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20 juin 2018

Brothers in arms

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                            Robert Olen Butler, assez peu connu en France, est un auteur célèbre outre-Atlantique. Pulitzer 1993 pour Un doux parfum d'exil. C'est la première fois que je l'aborde, ne sachant rien d'autre. Chez Actes Sud vient de sortir L'appel du fleuve. Un vieillard vient de mourir, vétéran de la World War II. Ses deux fils, quasi septuagénaires sont fâchés entre eux depuis le Vietnam. Le cadet Jimmy est en plus fâché avec son père depuis le Vietnam, qu'il a refusé en filant au Canada. L'aîné Robert lui, y est allé au Vietnam, mais très protégé et loin du front. Ses rapports avec  son père ont été pour le moins distants. Robert est professeur d'université en Floride. Jimmy crée de la maroquinerie. Plus rien en commun, sauf un père décédé, des souvenirs d'altercations triangulaires. La famille dans toute sa splendeur, des épouses... épouses avec ce que cela implique. Un minimum de retrouvailles  est-il envisageable, au moins  au funérarium?

                            C'est un roman que l'on n'oublie pas, creusant encore et encore le fossé des générations qui le nôtre. Dans cette version américaine qui ne cherche jamais l'effet pathétique ni la surenchère, on suit Robert essentiellement. Une rencontre avec un SDF, Bob, un peu sans âge, est-ce un vétéran d'une quelconque autre guerre, agira comme un révélateur, et comme un lien avec  ce passé enfoui, dont les opinions sur le Vietnam et le Summer of love seront étincelles qui étei dront la communication fraternelle, déjà faiblarde.

                           L'appel du fleuve fait écho au drame vietnamien de Robert, pas précisément, un fait d'armes. Ainsi chacun  revisite le temps passé. On hésite sur un coup de fil à donner, priant (qui de nous ne l'a pas fait) pour tomber sur ce merveilleux répondeur qui permet de dire quelque mots sans risques et ainsi mettre la balle du côté de l'autre. Délicieuses petites lâchetés. Quarante-sept années que les frères Quinlan, Robert et Jimmy ne se  sont ni vus ni même parlé.  Jimmy: "Entendons-nous sur un point. Evitons de nous disputer à propos du passé. Si l'on doit se mettre en colère, que cela concerne quelque chose d'immédiat." Robert: "D'accord mon vieux. Seulement on n'a que ça, le passé, toi et moi. Si on se met à parler d'autres choses vont ressortir."

                          Alors il me vient à l'esprit que seul un long silence s'impose quand un demi-siècle de scories recouvre la jeunesse des frères. Ce même silence convient aussi très bien à cette chronique. Lisez L'appel du fleuve, une Amérique de ratages et d'émotions. Ca me va plutôt.

                            

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10 décembre 2017

Colum à la une

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                                Une novela (paraît qu'on dit comme ça quand c'est trop long pour une nouvelle et trop court pour un roman) et quatre nouvelles pour le dernier livre de l'Irlandais Colum McCann, une vieille connaissance, dont j'ai lu la plupart des livres. Le court roman, Treize façons de voir, raconte les quelques jours avant l'agression mortelle d'un riche et vieux magistrat en plein New York. Présenté de  différents points de vue, à la manière du texte de Wallace Stevens Treize façons de regarder un merle. Peu de temps après Colum McCann a lui-même été victime d'une grave agression. Il dit que chaque mot que nous écrivons  est autobiographique, parfois même par anticipation. Mais à ce texte j'ai préféré deux nouvelles.

                               Sh'khol est l'histoire de Rebecca, qui vit seul avec son fils Tomas, sourd et difficile, sur les bords de l'Atlantique, du côté de Galway. "Une des choses qu'elle aimait tant sur la côte ouest de l'Irlande: le temps était une mise en scène, un cinéma. Un grain pouvait s'abattre n'importe quand et, quelques instants plus tard, le ciel bleu trouait la grisaille." La disparition en mer de l'ado de treize ans avec sa combinaison neuve reçue pour Noël est l'occasion douloureuse de reprendre contact avec Alan le père de Tomas, dont ellle  est divorcée. Mais Tomas n'est que leur fils adoptif recueilli bien loin vers Vladivostok. Quelques  dizaines de pages et l'on partage les affres de Rebecca face à la tragédie. "On ne peut rester un enfant toute sa vie. Une mère, si."

                                 Dans Traité une religieuse se retrouve en face de son violeur d'un passé lointain. J'ai trouvé ce texte admirable par la réserve et la discrétion qu'on y décèle alors que le sujet est ultra-violent. Colum McCann navigue à merveille dans la profondeur des âmes et sait nous confier ses obsessions sur l'évolution de notre monde, à l'écoute pertinente de la dramaturgie contemporaine. Les hommes changent-ils à ce point que le violeur d'antan en soit maintenant à participer à l'élaboration d'un traité à l'Institut de la Paix? Et si Soeur Beverly se trompait? Et quand se trompe-t-on?

