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12 juillet 2018

Réédition d'un message antédiluvien

     Sans raison. Une envie. Ce fut parmi mes premiers billets. Le 20 juin 2006. Au vu de mon enthousiasme actuel et de la baisse de rythme ce pourrait être l'un des derniers. 

      - Le grand comédien Richard Harris Le prix d'un homme, Le désert rouge, Traître sur commande, Major Dundee, Un homme nommé cheval, a enregistré quelques chansons sans grand intérêt sauf une, la géniale composition de Jim Webb, MacArthur Park.

     Cette chanson-fleuve de 8 minutes est construite comme une véritable mini-symphonie orchestrée de main de maître par Jim Webb. Les accords de piano du début encadrent parfaitement le récitatif de Richard Harris. Mais que tout cela est difficile à décrire! Après deux couplets dont je ne trouve pas limpide la signification si ce n'est que des vieillards jouent aux dames au souvenir d'une robe en coton jaune, arrive le refrain, envoûtant.

     MacArthur Park is melting in the dark all the sweet green icing flowing down.Someone left the cake out in the rain.I don'think that I can take it 'cause it took so long to bake it.And I'll never have that recipe again.

     Ces paroles même après lecture me semblent presque aussi curieuses. Visiblement moi non plus je n'ai pas la recette (recipe) pour bien saisir la portée de MacArthur Park. Je ne sais même pas si ce MacArthur Park se situe à Londres,Chicago ou Frisco. Je n'ai qu'une  envie c'est que vous l'écoutiez. C'est une rareté, superbe et romanesque dont je viens de m'apercevoir qu'il est impossible d'en dire plus. Sûrement il est préférable qu'une aura un peu mystérieuse continue de nimber de mystère cette chanson hors du commun. -

sans-titre

     Douze ans après l'écriture de ce billet et cinquante ans après la sortie du disque je suis toujours aussi fou de MacArthur Park. Mais maintenant je sais que MacArthur Park est à Los Angeles, que Richard Harris n'est plus depuis longtemps, que le gâteau tombé sous la pluie est un souvenir d'une rupture de  Jimmy Webb avec son amie de l'époque. Je comprends ça. Le dérisoire accompagne parfois la tristesse. Reste alors un banc, dans MacArthur Park. Mais tout autre jardin public fera l'affaire.

 

                                  

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1 octobre 2018

Black, green, rainy, windy Scotland

                       Juste quelques gaéliques bourrasques. Juste quelques hautes terres ayant choisi le clan de la pluie. Juste quelques verres de tourbe imprégnés. Juste le noir et le vert d'une belle capitale tournée vers la Mer du Nord. Et plus nord encore, des Orcades et des Shetlands, mais je ne suis pas allé jusqu'à ce Nord là. Quelques images, ai-je dit, je n'aime pas la surenchère mais ça, je crois l'avoir déjà dit.

20180917_01  L'Athènes du Nord

20180917_07  Le Siège d'Arthur ou l'urbaine colline

20180917_17  Sir Walter Scott

20180917_18  Cieux d'Edwine-burg

20180917_24  St Giles Cathedral

20180918_28  When grey turns to grey

20180918_31  Quelque part au château

20180918_38 Robert Louis Stevenson

20180918_39  Un temple

20180920_54  Glencoe, Highlands, par temps normal

20180920_56  Glencoe, Highlands par beau temps

20180920_58  Bruyères

20180920_62  Nessie! Nessie!

20180921_81 Sealie! Sealie!

20180921_89  Enfin un peu de bleu

20180921_77  Cap au Nord-est et le mythique Firth of Forth Railway Bridge

20180921_85  Selfie avec écureuil

20180918_46  Mise au vert

                                                                                      Slainte Mhath!

 

 

 

 

3 août 2018

Ladies and gentlemen

snobs

                               Voilà un excellent roman du très bon écrivain, scénariste, metteur en scène britannique Julian Fellowes dont j'ai déjà chroniqué Passé imparfait. Et ce livre nous dépayse totalement, immersion en terre inconnue dans un pays exotique et aux antipodes du nôtre. Ce pays est l'Angleterre. Fellowes est le scénariste du Gosford Park de Robert Altman et de la série Downtown Abbey. C'est dire s'il s'y entend à décrypter les moeurs de cette curieuse ethnie inconnue dans l'hexagone, l'aristocratie anglaise. Une fois n'est pas coutume, je vais vous révéler l'intégralité du roman. Edith, un peu roturière quand même sans être dans la gêne, épouse Charles, comte de Broughton, famille assez prestigieuse, bien qu'il y ait presque toujours plus prestigieux que soi. Très vite le mariage bat de l'aile. Va-t-on vers un shocking divorce? Simon, acteur de  seconde zone, a séduit Edith. Vous savez tout.

                             Julian Fellowes, en plus de 400 pages, 10-18, ne sort jamais du cénacle de ces nobles ou nobliaux pour qui comptent surtout les apparences, les chevaux et les clubs. Délicieux clubs, à mon avis, que la France n'a jamais cru bon d'adapter à son climat. Il me semble que j'aimerais, moi, un cercle bien feutré bien fermé bien masculin. Ne rêvons pas. L'intrigue, inexistante, sans aucun suspense, repose sur le ratage attendu et rapide de cette union . On embraie aussitôt sur la liaison dont tout bon tabloïd se régale, qui elle-même, s'effiloche tout aussi vite. Alors Edith cherche à revoir Charles. Quelle aventure! Pour cela il lui faut déjouer bien des conventions et les pièges de l'ancienne belle-famille et plus encore la rancune tenace de l'ennemi historique. J'ai nommé la belle-mère.

