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10 août 2009

Trop d'affut

       Je n'avais pas lu Ernie depuis des décennies.C'est un jeu un peu risqué de se replonger dans un auteur que l'on a beaucoup fréquenté à 20 ans.Dans ces année Hemingway était encore un auteur très lu, Prix Nobel,qui fut riche de plusieurs vies,adapté souvent fort mal au cinéma,quatre fois marié,membre de nombreux clubs et client assidu des plus célèbres bars de la planète.On sait qu'il traverse actuellement un sérieux désert, et que son seul passeport semble être pour l'oubli.Je viens  de lire un presque inédit,pour moi en tout cas,La vérité à la lumière de l'aube,paru en France en 98,nanti d'une présentation et d'une mise en pages de Patrick Hemingway car le manuscrit le nécessitait.

         Le livre raconte la vie d'Hemingway au Kenya en 53-54,soit avant l'indépendance,en compagnie de sa quatrième femme.Ni roman comme Le soleil se lève aussi ou Les neiges du Kilimandjaro,autre jalons africains d'Hem,ni véritablement journal,c'est un récit où le grand chasseur se taille la part du lion si j'ose dire,sans laisser de côté le mari tendrement amoureux de Miss Mary sa jeune femme (jolis dialogues),ni le fonctionnaire gardien de réserve qu'il était officiellement.Les soubresauts kenyans sont évoqués mais le livre s'articule plus sur le quotidien du couple et de son équipe au coeur de ces montagnes d'Afrique en ce milieu de siècle.Bien sûr le temps m'a  paru un peu long parfois à pister le léopard ou à révasser devant le Kili mais l'humour féroce d'Hemingway,à ses propres dépens bien souvent,fait passer quelques lourdeurs cynégétiques.

           Je sais.La décolonisation,le féminisme,l'écologie,le temps  sont passés par là et il sera difficile pour certains,je le conçois,de se passionner pour ces aventures africaines où les autochtones sont chauffeurs,pisteurs ou cuisiniers.Et probablement contents de l'être."I had a farm in Africa" écrivait une célèbre baronne amoureuse de l'Afrique.Et c'est justement  ce qui fait une certaine grandeur de La vérité à la lumière de l'aube:le regard de l'auteur sur cette Afrique,son Afrique, incontestablement est celui d'un amant.On peut certes reprocher bien des choses à Papa Hem,c'est même assez facile.Mais pas ça.

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21 juillet 2009

Enterre promise



      Avraham B. Yehoshua n'en finit pas d'ausculter avec talent la société israélienne.Le DRH (on ne connaîtra jamais son nom) d'une boulangerie industrielle se voit chargé de mission pour identifier le corps d'une ouvrière,victime d'un attentat suicide à Jérusalem.Il a lui-même embauché cette femme mais ne s'en souvient pas.Il va peu à peu prendre conscience de l'absurdité particulière de cette situation qui le mène à s'occuper du rapatriement de cette étrangère. Et, imperceptiblement, l'image de cette femme morte va s'immiscer en lui,lui dont la vie privée naufrage et dont l'avenir semble incertain.
        On n'est pas très loin de Kafka dans ce conte contemporain où le DRH finit par vaincre ses à priori et une certaine sécheresse pour en quelque sorte rendre hommage et justice à cette femme dont il ignorait jusqu'à l'existence.Nulle trace physique du conflit dans Le responsable des ressources humaines et pourtant on y décèle très bien un impalpable sentiment,celui de voir cette région danser sur un volcan qui risque d'emporter les destins individuels ou collectifs.La très grande finesse d'analyse de Yehoshua est particulièrement tangible dans les rapports familiaux ou professionnels du DRH.Confirmation de la richesse littéraire israélienne.

22 juillet 2009

Ma vie sans...A hard rain's gonna fall

http://www.youtube.com/watch?v=d77yJyDBcTA

   Ma vie aurait été moins bien sans Robert Zimmerman,beaucoup moins bien.Là n'est pas  la question.La question est que si l'album de Bryan Ferry Dylanesque paru il y a deux ans est plutôt raplapla la version 76 de A hard rain's gonna fall par Roxy Music est vraiment très bonne.Dans cette version sur scène (sur scène est le mot français pour live) le groupe fait merveille avec un saxo très accrocheur et un Ferry pas si loin du ska par exemple.Bryan Ferry a toujours été très imarqué de Cole Porter à Marc Bolan par tous les rythmes auxquels il aura influé sa propre énergie et son ultime élégance.Ce dandy dilettante reste une figure importante de notre musique.A hard rain's gonna fall faisait partie de l'album En roue libre.Je n'étonnerai pas les dylaniens avec ce titre français car ils savent bien que c'est sous cette appellation que ce LP fut distribué en France.

