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23 août 2011

Géographie: Fresno, Californie

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http://www.deezer.com/listen-1774443  Fresno girl  Cyrus Clarke Band

                  Fresno,sixième ville de l'état géant de Californie,450 000 habitants,tire son nom des frênes qui peuplaient l'endroit lors de la conquête espagnole.Peu éloignée des séquoias millénaires de Yosemite Park la ville est à mi-parcours entre L.A. et San Francisco et de ce fait on a un peu de mal à individualiser toutes ces grandes villes dans cette Californie hyperurbanisée.Fresno est un important centre industriel, commercial et administratif de la vallée irriguée de San Joaquin, une des plus riches régions agricoles du pays. Les activités sont la production de coton, de laitages et d'une grande variété de fruits et de légumes ainsi que l'élevage.Bien des vins de Californie sont originaires du comté de Fresno.

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     Quant au Cyrus Clarke Band rien de particulier si ce n'est que cette musique ne cessera jamais de me plaire.Et que leurs albums mêlent classiques de Dylan, Haggard, Parsons, Guthrie et originaux du groupe.

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13 mars 2024

Nowhere man

Nowhere man
Curieux roman que Sugar Street , bref, tendu, qui laisse perplexe. Jonathan Dee, dont j'avais jadis aimé Mille excuses , met en scène un homme sans nom, un homme en fuite, un homme qui se voudrait invisible, et dont on ne saura presque rien. Que sait-on?...
28 février 2024

Mann est à Paris

Mann est à Paris
Babelio m'a cette fois fait découvrir catégorie non fiction Compte rendu parisien , le journal tenu par Thomas Mann durant les neuf jours passés à Paris en janvier 1926. L'orma Editions nous présente là un bel objet livre. La couverture, Bouquinistes...
25 novembre 2019

In the name of rock/Celia

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                              Phil Ochs, cest bien loin tout ça. Sa prometteuse carrière de folk-singer se brisa assez vite et seul Greenwich Village et quelques vieux fans inconsolables perpétuent le feu sacré d'une de ces légendes folk maudites, il y en a beaucoup. Pour l'ambiance voir le très beau Inside Llewyn Davis des frères Coen. Ce vieux Phil ne s'est pas fait que des amis avec ses engagements trés "engagés". Son succès personnel fut donc très restreint. Je l'ai un peu découvert sur quelques Rock et Folk plus que cinquantenaires et nous n'étions pas nombreux. 

                                Phil Ochs, engagé, je l'ai dit, presque enragé, eut beaucoup d'ennuis à cause de ses textes, notamment avec le FBI (pas très protest-song le FBI, en plein Vietnam) . Des problèmes psychiques croissants, les médocs et l'alcool, rien d'original vous voyez, le conduisirent à une marginalisation voire une clochardisation. En 76, chez sa soeur il décida de prendre une chaise et une corde. Non sans avoir fait un peu de prison en Amérique du Sud et failli laisser sa peau en Tanzanie. C'était la vie joyeuse de Phil Ochs qui, pour son album le moins méconnu, Rehearsals for a retirement en 1969 avait choisi la pochette ci dessous, déjà explicite. Et voici Celia.

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                                Et une autre Celia, qui parle aux phoques sur une île d'Ecosse, de mon si cher Donovan, Celia of the seals.

19 janvier 2015

Des chiffres et des lettres

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                                  Un exploit pour ce livre de la très fine Yoko Ogawa (voir Les abeilles Bzzz bref mais troublant ), m'avoir intéressé aux mathématiques. Une aide ménagère travaille auprès d'un ancien professeur de mathématiques dont la mémoire se borne aux 80 dernières minutes à la suite d'un accident de la route. En compagnie de son fils Root, ainsi surnommé par le professeur à cause de son crâne plat comme le signe de la racine carrée (square root en anglais), elle découvre peu à peu, par l'entremise du professeur, la beauté des nombres et les relations inattendues qui existent entre les mathématiques et la vie concrète. C'est une femme modeste qui devient plus ouverte notamment au fait que les nombres peuvent unir des individus. Le lien professionnel entre le professeur et son aide ménagère se transforme : elle développe alors avec lui un lien amical fort malgré la santé vacillante de l'ancien enseignant.

                               Tout en douceur et en caractère malgré tout ces trois personnages sont magnifiques et pour tout dire assez inimaginables dans notre monde occidental. Le vieux professeur à la mémoire si volatile est un poète des chiffres et un spécialiste des problèmes mathématiques qu'il résout dans les journaux sans même penser à en toucher les primes. La formule préférée du professeur jongle si joliment avec les nombres premiers et les nombres parfaits, dont 99% me sont absolument étrangers, avec les logarithmes et les racines carrées qu'on a l'impresssion de les voir danser dans les nuages comme dans un film de Miyazaki. Magique comme une ardoise de notre enfance.

                               Mais le professeur a une autre passion qu'il relie aisément à la première, celle du base-ball, sport très prisé dans l'Empire du Soleil Levant. Il en est resté à ses joueurs fétiches d'antan bien sûr, et collectionne les cartes du championnat comme mon petit-fils les Pokemon, en plus soigneux. Et c'est délicieux de lire ses statistiques sur le temps moyen d'un lancer, le taux de réussite de tel joueur. Pourtant le base-ball est un sport particulièrement hermétique aux profanes. Mais la plume de Yoko Ogawa est si légère qu'on s'immisce volontiers dans le tendre trio. Root, gamin déluré et finaud, et qui n'a pas connu son père, progresse aux côtés du professeur et semble très heureux de ce grand-père de substitution. Bien sûr il est un peu lunaire ce vieux monsieur avec ses amis chiffres et nombres. Bien sûr il faut un peu d'attention pour ne pas perdre patience devant ses questions réitérées et oubliées le lendemain. Mais on dirait une famille...

                             Très jolie et très cohérente aussi la description des taches ménagères, repassage et pliage à la perfection, ou cuisine imaginative, qu'exécute la maman de Root. C'est une belle leçon d'humanité, sans pédagogie assommante, tout en charmes minuscules, que La formule préférée du professeur. Je les ai aimés,ces trois là.

