt littéraire est magique tant la prose de Lobo Antunes (accessible au contraire de ses romans, semble-t-il, car je ne l'ai jamais lu) est magnifique, d'une ardeur poétique qui nous ferait presque regretter que les images soient si belles. Car le dilemme est là et se pose tout au long du film à moins d'être parfaitement lusophone. Le texte à lire est très fort. Comment n'en rien perdre si l'on regarde les images? Et vice-versa. Pas résolu, mais le public a aimé le film dans son ensemble. Une personne avait même lu un peu Lobo Antunes, ce qui n'est pas si fréquent. Une autre a évoqué la longue attente de Drogo dans son cher désert qui m'est, vous le savez bien, très cher aussi. Réactions intéressantes alors que notre saison d'animation ciné se termine bientôt.

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                     Bon. Ca dure 81 minutes. Ca s'appelle Onze minutes. Mais le temps a pu paraître long pour queqlues-uns. Tant de bruit et de fureur pour cette variation sur le hasard et la violence. Impossible d'en dire trop sur le film de Jerzy Skolimowski. Expérience à vivre, qui laisse comme en apnée, selon un spectateur. Une quinzaine de personnages dans une Varsovie comme hors lieu, ou au moins hors Pologne. Je l'ai vu deux fois en 48 heures. Il fallait bien ça pour (en partie) réunir les fils ténus de ces gens pour la plupart antipathiques. Assez ébouriffant pour certains dont je suis. Parfaitement insupportable pour d'autres, et nanti d'une musique industrielle à l'avenant.

                   Nous sommes assez nombreux cependant à avoir trouvé des beautés à Onze minutes. La multiplicité des points de vue et le montage sévère, la misanthropie qui en émane, les aliénations dont font preuve la plupart des protagonistes sont ainsi condensés en une concision dont feraient bien de s'inspirer les apôtres des 180 minutes qui nous intoxiquent régulièrement. Pourtant c'est ce film court qui a mis deux ans à sortir petitement sur nos écrans. Cependant c'est à vous de voir.

5 juin 2017

Réponses tennis et cinéma

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                                      Carrie Fisher, Princesse Leia, jouait au tennis ou au squash dans Shampoo. Voici les vingt réponses du jeu pour lequel quelques-uns d'entre vous sont courageusement montés au filet.

1/ Annie Hall

2/ Les vacances de M.Hulot

3/ Un éléphant ça trompe énormément

4/ Terre battue (c'est la réponse qui était donnée, littéralement écrite, dans le billet, mais aussi à mon avis la plus difficile tant ce film récent est sorti dans l'anonymat, 2014, Stéphane Demoustier, Olivier Gourmet, Valeria Bruni Tedeschi, critiques plutôt bonnes).

5/ L'inconnu du Nord Express

6/ Blow up

7/ Matchpoint

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8/ Le jardin des Finzi Contini

9/ Belle de jour

10/Gigi

11/Chambre avec vue

12/Les sorcières d'Eastwick

13/Les aventures extraordinaires d'Adèlé Blanc-Sec

14/Sabrina

15/Chaplin

16/Intolérable cruauté

17/Le genou de Claire

18/Une grande année

19/Jaloux comme un tigre

20/La famille Tenenbaum

                             Merci à tous. Ont particulièrement brillé Ronnie (17) et Dasola et Patrick de la Villa Seurat. Mais tout le monde a bien mérité de l'Ordre de la Petite Balle Jaune.

 

27 mai 2017

A vous le service (ce match a été programmé)

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               Pour la grande quinzaine de la terre battue je vous convie sur le central. SVP réponses en privé après avoir indiqué votre participation en commentaires. A vous de jouer. Une réponse au moins est donnée, vraiment donnée. Reste à savoir laquelle.

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P.S. Je ne joue absomulent pas au tennis. Mais mon dernier jeu portait sur les arbres. Or, je ne grimpe pas aux arbres non plus.