20 juillet 2009

Indianitos

                   Toujours un grand plaisir de lecture avec ce diable de Traven.Ce roman se déroule sur une seule nuit,une nuit d'angoisse puis de lamentation,la disparition d'un enfant près d'un modeste pont sur une rivière dans la jungle équatoriale d'Amérique du Sud.C'est le tableau de cette petite communauté d'indiens très pauvres avec quelques gringos de passage.Il y a non loin une compagnie pétrolière mais aujourd'hui c'est bal et l'on attend les musiciens.Quelques heures passent ainsi et le drame se noue.Traven ne nous inflige pas l'éternelle leçon des profiteurs même si l'on connait ses sympathies.Mais il nous brosse les émois,les chagrins et la calme solidarité de ces gens de peu,si intéressants sous sa plume de voyageur.Un auteur qui va pourtant bien au delà de la littérature de voyage,ce qui serait déjà très bien.Une littérature universelle.

18 juillet 2009

Ma vie sans... Just like a woman

http://www.youtube.com/watch?v=ixo29e8S-XA

manfredmann

    Oui ma vie sans Robert Zimmerman aurait été moins bien, beaucoup moins bien.Là n'est pas  la question.Je voudrais juste naviguer dans 50 années de Dylanie tout en sachant que cet homme est très présent sur la toile.Au moins ici vous ne l'entendrez pas.Je me contenterai de vous  proposer quelques-unes des innombrables reprises de ses titres,parfois surprenantes.Voici le succès qu'en fit Manfred Mann,groupe rock des early sixties,qui depuis a largement débordé vers les frontières du jazz.Ce qui lui a bien sûr fermé les portes du succès.Dans les années 65 Manfred Mann c'est à peu près autant de numéros un que les Beatles ou Slade un peu plus tard.

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13 juillet 2009

Le sel de la mer

cine_the_long_voyage_home 

  John Ford et John Wayne ont été associés des dizaines de fois et pas seulement pour des westerns.Cependant en 1940,dans Les hommes de la mer (The long voyage home) Wayne,très juvénile,n'est qu'un acteur parmi d'autres de ce film qu'on pourrait qualifier de choral car aucun rôle dans ce film ne se détache vraiment.John Ford a adapté avec Dudley Nichols quatre pièces sur la mer d'u grand dramaturge américain Eugene O'Neill.Rien de ce qui concerne la marine n'aura échappé à John Ford,passionné des hommes et des navires.Très intéressant techniquement par sa photo et ses éclairages (Gregg Toland) Les hommes de la mer est un poème épique sur la condition de ces drôles de gens ,les marins.Pourtant tourné en studio la mer est d'une rare présence dans ce film qui suit  ces hommes en mer lors d'une visite de prostituées,puis à l'ouvrage,puis à l'escale.

long01

Pour la première partie Ford nous offre quelques plans d'Antillaises que je trouve d'un superbe érotisme.Les hommes de la mer nous fait partager le quotidien claustrophobique et la promiscuité de ces hommes embarqués souvent malgré eux et l'amitié comme la méfiance ont embarqué avec eux.Il n'y a pas de héros dansThe long voyage home,des hommes simplement.Et s'il y a un voyage il n'ya pas forcément de home au bout.Comme en témoigne la dernière partie du film,consacrée à l'escale et au retour difficile pour tous ces oiseaux de mer incapables de fouler la terre ferme sans que la taverne ne reprenne ses droits.

  Crédits photos:Shahn       

C'est cette partie que j'ai préférée en ce film peu spectaculaire qui nous emporte malgré tout et malgré l'artifice théâtral assez marqué de la présence d'O'Neill,auteur de quatre pièces habilement agencées par le grand scénariste fordien Dudley Nichols.Les scènes de rue traduisent admirablement l'influence de l'expressionnisme allemand de la grande époque pour lequel Ford a toujours confessé son admiration.A ceux qui pensent que Ford n'est que l'auteur de quelques magnifiques westerns je suggère de prendre la mer avec lui sur le Glencairn.

13 juillet 2009

Sur un chemin montant,sablonneux,malaisé

   Moins connu que Le trésor de la Sierra Madre,La révolte des pendus ou Le vaisseau des morts La charrette est l'un des premiers romans du mystérieux B.Traven.Je ne reviens pas sur son identité pour le moins nébuleuse mais peux déjà vous dire que ce roman est traduit de l'espagnol.D'autres comme Le pont dans la jungle,dans ma PAL,étant traduits de l'allemand.Déjà ça situe,façon de parler,le bonhomme.
      La charrette est une sorte de roman générique où le héros,le jeune charretier mexicain Andres,n'est en fait qu'un symbole de la condition précaire,voire misérable,de ces prolos d'Amérique Latine,terre de prédilection de Traven qui mourut à Mexico en 69.On sait les sympathies de l'auteur,parfois peu nuancées,mais cela ne doit pas nous empêcher d'apprécier ce tableau très détaillé de la vie menée par ces forçats sur les pistes arides ou détrempées du Mexique de Porfirio Diaz.Mes pages favorites:celles sur la fête mexicaine,avec son culte de la mort si spécifique et dont sut nous parler Eisenstein par exemple.Et les vieilles légendes indiennes ressurgissent ça et là entre enchiladas et tortillas un brin bourratives.