23 novembre 2017

Quelques mots sur quelques films

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                                            Faute d'amour est un film terrifiant comme Le retour, comme Leviathan. Que le cinéma de Zviaguintsev est troublant, jusqu'au malaise. Et comme la Russie semble le pays idéal pour la dérive,les dérives. Un couple se déchire dans la banalité d'une banlieue de Moscou ou Saint Petersbourg. De toute façon  on n'est nulle part. Dans un no love's land hideux et terrible où des parents glissent le doigt sur leurs tablettes, sans émotion, leur enfant étant en fugue, rien de plus, rien de grave. J'ai eu froid et j'ai pensé à Leonard Cohen " I've seen the future, it is murder".Andrei Zviaguintsev est d'ores et déjà un immense cinéaste mais ne comptez pas  sur lui pour vous sentir bien.

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                                 Un peu contraire, jouant la carte du mélo et de la différence, mais intelligemment construit sur l'aventure de deux adolescents sourds en fugue à New York en 1927 et 1977, Le musées des merveilles sait nous bouleverser. La Big Apple en noir et blanc, juste avant l'irruption du cinéma parlant, est très joliment filmée et ce conte initiatique transfigure la quête de ces  deux enfants sourds à la poursuite de leurs destins. Pour la magie on pense à Hugo Cabret qu'adapta Scorsese. Rien d'étonnnant, Brian Selznick étant l'auteur des  deux romans. Le film doit beaucoup à ses deux jeunes acteurs. Todd Haynes rend hommage aux grands mélodrames silencieux, et à la ville de tous les possibles. Bien sûr, quelques-uns, pas très nombreux, ont fait la fine bouche. Et Cannes l'a soigneusement ignoré. Moi j'ai trouvé qu'on était proche de la perfection. Space oddity de Bowie, la version d' Also sprach Zarathustra par le pianiste brésilien Deodato que je n'avais pas entendue depuis des siècles, une très belle musique originale de Carter Burwell, de jolis glissements des scènes identiques entre l'époque de Rose et celle de Ben, une poésie de tous les instants, autant de raisons de voir Wonderstruck.

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                                   Une séance ciné-philo a été consacrée au document d'Amos Gitai, un de plus, A l'Ouest du Jourdain. On connait depuis si longtemps le long combat de Gitai pour une solution pacifique du séculaire conflit. Pas mal d'intellectuels israéliens, écrivains, cinéastes, savants, luttent ainsi pour faire triompher la raison. C'est peu dire que c'est pas gagné. Le public a été très intéressé et la discussion s'est bien engagée, mais le sujet est si complexe. Certains ont vu le verre à moitié plein, les scènes de fraternisation des mères des deux côtés, le trouble de certains soldats d'Israel se remettant en question. Mouais... Moi, qui pèche rarement par excès d'optimisme, j'y ai surtout entendu un gamin de douze ans rêver de martyre d'une part, et un journaliste plutôt désespéré prévoyant que pour des raisons de démographie la solution négociée sera tout bonnement définitivement impossible d'ici quelques années. Terrifiant, glaçant et, à mon sens, probable. A l'Ouest du Jourdain est bien sûr un film à voir. Sans illusions.

 

12 novembre 2017

Microguerre

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                                    Qelques alexandrins à la manière de Leconte de Lisle. Peut-être certains d'entre vous se souviennent-ils vaguement du Parnasse, ce mouvement littéraire du XIXème. L'un de ses Poèmes Barbares s'appelle Les éléphants. Pour un petit cercle qui s'amuse, pas toujours, à l'écriture j'ai rétréci le propos. Ca donne Les Minuscules. Probablement difficile de faire plus désuet.

Les Minuscules

La modeste prairie est imaginative

L'herbe y est océane et là, sous les brindilles

Les larves sont féroces et la moindre chenille

Combattrait vaillammment en la steppe arbustive

 

De leurs venin munis de hideux scolopendres

Romaines  centuries, belliqueux manipules

Et d'estoc et de taille, escortés  de cent iules

Font du sol table rase et du vivant, des cendres

 

Luisant d'un noir de jais les carabes immondes

Tueurs impénitents immolent vermisseaux

Lucanes oublieux, buprestes du bouleau

Univers souterrain à l'implacable ronde

 

Seule la gent ailée finira la tuerie

Rémiges et becquées du noir auront raison

Les heures ténébreuses, et la peur à foison

Du ciel ainsi armé subiront la furie.

 

5 juin 2017

Réponses tennis et cinéma

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                                      Carrie Fisher, Princesse Leia, jouait au tennis ou au squash dans Shampoo. Voici les vingt réponses du jeu pour lequel quelques-uns d'entre vous sont courageusement montés au filet.

1/ Annie Hall

2/ Les vacances de M.Hulot

3/ Un éléphant ça trompe énormément

4/ Terre battue (c'est la réponse qui était donnée, littéralement écrite, dans le billet, mais aussi à mon avis la plus difficile tant ce film récent est sorti dans l'anonymat, 2014, Stéphane Demoustier, Olivier Gourmet, Valeria Bruni Tedeschi, critiques plutôt bonnes).

5/ L'inconnu du Nord Express

6/ Blow up

7/ Matchpoint

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8/ Le jardin des Finzi Contini

9/ Belle de jour

10/Gigi

11/Chambre avec vue

12/Les sorcières d'Eastwick

13/Les aventures extraordinaires d'Adèlé Blanc-Sec

14/Sabrina

15/Chaplin

16/Intolérable cruauté

17/Le genou de Claire

18/Une grande année

19/Jaloux comme un tigre

20/La famille Tenenbaum

                             Merci à tous. Ont particulièrement brillé Ronnie (17) et Dasola et Patrick de la Villa Seurat. Mais tout le monde a bien mérité de l'Ordre de la Petite Balle Jaune.