23 mai 2017

Après le film...calme

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                                 1/ Première projection (vendredi). J'avais beaucoup aimé Tel père, tel fils, une histoire d'inversion de nouveau-nés il y a trois ans et partais confiant pour Après la tempête. D'où me vient cette très légère déception? Et sera-t-elle partagée par les spectateurs de ce lundi? Ryota, écrivain raté, ci-devant détective besogneux, divorcé de Kyoko et père d'un garçon d'onze ans, Shingo, peine à la pension alimentaire et joue au vélodrome le peu qu'il gagne. Pas antipathique le Ryota, mais un tantinet lunaire, velléitaire et maladroit. Et puis sa maman, veuve depuis peu (la délicieuse actrice des Délices de Tokyo), qui souhaiterait voir le couple reprendre la vie commune. Serait-ce possible alors?

                                 Hirokazu Kore-Eda est un discret et refuse tout effet mélodramatique. Presque trop, ce qui peut engendrer un soupçon de monotonie pour un film de deux heures. Ca na pas été mon cas mais je peux le concevoir. Ainsi, qu'on ne s'attende pas à un typhon cataclysmique et révélateur. Cette tempête, d'ailleurs ultra-fréquente au Pays du Soleil Levant, si elle apporte des changements, sera en mineur. Regroupés tous les quatre dans le modeste HLM de la mère, les protagonistes, une famille comme tant d'autres, ordinaire, banale, se débat dans ses contradictions et tache de maîtriser ses émotions. Ici, pas de grands éclats de voix, pas  de colères. Pour l'évocation, retenue, de la figure du père et l'enfermement géométrique urbain du Japon passez donc chez les amis Strum et Le Bison, bien plus connaisseurs que moi du cinéma de là-bas Après la tempête de Hirokazu Kore-eda : apaisement et histoire de famille et Typhon N°24. Ce père disparu est d'ailleurs encore très présent chez Ryota, quelques souvenirs en font foi. Il faut absolument que je découvre les films d'Ozu, ce maître japonais dont bien des critiques considèrent que Kore-Eda est un continuateur.

                             2/Seconde projection (lundi suivant). Le film a été majoritairement apprécié mais très peu de spectateurs ont tenu à s'exprimer. Parfois, la vie associative et culturelle nous incite ainsi à la modestie à propos de notre efficacité. Il est  toujours bon de proposer. Quant à disposer...

2 mai 2017

Sept fois deux

                         Je reviens juste avec quelques mots sur ce septennat cinéma que je viens de terminer. Il s'agissait d'explorer, modestement, l'alchimie très particulière, parfois l'osmose, entre un cinéaste et son actrice de référence. 10h30 d'intervention avec quelques extraits de films ne se résument pas facilement. Alors, en quelques lignes et quelques photos, si vous le voulez bien, mon sentiment. Et mes remerciements au public, constitué de fidèles essentiellement qui me suivent depuis pas mal d'années.

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                         Marlene ne serait rien sans Josef von Sternberg mais les films de Sternberg sans Marlene sont en général à peu près sans intérêt. Délaissant un peu L'Ange Bleu j'ai privilégié le mélo des sables Morocco. C'était un temps déraisonnable où la légion était de mise. Pour les beaux yeux de Gary Cooper Dietrich jette ses chaussures et rejoint l'escouade sur le sable chaud. Elle prend une chèvre en laisse et avec quelques autochtones accompagne les hommes. Filmé à travers cette ogive mauresque, inoubliable. Le film fut distribué en France sous le titre Coeurs brûlés. Si ça vous fait pas fondre...

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                        Ensemble séparés, souvent notre lot. Toute l'incompréhension entre Ingrid Bergman et George Sanders dans le sublime Voyage en Italie. Corps calcinés de Pompéi, âmes en perdition divisées par quelques marches. Le scandale du cinéma mondial de l'après-guerre. Roberto Rossellini maître du Néoréalisme, catholique père de (bonne) famille et la star suédoise adoubée et adulée par Hollywood. Plus dure sera la chute.

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                      Tourmente et tourments dans le cinéma et dans la vie d'Ingmar Bergman et Liv Ullmann. Ici dans L'heure du loup. L'île de Farö réceptacle idéal des interrogations du maître. L'occasion pour moi, pas le meilleur connaisseur de Bergman, loin s'en faut, de me familiariser un peu avec son oeuvre unique, et d'en proposer à l'auditoire une approche accessible. J'avais un bel outil pour ça, le DVD du metteur en scène indien Dheeraj Akolkar, bouleversant document sur le couple, guidé par Liv elle-même.