                             C'est tout. Cela peut paraître sans intérêt, indigeste, une pacotille littéraire. Sauf que Julian Fellowes, et Altman ne s'y était pas trompé, lui-même intronisé pair à vie du Royaume-Uni en tant que Baron Fellowes, connait parfaitement arcanes et rouages  de cette société unique au monde, et qu'on a l'impression qu'on va le rencontrer au détour d'une exposition, d'une soirée caritative à Covent Garden, et qu'il va nous en raconter de belles sur ce petit monde. Tout cela n'est pas sérieux, mais très bien écrit et décrit. Assez vache avec les aristocrates qui tiennent le haut du pavé depuis Mary Tudor, plus encore avec les néo-aristos, copies peu conformes mais si conformistes, la plume de Fellowes est aérienne, souvent très drôle, et nous enchante de bons mots et de beaucoup d'esprit.  You know what? Finalement je les aime plutôt bien. Ils ne sont pas pires que certains bien-pensants, bien penchant, et prompts à donner des leçons. A lire, à déguster avec un drink en écoutant le très talentueux, acerbe et un peu snob Neil Hannon et sa Divine Comedy. Nonobstant le fait qu'il soit Nord-Irlandais, n'est-il pas? Et nonobstant le fait que cette chanson soit belle à pleurer et bouleversante. Et nonobstant le fait que cette chronique soit signée par un monsieur français d'un certain âge.

A lady of a certain age (extrait de Victory for the Comic Muse).

23 juillet 2018

Les bleus de Maggie

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                                Assez de bleu dans le ciel de l'Irlandaise du Nord Maggie O'Farrell se déroule en fait sur trois décennies où l'on peut suivre Daniel, et sa conjointe, Claudette. Leur route s'est croisée, un jour, sur les chemins d'Irlande alors que tous deux fuyaient une vie qui les rendait malheureux. Daniel est linguiste de formation et sa vie n'a jamais été très simple avec les femmes. Il y a eu Nicola, son premier amour alors qu'il était encore aux études, mais le destin en décidera autrement. Alors que Daniel est de retour aux États-Unis pour le décès de sa mère, celui-ci plonge dans une dépression et fera la connaissance d'une femme avec qui il se mariera et aura deux enfants, Niall et Phoebe. Divorce douloureux, celle-ci l'empêchera de voir ses enfants. Alors Daniel part en Irlande pour aller chercher les cendres de son grand-père. Mais il n'avait pas prévu de rencontrer Claudette sur une route...Deux enfants viendront, Marithe et Calvin.

                             Il y a pas mal de personnages dans This must be the place (titre original, Assez de bleu dans le ciel étant en fait le titre de l'un des chapitres, celui concernant Claudette à New York en 1993). Et chaque chapitre resitue l'année et le personnage dont on parle. Ce n'est pas inutile car honnêtement ça parait un peu complexe au départ. C'est qu'il y a du monde. Londres, New York, Los Angeles, Paris, le Suffolk, le Donegal (ce comté est en quelque sorte le nord de l'Irlande du Sud), la Chine, l'Inde. Du monde...et du pays. Et puis assez vite on se familiarise avec tous ces gens qui tentent de vivre, tout simplement, ce qui n'est pas...simple, justement.

                            La recomposition des familles, les rapports de père à fils, les rudes rappels du passé, tout ce qui nous concerne à peu près tous à notre époque sont magistralement décryptés par Maggie O'Farrell. Le couple Daniel et Claudette, star de cinéma ayant choisi une disparition qui fait un peu penser à Garbo, est passionnant mais ne phagocyte pas l'histoire. Ari, fils de Claudette et de son metteur en scène, mais aussi Lucas, son frère, et Niall, entre autres, ne sont pas délaissés. Le roman dit choral souffre parfois à mon sens de certaines faciltés ou débordements sentimentaux. Ce n'est pas absolument le cas pour Assez de bleu dans le ciel qui s'enrichit d'une belle complexité tout au long du livre. On ne dira jamais assez la richesse littéraire irlandaise. Enfin, moi, si. Cependant Assez de bleu dans le ciel s'affranchit d'une certaine "irlanditude" à laquelle il arrive quelquefois d'être un peu envahissante. C'est un irlandophile qui vous le dit.

2 novembre 2018

Et moi je lis toujours

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                              Oui, à peu près toute ma vie, j'aurai lu Jean d'Ormesson. Et croyez-moi c'est pas ce que j'ai fait de plus mal tant Papy Jean est pour moi avant tout synonyme de plaisir de lecture. Et moi je vis toujours restera son dernier livre et je m'en serais voulu de l'avoir négligé. Jean d'O. tournait peut-être un peu en rond ces dernières années mais les ronds de d'O. valent leur pesant de bonheur. Je l'ai déjà écrit à plusieurs reprises, cet homme ne m'a presque jamais ennuyé. Bien peu d'êtres humains peuvent en dire autant, et je ne parle pas que des écrivains.

                             Ma complicité avec Jean date des années 70. Vous avez vu, quand je parle de d'Ormesson je ne dis pas les sixties. On est là certes dans une qualité France mais tellement séduisante que c'est au delà d'un nationalisme racorni, tant l'esprit est omniprésent dans ses livres. D'où me vient alors cette sensation, pour tout dire un peu inquiétante, d'assister au chant du cygne, non seulement du cher Jean, après tout la Grande Egalisatrice attendait depuis pas mal de temps le ludion cultivé, mais aussi de la grande aventure de mes lectures.

                            C'est vrai aussi que peut-être je n'ai trouvé ici qu'une certaine application de bon aloi. Nous n'en sommes plus à la fête d'Au plaisir de Dieu ou de sa si jolie trilogie toscane et romanesque (Tous les hommes en sont fous, Le vent du soir, Le bonheur à San Miniato). Ou encore le merveilleux Voyez comme on danse. Cet homme, souvent perçu comme irritant, même par moi de temps en temps, m'a fait rêver. Et puis bien sûr,avec le temps...il est parti, ayant presque tout dit., ayant beaucoup séduit, ayant beaucoup aimé, ayant beaucoup admiré. Merci.