                          

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5 janvier 2015

Quelques films de la fin 2014

                              Quelques mots, subreptices, sur les derniers films vus en salle en 2014.L'excellent Mr. Turner de Mike Leigh, un peu long comme toujours chez Leigh, nous décrit le grand peintre anglais tout à la fois atrabilaire, misanthrope et désintéressé. Sa vie quotidienne n'a rien d'exaltant et Leigh ne nous livre pas vraiment le secret de son oeuvre. Néanmoins ces croquis d'une vie d'artiste à l'anglaise au milieu du XIXème nous entraînent aisément. Cet étonnant acteur, Timothy Spall, au physique assez particulier digne de l'univers romanesque d'un Mervyn Peake, n'y est pas pour rien et emporte la partie haut la main. Prix d'interprétation à Cannes. Et puis ça incite à voir les toiles de Turner, n'est-ce pas l'essentiel.

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                             Un débat, très disputé, sur le film Marie Heurtin, de Jean-Pierre Ameris, a conclu une soirée de décembre. Ce beau film, simple et honnête, rayonne, palpite et force l'adhésion d'un public heureux. Vers les années 1890, à l'Institut Larnay, dans le Poitou, les religieuses prennent en charge Marie, jeune sourde aveugle. Ce film est une leçon de vie jamais doloriste, ni confite en dévotion. Isabelle Carré en Soeur Marguerite et la jeune Ariana Rivoire, elle-même sourde, sont toutes deux lumineuses. Lors de la discussion les échanges furent assez vifs de la part des sourds et malvoyants présents, concernant les techniques encore quasiment absentes d'audio-description dans les salles obscures. Un moment de partage très enrichissant entre référence à Helen Keller et thèmes du handicap, déjà évoqués quelques jours avant avec le joli film brésilien Au premier regard, de Daniel Ribeiro, sur les amours d'un jeune étudiant aveugle, tout en légèreté et finesse.

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                               A mille lieues le polar américain du cinéaste belge Michael Roskam The drop (Le dépôt, stupidement appelé en français Quand vient la nuit) semble sorti de l'univers urbain de James Gray. Il se passe d'ailleurs à Brooklyn. Adapté d'un texte court de Dennis Lehane, à moins que celui ci n'ait réalisé une novelisation de son propre scénario, servi par des acteurs remarquables de vérité, le film vaut essentiellement par cette ambiance "ukrainienne" de ce quartier de New York et des personnages ordinaires crédibles. Ici guère de parrain prestigieux, une besogneuse mafia tchétchène quand même, peu d'action car on ne quitte pas beaucoup le bar Cousin Marv's, où officient le patron, enfin disons le gérant James Gandolfini (ultime rôle) et son employé Tom Hardy. Brooklyn n'est pas Manhattan ni le Bronx mais a son identité solidement entretenue par le cinéma.

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4 août 2011

Ultime isole

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            On a certes beaucoup écrit à et sur Venise.Personne ne l'a fait comme Paolo Barbaro.Cet homme était ingénieur hydraulique,vénitien de toujours,auteur d'essais sur la construction des barrages.Plus de chroniques, récits,réflexions que de romans dans son oeuvre.J'avais lu il y a 10 ans Lunaisons vénitiennes dans la jolie collection Odyssées de 10/18.C'était une invitation à vivre douze mois dans une Venise insoupçonnée,proche du requiem mais aussi chatoyante des mille miroirs de cette anti-cité,pierres lumineuses et sensations méphitiques tout à la fois.Un chapitre en septembre s'appelait déjà Iles perdues. Barbaro ne nous emmène pas à la Douane de Mer ou à San Marco.Pas de soupirs des condamnés au Rialto et guère plus de gondoliers.La formation scientifique de Paolo Barbaro le conduit plus sur des sentes géographiques,géologiques,voire ichtyologiques.On peut être désarçonné par la prose de cet auteur original qui n'oublie pas cependant de parler des hommes et des femmes de ces lagunes,îlots,péninsules,le tout mouvant au possible.

   Le narrateur,et ce n'est nul autre que Paolo Barbaro en personne,ou tout comme, a pour tache dans les environs de Venise,années cinquante,et en tant que technicien,de remonter le niveau de certains îlots,de restaurer un phare, d'évaluer la pollution,et autres travaux.Ce qui est extraordinaire c'est l'osmose entre l'homme et le terrain si particulier de Venise.On ne sait plus où finit le solide et où commence le liquide. Barbaro connaît ça comme sa poche et nous y invite volontiers.C'est certes un peu surprenant et constellé de vocables véntiens.Mais on se laisse facilement embarquer et séduire par ces herbes folles et ces créatures mi-sirènes mi-femmes,on se laisse ensabler par ce récit qui frôle parfois des lisières fantastiques. Ce bel ouvrage mérite d'intégrer le rayon "insulaire" de toute bonne bibliothèque.Mais attention on s'y enfonce,s'y envase,s'y enterre si l'on n'y prend pas garde.La preuve:même mon illustration scannée flotte entre le visible et l'imaginaire.Sortilèges de la sérénissime,eaux douces,salées,saumâtres mais je n'ai pas trouvé plus stable.Qu'il est beau ce titre original,Ultime isole...

15 janvier 2012

Réponse au jeu précédent

          Merci à vous.Je suis encore tout étonné du hasard du 23 juillet pour la disparition de Griffith et de Flaherty,à trois ans d'intervalle si je ne m'abuse, et je félicite encore Mario.Claudia et Wens ont trouvé aussi les deux réalisateurs "historiques".Le véritable point commun est le suivant...

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      Griffith,dans Good morning Babilonia de mes chers Taviani,et Flaherty dans Kabloonak du Canadien Claude Massot ont été interprétés par le même acteur,le Britannique Charles Dance.Les films,respectivement de 87 et 90,évoquent les tournages d' Intolérance et Nanouk l'Esquimau.D'où le titre Le cinéma vu par le cinéma.Merci de vous être prêtés au jeu.

 

22 décembre 2011

Potence

             Tom Horn est un western tardif et rare d'un metteur en scène inconnu,William Wiard.C'est l'un des derniers rôles de Steve McQueen.C'est un film intéressant et que je qualifierai de crépusculaire bien que cet adjectif soit assez galvaudé de nos jours dès que l'ambiance est fin de règne,fin de siècle.Ce n'est pas toujours facile d'échapper aux clichés.Thomas McGuane,l'excellent écrivain "Montana", en est un des scénaristes comme du Missouri Breaks de Penn-Brando-Nicholson.Tom Horn,personnage authentique,est un vestige du passé américain comme McQueen à cette époque est un has been du cinéma.Mais comme le second endosse bien la défroque du premier.Ce chasseur de primes sur le retour fait écho au célèbre Josh Randall,série télé qui propulsa l'acteur au premier plan.