18 mars 2009

Géographie:Mobile,Alabama

Vue générale de Mobile

       Au centre du Golfe du Mexique Mobile est un port important où se retrouve une influence française très prégnante.Dans l'état d'Alabama la ville tient son nom de l'ethnie indienne des Maubilles et se prononce à la française.Nombre de rues portent aussi des noms français, Lafayette, Saint-Louis,Deschamps.Royaume de la Fleur de lys et de l'azalée Mobile organise chaque année un des Mardi Gras les plus célèbres du Deep South.Mais qu'a voulu dire Bob Dylan,scotché en plein milieu de Mobile avec le blues de Memphis?

http://www.deezer.com/listen-1140398 Stuck inside of Mobile with the Memphis blues again.

10 février 2009

Rude Ruhr

          Lait et charbon de Ralf Rothmann,né en 53 dans une Allemagne industrielle,raconte une période de l'adolescence de Simon,fils de mineur de la Ruhr,époque mobylette et Rubber soul l'album des Beatles,classiques premiers émois,peu romantiques.C'est souvent comme ça,non?Lait et charbon est ainsi un portrait de jeunesse prolétarienne dans une Allemagne plutôt grise et laborieuse où bières et cigarettes marquent la fin de l'enfance.Rien de très folklorique ici,une jeunesse française ouvrière devait être très semblable.
       

       Dans cette histoire en famille où chacun mésestime l'autre la mère Liesel danse le twist avec les immigrés italiens plus gais que son mineur de mari.Simon et son frère Traska,adolescent difficile, se disputent journellement.Et l'amour dans tout ça.Le pire,si j'ose dire,c'est qu'il existe,certes bien caché,qu'il soit conjugal ou fraternel ou filial. Manifestement très proche de sa propre expérience,le roman de Ralf Rothmann évoluerait vaguement entre un univers à la Keith Loach,moins prêcheur,et l'éloignement de toute scorie romanesque. L'épilogue questionne plus qu'il ne résout.C'est un beau livre,qui rend... pas très optimiste.

9 janvier 2009

De quoi s'inquiéter

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       Oui,vraiment.Provenant d'une anthologie Cronache fantastiche di Dino Buzzati ces textes courts jouent sur l'ambiguïté sémantique et la dichotomie journaliste/écrivain.Je crois que Dino se définissait d'ailleurs plus proche du premier que du second.Et c'est vrai que bien des écrits dans ce recueil font penser à des articles. Concision, dérision, question, et au bout bien évidemment sourde angoisse, inquiétude, buzzatomanie chronique évolutive.On vit avec,mais tellement moins bien.Quelques titres déjà vous mettront mal à l'aise.Ce sera alors mal parti,donc bien:Le dernier combat,Une imprudence fatale,Un cas mystérieux,Un état alarmant.
          Dans ces nouvelles vous rencontrerez de vieilles connaissances pour ceux qui sont de retour du Désert,des Nuits difficiles ou des Sept messagers.Voici le temps,omniprésent et qui va toujours dans le même sens,sens de l'aggravation.Voici le diable,qui n'apparaît jamais lui-même,le lâche,mais qui délègue à un livre disparu où à un téléphone dérangeant.Voici des notables souvent, notaire,entrepreneur, médecin,bien installés sur lequel va doucement s'immiscer la peur du lendemain,horrible puisque avec Buzzati demain sera toujours pire.Voici,inéluctable,tiutélaire et fascinante la première manifestation d'un mal,peut-être,pas encore sûr,d'un mal qui pourrait s'avérer éventuellement annonciatrice d'un début d'ébauche de dégradation de l'homme.Rassurez-vous...c'est bien le cas.Woody Allen en ses interrogations manhattaniennes serait-il un peu cousin?Allez!Vous prendrez bien avec moi un peu d'intranquillité?

P.S. Dans Nouvelles inquiètes il y a deux grèves,celle du mal et celle de la mort.Heureusement il y a des briseurs de grève.

3 janvier 2009

Scorpion mortel,ennui de même

Sous le signe du scorpion

   Quelques mots suffiront car,une fois n'est pas coutume,voici un film des Taviani qui ne m'a guère captivé.Datant de 1969 il s'agit d'une fable très pesante sur la société à travers la lutte de deux tribus sur une île volcanique.Passent,enfin j'ai cru comprendre,les ombres de Caïn et Abel,d'Ulysse,voire de Romulus et Rémus.Parabole sur le pouvoir,lecture marxisante très déshumanisée,c'est ce que j'appelle un pensum.Passe aussi mais je ne le sais que parce que j'ai lu un bouquin sur le cinéma des Taviani,le conflit entre Utopie et Conservation dont le vainqueur serait l'Histoire.Ce qui ne passe guère par contre c'est le temps,90 minutes qui m'ont paru plombées par le pire défaut du cinéma d'auteur,à savoir se croire obligé d'asséner le spectateur d'une très lourde dose de prétention philosophique.Moi qui suis un zélateur des frères je regrette cette aventure dans les îles,réalisée juste avant Saint Michel avait un coq dont je vous ai dit grand bien il y a peu.