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7 avril 2018

In the name of rock/Angelyne

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                                           Que j'aime ce prénom! Je trouve que le Y modifie le climat angélique et le rend un peu plus interrogatif. Voilà qui certes ne veut pas dire grand-chose. J'avais seulement envie de faire écouter une jolie chanson par un de mes si chers ensembles folkie, The Jayhawks. Ne cherchez pas l'originalité. Cette dernière m'a déserté. Et puis plus passent les jours et passent les semaines, plus prénoms me reviennent. Extrait de l'album de 2003 (donc récent pour moi) Rainy day music, voici ma tendre amie Angelyne. Depuis, Gary Louris et ses complices la promènent sur les scènes indie-folk du monde entier en différentes versions, acoustique, solo, duo, trio. Si ça vous tente...

24 avril 2018

Carte postale

Masse critique

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                             En cette fin de semaine hypertouristique il y a récréation chez Babelio avec ce délicieux album, en fait catalogue d'une expo de Quimper sur l'histoire du tourisme en Bretagne à travers l'affiche touristique depuis le temps des diligences jusqu'aux années 50. Plaisir des yeux assuré, un zeste de nostalgie du bon vieux temps où quatre jours  à peine vous amenaient de Paris à Nantes. La première partie du livre est consacrée à ce moyen de transport qui permettait de croiser le Breton dans toute sa splendeur "L'individu ne parle pas français, fume du tabac en carotte, boit du cidre et laisse pousser ses cheveux".

                             C'est bien sûr avec le chemin de fer (Chemins  de fer d'Orléans, Chemins de fer de l'Ouest) que les premiers touristes dépassent la Normandie, première destination historique du vacancier. Mais un tel ouvrage ne  se raconte pas, tant le plaisir esthétique se passe de mots.

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                          Peu avant 1900 les affiches deviennent plus précises et les paysages les plus caractéristiques prennent une place de choix dans l'illustration voyageuse. Plages, calvaires, châteaux, rochers, églises, il y en a pour tous les goûts de Saint-Malo à Camaret et de Perros-Guirec à La Baule. De fringantes baigneuses très...couvertes. A l'époque les bains de mer sont surtout thérapie. Des voiliers et des coiffes. La dernière affiche, 1950, est joliment minimale.

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                       Merci à Babelio dont la confiance  ne se dément pas pour cet intermède breton tout en couleurs et en brises marines.

 

15 mars 2018

Tendre jeudi

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Aujourd'hui cest jeudi

Je me souviens des jeux dits d'elle

De nos joutes à muses

Lesquelles étaient parfois

Rétives ou mutiques

Mais nous manquions rarement

Ce bimensuel rond-point

Et exprimions à qui mieux mieux

Parfois à qui pire pire

Notre amour de ces mots

Notre amitié d'Aspho(dèle)

Combien nous nous manque-t-elle?

Alors en votre nom

En votre nom à vous, fidèles

Je voudrais l'embrasser

En ce jeudi sans elle

En ce jeudi sans ailes.

22 décembre 2017

L'Ecrivraquier/15/Giovanni

 L'Ecrivraquier

                              C'est la fin de l'après-midi, peut-être en ce commencement d'hiver, on dirait que ça nordaille, une logique en gris, où les effigies parfois grotesques imposées au coeur de nos villes me donnent un début de nausée alors que sonnera bientôt l'heure des libations et des sourires de circonstance. Je n'ai jamais aimé beaucoup, mais cette année moins encore. Et pourquoi donc? Serait-ce une crainte de l'obscurité sournoise et précise, qui, comme dans la cité, en tous points conforme, a initié sa dernière toile, m'enserrant les pieds, à me faire trébucher. Et cette fois, dis-moi, Giovanni, dis-moi, me relèverai-je? C'est vers d'autres que se tendent les bras blancs. Giovanni, tu m'entends?

P.S. La chanson du grand Robert est immense, immense.

4 février 2018

When I was a young man

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                        Très belle soirée ciné sous l'égide d'un célèbre hebdo, et très belle affluence pour l'avant-première du beau film A l'heure des  souvenirs de l'Anglo-Indien Ritesh Batra. Adapté du roman de Julian Barnes Une fille, qui danse, le film ne devrait sortir qu'en avril. Londres, Tony Webster, retraité qui tient une boutique de vieux appareils photos, essentiellement les fameux Leica. Clin d'oeil au passé déjà car le passé est un personnage du film. Un courrier lui parvient, qui va réveiller les jours anciens. Le lointain suicide d'un ami université, une femme qu'il retrouve (Rampling, troublante comme souvent, rude comme parfois). Quarante années ont passé. C'est peu, c'est beaucoup. Sur cette assertion ça dépend de l'âge qu'on a.

                      Ce n'est pas sans risque que l'on ouvre la boîte de Pandore et Tony qui n'attendait guère de l'existence va pas mal vaciller. Quand je dis que le temps compte beaucoup dans A l'heure des souvenirs cela apparait de différentes façons. Par exemple Tony accompagne sa fille de 36 ans à la maternité. Elle a fait un bébé toute seule et il va jouer un peu le père de substitution, en traînant les pieds. Son ex-femme est encore dans  sa vie et le morigène bien un peu, gentiment. Il semble un peu en stand-by et ce courrier inattendu l'informe qu'un journal tenu par son ami Adrian est dans les mains de  la mère de Veronica Ford, son premier amour.  Replongé dans le passé, Tony va être confronté aux secrets les plus enfouis de sa jeunesse. Que dire des  souvenirs, ces pépites presque oubliées, pâlies ou embellies selon? Ou cailloux tenaces à vous gâcher ce qui reste de vie?