         Tom Horn est embauché pour dissuader les voleurs de bétail.Il réussit plutôt bien mais la plupart des éleveurs finissent par le trouver encombrant.C'est au cours d'un procès bâclé que le pire se profile malgré la défense de quelques-uns.Les belles âmes voient dans Tom Horn,sa véritable histoire,titre complet très peu usité et que pour tout dire j'ignorais, un "vibrant plaidoyer contre la peine de mort" d'une téléramesque facture (à laquelle je souscris,rassurez-vous). Mais ce n'est pas mon impression tout à fait. J'y vois pour mon compte un des assez nombreux films-facteurs annonçant la fin du western,c'est vrai que Tom Horn n'a plus sa place malgré son idylle bien sous tous rapports avec l'institutrice.Nos beaux westerns ont vécu,parfois admirables, souvent brutaux, comme savait l'être cette époque à feu et à sang.Notre temps ne l'est certes pas,brutal,non?Pourtant que de coups de gueule humanistes et citoyens on peut lire partout.Sur le blog de la Comtesse aussi parfois.Ces coups de gueule ne sont pas toujours beaucoup moins hideux que ce qu'ils dénoncent.La démagogie ne touche pas que les éleveurs de l'Ouest.M'égaré-je dans cette chronique western?

9 février 2012

Affreux,propres et méchants

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                      Pas sérieux,le jury de Cannes 66 couronne ou co-couronne Ces messieurs dames de Pietro Germi.Quolibets et houris dans la salle forcément,une comédie,et à sketches.Si vous voulez mon avis il a rudement bien fait,sous la houlette,il est vrai, de Sophia Loren,car Ces messieurs dames est une charge étourdissante de précision et trépidante d'une humanité mesquine,prétentieuse,et pusillanime.Des gens comme vous et moi donc.

                  1. Dans une ville de Vénétie,nous sommes donc au Nord,un groupe d’amis qui constitue la bourgeoisie locale navigue entre sauteries et coucheries. Toni Gasparini confesse son impuissance à son médecin, lequel ne tarde pas à ébruiter le secret, avant de déchanter cruellement. 2. Plus loin, le comptable Bisigato séduit la serveuse du bar de la place, projetant de quitter sa femme, une mégère tyrannique. Mais ses amis, la cousine de sa femme et même la police lui mettent des bâtons dans les roues. 3. Lorsqu’arrive en ville une jeune fille aguichante venue faire son shopping, tous les amis se passent le mot pour profiter de son ingénuité. Quelques jours plus tard déboule le père, furieux, qui les menace de porter plainte pour détournement collectif de mineure.

                   On le sait ,le film à sketches était fort prisé en Italie et Fellini,Visconti,De Sica n'ont pas cru déchoir en y participant.Mais le film à épisodes signé d'un seul metteur en scène était bien plus rare.C'est oublier que Pietro Germi était l'un des plus féroces signataires de la comédie italienne,une vraie morsure dont paradoxalement les Italiens pourtant rudement brocardés étaient fous. Signore é Signori est de fait un régal.La pantalonnade y devient un art de vivre,la mauvaise foi y devient un panthéon,l'amitié un festival de flagorneries et de coups bas.Nous sommes en présence de monstres(souvent évoqués chez Dino Risi principalement,mais le monstre à l'italienne,en général un mâle arrogant, chauvin,piccolo borghese,sommeille en chacun de nous,ma si,ma si...).


Signore e Signori (Ces messieurs dames) . Pietro Germi 1965

       Médecin,pharmacien,commerçant,avocat,tous les mêmes,tous pourris,tous complices mais en fait si mesquins et si humains qu'on les adore.Et puis,on se dit qu'on vaut mieux qu'eux.Alors on se vautre un peu,un peu comme eux tout compte fait.Au pays de ces merles noirs triomphants on aurait bien tort de croire les femmes mieux servies.Fausses ingénues,harpies jalouses,grenouilles caritatives, ah,elles sont belles,les belle donne.Tout cela au son d'une musique génialement ringarde et sautillante.Et servi par les acteurs italiens au mieux de leur forme,pour une fois aucun des Cinq Colonels,Marcello,Vittorio,Ugo,Nino et Alberto,mais de très bons comédiens dont Gastone Moschin et mon préféré,Franco Fabrizzi,le plus somptueux faux derche de la péninsule.Essayez de me trouver Franco Fabrizzi franc du collier dans un film et je vous offre une pizza Via Veneto.Et pour le plaisir le très fin titre du film pour l'exploitation américaine.510ZLYTdNWL__AA300_

22 février 2012

Trio majeur

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       Il faut s'y faire,le film a 50 ans.Je ne voulais pas le revoir,croyant le connaître sur le bout de ma mémoire. Il faut s'y faire,il est intact.Il faut s'y faire,l'actrice,que par ailleurs j'avoue avoir appris à détester au long des décennies pour ses minauderies,ses affectations et ses vanités,est une merveille de liberté.Il faut s'y faire,la Grande Guerre n'a jamais été si bien évoquée à l'écran.Il faut s'y faire,les acteurs n'avaient pas à se remettre de ce film,ce qu'ils ont fait d'ailleurs.Il faut s'y faire,ce film reste la révolution.Il faut s'y faire,même Antoine Doinel mon vieux complice en Truffaldie me serre un peu moins le coeur.

     Il faut s'y faire,jamais une voix off ne fut plus convaincante.Il faut s'y faire, même l'omniprésent Stéphane Hessel ne m'a éloigné de l'aventure de son père.Il faut s'y faire,on pourrait analyser ce film des heures durant.Il faut s'y faire,jamais amour et mort n'ont dansé aussi tendrement enlacés.Il faut s'y faire,je ne banaliserai pas le plus beau film français par un extrait platement cueilli sur la toile.Il faudrait s'y faire,l'imagination devrait survivre.

26 octobre 2011

Ca devrait plaire à l'ami D&D

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   J'ai foncé là dedans tête baissée comme le monument lisboète de Belem que les gens de là-bas appellent,je crois,Poussez pas derrière.D&D tu confirmes ou tu infirmes,d'accord?On m'a prêté ce livre sachant mon goût pour les histoires et les légendes de ces voyageurs,ceux qui ont fait bouger les lignes.Erik Orsenna lui-même navigateur est fou de cartes géographiques.Moi aussi.D'ailleurs mon voyage dans les villes américaines au son du  bluesfolkrock n'est-il pas une carte en soi?Et puis un écrivain qui tire son pseudo du mythique Rivage des Syrtes de Gracq ça a de la gueule,non?Surtout Erik avec un k comme un Viking,de grands dékouvreurs aussi ceux-là.