25 décembre 2008

New York-Palerme,aller simple

   Francesco Rosi adapte en 90 une petite partie du Goncourt d'Edmonde Charles-Roux Oublier Palerme que je n'ai pas lu.Le film,co-produit,ce qui est souvent synonyme d'alourdissement,n'est pas un très grand opus de Rosi mais n'est pas du tout indifférent. Encore un film sur la Mafia,diront certains.Cela me paraÎt normal que tant de films traitent de ce thème,de Scarface à Gomorra,la lutte entre le bien et le mal ne datant pas d'hier. Un politicien italo-américain brigue la mairie de New York (James Belushi très crédible).Avec l'idée d'éradiquer,vaste programme,la Pieuvre.Une jeune journaliste italienne l'incite à un voyage en Sicile sur la trace de ses aïeux.Si la partie campagne électorale est très classique le retour à Palerme ,très bien orchestré,nous fait passer subrepticement d'une Sicile plutôt touristique,très couleur locale à une île au versant bien sombre,archaïque et ancestrale,avec tout ce qu'il fait d'un obscurantisme misérable contre lequel l'Institution semble être le rempart.Question éternelle.

   Un moment déstabilisé sur le crucial sujet d'une certaine légalisation de la drogue Carmine Bonavia assumera-t-il? Dans ce beau coffret dont j'ai déjà évoqué les deux autres film Le Christ s'est arrêté à Eboli et Trois frères Francesco Rosi répond au critique Michel Ciment et c'est clair, concis, passionnant.Vous avez peut-être remarqué l'omniprésence du cinéma italien en cet endroit.On ne se refait pas.Au fait il y a dans Oublier Palerme un personnage inoubliable,le Prince,le grand Gassman,qui a la permission de vivre à condition, qu'il ne sorte pas du palace où il est assigné par l'Organisation,suite à un très vieux litige.Filiation avec Visconti,un peu,car Rosi utilise aussi la valse de Verdi et l'immense salle de bal du Guépard.

23 novembre 2008

Géographie:Atlantic City,New Jersey

atlantic_city

http://www.youtube.com/watch?v=vhQKhlpE7XE

   Etat du New Jersey,non loin de Philadelphie.S'il y en a un qui connaît bien son Amérique musicale c'est le Boss.Dans l'album très acoustique Nebraska(82) j'aime beaucoup Atlantic City.Bruce y chante une fois de plus les paumés,guitare et harmonica comme un hobo.Mais qu'est-ce qu'il fait ça bien.Atlantic City vit du jeu essentiellement et Louis Malle y a tourné le film homonyme avec Lancaster et Piccoli.Sorte de Vegas de l'Ouest Atlantic City fait se cotoyer comme souvent aux States les riches très riches et les pauvres très pauvres.Cette ville n'est certes pas particulièrement attirante et personnellement je préfère Trouville mais c'est ça aussi l'Amérique de notre voyage.Allez Baby "Put your make up anf fix your hair up pretty and meet me tonight in Atlantic City"

9 novembre 2008

Paolo et Vittorio vont en bateau

   Film d'avant leur célébrité,d'ailleurs plutôt furtive eu égard à une certaine versatilité me semble-t-il de la critique,prompte à brûler ce qu'elle a adoré,Saint Michel avait un coq (71) annonce ce qui sera pour moi le meilleur des frères toscans,Allonsanfan.Proches d'un marxisme qui serait intelligent et là les frangins sont plutôt seuls,ils nous racontent leur Italie,rêvée mais réelle.Une Italie du XIXè Siècle,avec ses mouvements insurrectionnels précoces et que l'on idéalise facilement en France peut-être.J'ai déjà écrit sur Allonsanfan et San Michele aveva un gallo en est en quelque sorte le prologue.Le héros en est Giulio Manieri,leader de la révolte.Mais cette révolte est un peu en avance et arrêté mais surtout incompris Manieri croupit dans sa gêole. 

   Toute la deuxième part de ce film se passe en prison,à l'isolement et cela nous vaut des scènes très fortes.Il décide en effet de lutter contre cet internement et la folie qui le guette de vivre "normalement".Il tient des réunions politiques avec ses anciens amis,tenant leur rôle à chacun et les plaçant dans la cellule.Avec plaisanteries et querelles de compagnons de lutte.Il "déguste " son horrible soupe en la nommant de termes culinaires fins,champignons à l'émincé,petits légumes de saison,etc...J'ai trouvé cette séquence fascinante et Giulio Brogi,acteur peu connu mais habitué des Taviani,y est remarquable.

   Ce film,carrément scindé en trois,se clôt par un long voyage en bateau car Giullio change de prison et part pour Venise.Sa barque y croise celle d'un groupe de prisonniers avec lesquels il échange des propos sans les convaincre de la justesse de ses thèses car Giulio n'a guère changé.Très belle scène avec le père d'une prisonnière qui suit sa fille en barque le plus longtemps possible,quand elle-même le supplie de partir.Déchirant dans la sécheresse du traitement,les Taviani n'étant pas des sangloteurs.Cette longue croisière scelle surtout l'incompréhension totale et en fait l'enfermement moral dans lequel va finir par sombrer Giulio.A cette fable désespérée,très belle,je préfère cependant la douloureuse remise en question de Mastroianni dans Allonsanfan.