                    Jim Brodbent endosse à merveille l'habit de ce baby boomer pas vraiment nostalgique, et pas vraiment aimable. Une carapace suffira-t-elle à l'épargner, ou ce poil à gratter tardif mettra-t-il en lumière d'antiques responsabiltés? J'ai aimé ce film, moins émouvant toutefois que le formidable et méconnu 45 ans d'Andrew Haig, sorti il y a deux ans et assez proche, d'autant plus que Rampling était déjà du voyage. Ritesh Batra n'a pas abusé dans ce puzzle assorti de nombreux flashback de tubes pop oldies goldies. C'est sûrement mieux ainsi. Pourtant quelques mesures du Psychotic reaction de Count Five ou du With a girl like you des Troggs, qu'est-ce que c'est chouette. Je dois apprendre à me méfier de  cette tendance. Je n'en ai pas envie.

                    Il n'y a qu'un Indien pour réaliser un film par ailleurs so typycally british. Is'n't it? Quoiqu'il en soit, en avril, ce sera l'heure de se souvenir d'aller voir ce film.

 

 

 

30 septembre 2017

Une ville qui assume (2)

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                                   Je crois y voir Damiel et Cassiel les anges du ciel de Berlin, l'admirable film poème de Wenders et Handke. En plein Tiergarten l'immense parc presque au coeur de Berlin, sillonné d'innombrables vélos auxquels le voyageur peu au fait doit d'ailleurs prendre garde sous peine de se rerouver à Charité, l'immense complexe hospitalier (du français parlé par les princes prussiens reste beaucoup de traces, Bellevue, San Souci, Mon Bijou), se dresse la Siegesaüle, Colonne de la Victoire. J'y subis plutôt une défaite, échouant à une trentaine de marches du sommet.

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                               J'allai par contre crânement, et en ascenseur, au sommet de la Fernsehturm, point culminant de l'Allemagne. Elle dresse sa grandeur sur l'Alexanderplatz (dites seulement Alex), jadis théâtre du roman fleuve d'Alfred Doblin, Berlin Alexanderplatz, adapté au ciné par Fassbinder. Rassurez-vous, je vous embêterai pas avec ça, n'ayant ni lu le premier ni vu le second. C'était entre deux guerres. Puis l'Alex est devenue la grande place symbolique de Berlin-Est. Ce Berlin-Est qui commençait dès la Porte de Brandeburg, et l'on comprend bien l'emblème qu'est ainsi devenue la grande porte au quadrige jadis "kidnappé" par Napoléon.

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                         Karl Liebknechtstrasse, qui se prolonge vers l'Ouest par Unter den Linden, j'y ai croisé Martin Luther. Feuilletait-il ses 95 thèses? La gigantesque Alexanderplatz fourmille,il m'a semblé que le les transports en commun fonctionnaient assez bien, eu égard aux travaux qui constellent la ville et masquent pour assez longtemps encore certaines façades, dont le Staatsoper, opéra d'état, et nombre d'édifices historiques. Sans parler de l'ahurissant défi de rebâtir le château de Berlin dans ses proportions originelles. Le Rotes Rathaus, lui, en a presque fini. Presque.

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                    Checkpoint Charlie, il faut bien le reconnaître, a tout du piège à touristes. Faut faire avec. Et après tout l'omniprésente enseigne se fond dans le décor plutôt pas mal toc de la fameuse limite du secteur américain. Et puis finalement on peut y trouver une certaine légitimité. Je vous l'ai dit, Berlin ne fait pas de détail. Et puis on n'est pas obligé de s'attarder et il n'y a plus de formalités pour s'éloigner. D'ailleurs vous êtes en droit de préférer les concurrents du gallinacé du Kentucky.

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                           Je n'ai pu voir les vastes versaillais de Potsdam mais la résidence de Charlottenburg à l'ouest de Berlin constitue un excellent pied à terre. J'ai déjà évoqué la vaisselle du Kronprinz. Frédéric y trône équestrement dans la cour d'honneur. Fastes prussiens, despotiques et éclairés, je ne me prononcerai pas quant aux proportions des deux adjectifs. Bon, quelqu'un qui accueille Voltaire doit bien avoir quelques qualités.

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                      Et puis à Berlin  il y a d'autres choses, plutôt récentes. A l'occasion de la grande remise en question des idées, et remise en perspective de la ville, l'urbanisme a été repensé, et particulièrement soigné à mon sens. Ca prend du temps, beaucoup de temps. De très nombreux immeubles administratifs ou industriels, gares, centres commerciaux, sont des oeuvres à part entière. Berlin se visite bel et bien au XXIème Siècle.

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                   Cette dernière illustration n'est pas une photo que j'ai prise. Berlin a, je crois, trouvé la mesure de l'indicible. Le Mémorial aux Juifs  assassinés d'Europe (1999) est un ensemble composé de 2711 modules en béton et d'un centre d'information souterrain. Je n'en dirai pas plus. Sauf qu'en ce coeur berlinois, entre Potsdamer Platz et Brandenburger Tor, la mémoire et l'émotion ont bâti un lieu habité, où l'homme peut prendre, modestement la mesure du génocide. Ces stèles de toutes tailles, arides et géométriques, invitent au silence. Silence qui se poursuit lors de la visite du mémorial, modèle de dignité.

                  Ces quelques images de mon séjour à Berlin, depuis longtemps programmé, enfin réalisé, seront les seules. Comme je l'ai souvent écrit, je ne goûte guère les défilés interminables de photos de là ou d'ailleurs. Souvenirs, c'est dans la tête que vous faites le mieux votre boulot de souvenirs.

                  You are leaving the Blogart blog.

                

                  

 

                        

25 septembre 2017

Gary

Guitare et rose

                        

                              Après un tel forfait la moindre des choses était de laisser Gary Louris, magnifique folkeux, ex-Jayhawks, années 90, somptueux quintette indie-folk de Minneapolis, interpréter lui-même Vagabonds extrait de son album du même nom, 2008. Pardon Gary. Mais une guitare et un harmonica... et je me prends à rêver, rêver de faire la route à l'envers.