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     Le récit-roman d'Orsenna m'a absolument emballé.Je l'ai dégusté comme une épice du Nouveau Monde, comme une brise salée de Caraïbe.A travers les souvenirs de Bartolomé Colomb,frère de qui vous savez,j'ai vécu les délices d'un chemin pointillé sur un portulan,enivré de l'alchimie entre le savoir et l'action.C'est qu'Erik Orsenna est très joueur tant sur les mots que sur les flots.Il a l'étymologie vagabonde et ce n'est pas pour me déplaire.Ainsi "Ante illia", île du devant,a par exemple donné Antilles.Bartolomé conte à un frère dominicain sa version du départ de Christophe,de ses démélés avec les experts qui aboutissent à l'abandon du Portugal et à son départ pour l'Espagne.Amoureux des îles en général et plus encore de leur représentation cartographique nous tombons sous le charme des ces évocations,qu'elles soient espagnoles ou irlandaises.

    Outre qu'elle finirait presque par me réconcilier avec les mathématiques tant la danse des nombres est enlevée (des histoires d'angles,de degrés,de triangles,très colorées),cette poésie du port et de l'attente n'oublie pas les femmes,veuves en puissance à attendre sur un quai,ou prostituées du voyage car le plus vieux métier du monde est aussi en partance pour cette route des Indes d'hypothèse.J'ignorais que ces trois fameuses caravelles faisaient d'ailleurs référence à cette activité.Le vrai nom de la Santa Maria était Marie-Galante.La Pinta signifie la Fardée.Et la Nina la Fille.Fourmillant d'anecdotes drôles et délurées L'Entreprise des Indes est une merveille de dépaysement passant du chapitre curiosité au chapitre fièvre puis au chapitre cruauté.Car l'histoire des voyages c'est bien ça,on s'interroge,on s'enflamme,et souvent on brûle.Et Orsenna n'ignore pas la frénésie du métal jaune et la symphonie des massacres qui suivirent cette immense aventure.Pas plus qu'il n'ignore que le grand départ de Palos coïncida avec l'ultimatum fait aux Juifs de quitter le royaume d'Espagne.

   Dominique qui aime pourtant sauts et gambades ne partage pas tout à fait mon enthousiasme:  http://asautsetagambades.hautetfort.com/search/orsenna

23 septembre 2011

Beaux quartiers,sale temps

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                      J'ai eu l'idée de m'intéresser à un auteur qui fut célèbre, essentiellement par le cinéma.J'aime bien les films A l'Ouest rien de nouveau et Trois camarades,mais plus encore le somptueux film de Douglas Sirk,Le temps d'aimer et le temps de mourir.Je n'ai par contre jamais vu le film homonyme tiré d' Arc de Triomphe, publié en 1945.Omnibus a sorti une compil. avec les deux derniers titres plus Les exilés et L'étincelle de vie. Le roman Arc de Triomphe met en scène à Paris,1938,Ravic,chirurgien allemand, torturé par la Gestapo qui s’est réfugié à Paris à l’Hôtel International (à l’ombre de l’Arc de Triomphe). Désabusé et ne trouvant le repos que dans l’alcool avec son ami Morosow, il parvient à exercer en clandestin. Grâce à son cynisme il parvient à supporter la vie mais la cicatrice est encore bien vivante...

     Sa rencontre avec Jeanne,chanteuse de beuglant, pourrait être inspirée des relations de Remarque lui-même avec Marlene Dietrich,qui se déroulèrent surtout en France.L'auteur qui quitta l'Allemagne pour la Suisse puis les Etas-Unis peint dans Arc de Triomphe la communauté étrangère souvent juive mais pas toujours exilée dans ce havre que fut Paris pour un moment.Paris,les Champs-Elysées,où la recherche des frénésies et du plaisir se poursuit dans un baroud d'honneur(?) avant les années de honte.Ravic y aime cette femme,y cotoie putes au grand coeur, exilés joueurs d'échecs, médecins incapables mais officiels,eux.Il y retrouve aussi son tortionnaire berlinois.Alors,se venger?

                A la fin d' Arc de Triomphe l'obscurité envahit la ville-lumière."Le camion remonta l'avenue de Wagram,et tourna à l'Etoile.Il n'y avait aucune lumière.L'obscurité noyait la place.La nuit était si profonde qu'on ne voyait même pas l'Arc de Triomphe". Le refuge français dont avaient rêvé de grands Allemands comme Klaus Mann ou Lion Feuchtwanger bascule à son tour dans l'horreur.Le déracinement est un thème classique que Remarque a traité ici de facture tout aussi  classique,très cinéma aussi,avec une géographie très pertinente de ces beaux quartiers qu'a connus l'auteur qui devait devenir riche,célèbre,quasi apatride,membre de ce que l'on n'appelait pas encore la jet-set.Et qui ne devait jamais revoir l'Allemagne. Valeur sûre de Hollywood, amateur d'impressionnisme et de bolides, Remarque a-t-il jamais vraiment trouvé la paix ailleurs que dans les alcools forts?Alcools qui coulent aussi,et beaucoup,tout au long d' Arc de Triomphe.

2 septembre 2011

Réussite en majeur

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       Datant de 1996 j'ignorais tout de ce film et n'avais vu qu'un seul film d'Allison Anders.Arte permet parfois des redécouvertes malgré son ton un peu doctoral et son immodestie.Il y a peu de films sur la musique pop qui échappent à la banalité ou à l'hagiographie.Grace of my heart m'a rappelé les années fastes du pop-rock, terme fourre-tout,à l'américaine.Une quinzaine d'années de la carrière d'une songwriter-chanteuse nous est contée.Quand on a vécu cette explosion musicale on est vraiment heureux de constater la finesse,la justesse et le punch de ce film injustement méconnu.La seule réserve est que beaucoup de choses peuvent échapper,me semble-t-il,à ceux qui n'auraient pas suivi cette vague d'aussi près.