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                   Dernier volet de la tétralogie existentielle que d'aucuns considèrent comme nihiliste et que je tiens pour essentielle, le moins connu, Le désert rouge où Monica Vitti, dans la banlieue industrialisée de Ravenne, dynamite le personnage de la femme italienne. A sa manière, au début des années soixante, Michelangelo Antonioni changeait l'Italie. Loin des girondes Sofia ou Gina, des verbes hauts, et des rondeurs de marchés, ainsi parut Monica, ici dans la griseur des choses.

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                  John Cassavetes et Gena Rowlands, autre couple en fusion fission, nous ont conduits plusieurs fois aux lisières. Ce cinéma américain, en quasi autonomie, est une merveille d'étude clinique dans Gloria, dans Love streams et plus encore dans Une femme sous influence. Son personnage de Mabel, en permanence sur le fil du rasoir, nous bouleverse tant Gena parvient à maîtriser les excès souvent inhérents à ces types de rôle.

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                   Woody Allen m'avait téléphoné pour me proposer Mia Farrow. Je lui ai préféré Diane Keaton, si élégante dans Annie Hall (Hall était le vrai nom de Diane Keaton). Peut-être les plus belles années de M. Allan Stuart Konigsberg, où le célèbre piéton binoclard de Big Apple trouve à mon avis l'état de grâce. Elle irradie aussi dans Manhattan et dans l'hyperbergmanien et sans une once d'humour Intérieurs que je recommande spécialement à ceux qui l'ignoreraient.

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                   M. le Président du Festival de Cannes 2017 n'a certes pas constitué avec Carmen Maura un couple tel qu'on l'entend généralement. A titre exceptionnel j'ai inclus l'oeuvre commune de la riche héritière Carmen et du modeste fils d'une famille rurale de la Mancha dans ce florilège du syndrome de Pygmalion évoquant l'artiste et sa créature. Et c'est dans leur troisième film ensemble (il y en a sept), Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça! que j'ai trouvé la Maura réellement bouleversante. Assez éloigné de l'esprit BD des tout premiers opus ce film hisse l'actrice au rang d'icône, de mère courage, de femme forte dans un univers d'hommes, une Magnani espagnole, une oubliée de la Movida. Pour moi, le meilleur film de la première période d'Almodovar.

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                  Ce fut pour moi une belle expérience que d'assurer de mon mieux cette sorte de "formation continue" du Septième Art, sans aucune qualification que celle d'un amateur de longue date. C'est aussi pour moi la chance de revoir et rerevoir des films anciens, et dans l'immense majorité des cas, de les apprécier plus encore. Parfois aussi de mieux connaître l'univers d'un cinéaste que j'avais a priori pas mal négligé (Pedro Almodovar, allez savoir pourquoi, probablement parce que j'ai toujours coché la case Italie depuis des décennies de cinéma). Merci aux organisateurs de ces universités du temps libre (elles ont changé de nom) et merci à mes "étudiants" toujours très attentifs.

13 avril 2017

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

Poésie du jeudi

Rêve de couleurs

Cartographie, ma jolie

Heureux fleuves  bleus.

Haïkus

Doigts sur planisphère

Un enfant, comme envolé

Outre océan, fier.

Ecriture

Roulez roues ferrées

D'autres rives, la cité

Paisible et bercée

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                                Les haïkus de cet asphodélien  jeudi, et j'aime de plus en plus cet exercice si ludique, m'ont été inspirés par un très beau film, qui sort complètement de l'habituelle démagogie du cinéma, de son populisme ou de son snobisme. Si vous avez l'occasion, et même si vous n'êtes pas très client du Septième Art, qui reste parfois merveilleux et aux antipodes des défauts précités, allez voir The lost city of Z, qui conjugue aventure, réflexion, profondeur et utopie. Je dédie ces textes à ma grand-mère qui, je devais avoir huit ans, fut très surprise quand je lui demandai, pour mon anniversaire, une "belle carte du monde". Et qui, le mercredi sur le marché de Coulommiers qui sentait si bon le Brie, m'achetait trois petits romans d'aventure, mes premiers voyages autour de ma chambre.