 

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12 mai 2017

In the name of rock/ Annabel

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                                   Il arrive quelquefois un moment, un moment où c'est creux, enfin plus creux que d'habitude. La plupart du temps il serait juste de dire que le creux avait commencé de creuser son creux depuis pas mal de temps. Mais le creux, il creuse tant que c'est creux. Ainsi un creux peut longtemps être un peu plus creux. Et puis on s'aperçoit que le creux a vraiment pris un teint cireux, il a les joues creuses, le creux. Et badaboum, le creux tombe à plat. Les mots, même creux, demeurent au creux des gorges. Seule la crainte est commune. Mais la crainte est trop creuse pour rebondir. Serait-il temps de dire au revoir à Annabel, enfin au revoir... enfin Annabel... Reste la guitare, par exemple celle de Gordon Lighfoot, ou en mineur, la mienne. Mais, putain, ça fait un sacré creux, là. Farewell to Annabel, Gordon Lightfoot, 1972.

27 mai 2017

A vous le service (ce match a été programmé)

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               Pour la grande quinzaine de la terre battue je vous convie sur le central. SVP réponses en privé après avoir indiqué votre participation en commentaires. A vous de jouer. Une réponse au moins est donnée, vraiment donnée. Reste à savoir laquelle.

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P.S. Je ne joue absomulent pas au tennis. Mais mon dernier jeu portait sur les arbres. Or, je ne grimpe pas aux arbres non plus.

27 avril 2017

La poésie du jeudi, Antonio Machado

Poésie du jeudi

Campagne

Le soir meurt

comme un humble foyer qui s'éteint.

 

Là-bas, sur les montagnes,

il reste quelques braises.

Et cet arbre brisé sur le chemin tout blanc

fait pleurer de pitié.

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Deux branches sur le tronc blessé, et une

feuille fanée et noire sur chaque branche !

 

Tu pleures ?... Entre les peupliers d'or,

au loin, l'ombre de l'amour t'attend.

Antonio Machado (1875-1939), Champs de Castille, traduit par Sylvie Léger et Bernard Sesé

                               Venant de terminer mon séminaire cinéma avec Almodovar j'étais un peu à l'heure espagnole, ce qui ne m'arrive pas très souvent. Une vieille chanson de Ferrat sur un texte d'Aragon m'est venue à l'esprit. Machado dort à Collioure, trois pas suffirent hors d'Espagne. Dans ce texte sobrement intitulé Les poètes il est en compagnie de Hölderlin, Verlaine, Marlowe. On a connu de pires castings.

 

16 juin 2017

Prenez garde à la fonte des choses

41JfgOIjXNL__SX210_  Peu à peu j'explore l'univers de Yoko Ogawa. Quatrième épisode, un roman splendide, qui confine à un certain fantastique, en toute discrétion, et peut faire penser parfois à Fahrenheit 451. Cristallisation secrète est le roman de la disparition et se déroule dans une île,ce qui lui confère déjà un statut particulier. Par un étrange phénomène les choses s'effacent. Toutes sortes de choses.Des plus anodines aux plus essentielles, les oiseaux par exemple. Les roses, les photos, les livres. Et si un jour les mots eux-mêmes...

           Effarant montage que ce livre où l'héroïne est elle-même romancière et n'a bientôt plus de contact qu'avec son éditeur caché. Avec habileté Yoko Ogawa nous perd un peu en faisant de l'écrivaine une recluse au milieu des machines à écrire hors d'usage. Quel symbole car bientôt ne sera-ce pas l'humanité entière qui sera hors d'usage? Volontairement exempts d'identité, les personnages, narratrice, éditeur (ce dernier a droit cependant à une initiale, R qui sonne évidemment kafkaien), grand-père, forment un trio d'entr'aide et de solidarité, face aux traqueurs de souvenirs, ces miliciens à la solde d'on ne sait qui.

          Le plus fascinant de Cristallisation secrète, beau titre, réside  dans la relative acceptation de cet état de fait. Pour digérer la disparition on dirait que certains l'anticipent presque, victimes soumises, consentantes, presque complices. Mais ce disant, je suis bien en deça de la grandeur de ce roman parabole de la condition humaine où heureusement l'amour conserve une place  de choix. Mais Ogawa est aussi une poétesse qui sait nous toucher avec trois fois rien, un ticket de transport retrouvé, un harmonica désaccordé, ou, plus monumental, un vieux ferry qui sombre, bouleversants.

16 février 2017

Le Nord me va si bien

Masse critique

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                            Je dois à Babelio de bons moments, parfois de moins bons mais c'est la règle du jeu. Mais sans eux j'ignorerais toujours le Norvégien Ragnar Hovland bien que je me perde très volontiers dans la littérature nordique. Quel beau roman, ça s'appelle Douce nuit, il n'y pas de scénario proprement dit. Un homme, écrivain en panne, âge mûrissant non précisé, on apprend peu à peu sur lui, c'est très curieux car on n'en saura jamais vraiment beaucoup. Son éditeur le presse un peu, il va peut-être écrire un roman pour la jeunesse. Ce qui compte dans Douce nuit, c'est ce qu'on devine ou croit deviner. Il était le deuxième d'une fratrie de cinq. On ignorera toujours les deux plus jeunes, nommés "nos deux plus jeunes frères". Où sont-ils passés? Mystère.