      Illeana Douglas(?) incarne avec bien du talent une artiste que l'on dit inspirée de Carol King,qui écrivit beaucoup pour les autres avant d'enregistrer elle-même et de devenir une star en Amérique,moins en Europe.Célébrité relative cependant.Mais Grace of my heart a bien d'autres atouts et c'est un grand plaisir de découvrir les arcanes du show-biz des années 1965,parfaitement retranscrites par la réalisatrice.Il y a peut-être,je l'ai déjà dit,un côté private joke/happy few qui laissera de marbre ceux pour qui les Everly Brothers,duo célèbre de cette période,où les Crystals et autres Shirelles,groupes vocaux féminins noirs,sont de parfaits inconnus.Il n'empêche,moi,j'ai été emballé surtout par cet acteur diabolique et encore un peu sous-estimé,John Turturro dans un rôle très proche du producteur mégalo Phil Spector.Et aussi par la composition dramatique et écorchée de Matt Dillon en clone de Brian Wilson des Beach Boys bien que celui-ci ne soit pas vraiment mort.

   La musique qui est ici recréée (à ma connaissance il n'y a pas de tubes originaux) est fort bien vue.Ce n'est pas ma musique essentielle mais dans la monumentale histoire du rock elle a parfaitement sa place.Quant au film Grace of my heart il a d'ores et déjà la sienne dans les meilleurs films sur la musique,grace de nos coeurs.

http://youtu.be/DsetuT5XrwI  Bande-annonce

22 janvier 2012

Géographie: Savannah, Georgie

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              Savannah est d'une beauté unique.Considérée comme l'une des plus belles villes d'Amérique du Nord, typique du Deep South,l'une des portes d'entrée venant du vieux continent,Savannah n'est pas américaine tellement, suspendue, fragment Vieille Europe en vigie.C'est la destination phare du tourisme en Georgie dont elle fut jadis capitale.Antebellum,ce joli adverbe,semble avoir été créé pour Savannah où la vie paraît s'être arrêtée avant la Sécession.De très nombreux squares constellés de vénérables arbres du Sud y témoignent d'une sorte de "douceur de vivre" délicieusement surannée.Redford et Eastwood l'ont joliment fimée dans Bagger Vance et Minuit dans le jardin du bien et du mal.

                     Aujourd'hui l'illustration musicale est immense,vous en conviendrez.Madame Nina Simone nous parle du dimanche dans cette belle ville atlantique.Sobriété et mélancolie sur la scène,émotion garantie,charme sudiste.


Nina Simone - Sunday in Savannah - 1961

27 juillet 2011

Rude risque russe


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  Les enfants russes auraient-ils une aura cinématographique particulière?Très impressionné par Bouge pas,meurs et ressuscite il y a 20 ans je découvre seulement Le retour,de 2003,singulier road-movie d'Andreï Zviaguintsev.Andreï et Ivan,quinze et douze ans,retrouvent leur père dix ans après.De retour,oui mais de retour d'où.On ne le saura jamais.Peu d'émotion de la part de ce dernier et interrogation des deux frères.Pourquoi?Et où veut-il en venir,ce père tombé du ciel,en les emmenant en voyage dans cette Russie peu identifiable si ce n'est dans son hostilité pluvieuse  et ses rares bâtiments cafardeux?Querelleurs mais complices,le second plus rebelle que son aîné,les deux garçons vont s'initier aux difficultés de vivre ainsi,quasi mutisme,sécheresse,mains levées menaçantes,froid et pluies d'un Nord russe peu explicite mais suffisamment pour nous dérouter.

   On affuble un peu vite tout film avec un bout de route du terme road-movie.Peu importe.L'important c'est l'avance au fil des kilomètres,l'évolution des personnages et leurs relations,qu'on a ici un peu de mal à qualifier de filiales ou paternelles.Le non-dit reste omniprésent et même les rares instants de détente à la pêche ne font que surseoir un court moment à l'inquiétude,à l'angoisse.Les lieux n'incitent guère à l'optimisme,lac immense et végétation inhospitalière,comme une chape de boue qui péserait sur les imaginations.Craint-on le pire?Pas tout à fait devant la relative détermination des enfants.Ces deux jeunes acteurs sont stupéfiants,vivant ce voyage comme en urgence.Le plus âgé,triste ironie du sort,est mort noyé accidentellement peu avant la sortie du film,alors que l'eau joue un rôle important dans cette histoire qui restera une interrogation.Qui est vraiment cette homme qui veut se faire appeler papa malgré tout.Une histoire d'amour et de haine qui a un petit côté La nuit du chasseur.J'ai cru en ce qui me concerne y voir une lueur de mépris du père,une incompréhension au moins pour cet homme de nulle part.Sur le plan de la mise en scène je retiens particulièrement la similarité de deux passages au début et à la fin,l'un initiant le thème de l'enfance,l'autre le clôturant.Tous deux se passent en haut d'une tour qui surplombe un lac.Entre les deux... probablement la fin de cette enfance.


Le Retour - Bande annonce Vost FR

21 juillet 2011

Enfin,en faim

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        Ce titre trottait dans ma tête depuis des siècles,livre célèbre d'un Prix Nobel,pas forcément tellement lu d'ailleurs,comme bien des titres si connus.Là je reviens un court instant sur quelques platitudes convenues, à savoir l'influence très relative de bien des grands bouquins.Après tout si peu de gens ont lu Ulysse ou l'intégrale de La recherche.Je n'avais jamais lu La faim et ne connaissais de Knut Hamsun que son Nobel 1920,sa longévité (1859-1952) et son soutien indiscutable à Adolf Hitler.Je possède La faim depuis quelques années,livre donné par une amie disparue,aux éditions PUF.La faim,dans l'exemplaire que je viens de lire,est de couverture toute noire,illustrée par une gravure représentant un pain semblant planer à 20 cm plus haut que la table.Je n'avais pas remarqué que cela représentait une allégorie de la nourriture. Volontairement j'ai laissé une autre image qui semble un peu l'antithèse de la première,accentuant le côté dandy du héros.La première est plus proche de l'univers du roman contrairement à la seconde qui lorgne vers un romantisme plutôt distant.Ce livre est nanti d'une préface de Gide,suivi d'une introduction de Mirbeau.

          Il est jeune,écrivain, et accessoirement crève de faim dans Christiania, aujourd'hui Oslo.Errant de garni miteux en dépôt pour miséreux,il ne présente pas ce côté romantique de la vie de bohême que l'on a souvent vu,ni ces amitiés tumultueuses qui font chaud au coeur,genre bataille d'Hernani.Cet homme est seul,seulissime.Pas de cheveux fous ni de poèmes contre un bon repas chaud.Ses cheveux il les perd à force de privations et ses textes,quand il a un crayon, naviguent au caniveau,minuscules esquifs naufrageant.Cet homme en est à ronger des copeaux. La faim est un roman dérangeant,un peu autobiographique car Hamsun,parti très jeune en Amérique a connu la vache enragée.Surtout ce n'est pas un texte que je rattacherai au naturalisme malgré la présentation d'Octave Mirbeau.Précis comme un cas clinique,froid comme la neige de Norvège,osseux comme les chiens sur le port,c'est une oeuvre sèche et forte,pas loin du constat d'un médecin légiste.Peu de place pour la rédemption mais un pessimisme voguant sur une terre inconnue,le pays du corps,étudié au scalpel par un homme qui savait ce dont il parlait.Un personnage non dépourvu d'arrogance malgré tout, orgueilleux de sa différence et qui trouve le moyen d'être lui-même parfois charitable,parfois odieux.