1 novembre 2008

Face à l'ogre

   Face à l'ogre Picasso au Grand Palais prenez 20 minutes pour Monsieur Kurosawa au Petit Palais.Une petite centaine de dessins du grand maître japonais nous invite au voyage dans la dernière partie de son oeuvre,Kagemusha,Ran Rêves,Madadayo.Plus que de simples croquis de storyboard de véritables bijoux sont accrochés dans ce hall du Petit Palais.Si cous connaissez les films vous apprécierez la précision et l'anticipation graphique parfaite de ces dessins.Les guerriers bien sûr,mais aussi les femmes,les fleurs, les bannières flottant,tout nous éblouit et nous immerge dans l'univers de Kurosawa à la fin de sa vie,entre médiévisme et mondialisation,lui qui fut le continuateur de la tradition nipponne et aussi le symbole de l'ouverture du Pays du Soleil Levant vers l'Occident.Le lui-a-t-on assez reproché d'ailleurs.

   Mais si vous n'êtes guère cinéphile et ignorez tout de A.K. vous découvrirez un monde qui se suffit à lui-même et n'a pas besoin de Coppola et Scorsese (ils ont beaucoup fait pour Kurosawa sur ses derniers films).On sait Kurosawa proche des grands Russes,Tolstoï et Dostoïevski,et aussi grand shakespearien et cette exposition en est une preuve supplémentaire.Goüt de la fresque qu'il saisit bien sur quelques centimètres carrés,puissance des allures princières,couleur des costumes,douleur des vaincus.J'ai aimé cette parenthèse japonaise,moi qui suis très éloigné probablement définitivement de l'univers manga.Héritier de Ford et Griffith,devenu une icône,Akira Kurosawa est le pont idéal entre deux cinémas plus proches qu'on ne veut bien le penser.

19 octobre 2008

Trois visages d'Italie

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  .Italie du Sud,1980,trois frères qui se sont perdus de vue ou presque ,se retrouvent pour les obsèques de leur mère. Raffaele est juge à Rome.Rocco éducateur à Naples.Nicola ouvrier à Turin.Le Nord industriel,la capitale administrative,le Sud déshérité.Toute notre Italie.J'aime beaucoup Tre fratelli,une oeuvre majeure à mon avis dans la filmo de Rosi,qui a su mêler émotion et intelligence,la première ayant peut-être manqué à Francesco Rosi pour devenir populaire au lieu d'être seulement respecté,ce qui n'est déjà pas si mal.Le père,marmoréen et impressionnant Charles Vanel,accueille dans sa maison à la campagne ses trois fils,si différents et qui n'ont plus grand-chose en commun.Pas sûr d'ailleurs car petit à petit en ce temps rétréci,quelques jours,ils vont se retrouver partiellement, presque subrepticement.Une différence d'âge assez importante et des vocations très diverses les ont éloignés.Pourtant Rafaele,Rocco et Nicola sont bien frères,bercés chacun d'étranges inquiétudes,tous trois proches de Francesco Rosi,qui en parle très bien dans le document joint à ce beau coffret DVD.

   Les dialogues,sages et réfléchis,en disent long sur l'éternelle déliquescence italienne,qui n'en finit pas de renaître de ses cendres.Les Brigades Rouges,la lutte des classes,la délinquance sont au coeur du dossier car Rosi est l'un des rares réalisateurs à savoir vraiment parler de la justice.Nanti de quelques retours en arrière et d'un zeste d'onirisme,Trois frères touche au coeur du spectateur, l'humanité héritée du lointain Néoréalisme baignant le film et lui conférant une sorte de légitimité pour qui s'intéresse à l'histoire de l'Italie.Et comme il me semble impossible de séparer les deux termes cinéma et Italie...

   Le juge,Philippe Noiret,renvoie à peu près dos à dos les violences,sans circonstances atténuantes au terrorisme. L'éducateur, Vittorio Mezzogiorno,excellent acteur tôt disparu,doux et grave dans sa naîveté et l'ouvrier instable et divorcé,Michele Placido,complètent la fratrie dont je ne peux que vous inviter à faire la connaissance. Dans ce coffret baptisé Civilita contadina incivilita urbana nous reparlerons bientôt d'Oublier Palerme et de Le Christ s'est arrêté à Eboli,à mon sens le plus beau film de Francesco Rosi.L'ami Ed, lui, vient de nous parler,très bien,de Lucky Luciano.

21 septembre 2008

La splendeur dans l'herbe

      Dire qu'on a donné comme titre français à ce magnifique film d'Elia Kazan le platounet La fièvre dans le  sang.C'est indécent.Le film est superbe mais aujourd'hui je n'ai pas envie d'en écrire plus. Simplement dire ma tristesse de ne plus lire Neil ni Karamzin(A la poursuite du vent).Je leur dédie le silence momentané de ce blog et les mots magiques du grand poète anglais.Peu de choses sont aussi belles.