                         Le frère aîné, là encore pas de prénom, apparait comme une sorte de fantôme un peu désincarné, ce qui pourrait bien être un pléonasme, depuis une expérience ancienne, restée floue elle aussi, une rencontre avec un personnage vêtu de noir. Ils vont se retrouver, un peu, un petit peu, pas beaucoup. Les conversations fraternelles sont pour le moins sybillines. Quand au troisième frère, il répond si j'ose dire au nom de Numéro Trois, rien de plus, avocat plutôt marron, et traverse à moto la Norvège vers le Nord. Ca fait beaucoup de Nord, j'adore. Très sporadiquement ce petit monde échange un SMS. Il ne se passe rien en cette Douce nuit, rien que l'incompréhension mutuelle que même deux jours chez les vieux parents, père en proche partance, mère aimante mais ayant depuis longtemps compris que l'amour de ses fils demeurerait d'une exemplaire discrétion, ne pourront entamer.

                        La maladie est aussi très présente dans ce roman, non pas à grands renforts de pathos, mais par nombre de touches-souvenirs du fils principal narrateur, amis d'enfance, des femmes surtout. Je n'ai pas trop compris pourquoi Ragnar Hovland cite Ragnar Hovland parmi les écrivains dont il parle, mais il n'en parle qu'un tout petit peu. Il est vrai qu'il cite aussi Lars Saabye Christensen, son exact contemporain, l'un de mes auteurs préférés. Tout est beaucoup un petit peu dans Douce nuit, et laisse au lecteur un peu de travail. J'aime ça, comme j'aime le Nord en général, et ce chalet en bord de mer où se retrouvent brièvement les trois frères, pour aller pêcher, un peu.

                       J'ai aimé ce libre, beaucoup, beaucoup. S'il ne m'avait plu qu'un peu, un petit peu, je l'aurais aimé quand même, et je l'aurais gardé (je garde moins de livres maintenant). Il cite Scarborough fair, version Simon and Garfunkel, et The girl from Northern Country, de Dylan, qui ne sont en fait qu'une seule et même mélodie. Ca suffit pour figurer dans mon petit panthéon. Il en faut parfois peu, un petit peu. Merci à Babelio pour ce très bon millésime.

P.S. Ragnar Hovland est de ma génération, un tout petit peu plus jeune que moi. Il a aussi beaucoup écrit pour la jeunesse. Très francophile, il a traduit entre autres Baudelaire, Queneau, Apollinaire.

16 novembre 2016

Huis clos + Chaos = K.O.

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                             1h30 dans le panier à salade dans les rue du Caire en été 2013, c'est là que Mohamed Diab nous enferme dans ce huis clos envahi par le chaos. Alors là, pesons nos mots. C'est ce que j'ai tenté de faire hier en présentant Clash. Après la révolution de 2011 qui déposa Moubarak l'Egypte se débarrasse de Morsi, président élu et membre des Frères Musulmans, en une (contre) révolution, ça c'est selon le camp qu'on choisit. Manifestations monstres des partisans de Morsi, répression, cycle habituel et pas seulement égyptien. Sauf que la plupart des Egyptiens voudraient simplement tenter de vivre.

                            On sort de Clash, épuisé, exsangue,comme les 25 occupants du fourgon, dont assez vite on ne sait plus de qui ils sont sympthisants ou partisans. L'Absurdie, ce pays de partout, occupe manifestement l'Egypte contemporaine. Si le huis clos si bien maîtrisé par Mohamed Diab semble nous inclure et nous éprouver dans ces quelques mètres carrés de tôle corsetée le chaos urbain, lui, nous tombe sur la tête, assourdissant vacarme zébré de très pénibles lasers verts. On ne voit pourtant rien de l'immense métropole ingérable qu'est devenue Le Caire. A travers les barreaux, simplement, vociférations et invectives. Là un militaire s'écroule. Là-haut un sniper dévisse de sa terrasse. La guerre, civile, appelle-t-on ça. Cette vision comme quadrillée accentue la sensation d'enfermement et l'incompréhension. Voire la stupéfaction. Comment en est-on arrivé là?

                          Les gens ont plutôt aimé le film, très épuisant malgré tout. Malgré une relative accalmie à la faveur de la toute aussi relative fraîcheur de la nuit, où les gens se parlent, voire s'entr'aident. J'ai d'ailleurs peiné à le croire.Mohamed Diab, peu prophète en son pays, a divisé la critique là-bas, en défavorables et en mécontents. Chacun trouvant son camp maltraité. Une chose reste évidente: les printemps arabes restent suspendus à un avenir pour le moins aléatoire. C'est peu dire.