 

 

 

 

 

19 septembre 2017

L'adios au charme

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                               Reprise en douceur et en musique pour notre saison cinéphile avec le joli document de la cinéaste britannique Lucy Walker qui nous entraîne à Cuba pour l'adieu aux enchanteurs du Buena Vista Social Club que Wim Wenders et Ry Cooder ont immortalisés il y a presque vingt ans. A l'aide d'images d'archives des années cinquante et soixante ce voyage dans l'histoire de la grande île antillaise rassemble l'émotion de retrouver nos vieilles connaissances, Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Ruben Gonzalez, l'humour et parfois l'autodérision (même si mieux vaut tard que jamais), mais aussi la dureté de la vie pour tous les Cubains ou presque. Les spectateurs ont tous été très heureux de cet au revoir à la familia de siempre.

                            Plus que par la sanctification un peu démesurée, qui culmine avec la réception à la Maison Blanche, et qui reste sympathique, j'ai été quant à moi remué par des  scènes plus intimes. Les retrouvailles déchirantes d'Ibrahim et d'Omara Portuondo, le petit fils de Guajiro le trompettiste, qui joue lui aussi avec le BVSC 2016 et qui veille sur son grand-père avec dévotion, quelques querelles entre musiciens à propos d'une tonalité de sol. Et quelques perles de nostalgie, Chan Chan, Dos gardenias, Candela. Une vraie belle soirée entre joie de vivre et leçon de tonus de la part de ces seniors qui connurent "las flores de la vida" in extremis. Une façon aussi, un, de rappeler que le documentaire, c'est vraiment du cinéma, et, deux, de proposer aussi, parfois, lors de ciné-débats, de la bonne humeur, denrée relativement rare. Humeur qui d'ailleurs n'empêche pas l'histoire musicale de Cuba de rejoindre l'histoire tout court, des séquelles de l'esclavage aux Antilles aux relations très particulières de La Havane avec le grand voisin.

 

15 mai 2017

Bye bye Johnsey

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                                       Après le beau et choral Coeur qui tourne le roman Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe est un peu l'inverse et se conjugue au singulier, un an de Johnsey, 24 ans, modeste paysan irlandais, naïf et solitaire, dans la fermette héritée de ses parents. Dans cette Irlande en plein boum il se retrouve bien seul, timide et introverti, en proie aux vexations et éventuellement aux râclées des plus forts. Il se trouve qu'en ces années bizarres ses maigres terres en viennent à prendre busquement de la valeur. Et que son refus de céder aux pressions lui vaut un regain d'inimitiés. Le ton de cette chronique qui court sur douze chapitres/mois est plutôt relativement allègre tant Johnsey semble s'accommoder tant bien que mal, sans que le ciel d'Irlande ne soit trop bleu pour autant.

                                      Pas d'amis, bien peu à l'aise avec les filles, le garçon se gave de séries télé sur le canapé et tache d'éviter les mauvaises rencontres. L'une de ces rencontres l'expédie à l'hôpital qui lui sera un havre de paix relative et où il trouvera l'amitié et quelque chose qui pourrait ressembler à de l'amour. N'exagérons rien, le bonheur n'est pas dans le pré, fût il vert Irlande, mais une infirmière lui est très dévouée et il se trouve un copain à la figure défoncée mais qui aime la rigolade. S'ensuivront des semaines de réadaptation qui finalement se révéleront les plus sympathiques de sa très moyenne existence. Vous trouverez dans un Une année ... peu de pubs et peu de musique et on n'y danse guère de gigues endiablées.

                                     Le combat de cet homme simple, Donal Ryan nous en fait le récit sans faiblesse et l'humour qui perdure un moment n'empêche pas la gravité du sujet. Il cible cette perte de repères et une inquiétante globalisation économique aux effets désastreux. Dans cette désunion des hommes sur cette terre longtemps l'une des plus pauvres d'Europe, il est à craindre que Johnsey, nanti de son seul et maladroit courage, n'ait pas le dernier mot.

                                    

3 février 2017

Un jeu ciné branché

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  2. ARBRE 2
  3. ARBRE 3
  4. aRBRE 4

  5. arbre 5

  6. Arbre 6

  7. arbre 7

  8. Arbre 8

  9. arbre 9

  10. Arbre 10

  11. arbre 11

  12. Arbre 12 

  13. arbre 13

  14. arbre 14

  15. Arbre 15

                                                   Voilà quelques arbres cinématographiques pour fêter la fin de l'hiver (ça c'est pour ceux qui me trouvent parfois un peu pessimiste). Ceux qui voudraient s'amuser à les identifier peuvent le faire en courriel après un petit commentaire public discret. Merci de ne citer les films que off. Certains sont donnés, je pense aux images 1,  7, 13 et 15 en particulier. D'autres, beaucoup moins. La 14 est la plus récente, la 15 la plus ancienne. Les arbres au cinéma ne sont parfois pas trop sympathiques, associés au lynchage, ou à la chute. Mais en général les arbres ne font de mal à personne. Il en est de charmants comme là-bas, Over the rainbow.

  16. trois-raisons-de-re-lire-le-magicien-d-oz,M305742

 

26 janvier 2017

La poésie du jeudi, Alphonse Allais

Poésie du jeudi

                                N'ayant pas été particulièrement rigolo dans mes derniers textes j'ai cette semaine donné dans le sourire avec ce poème de l'homme qui voulait construire les villes à la campagne. et qui a écrit parmi des centaines d'aphorismes: "Partir, c'est mourir un peu, mais mourir, c'est partir beaucoup". Les Rimes riches à l'oeil (mais pas à l'oreille) sont un bijou de finesse qui évidemment ne riment à rien. Mais peut-être ces lignes ont-elles déjà été présentées dans notre chère Poésie du jeudi. Comme le temps passe. J'avais proposé il y a déjà trois ans la Complainte amoureuse, tout en imparfaits du subjonctif.