Bien que rien ne puisse ramener l'heure de la splendeur dans l'herbe, de la gloire dans la fleur, nous ne nous plaindrons pas, mais trouverons notre force dans ce qui nous est laissé.
William Wordsworth, Intimations of immortality from recollections of early childood

24 août 2008

Géographie:New Orleans,Louisiane

http://www.youtube.com/watch?v=OfxoM6trtZE    City of New Orleans

   Je vous convie amicalement à un petit périple musical dans l'Amérique que j'ai aimée.Je sais que l'on en retient souvent le pire.Je prétends que pour moi et beaucoup de baby boomers elle a souvent bouté l'ennui hors de ma vie,que ce soit avec ses cinéastes,ses musiciens et ses écrivains.

    On ne présente plus la Louisiane ni La Nouvelle Orleans qui n'en est pourtant pas la capitale. Musicalement richissime New Orleans apparaît dans des centaines de titres blues,jazz,etc... ainsi que toute sa région.Je citerai pour mémoire The witch queen of N.O., Jambalaya, Born on the bayou,Blue Bayou,sans parler de l'Ol' Man River qui fédère plusieurs états.Je vous propose la belle chanson d'Arlo,le fils de Woody Guthrie,City of New Orleans.Arlo est surtout connu pour son rôle et sa chanson dans le film du même nom Alice's Restaurant.Il était à Woodstock et Dylan,admirateur de son père Woody,lui confia dans Renaldo and Clara un petit rôle de joueur de mandoline.Personne n'a pu empêcher Johnny Cash ni Willie Nelson d'en donner leur propre version.De même que The Highwaymen,c'est à dire les deux précédents plus Waylon Jennings et Kris Kristofferson.A mon avis personne ne s'en est plaint.

The City of New Orleans
by Steve Goodman


Riding on the City of New Orleans,
Illinois Central Monday morning rail
Fifteen cars and fifteen restless riders,
Three conductors and twenty-five sacks of mail.
All along the southbound odyssey
The train pulls out at Kankakee
Rolls along past houses, farms and fields.
Passin' trains that have no names,
Freight yards full of old black men
And the graveyards of the rusted automobiles.

CHORUS:
Good morning America how are you?
Don't you know me I'm your native son,
I'm the train they call The City of New Orleans,
I'll be gone five hundred miles when the day is done.



Dealin' card games with the old men in the club car.
Penny a point ain't no one keepin' score.
Pass the paper bag that holds the bottle
Feel the wheels rumblin' 'neath the floor.
And the sons of pullman porters
And the sons of engineers
Ride their father's magic carpets made of steel.
Mothers with their babes asleep,
Are rockin' to the gentle beat
And the rhythm of the rails is all they feel.

CHORUS

Nighttime on The City of New Orleans,
Changing cars in Memphis, Tennessee.
Half way home, we'll be there by morning
Through the Mississippi darkness
Rolling down to the sea.
And all the towns and people seem
To fade into a bad dream
And the steel rails still ain't heard the news.
The conductor sings his song again,
The passengers will please refrain
This train's got the disappearing railroad blues.

Good night, America, how are you?
Don't you know me I'm your native son,
I'm the train they call The City of New Orleans,
I'll be gone five hundred miles when the day is done

  (Ces textes seront immédiatement retirés en cas de dommage.)

8 août 2008

Bouffonnerie sicilienne

         Vitaliano Brancati,auteur sicilien(1907-1954) dont le livre le plus connu est Le bel Antonio depuis l'adaptation cinéma excellente de Mauro Bolognini,a bâti son oeuvre sur l'ironie et les dévoiements de l'homme.Il s'était lui-même lourdement fourvoyé dans une forte sympathie pro-fasciste,et plus puisqu'auteur d'une pièce à la gloire de Mussolini.En 1934  il a rompu radicalement et c'est en opposant et surtout en écrivain fin et sensible que l'Italie le considère.En France on l'ignore.

                Rêve de valse est un court roman ou une longue nouvelle,je n'ai jamais su faire la différence. Des notables et des fonctionnaires qui s'ennuient dans une bourgade sicilienne,ni Catane, ni Palerme, décident d'organiser un grand bal.Mais cette belle idée va s'avérer difficile à réaliser.L'arrivée de prêcheurs et les lumières anthroposophes vont ainsi faire basculer la cité dans  un non-sens et faire des dames de la haute des prostituées et des notables des philosophes.Je laisse à votre appréciation  lesquels sont les plus nocifs.Ainsi entre spiritisme et bouffonnerie va cette Sicile si littéraire et si originale que personne et surtout pas Rome nont su apprivoiser.

        Les aventures de Tobaïco se présente plus comme un conte voltairien.Je crois qu'il faut du talent pour écrire à propos d'une chambre peu hermétique "Le vent y lit mes livres".Simple mais beau. Le jeune Luigi Tobaïco est un peu le Rastignac de Catane,mais pas dévoré d'ambition,non,un poil épicurien.et ses aventures picaresques pour conquérir un jeune fille riche et belle le conduiront à des rencontres drôlatiques, aux confins du drame,mais seulement aux confins,même un peu avant les confins.Parmi ces moments,un duel qui avorte parce que la fougère est tendre et les arbres mélodieux. Quelle sagesse.Et si vous accordiez deux heures à ces deux petites pièces comme on dit en musique.