23 octobre 2016

In the name of rock/Jainie

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                                                     Tim Buckley (1947-1975) fut le père de Jeff Buckley. Il ne se sont quasiment jamais vus. Deux points communs, une vie de météore, et une voix sublime. Tim eut, parait-il, le temps de dédicacer à Jeff la chanson I never asked you to be a mountain. Il mourut naturellement, c'est à dire d'overdose à 28 ans. Il lui reste quelques aficionados cacochymes, comme à ces folkeux maniaco-suicidaires, Tim Hardin, Phil Ochs, Nick Drake. J'en suis. Voici Song for Jainie, du premier album, sobrement titré Tim Buckley. Une chanson d'amour, très belle. Mais il y en a des dizaines comme ça au long de la brève histoire de Tim Buckley. Jainie, le sais-tu?

5 novembre 2016

Griffonnés vite fait en salles obscures...

... quelques notes, quelques films, quelques impressions fugitives qui n'engagent que moi.

AFFICHE_TOUT_VA_BIEN   Film chilien d'Alejandro Fernandez Almendras. Relatant un fait divers récent mettant en cause un fils de sénateur et un accident mortel lors d'une virée branchée, Tout va bien a séduit plus par sa construction nerveuse, son utilisation habile des SMS etc..., et sa vision du drame volontairement partielle et partiale du côté puissant, que par le thème hyperbalisé si bien écrit par le grand cinéaste et moraliste Jean de la Fontaine, "Selon que vous serez puissant ou misérable...". Mais encore une fois la quasi-virtualisation de l'intrigue est assez impressionnante.

images  Le newyorkais Ira Sachs revient sur la crise  du logement et la gentryfication de sa ville dans Brooklyn village au titre woodyallenien assez trompeur. Le film est bien amené sur deux adolescents amis, fils respectivement du propriétaire et de la locataire d'une boutique d'étoffes, latino. La relation entre les deux teen-agers aura du mal à résister aux tiraillements sociaux. Emouvant et pas du tout simpliste ni démago comme c'est si souvent le cas. Fraîcheur et modestie pour un joli portrait de quartier avec avenir incertain.

d587c6_a3672171020a48f59e5caf89a32f6f20~mv2_jpg_srz_795_1080_85_22_0_50_1_20_0 Que voilà un film fort, sérieux et souvent enjoué, une dynamite de volonté et de vie, le plus intéressant de ma quinzaine. Recife, Brésil, Clara, une femme mûre, reste seule, dans son immeuble, l'Aquarius, jadis haut de gamme, en voie de délabrement cause spéculation immobilière (air connu, voir le film précédent). On vit vraiment les émotions de Clara, ses relations avec ses trois enfants, sa mamectomie, ses frustrations sexuelles, ses souvenirs de critique musicale, son combat contre l'expropriation qui la guette. Sonia Braga, icône du cinéma brésilien, habite le film sans faille malgré une durée limite de 2h20. Un fulgurant flashback érotique m'a semblé très beau dans son audace. Mais Kleber Mendonça Filho sait aussi instiller dans Aquarius des touches d'humour, les copines sexagénaires se la jouant cougar, ou une ambiance nocturne quasi fantastique. Captivant et intelligent. On en sort un peu plus savant sur le Brésil, ce géant fragile.

L+ODYSSEE+3 Jérôme Salle explore trente années de la vie de Cousteau en naviguant à vue entre l'hagiographie et la destruction du mythe. Le film n'est ni l'un ni l'autre, un peu étonnant lors de la "conversion" tardive et pas trop innocente du patron à l'écologie. Si les rapports avec son fils Philippe paraissent assez justes (Lambert Wilson assez crédible en commandant vieillissant, Pierre Niney remarquable) on ne croit guère à Audrey Tautou en épouse alcoolique. Reste un beau voyage pour un film estimable car la tache n'était pas facile. On sait les traquenards des biopics.

6 octobre 2016

La poésie du jeudi, Giovanni Pascoli

Poésie du jeudi

La félicité

Quand, à l’aube, elle affleure de l’ombre,   

descend les brillants escaliers,

disparaît, et derrière la trace   

d’une aile, ce souffle léger,

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je la suis par les monts, par les plaines,   

dans la mer, au ciel ;

dans le cœur je la vois déjà, je tends les mains,   

j’ai déjà la gloire, l’amour.

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Ah ! ce n’est qu’au couchant qu’elle rit,   

sur la ligne d’ombre lointaine,

et me semble en silence montrer   

le lointain toujours plus au loin.

 

Le chemin parcouru, la douleur   

me désigne son doigt tacite ;

tout-à-coup – on entend bruire à peine –   

elle est au silence infini.

Giovanni Pascoli, Myricae, 1891 (1re éd.)

Trad. Jean-Charles Vegliante  

 

                                    A l'occasion, bien jolie, de la reprise des jeudis asphodéliens consacrés à la poésie, je vous présente Giovanni Pascoli, né dans la campagne d'Emilie-Romagne en 1855 et mort à Bologne en 1912. Quand vous lirez La félicita je devrais être quelque part du côté de cette université si réputée depuis longtemps. Pascoli la fréquenta tant étudiant que professeur. D'autres élèves: Erasme, Dürer, Copernic, Goldoni, Antonioni, Pasolini. Il fut un temps où le savoir du monde était bolonais. Toute la barbarie aussi, en 1980, quand 85 personnes explosèrent à la gare centrale. J'ai failli revenir sur Giorgio Bassani le Ferrarais mais j'en ai déjà parlé plusieurs fois. Pascoli, jusqu'à cette semaine j'ignorais son nom. Ce n'est pas la première fois que La Poésie du jeudi nous permet de l'inédit.