Rimes riches à l'oeil

L'homme insulté‚ qui se retient

Est, à coup sûr, doux et patient.

Par contre, l'homme à l'humeur aigre

Gifle celui qui le dénigre.

Moi, je n'agis qu'à bon escient :

Mais, gare aux fâcheux qui me scient !

Qu'ils soient de Château-l'Abbaye

Ou nés à Saint-Germain-en-Laye,

Je les rejoins d'où qu'ils émanent,

Car mon courroux est permanent.

Ces gens qui se croient des Shakespeares

Ou rois des îles Baléares !

Qui, tels des condors, se soulèvent !

Mieux vaut le moindre engoulevent.

Par le diable, sans être un aigle,

Je vois clair et ne suis pas bigle.

Fi des idiots qui balbutient !

Gloire au savant qui m'entretient

Alphonse Allais

                         Alphonse, également musicien, est l'auteur de cette partition hommage. Je la joue aussi à la guitare mais, lento rigolando comme précisé, ça manque un peu d'Allais, non, d'allant. Et once more thank you Asphodèle.

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14 février 2017

Les agrumes, bof...

                                Ce polar israélien tendance corruption des élus m'a semblé d'une grande banalité. Trop de personnages dans cette histoire où rien ne manque, mafia locale avec vieux parrains, policière trop proche d'un élu, escort girls, sbires au coin de la rue. Tout ça ne vaut pas 20 shekels. Encore faut-il connaître le taux de change du shekel. Qu'apprend-on dans Oranges amères? Que Tel-Aviv ne représente guère Israel. Mais le pays  est si minuscule que je peine un peu à croire à une telle distance spirituelle entre la métropole branchée et la ville moyenne de Petah Tikva 200 000 habitants à quelques dizaines de kilomètres. J'adore les grands auteurs israéliens, Yehoshua, Appelfeld, Oz, Grossman, si riches et si douloureux. Là mes vacances littéraires là-bas sont un peu ratées.

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                               Manque sérieusement d'une ambiance, thriller, urbaine, ou rurale d'ailleurs. Les courts chapitres défilent sans que l'on s'attache ni aux vieux mafiosi mode sioniste, ni au couple virtuel fliquette-fils du maire sortant, ni aux autres candidats à la mairie. Aucune allusion aux colons ni aux voisins palestiniens. Bien sûr on n'est pas à Jerusalem, jamais citée. Mais quand même on n'est pas non plus hors du temps. Voilà. Tout est dit en ce qui me concerne. Cet article ne restera pas dans les annales. Au moins évitera-t-il le mensonge de la quatrième de couv. qui trouve ce polar haletant. J'ai peu haleté. Allez! J'espère que je ne garderai pas de shekels de cette potion pensum.

11 février 2017

Un jeu ciné branché, les réponses

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  • Arbre 8

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  • Arbre 15

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  •                                                                  Ronnie a fini par 13 bonnes réponses, Celestine 8 et Martin 7, je crois. Assez curieusement puisqu'il s'agit d'un jeu la plupart des autres avaient 4, 5 ou 6 réponses mais n'ont jamais cru bon de me préciser les titres des films. Tout cela n'est pas grave. C'était pour rire. Merci à toutes et tous.

  • Out of Africa

  • Le sacrifice

  • Goupi Mains-Rouges 

  • La colline  des potences

  • Les grandes gueules

  • The tree of life  

  • Tarzan l'homme-singe

  • Manon des sources

  • Le chêne

  • L'étrange incident 

  • L'homme qui plantait des arbres

  • Tout ce que le ciel permet 

  • La guerre des boutons

  • L'arbre

  • Charlot soldat

  • Le magicien d'Oz

  • Allez, un petit dernier ci-dessous que je vous autorise à identifier directement en commentaire et qui ne devrait vous poser aucun problème. Après ça récréation terminée. Retour au cinéma, très sérieusement.
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23 mars 2017

La poésie du jeudi, Julio Cortazar

Poésie du jeudi

Loi du poème
 
Amer est le prix du poème, 
les neuf syllabes de chaque vers ;  
l’une superflue, l’autre manquante 
le font voler ou le condamnent. 
 
Nous sommes l’échiquier d’un cours d’eau 
la carte à jouer entre deux feux ; 
tombent les faces tombent les piles 
chaque fois que tourne le chemin 
 
Tombe le rythme dans les vers, 
pleuvent les larmes dans le souvenir, 
tombe la nuit, tombe l’oiseau 
tout est chute lente sans bruit.

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Ô liberté de la prison, 
coup de dés qui lance et détache 
l’énigmatique toile d’araignée 
des murs et des démarcations ! 
 
Comme ta bouche découvre la pomme 
comme mes mains découvrent tes seins, 
le papillon suivra le feu 
pour sa dernière danse danser

Julio Cortazar, Crépuscules d'automne, Traduction de Silvia Baron Supervielle

                            J'adore le hasard qui préside souvent à mes choix pour la belle rubrique d'Asphodèle, La poésie du jeudi. Ainsi, ayant travaillé sur le cinéaste Antonioni cette semaine, je me suis aperçu qu'il avait adapté pour Blow up le livre Les fils de la vierge du romancier et poète franco-argentin Julio Cortazar (1914-1984). Il ne m'en fallait pas plus pour fouiller un peu et découvrir ce texte que j'aime beaucoup. Qu'en pensez-vous?

21 octobre 2016

Comtesses au pied léger

Masse critique

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                                C'est pour une fois un livre d'histoire que j'ai reçu de Babelio, ce qui est toujours agréable. Ce rappel très documenté des années noires et de l'adaptabilité remarquable de certains hommes, et, surtout, de certaines femmes, croule sous les références, les noms et les pseudonymes si fréquents. Ainis l'on perd vite pied (enfin moi) devant tant de titres souvent faux, de fonctions dans telle structure ou tel bureau d'achats véreux qui firent florès durant l'Occupation. A un tel point que j'ai peiné à aller au terme de cette lecture.