         Le cinéaste danois Henning Carlsen a adapté La faim et l'acteur Per Oscarsson fut récompensé à Cannes par le prix d'interprétation 1966.Je ne connais personne qui l'ait vu.En voilà cependant un aperçu.J'y ai ajouté la bande-annonce du biopic de Jan Troell (1996) où le grand Max von Sydow interprète Knut Hamsun.

http://youtu.be/M1HMw4Xw4KU  La faim

http://youtu.be/duX-wn3CVR4  Hamsun

13 septembre 2009

Une vie au veld

  Quatrième incursion dans l'oeuvre de Karel Schoeman.Et,cela n'est pas surprenant,un grand livre,construit un peu autrement et qui se conjugue à la première personne.Une femme au fin fond de l'Afrique du Sud au XIXème Siècle,se meurt et se souvient.On ne sait pas même son prénom et elle pense au passé,seule activité possible à cette vieille fille,vieille soeur,vieille servante presque mais jamais vieille épouse.Elle aura été le témoin,effacé,invisible et omniprésent de la pénible existence de ces Afrikaners pionniers qui certes finiront par s'enrichir en ce pays de pierre,mais à,quel prix.Une fille pour ces plus qu'austères protestants bataves sera toujours moins bien qu'un fils .Pourtant après les disparitions de ses deux frères,mystérieuses,sa relative éducation fera d'elle une sorte d'écrivain public à qui on ne demande pas son avis mais sa plume.

  La mort est fort active,en filigrane mais bien là dans les romans de Karel Schoeman.Je l'ai déjà évoquée dans mes précédents billets sur lui.Notamment dans En étrange pays.C'est aussi que dans ce bout du monde austral ni la Géographie ni l'Histoire ne sont tout à fait comme ailleurs.Je suis intimement persuadé et c'en est parfois bouleversant que des pays comme l'Afrique du Sud ou Israel aiguillonnent les talents.Je ne rappellerai pas la vieille parabole de la Suisse et de l'Italie.L'héroïne de Cette vie nous conte ses souvenirs,un peu confus et jamais assénés en une vérité univoque.Elle nous propose à l'heure dernière de ses jours de douleurs toute une série d'hypothèses sur la mort de ses frères,sur les affaires de son père,sur l'éducation de  son neveu,tâche principale de sa modeste existence.Et l'on aime cette figure qu'on dirait de peu si j'ose dire.Je dirais volontiers qu'il peut y avoir un angle flaubertien à ce portrait.Pourtant le cadre n'est pas la verte Normandie mais ce pays de broussailles et de moutons où les pierres tiennent lieu de croix sur les tombes disséminées et souvent enneigées au coeur profond du veld résonnant des cris des chacals et du vent hurlant.

   La narratrice à de nombreuses reprises se questionne mais peut-être est-ce le délire sur sa légitimité à se souvenir.Sûre de rien elle pense mais ne pleure pas sur son sort,elle pense à son passé et à cette grande maison,bien améliorée au fil des ans,à cette chambre qu'elle n'a pas quittée depuis 70 ans.Et toutes ces bribes d'avant,ces miettes d'une famille déchirée et violente,composent une symphonie d'un beau pays,un pays bien-aimé comme l'écrivait le précurseur de la littérature sud-africaine Alan Paton.Dont Karel Schoeman est un digne héritier.J'aimerais convaincre.

29 juillet 2009

Le général est mort au soir

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    Cent jours à Palerme,film de Giuseppe Ferrara,arrive  plus de vingt ans après  les constats politiques et sociaux de son maître Francesco Rosi dont j'ai déjà parlé.Et deux ans après  l'exécution du général Dalla Chiesa,préfet en mission à Palerme(poste peu enviable).La présence de Lino Ventura,minéral et solide,fait encore penser à Rosi et à Cadavres exquis.Bie sûr le récit,terriblement linéaire et circonstancié,très proche de la réalité,ne nous incite guère à l'imagination et apparaît comme moins réfléchi que les films d'Elio Petri avec Gian Maria Volonte par exemple.

   Cependant Cent jours à Palerme,film postérieur aux Brigade Rosse,n'est pas sans valeur.Sa sobriété plaide pour un bon film fourni avec un peu de bonne conscience mais surtout beaucoup de modestie.L'état des lieux en 82 n'est guère reluisant en Sicile et ailleurs en Italie et Giuseppe Ferrara ne fait pas de Dalla Chiesa un bravache,seulement un fonctionnaire décidé,un type plutôt tout de froideur et de tension vers son objectif.Si l'on ne ressent pas d'empathie avec lui c'est tant mieux et les émotions sont peu mises en relief,ce qui évite un parasitage du film comme il en est tant.Même ses relations avec sa jeune femme,morte elle aussi,sont exemptes de pathos.Film tout de discrétion Cent jours à Palerme n'a pas démérité du cinéma italien.Dont par ailleurs il faudrait perdre l'habitude de trop référer aux immenses créateurs du passé.Réflexion particulièrement valable pour moi,j'en suis bien sûr.Il y a des ombres encombrantes à Cinécitta,encombrantes et magnifiques.Ma é un' altra storia.

3 août 2009

Mourir à la Fontaine aux Fleurs(Bloemfontein)

      Le Sud-africain Karel Schoeman m'enchante toujours depuis que je l'ai découvert avec Retour au pays bien-aimé et La saison des adieux (voir lire Afrique du Sud).Versluis,Hollandais grave,solitaire et malade vient d'arriver à Bloemfontein, modeste cité d'Afrique du sud au bien joli nom.En fait il cherche une ultime étape pour son départ.Accueilli dans les communautés hollandaises et germaniques,soigné ainsi loin de sa rare famille car Versluis est un homme sans postérité dont on ignorera toujours le prénom comme si Schoeman souhaitait une intimité protégée doublée d'une certaine austérité dans nos rapports avec son personnage,cet homme va devenir en quelque sorte le témoin de cette vie du bout du monde en un pays neuf.Pays neuf mais où les scléroses d'une micro-société éloignée sont déjà bien présentes.Ceci nous vaut des pages que je trouve d'une totale noirceur,tellement bien évoquées par Karel Schoeman que l'émotion nous gagne alors que tout nous éloigne de ces austères presbytériens et de ces fonctionnaires compassés et dévots.