 

 

                     

12 septembre 2016

D'un autre âge, d'un bel âge

Les_deux_soeurs     D'un autre âge, ce roman assez court de l'Autrichien Adalbert Stifter (1805-1868), écrivain découvert il y a quelques  semaines chez Dominique A sauts et à gambades. D'un autre âge, mais d'un bel âge comme un vieux grappa. L'essentiel de ce livre se passe en effet dans la si belle région des lacs alpestres de l'Italie du Nord. Un jeune Autrichien, bien nanti et de grandes espérances décide ce fameux voyage en Italie si cher au Romantisme. Temps béni, qu'est-ce que j'aurais aimé! Encore fallait-il être bien né. Ce périple le mène très vite à rendre visite à un homme connu à Vienne avec qui il partagea un concert de deux jeunes soeurs violonistes. Rikar vit maintenant non loin de Riva sur le lac de Garde. Retiré avec sa femme et ses deux filles.

                                     Alors là où certains évoqueront la naïveté ou l'utopie de ce domaine édénique je préfère parler de rêve exemplaire. On a bien le droit de rêver à ces jardins des dieux, ces fontaines enjouées, ces fruits paradisiaques. Et à ces nobles sentiments qu'inspirent Maria et Camilla, Les deux soeurs. Ces deux jeunes filles sont très proches et pourtant si différentes. L'une est une violoniste plus que troublante, l'autre a le génie des lieux, organisant maison et domaine au point d'en faire une halte délicieuse digne de l'Arcadie. Ce roman n'a d'autre objectif que de mettre en scène en un schéma romanesque classique qui n'ira cependant pas jusqu'au drame, l'amour et ses tourments. Tourments qui tourneboulent notre héros, écartelé entre l'une et l'autre, entre la vie pratique terrestre et la vie artistique céleste, représentées par Les deux soeurs.

                                    Le livre abonde en descriptions lyriques ou élégiaques, en un style parfait. Tout est beau sur ce versant des Alpes. Harmonie et vertu. Tout est trop beau, même le renoncement et l'abnégation. Pour une fois que les choses sont trop belles.

 

18 août 2016

Ballade pour un traître

 Masse critique

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                                 Amos Oz est dans ma galerie. J'étais donc emballé par le choix de Babelio, commenter Judas, le dernier roman de l'écrivain israélien. Pas déçu. Trois personnages à Jérusalem, 1959. Shmuel Asch, 23 ans, est embauché pour tenir compagnie et faire la lecture et la conversation à Gershom Wald, septuagénaire invalide, fantasque, un intellectuel jadis engagé dans le sionisme. Dans la même maison vit Atalia Abranavel, 45 ans, veuve et bru de Wald. Shmuel a abandonné ses études prometteuses, ses parents ruinés. Il va ainsi entrer dans l'intimité des deux autres. Sur fond d'histoire si spéciale d'Israel, état qui en 59 n'a encore que douze ans d'âge, dirigé par David Ben Gourion, figure légendaire du sionisme. 

                             Un peu comme assigné à résidence, Shmuel écoute longuement Gershom parler, et parler encore, du passé, de la Palsetine, des Anglais, de l'état hébreu. Ce n'est même plus pérorer, c'est aussi tourner en rond, et le jeune homme ne tarde pas à faire la même chose, membre du défunt Cercle du Renouveau Socialiste, six personnes dans l'arrière-salle d'un café de Jérusalem. Leurs points de vue sont certes assez dissemblables mais un point leur est commun, le dialogue sur l'essence même d'Israel. On peut perdre un peu pied si on ne maîtrise pas bien les différents éléments historiques ayant abouti à la création du pays. Alors Amos Oz, habilement, nous emporte bien plus loin dans le temps, et évoque la figure si mal connue de Judas Iscariote devenu le symbole même de la trahison. La vérité serait autrement complexe. Et Judas apparait presque comme le plus proche du Christ, le plus lettré, qui n'avait nul besoin de trente deniers et qui devait permettre par son baiser l'accomplissement.

                            Judas est un livre qui m'a passionné bien que truffé parfois de références qui m'ont échappé. Mais j'aime beaucoup la littérature de ce pays si différent et Amos Oz en est l'un des fleurons. Ainsi je me suis attaché à ce trio complexe de trois générations, chacune ayant sur le pays sa propre conception, toujours douloureuse. Shmuel, Gershom et Atalia, trois figures d'Israel, pays qui parmi tant de soubresauts, entre sécurité et paranoia, nous propose une littérature souvent d'une grande profondeur. Merci à Babelio, ce fut pour moi un grand cru.

                            Déjà chroniqué ici, d'Amos Oz, Scènes de vie villageoise, Entre amis, L'histoire commence, Une panthère dans la cave. Autres avis sur Judas Judas - Amos Oz (A sauts et à gambades) et Judas - Amos Oz (rentrée 08-2016) (Sylire).