                               On a vite compris que ces périodes troublées sont idéales aux traffics en tout genre, devises, stupéfiants, influences, marché noir. Que la collaboration horizontale se portait bien. Que des festins voisinaient avec les files d'attente et les jours sans. Mais ce livre s'adresse plus aux chercheurs qu'aux lecteurs. Les Comtesses de la Gestapo et leurs princes consorts, qui auront eu des fortunes diverses, ne m'ont pas convaincu. Plus catalogue de turpitudes vénales que créatures de chair et de sang. Mais c'est sûrement normal pour un livre d'historien.

18 juin 2016

Respirer Mauriac

Masse critique

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                         Retour à Malagar avec le bon choix Babelio de cette session. Retour à la case Mauriac, Mauriac que je n'ai pas beaucoup lu d'ailleurs. Il faudrait prendre le temps, il faudrait. En attendant Claude Froidmont, professeur de lettres girondin, nous propose un curieux objet, nommé roman, plutôt une variation, une errance, un peu une dévotion aussi au domaine du grand écrivain (lui écrit grantécrivain), ce fameux domaine de Malagar où le Nobel écrivit une partie de son oeuvre. Quand on entre Chez Mauriac à Malagar on entre dans une église en quelque sorte ou l'hôte Froidmont, sous la forme plus ou moins fictive d'un jeune homme, Liégeois, fils d'un socialiste, athée plutôt prolo, se retrouve dans la grande maison girondine où il est amené à faire visiter le musée consacré à l'auteur de Thérèse Desqueyroux.

                        Froidmont complique un peu inutilement à mon avis la situation en introduisant la figure tutélaire de l'un de ses maîtres, Henri Guillemin, HG, qui connut si bien tant d'écrivains. Mais Chez Mauriac à Malagar, pour moi qui connais mal le maître de maison, vaut aussi et peut-être surtout par l'atmosphère de cette bâtisse, hautaine mais fascinante. A travers le couple de gardiens, qui l'accueille si bien, lui, ce rouge d'outre Quiévrain, si loin du grand bourgeois à la trajectoire parfois étonnante, à travers les murs, les meubles et plus encore les livres, bouleversé par l'ombre du géant des lettres,  le jeune universitaire frisera le syndrome de Stendhal.

Malagar

                       J'ai assez aimé ce livre qui parie sur l'intelligence du lecteur, voire une certaine connaissance de l'univers mauriacien, que j'ai déjà dit ne pas avoir. Je l'ai aimé parce que j'aime les livres, clairement. Mais l'ouroboros guette un peu ce bouquin écrit par un professeur qui crée un universitaire qui se prend à écrire à la fois sur le grantécrivain mais aussi à son propre titre. On y croise aussi le fils du grantécrivain, il écrit... Ainsi Chez Mauriac à Malagar règne encore et toujours l'écriture. Parfois jusqu'au vertige.

4 mai 2016

CinéQuai des Brumes ou des Orfèvres

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                                    La cavale d'un Juif presque nonagénaire en Amérique du Nord ne convainc qu'à moitié. C'est une cavale un peu particulière car il souffre de troubles de la mémoire et il recherche son tortionnaire d'Auschwitz, tout aussi âgé. Il a quatre suspects et un pistolet. Remember n'a pas vraiment séduit les critiques. Mon avis est que j'ai de loin préféré tout ce qui touche la fragilité mentale de Zev, souvent bien vue notamment dans ses rapports avec les enfants, ou dans quelques scènes relationnelles, hôtels, taxis, commerces. Mais ça se gâte sur le côté thriller, le cinéma de genre nécessitant une cohérence qui manque vraiment au film. Comment croire un instant qu'un vieux monsieur limite Alzheimer ne soit pas davantage perturbé par un tel périple et des rencontres aussi troublantes. Le film a néanmoins été assez bien reçu, la discussion intéressante bien que s'éloignant à mon sens du sujet, confirmant qu'il est difficile de tourner une fiction sur le thème de la Shoah, y compris sur un mode mineur et policier. Toujours un plaisir par contre de retrouver les grands seconds rôles, Christopher Plummer et Martin Landau, qui ont l'âge des rôles. Mais si vous n'avez qu'un film du Canadien Atom Egoyan cela pourrait être le bouleversant De beaux lendemains (1997), d'après Russell Banks, état de choc d'une bourgade après un drame de la route, un car scolaire, et des dizaines de victimes. Bouleversant est un mot faible.

Ciné QuaiUne rareté dans ma ville, un film du Taïwanais Hou Hsiao-hsien, The Assassin, dont les gens ont pour la plupart apprécié la beauté plastique. Je penche pour le joyau. D'autres en ont déjà si bien parlé que je vous laisse avec eux. J'aime cette interconnection et pour tout dire ça m'arrange parfois. Sont nominés Newstrum (The Assassin de Hou Hsiao-hsien : hiératisme du masque, cinéma de l’instant) et Princecranoir (the ASSASSIN). Leur nomination n'est pas une surprise.

                                 Oscar meilleurs film et mise en scène 2015, Spotlight possède le rythme et l'efficacité des classiques américains sur le monde de la presse, un genre en soi là-bas. Solide et bien documentée, l'enquête sur certaines monstruosités dans le diocèse de Boston se suit allégrément d'autant que Thomas McCarthy reste sur l'essentiel, à savoir le travail d'investigation journalistique. Il évite soigneusement de plomber l'avancée des gens du Boston Globe par les habituelles digressions sur leur "private life", si souvent présentes dans le cinéma dit de genre et les séries. Comme souvent le débat est double après un tel film. Sur le film lui-même, c'est souvent le plus intéressant à mon sens, et sur le sujet de société, les agressions sexuelles dans l'église, vaste programme.