   Versluis à Bloemfontein ne débarque ni au Cap ni à Johannesburg,déjà métropoles en devenir en cette fin de XIXème Siècle.Petite ville administrative Bloemfontein regroupe à quelques encablures du veld,cette âpre lande d'extrême sud,de poussière ou de boue selon la saison,quelques mariages,quelques bals,quelques pique-niques entre gens du même monde.Mais ces gens là ne s'ouvrent pas vraiment,important en Afrique leur rigueur batave.Ainsi Versluis trouvera plus malade que lui,enfin plus avancé sur le chemin bien que plus jeune,Gelmers,un compatriote pourqui il se prend d'inimitié,réciproque.A l'aube de la mort Versluis,commis pas hasard ultime infirmier,saura-t-il tirer profit de la douleur de l'autre,pour entrer en paix dans le royaume d'après?

   Un pasteur allemand dévoué mais sceptique,une logeuse accaparante,une jeune femme infirme mais au coeur libre,et quelques pas dans le veld,à ce moment de la vie où tout est,de toute façon,à nouveau autorisé,accompagneront Versluis, venu là pour soigner ses poumons,et qui aura peut-être trouvé,rien n'est moins sûr,la paix de l'âme,in extremis,au bout du monde.Ce monde si fragile qu'il faille passer ainsi d'une vie à l'autre pour en éprouver les fragrances crépusculaires. Versluis l'étranger au pays est enfin arrivé et marche un peu parmi les chétives herbes pierreuses. Karel Schoeman ne nous laisse pas indemne mais toute littérature digne de ce nom n'est-elle pas dans ce cas?On dort un peu moins bien,probablement, après avoir lu En étrange pays.Mais la nuit  doit être plus palpable.

12 août 2008

Histoires de soldats et de civils,souvent morts

     Ambrose Bierce(1842-1913) a vécu les affres de la Guerre de Sécession.Hanté par ces images il en fera un chef-d'oeuvre avec les nouvelles terribles de Tales of soldiers and civilians,titré en français Morts violentes.Au long de cette quinzaine de short stories ce qui frappe c'est le rapport du héros de chaque texte,ce rapport si étroit à la mort,concrète,hideuse et quotidienne sur les champs de bataille.Avec évidemment le degré d'horreur supplémentaire,cette horreur fratricide de la guerre civile.Lire ce livre c'est s'exposer à certaines difficultés techniques tant les pages sentent la poudre à canon et suintent la peur à chaque instant.L'expérience en serait presque hallucinante.

    Chickamauga,un enfant "joue" sabre au clair à commander une colonne de blessés graves qui rampent sur le sol.Dans Une rude bagarre un officier larde un cadavre de son épée,terrorisé par le regard du mort.   La rivière du hibou (portée à l'écran par Robert Enrico) par sa délectation morbide nous emmène sur les terres d'Edgar Poe.Dans ce livre vraiment à marquer d'une pierre noire les Deux Cavaliers de l'Apocalypse que sont la Peur et la Mort accompagnent des histoires de frères ennemis,de reconnaissance post-mortem,tout ceci avec une précision presque photographique.Le journalisme n'a jamais quitté tout à fait Ambrose Bierce.Si vous devez ne lire que deux livres sur le conflit Nord-Sud si meurtrier pas d'hésitation Stephen Crane (The red badge of courage) et Mort violentes.Ambrose Bierce,parti rejoindre Pancho Villa en 1913,a disparu dans le désert mexicain.Avait-il enfin apprivoisé la Camarde?

6 juin 2008

Etang tragique

    Brève  critique pour ce livre pas désagréable qui nous transporte dans le Texas des années trente,sur les traces d'un tueur des bayous,et dont la jaquette évoque La nuit du chasseur.Outre que je n'ai jamais lu La nuit du chasseur même si j'ai vu le film une douzaine de fois je trouve cette assertion très exagérée.Les marécages est un polar bien ficelé,muni de tous les signaux du polar rural américain, négritude, racisme, abrutissement de la plupart des personnages, culte proche du vaudou.Relations entre blancs qui s'avèrent être noirs,descendants d'esclaves forcément innocents mais forcément soupçonnés.K.K.K comme on l'imagine et une famille où les enfants s'aventurent aux frontières du fantastique.Ce roman se lit facilement mais souffre cependant d'un très gros défaut:je n'y ai trouvé aucun suspens véritable,ce qui est quand même un comble. Pas la mondre surprise,pas trace d'étonnement.On peut le lire,on peut aussi lire autre chose sans trop de crainte d'être passé à côté d'une perle rare.

13 octobre 2021

Kelley cet inconnu

Masse

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                             Masse Critique Babelio, merci encore, que de découvertes. Et de redécouvertes. Notamment William Melvin Kelley que je viens de lire pour la troisième fois, dont deux grace à vous. Seul recueil de nouvelles de l'auteur, Danseurs sur le rivage, publié au début des sixties, se compose de seize textes courts sur la vie de familles noires américaines moyennes. Ce sont des nouvelles reliées, les personnages se retrouvant dans chaque histoire. Chose importante, l'humour n'en est pas absent et nous ne sommes pas dans une littérature strictement militante. Cela n'empêche pas ces scènes d'en dire beaucoup sur la société américaine de l'époque. En voici quelques-unes. Comme dans tout recueil elles peuvent être assez inégales. 

                           Je l'ai expliqué dans mes deux chroniques précédentes sur Kelley (Jazz à l'âme, Un autre tambour), il y a quelque chose de musical dans ses textes, un rythme, une pulsation, un swing, un choeur gospel, que sais-je. Et pas mal d'émotion. Un de mes préférés est Pas tout à fait Lena Horne, gentille querelle de deux vieux amis déclinant, et dont l'unique divertissement est de compter les plaques minéralogiques des voitures sur leur pas de porte. Engueulades et attendrissements. 

                           Une autre semble avoir été inspirée par le classique shanty (chant de marin) Drunken sailor. Un marin ivre rêve d'un bordel et d'une fille couleur de miel et longues jambes de danseuse. Concrétisera-t-il? Connie est l'une des plus veilles histoires au monde. Enceinte, sait-elle seulement quelle décision prendre? Aucun misérabilisme, seulement une sorte de conseil de famille dans lequel chacun a ses bonnes raisons.