27 juillet 2008

...et les mouches à l'oeil des chevaux

   Avant tout l'avis de Dasola Valse avec Bachir - Ari Folman et de Nightswimming Valse avec Bachir .Le graphisme très personnel de ce film d'animation est admirable.La ville de Beyrouth semble dans sa nuit se fondre avec les silhouettes  de trois soldats se baignant dans la nuit.C'est proprement hallucinant,donnant à Valse avec Bachir une aura à nul autre égale et des frissons qui accompagnent les scènes,surtout les scènes de calme.Quant à la guerre,à la mémoire,à la violence je vous renvoie au très bon commentaire de Nightswimming,commentaire dont je me sens totalement solidaire.C'est la moindre des choses à mon avis de ne pas faire preuve de redondance et de couper court à mon bavardage sur ce film,très beau,dont un ami a si bien parlé.Encore un mot,un seul pour justifier mon titre:le plan des chevaux agonisants est l'un des plus saisissants documents animés de ma vie de spectateur.A rapprocher,en beauté pure du cheval mort sur le pont d'Octobre d'Eisenstein.J'espère que vous ne trouverez pas ce billet "trot" cavalier.

28 juillet 2008

Curiosité et propagande

     Curiosité à suivre...On comprend bien qu'Edward Robinson,né à Bucarest,Paul Lukas,né à Budapest et Anatole Litvak,né à Kiev,tous trois émigrés juifs à Hollywood aient eu envie de faire un film de pure propagande, sans grande originalité,mais qui avait pour objectif de dénoncer les infiltrations nazies aux Etats-Unis. Terriblement manichéen voire insupportable à la fin par son simplisme outrancier Les aveux d'un espion nazi se regarde comme un témoignage de la Warner,avant même le début de la guerre puisque sorti en 39.On y rencontre le si british George Sanders en officier nazi pur jus.Tout ce petit monde s'exprime évidemment en anglais.Peu importe l'objectif n'était pas de faire mais de faire savoir...

       On découvre ainsi les meetings des sympathisants sous l'oeil d'Adolphe et les svastikas.Saviez-vous qu'un certain Walt Disney y participa?Et que Joseph Kennedy(le papa) aussi?C'était ma minute de délation.Plus sérieusement la démocratie vaincra bien sûr.D'ailleurs le film se clot par cette phrase délicieuse et peu ambigüe: "L'Amérique ne fait pas partie des dernières démocraties.Elle est la démocratie".Je vous avais prévenus,il y a les bons et les mauvais. Merci à Patrick Brion qui continue inlassablement son travail sur France 3.Il arrivera aussi qu'un film de propagande,oui,soit aussi une oeuvre magistrale.N'est-ce pas Patron(Bogart)?Je parle évidemment de Casablanca et Le port de l'angoisse.O.K. Patron!

21 juillet 2008

La voix d'un maître

     Il existe des centaines d'enregistrements de Sinatra.Il me semble que The crooner goes to jazz est une bonne compilation.Composé des classiques de Cole Porter dont I've got you under my skin ou Night and day qu'on ne présente plus,d'autres standards comme All of me,Sweet Lorraine,Body and soul,en tout une vingtaine de titres remastérisés illustrant ce que je pense être ses meilleures années,46-56.The crooner goes to jazz rappelle si besoin en était le mélange de charisme et de détente,presque une certaine nonchalance,mais surtout l'extraordinaire feeling de cet homme qui résume si bien à lui tout seul une Histoire de l'Amérique.Mais tout cela importe peu .Quand on la chance d'avoir Monsieur Sinatra,on l'écoute. J'aime bien la scène d'un film de Melville,L'aîné des Ferchaux,ou Belmondo se bagarre au juke-box pour imposer Sinatra à des soldats américains qui finissent par lui payer un verre.La seule chose que je regrette chez Frankie,ce sont les paresseux duos qu'il enregistra à la fin de sa carrière.Il faut vous dire qu'en général je ne goûte guère cet artifice qui consiste à accoler deux personnalités pour ne faire un produit marketing. Oublions cela et écoutons-le au mieux de sa forme.

http://www.youtube.com/watch?v=X--QWXGjXfg  I've got you under my skin

http://www.youtube.com/watch?v=YF4ydh6cB10 Body and soul

26 avril 2009

Magyar,vous avez dit Magyar

    Le prince et le moine pourrait n'être qu'un bon roman historique sur le Moyen Age dans une Europe Centrale du X° Siècle où combattraient Magyars,Alamans,Moraves ou Bavarois.Avec force massacres, prisonniers,pillages et trahisons fraternelles.Normal quoi,un bon voyage en une lande barbare.Mais les landes barbares ont toujours été parcourues par quelques sages, érudits, lettrés, médecins.Stéphanus est détaché de son abbaye romande,messager pour les Magyars.Très vite prisonnier il apprendra à connaître ce peuple dont il se découvrira au fil de cette histoire de fer,de sang,et de foi,l'un des héritiers.