29 janvier 2016

Sur l'épaule, à lui caresser les cheveux

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                               Tampa, Floride, 1942. Joe Coughlin est officiellement retiré des affaires. Troisième volet de la saga Coughlin Ce monde disparu n'a pas l'ampleur du premier épisode Un pays à l'aube. (Le roux et le noir) C'est pourtant un très bon roman noir, centré sur un thème précis, la mort, ou, tout au moins, la grande difficulté pour un gangster de rester en vie. C'est pas simple, parfois, de rester en vie. Joe a laissé le pouvoir à Dion Bartolo, alliance irlando-italienne surprenante, dont on comprend assez vite qu'elle n'aura qu'un temps. L'ombre lointaine de Lucky Luciano, emprisonné mais puissant, plane sur cette histoire. Et l'on sait notamment depuis le film de Francesco Rosi, l'ambiguité des services secrets américains lors de la libération de l'Italie et le rôle du célèbre gangster.

                             Mais Dennis Lehane sait jouer aussi des scènes intimes et familiales. Comme d'autres bandits, Joe a un fils qu'il élève seul. Or, les mafiosi veulent le meilleur pour l'éducation de leurs enfants. Et ce n'est pas sans états d'âme que Joe Coughlin se résout au meurtre d'un père de famille de son âge. Mais certaines choses ne peuvent rester impunies et tant pis pour les dégâts collatéraux même s'il y parfois erreur dans la distribution (de pruneaux). De belles idées dans cette sombre histoire où Cuba constitue un enjeu, un repli, un Cuba sous Batista bien avant Guevara et Castro, mais avec la participation du "grand" mafieux Meyer Lansky. Par exemple l'un des patrons du crime qui malgré deux somptueuses suites dans les palaces de Floride, reçoit, entouré de sa garde prétorienne, sur un bateau au milieu du fleuve. Rude métier qu'exercent ces gens là, à se méfier de ses amis bien plus que de ses ennemis. Mais ça c'est valable aussi dans d'autres domaines.

                            Le tome précédent, Ils vivent la nuit, est en cours d'adaptation ciné. Ben Affleck y porte deux casquettes.Celui-ci devrait suivre. De toute façon chaque livre se dévore très bien à l'unité. Vous y retrouverez différentes façons de mourir, le calibre, les requins, les accidents malheureux. Un point commun:jeune. Car n'est-elle pas là, la camarde, "sur l'épaule, à lui caresser les cheveux".

29 décembre 2015

M.Willocks je vous accuse

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                                M. Tim Willocks, écrivain, je vous accuse d'avoir du talent et de l'imagination. Je vous accuse d'avoir écrit un très bon livre, La Religion. Mais, car il y a un mais, je vous accuse aussi d'emportement, de débordement, de scriptorrhée. Et je vous accuse d'avoir abusé de la chose qui m'est la plus précieuse, mon temps. Vous croyez que je n'ai que ça à faire, de lire vos 951 pages sur les quelques mois du siège de Malte par les Turcs en 1565? Et ce n'est pas parce que votre roman est formidable que vous allez vous en sortir comme ça. La Religion, c'est le nom que se donnait l'ordre des Chevaliers de Malte, des moines-soldats aussi à l'aise dans la prière que dans l'éviscération. Tannhauser est le guerrier que l'on suit pendant ces évènements, Allemand enlevé très jeune par les Ottomans pour devenir janissaire. Devenu commerçant c'est comme expert en art militaire que le Grand Maître de l'ordre, La Valette, le mande sur l'île de Malte pour aider à sa défense. Les Chevaliers sont en nombre très inférieur aux Turcs. Passionné d'histoire j'ai trouvé, Tim Willocks, que vous dynamitiez le genre un peu ronronnant. Mais tout de même ça m'a bouffé pas mal de temps.

                              Cela dit c'est du grand art pour lequel il faut être armé comme un chevalier, ce qui est parfois lourd, pour apprécier cette magistrale aventure. D'estoc et de taille ça démembre et ça décapite sérieux, tant côté turc que côté chrétien. Très documenté mais aussi associant verdeur poétique et réflexion tant sur le pouvoir que sur Dieu, La Religion mérite le détour et l'on comprend mieux les enjeux méditerranéens de l'Histoire. Evidemment la charogne plane sur tout le roman, naufrage d'entrailles et de sang, dont vous M.Willocks, ne nous épargnez aucun détail. Vous étiez chirurgien, ai-je lu? Il en reste manifestement quelque chose. Mais ne m'en veuillez pas, cher docteur auteur, si je ne vous accompagne pas pour le deuxième tome de votre trilogie qui traite de la saint Barthélémy, Les douze enfants de Paris, ni pour le troisième, encore à venir, je crois. Matthias Tannhauser est pourtant une belle figure romanesque. Mais voyez-vous, le temps , ce barbare, m'oblige à choisir entre vous... et le reste du monde. Et bravo pour cette oeuvre fleuve, cet ouragan sur Malte, etc...

15 octobre 2015

La poésie du jeudi, Carl Snoilsky

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                                Pour mes retrouvailles avec les Jeudis de ma chère Asphodèle j'ai voulu prolonger un peu mes quelques jours scandinaves. Hasard aidant je suis tombé sur cette Vieille porcelaine qui m'a séduit. Carl Snoilsky (1846-1903) était un aristocrate, un diplomate, un voyageur, en Méditerranée notamment. Mais surtout un poète, assez peu traduit en France. Que pensez-vous de ce texte, qui ne manque ni de philosophie, ce qui est bien, ni d'humour, ce qui est mieux? 