                           Pleurez pour moi clot le livre. Peut-être la nouvelle qui me touche le plus. Cela ne vous surprendra pas. Wallace Bedlow quitte son Sud pour rejoindre son frère à New York. Working hard. Mais Oncle Wallace, c'est raconté par son neveu Carlyle, est un géant sensible et un chanteur guitariste de folk, de blues, Kelley reste assez évasif. Le hasard en fera une vedette. Brièvement il réunira Blancs et Noirs en une farandole magique. Carnegie Hall, rien que ça. J'entendais Oncle Wallace chanter plus fort que jamais. Les gens se ruaient vers lui, pleurant et souriant comme des fidèles qui tombent en transe dans une église. On aurait dit qu'ils étaient tous sur la scène pour tâcher de l'approcher assez pour le toucher, lui serrer la main, l'étreindre, et même l'embrasser. Et puis la chanson s'est arrêtée. 

 

 

11 janvier 2018

You know what? I'm lucky

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                           Ce film est une petite merveille, production modeste et qui se joue des clichés sur l'Amérique tout en utilisant quelques-uns de  ses  stéréotypes. J'ai été très heureux de le faire découvrir aux gens qui n'ont pas regretté d'avoir fait l'effort de sortir un soir de janvier. Premier film mis en scène par l'acteur John Carroll Lynch et dernière apparition du légendaire Harry Dean Stanton (faut-il rappeler le Travis de Paris, Texas?). Cet acteur à la dégaine inimitable n'aura eu dans sa longue carrière que deux premiers rôles. Précisément le film de Wim Wenders, devenu archétype de l'errance, et plus  de trente ans plus tard, ce Lucky. Ce film a été écrit pour le grand nonagénaire émacié et s'inspire de sa vie, disent les  scénaristes. Lucky, dans ce petit bled de poussière et soleil, vit un quotidien sans histoires entre jeux télé très moyens, mots croisés chez Joe's, et gym régulière en caleçon.

                           Au rayon des micro-évènements la disparition de President Roosevelt, la tortue de Howard (David Lynch, étonnant de simplicité), les petites querelles au bar d'Elaine, les insultes de Lucky à l'endroit d'Eve's, autre bar d'où il semble avoir été exclu pour avoir allumé une cigarette. C'est que Lucky joue parfois au misanthrope, en pure perte car en fait tout le monde l'aime bien. Ca pourrait même l'irriter un peu. Mais nous aussi, dans la salle, on l'adore cette petite communauté dans un ouest-sud américain assez bon enfant, même si tout cela  est un peu désargenté. Ancien marine, Lucky échange quelques mots au comptoir avec Fred (Tom Skerrit, pas vu depuis un siècle, formidable), quelques mots  sur la guerre du Pacifique et c'est bouleversant. Et la scène de l'anniversaire chicano est splendide. Lui-même folksinger à l'occasion, harmoniciste et amateur de musique mariachi, Harry Dean Lucky Stanton y est inoubliable. Il est un peu l'homme qui parle aux saguaros, aux criquets, et il restera au moins de ce beau film son sourire superbe, à peine désabusé, dernière image d'un personnage historique du cinéma américain.

                          Sourire également sur le visage des spectateurs, et enthousiasme pour ce film et sa philosophie. Quelqu'un a dit "Sur un cadre western les mots ont remplacé les colts". Un autre "On se prend d'affection pour ce pauvre Howard, esseulé depuis l'escapade de  sa tortue. Mais chut attendez la fin..." Ultime argument, décisif, on y entend Johnny Cash, pas longtemps, mais deux minutes de I see a darkness valent bien le déplacement.

                          Plus qu'ultime argument, je viens de lire chez Sentinelle que Ronnie adore ce film. Moi j'adore ce que dit Ronnie à propos de Lucky.

20 avril 2015

Iceland scories

lave

                                 Asphodèle m'avait donné envie de retrouver Erlendur que je n'avais pas vu depuis dix ans. Bibliothèque Guy de Maupassant de ma vieille cité picarde, au pif je prends La muraille de lave, ce qui, après Le mur invisible très récemment, devrait logiquement me conduire au Mur de Sartre auquel je préférerai et de loin réécouter le Floyd et The Wall. Là dessus vous pouvez compter sur moi. Cette entrée en matière ne casse pas des briques mais bref Erlendur est en vacances dans ce roman et c'est l'un de ses adjoints, Sigurdur, qui s'y colle. Un bon polar avec un inspecteur pas très sympa dont la vie privée part à vau-l'eau mais il y  a longtemps que n'enquête plus nulle part dans le monde un commissaire Maigret que sa femme attend patiemment pour réchauffer le mironton.

                                Vu d'ici, avec 300 000 habitants enfermés dont deux cinquièmes à Reykjavik, on pourrait croire que les Islandais se connaissent tous et qu'on y croise son voisin de palier dans tout bar qui se respecte ou qui ne se respecte pas, et que les secrets n'y sont pas faciles à celer. J'avoue préférer un pays où mentir n'est pas plus élégant mais un tout petit peu plus facile. Si je vous dis ça ce n'est pas pour étaler mes turpitudes mais parce que La muraille de lave joue sur les secrets qu'ils soient bancaires ou privés voire très privés, ce dans une île qui a joué avec le feu, pas seulement celui de ses volcans. Ce que j'ai aimé c'est que Sigurdur est loin d'être un parangon de vertu, n'agissant bien ni avec sa mère, à peine avec son père malade, et qu'il est somme toute assez misanthrope.

                              Pas d'armes à feu dans La muraille de lave, qui est à la fois un phénomène géologique insulaire et dangereux et le surnom d'un centre financier maléfique porteur de crise. On sait le désastre économique récent de l'Islande, et celui des Islandais. Des maîtres chanteurs, des photos compromettantes, des "recouvreurs" musclés pour des dettes plus que douteuses. Ainsi donc, et Dieu merci pour la littérature policière, même très au Nord, même très à l'Ouest, même très dans l'Atlantique, les voyous se portent bien. Ouf, ce n'est pas l'apanage d'East L.A. Parfois pourtant je regrette un peu les écluses de Simenon ou le presbytère de Rouletabille. Cette boutade ne doit pas masquer la qualité de l'écriture d'Arnaldur Indridason, bien connu maintenant des lecteurs français.

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