  La construction de ce livre passe par trois versions assez différentes d'un même récit,de très inégale longueur.Ce n'est pas ce que je préfère mais on peut considérer que ces témoignages ainsi subjectivés enrichissent la mémoire d'un peuple,le parant ainsi de multiples contradictions.Il est vrai que dans ces régions d'Europe centrale le thème des minorités cest loin d'être réglé.Ainsi RobertHasz est né en Voïvodine, c'est à dire en Yougoslavie,mais faisant partie de la communauté hungarophone.Il vit maintenant en Hongrie mais la Voïvodine fait partie de la Serbie.Enfin je crois. Infiniment complexe cet écheveau mais passionnant Le prince et le moine.Comme l'Histoire du monde est géniale avec ses alternatives et ses méandres, racontée par un conteur comme Robert Hasz.Et puis certaines critiques ont évoqué Gracq,Kafka et ...Buzzati,alors...

7 juin 2008

Sandor Marai,chef-d'oeuvre,quasi pléonasme

         .C'est peu de dire que Sandor Marai est un grand écrivain européen. On ne le découvre que depuis quelques années(voir billets précédents sur Lire Europe de l'Est).Son suicide en Amérique en 1989,à l'âge de 89 ans,était celui d'un homme toujours en rupture,antifasciste dans sa Hongrie alliée au Reich,puis mis au ban par le gouvernement communiste de Budapest.Sandor Marai,exilé aux Etats-Unis depuis 1952,n'aura pas connu la fin du Rideau de Fer. Libération,écrit en 1945,ne sera publié qu'en 2000 comme c'était la volonté de Marai.

   Roman,récit,réciflexion dirais-je osant le barbarisme, Libération c'est 220 pages tendues et  brûlantes sur le siège de Budapest et l'instant pathétique et lourd de désespoir,ce moment où la tragédie succède à la tragédie,où Elisabeth,dans la cave où se terrent encore une centaine de réfugiés, va commencer à comp rendre... Comprendre mais ignorer encore ce qu'il faut redouter le plus,les derniers sévices des nazis et de leurs séides, ou les "libérateurs" russes. Dans le microcosme reconstitué sous cet immeuble solidarité et courtoisie cèdent vite la place à la méfiance,universelle araignée, puis à la trahison.Traitée un peu comme un reportage ce vécu n'en finit pas de nous poursuivre et confirme ce que je pense de toute guerre,il faut les finir, mais ça fait très mal de les finir. Je considère Libération comme de la très grande littérature,de celles qui vous transportent, hors de toute pacotille,vers les sommets relativement fréquents dans cette Mitteleuropa dont j'ai déjà tant parlé où l'on a déjà croisé Schnitzler,Roth,Perutz,Zweig et consorts.

     "Il y a un instant,la guerre vivait encore dans l'âme d'Elisabeth, pas seulement sur les champs de bataille, dans les airs ou sous les mers.la guerre était aussi une sensation, une sorte de pensée fantomatique qui envahissait son corps et son âme, à l'état de veille ou de sommeil."

12 avril 2008

Sicile de sang

        On a oublié que la Sicile a tenté une sécession juste après-guerre.De cette terre bénie pour le cinéma qui vit Le Guépard, Kaos,contes siciliens,Le Parrain, Stromboli ou La terre tremble, excusez du peu,Francesco Rosi a exhumé l'histoire controversée de Salvatore Giuliano.Controversée et compliquée.Je la connaissais très mal avant d'avoir vu le film.Je ne la connais guère mieux,Francesco Rosi n'apportant aucune vérité indiscutable.Il s"en explique fort bien et en français dans un assez long entretien en supplément du DVD.Tourné en noir et blanc juste avant Main basse sur la ville Salvatore Giuliano (1961) est tout aussi austère.De plus Rosi n' a pas misé sur une chronologie linéaire. C'est néanmoins un film bien intéressant par le regard sur cette Sicile,île d'extrême et d'extrémités,de haute civilisation et de bien basses besognes.On pourra aussi revoir le film de Cimino Le Sicilien(1987),qui lorgne plus vers la superproduction sans être dénué de qualités pour autant qu'il m'en souvienne.

          Ce que l'on retient de Salvatore Giuliano c'est le cri des femmes en noir,ces mères italiennes, non, siciliennes.C'est la montagne palermitaine et ses chèvres faméliques gardées par des bergers illettrés dont l'un deviendra colonel ou général,peu importe dans ce pays où sévit l'amalgame brûlant de paysans,de mafieux,de soldats ou de carabiniers,tous contre tous et chacun pour soi. Giuliano,probablement plus utilisé que stratège,est mort à 28 ans.Complices d'hier, traîtres d'aujourd'hui, repentis de demain,les hommes ne sont que de passage en cette glèbe ensoleillée et épuisante,où démêler le vrai du faux s'avère insoluble,et presque sans intérêt.Il semble que la Sicile,que ce soit celle du Prince Salinas, des pêcheurs du Néoréalisme, des mafiosi,même s'ils vivent là-bas à Little Italy,ou des pauvres diables des contes de Pirandello,ne soit née de la mer que pour faire du cinéma, douloureux,le meilleur.

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