 

10 avril 2017

Littérature fictive, peinture véridique

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                            J'étais très heureux d'avoir aidé à programmer ce film argentin percutant et corrosif, un peu lesté par une caricature trop appuyée. Mais rien de grave et Citoyen d'honneur a été bien accueilli. Cette fable assez cruelle pourrait être illustrée par deux proverbes. La Roche Tarpéienne est proche du Capitole et Nul n'est prophète en son pays. Daniel Mantovani, Prix Nobel de littérature revient dans sa ville natale, Salas, au fin fond de la campagne argentine. Reçu d'abord comme un héros le ton change assez vite et chacun au pays a de bonnes raisons de lui en vouloir. N'aurait-il pas plus ou moins ridiculisé ses anciens concitoyens dans son oeuvre romanesque, écrite en Europe où il réside depuis trente ans? Ceci est arrivé à de vrais Prix Nobel, Faulkner ou Garcia Marquez par exemple.

                    On n'écrit jamais que sur soi, semble se dédouaner Daniel. Et comme c'est vrai, surtout quand on a du mal à écrire, croyez-moi. Alors il se peut que l'on n'intéresse personne. Exercice hautement narcissique. Ainsi les auteurs du film, le duo argentin Mariano Cohn, Gaston Duprat, parviennent à équilibrer à peu près leur propos. Le grotesque de la plupart des gens de Salas vu par les cinéastes dédoublant ainsi leur identification aux livre de Mantovani, il m'apparait que la barque est un peu trop chargée d'un cynisme que d'aucuns auront trouvé malsain (l'ami Strum ici étant de ceux-là). Il n'a pas tort mais moi, modeste passeur de programmes, j'ai apprécié les réactions du public qui a plutôt passé un bon moment, la fin style Comte Zaroff finissant presque par... cartoonner. Souvent comparé aux grandes heures de la comédie italienne, c'est vrai qu'on y verrait volontiers Sordi ou Manfredi, Citoyen d'honneur est tout de même loin des meilleurs Risi, Germi ou Monicelli. Pardon à Dino, Pietro, et Mario (nous étions très proches) mais vous-mêmes n'avez pas toujours été d'una grande finezza.

                    Là je viens de me relire et me trouve d'une prudence de jésuite qui confine à l'hypocrisie. J'aime bien un peu d'hypocrisie.

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                      Paula raconte quelques années de la vie de Paula Modersohn-Becker, peintre allemande (1876-1907). Découverte pour le public, moi y compris, cette artiste que l'on entrevoit seulement maintenant en France suite à l'expo 2016 au Musée d'Art Moderne de Paris est en fait une pionnière. Dans un monde régi par et pour les hommes, art compris, Paula aura l'énergie de quitter son mari lui-même peintre conventionnel dans le nord de l'Allemagne. Elle vivra quelques annnées à Paris sans vendre aucune toile. Comme souvent, et peu à peu, c'est plus tard que son aura grandira et le premier musée consacré à une femme peintre lui sera dédié à Brême.

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                   Ses tableaux, et je laisse cela aux exégètes, annoncent l'expressionnisme mais surtout reflètent peut-être pour la première fois le regard d'une femme. Ceci considérant, et c'est discutable, que d'autres femmes peintres, il y en avait quelques-unes, classiques, impressionnistes, peignaient  "comme les hommes". Ses portraits, autoportraits, assez torturés, peuvent bouleverser tant on y sent un un souffle et un siècle nouveau, qui sera douloureux ou ne sera pas. Paula, le film de Christian Schwochow, vaut à mon avis surtout par le tableau nordique de la communauté des peintres traditionnels, et paradoxalement je me suis plus intéressé à son mari Otto, certes maladroit  mais sincèrement amoureux de Paula. L'aventure parisienne, resserrée par le scénario, m'a semblé par contre assez banale malgré la présence de Rainer Maria Rilke, ami de Paula, et n'échappe guère aux clichés. Je conclurai ainsi: Paula est plus à voir en peinture qu'au cinéma. Ceci n'engage que moi.

20 février 2017

Révélations, 10h30 de ma vie privée

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                   C'est un assez gros travail de préparation mais ça m'a passionné. Je ferai ça sur sept lundis à compter du 27 février. J'en dirai quelques mots ici très brièvement.

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