7 mars 2016

Jonas le cocasse ne casse rien

Masse critique

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                            Jonas Jonasson a un truc, lui ou ses éditeurs. Une recette pour ses titres, c'est pas un truc que j'apprécie beaucoup. On fait dans l'accroche un peu racoleuse à base d'oxymore, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaireL'analphabète qui savait compter, et ici L'assassin qui rêvait d'une place au paradis. Ca me rappelle les titres d'un autre Nordique, Paasilinna, plus poétiques mais tout aussi fabriqués. Lisez d'un  trait les titres du Finlandais. Surréaliste et truqué mais sympa quand même.  Bon c'est des combines d'édition, quand un  premier livre a bien marché. Pas grave tout ça. Plutôt rigolade avec ce cadeau Babelio que je remercie de  sa confiance une fois de plus. Pas négligeable un peu de rigolade septentrionale. Un peu mineure la rigolade.

                           Je vous présente Dédé le Meurtrier, sympathique assassin,enfin libre après trente ans, et ses deux maîtres à penser, un réceptionniste jeune et fauché qui répond au nom incroyablement rare en Suède de Per Persson, et Johanna, une pasteuse défroquée. Enfin c'est pas écrit ainsi mais, surtout en Suède si égalitaire que c'en est triste parfois, un pasteur femme qui a quitté les ordres, vous appelez ça comment, vous? Tous les trois ont monté une agence de châtiments corporels. Besoin d'un homme de main? Dédé accourt, Per et Johanna gèrent le business.

                         Ceci n'est que la première des trois entreprises audacieuses, cahotiques et rocambolesques du trio majeur à seule fin de faire fortune. Cette farce scandinave nous met de bonne humeur par quelques expressions marrantes à propos de Dédé promu gourou d'une nouvelle église prompte au vin de messe et aux mains basses sur la quête. Les quelques morts violentes sont très rigolotes, un peu du Georges Lautner sur Baltique. Probablement un jour au cinéma, Le vieux qui ne voulait pas... l'a bien été, adapté. De là à dire que certaines scènes deviendront cultes comme la cuisine des tontons, je ne parierais pas là-dessus plus de trois couronnes suédoises.

22 avril 2016

Résultats d'une autopsie

Masse critique

Kramer

                                Babelio m'a souvent fait lire des bouquins qu'à première vue je n'aurais pas choisis. Parfois c'est vraiment génial, parfois au contraire. Autopsie d'un père de Pascale Kramer est un assez bon crû. Mais comme ce roman est le contraire de chaleureux. Et comme il sonne juste, hélas. Gabriel, intellectuel proche de la soixantaine, a pris la défense de deux jeunes hommes qui ont massacré un Comorien sans papiers. Ania, sa fille, qui vient juste de le revoir après des années, apprend qu'il vient de se suicider. Accompagnée de Théo son fils sourd-muet, sept ans,  elle fait la connaissance de Clara, la dernière épouse de son père, aux Epinettes, la maison de famille. Le roman ne porte que sur ces quelques jours où le mort habite la demeure, et sur les obsèques.

                               J'avais très peur d'un regard moralisateur et bien démago vu le parti pris de Gabriel mais c'est loin d'être le fil conducteur du livre. Ce n'en est pas même le thème principal. Comment s'est délité le lien entre le père et la fille, bien avant le sordide? La faute à qui? On n'en saura pas tout mais simplement que le divorce Gabriel-Ania ne datait pas d'hier. Pascale Kramer revient par flashes sur le passé et l'enfance d'Ania, la disparition de sa mère et l'absence de ce père, ou plutôt son indifférence envers cette enfant peu brillante, dans laquelle lui, journaliste très en cour dans les milieux de gauche, ne se reconnaissait pas. Bien peu d'amour au long de cette Autopsie d'un père, et peu de personnages que l'on se prend à aimer. Du moins fut-ce mon cas. Il reste bien sûr le couple de voisins, qui éleva presque Ania, couple qui vécut lui-même la tragédie de la perte d'un enfant. Jean-Louis et Jacqueline, je me suis pris d'affection pour eux, un sentiment discret comme leur vie. Et le petit Théo, cet enfant du silence, parfois muré parfois vif, que le père, un Serbe un peu intermittent , aime à sa manière un peu intermittente elle aussi.

                             Court roman de 173 pages, Autopsie d'un père est un livre profond, qui remue sans bouleverser tant l'empathie n'a pas été voulue par Pascale Kramer. C'est donc un roman que je qualifierai de dur, de gris. Ce n'en est pas moins un bon roman qui évite le mélo et les leçons. C'est déjà ça. Merci à Babelio pour sa confiance.

 

3 mars 2016

La poésie du jeudi, Théophile Gautier

Poésie du jeudi 

                                J'avais bien l'intention de vous imposer un poème de mon crû. Quatre misérables vers pourtant courts suffirent  à ma muse pour prendre la poudre d'escampette. C'est qu'elle est capricieuse. Femme, elle est dame. Non, l'inverse. Dame, elle est femme. Bref il vous faudra vous contenter de Théophile Gautier qui ne fut pas que le papa de Fracasse. Somme toute c'est pas mal non plus.

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Les colombes

 

Sur le côté là-bas où vont les tombes

Un beau palmier, comme un panache vert

Dresse sa tête, où le soir les colombes

Viennent nicher et se mettre à couvert

 

Mais le matin elles quittent les branches ;

Comme un collier qui s'égrène, on les voit

S'éparpiller dans l'air bleu, toutes blanches,

Et se poser plus loin sur quelque toit.

 

Mon âme est l'arbre où tous les soirs, comme elles,

De blancs essaims de folles visions

Tombent des cieux en palpitant des ailes,

Pour s'envoler dès les premiers rayons.

 

Théophile Gautier (1811-1872)

Recueil La comédie de la mort (1838)

 

 

 

 

 

 

 

 

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