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Vieille porcelaine

 

Un roi de Saxe collectionnait la porcelaine,

mais sa manie devint une vraie maladie.

Il échangea avec le roi à Berlin

sa garde - pensez ! contre une cruche chinoise.

 

Cinq mille hommes avec sabres et carabines,

que les prussiens savaient parfaitement manier,

dans l’exercice souples et doux,

un mur, en guerre, contre - une soupière bleue !

 

Cinq mille hommes poudrés avec perruques !

Telle folie surpasse toutes les autres

depuis l’aube des temps -, oui, vous le pensez.

 

Et le siècle passé a fait ce changement :

cinq mille cœurs courageux ont eu le temps de se briser,

la vieille poterie - elle est toujours là.

 

5 août 2015

In the name of rock/Sandy

                             The Byrds, mes maîtres absolus, ont fêté Antique Sandy dans l'un de leurs nombreux chants du cygne, l'album Farther along. Le turn over des membres a été tel que bien que compagnon de longue date de la secte Byrdmaniax je ne sais plus de mémoire qui joue vraiment. Mais tant de talents ont plané dans la discographie de mes si chers Oyseaux que tout cela au fil des décennies a perdu de l'importance. Reste une de leur plus belles chansons, et, croyez-moi, il y a pléthore.

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                       Co-écrite par les quatre Byrds de novembre 71 Antique Sandy est une réminiscence de la période hippie déjà largement révolue. On y évoque avec un peu de béatitude une certaine Sandy qui vivait dans les bois et nageait dans la rivière. Et puis je peux bien vous le dire, She was my Antique Sandy and she was in love with me. Autres Sandy chez Bruce Springsteen et Richie Havens.

                              

 

8 août 2015

Mon été avec le grand Will/ Scène 3

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                                Work in progress, on dit ça maintenant, Looking for Richard est le seul film mis en scène par Al Pacino. Il a déjà vingt ans. Je conseillerai ce film aux gens qui ont peur de Shakespeare, à ceux qui n'aiment pas le théâtre, à ceux qui prennent Al Pacino pour un chef mafieux, à ceux qui pensent qu'il n'est bon que débutant chez Coppola ou Lumet, à ceux qui ignorent tout des affres des répétitions (ce qui n'est pas mon cas puisque j'ai joué le récitant dans Le petit Poucet au Collège Saint Joseph de Pont Sainte Maxence en sixième, même que j'avais un beau pull rouge, c'est dire mon expérience théâtrale). Enfin là c'est peut-être une digression, voire une didascalie.

                               Al Pacino ce fiévreux ( rappelez-vous Panique à Needle Park, Serpico, Une après-midi de chien) est habité par l'art théâtral et qui mieux que Shakespeare pour vivre cette passion, Shakespeare avec  ses fulgurances et ses violences, la fascination du pouvoir, le goût du sang, les trahisons, le courage et la couardise, la vie quoi? Looking for Richard entremêle habilement les extraits de répétitions, les castings, les interventions d'officiels shakespeariens, Gielgud, Jacobi, Branagh, les pélerinages sur les lieux de vie du barde de Stratford. Le public aussi a son mot à dire. Kevin Kline avoue être parti avant la fin lorsque lycéen on lui infligeait Shakespeare. Al Pacino bouge dans les rues newyorkaises avec ses interprètes comme Richard III lançant "Mon royaume pour un cheval" à la bataille de Bosworth.

                               Quoi de mieux que de confondre les deux mondes, avec un guide extraordinaire, Pacino, et Shakespeare, notre mentor à tous, que nous aimions la scène, l'histoire, le cinéma, la vie. Et ma réplique préférée de tout Shak, "Now the Winter of our discontent has come to a glorious Summer" Plût au ciel, personnellement, qu'à l'hiver de notre déplaisir succédât un lumineux été.

 

 

 

 

 

 

7 septembre 2015

Géographie: Sarasota, Floride

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                                     Sarasota, le croiriez- vous, est une station balnéaire proche de St Petersburg. Mais on parle là de St.Petersburg, Floride. Plutôt huppée, la ville de Sarasota est relativement récente. La Floride n'est pas l'état le plus rock-folk qui soit, ni le plus chanté sur Tin Pan Alley. Mais The New Mendicants ont assez d'étoffe pour passer un agréable moment en ville. Genre "folkish".

                                   Sarasota est extrait de l'album Into the lime sorti en 2014. Télérama en dit plutôt du bien et Les Inrocks du plutôt pas mal. On ne va pas, tout au moins pas cette fois, contredire les officiels.

12 juin 2015

Antoine, l'été et la Grosse Pomme

Masse critique

Changer

                                 Mention assez bien pour cette collabo Babelio, cette collaboration plutôt car l'apocope collabo sonne mal, définitivement. J'aime bien ce livre d'Antoine Audouard. Vif et enlevé, tonique et gentiment nostal. Mais il m'a quand même un peu énervé surtout au début car je déteste les grand-messes type 10 mai 81 et leur côté branché bien démago. Et je craignais qu'André ne me casse vite les pieds à coups de slogans comme Antoine Audouard avec son titre "moi je". Mais passé cette irritation épidermique chez moi fréquente j'ai aimé cette longue virée à New York, quoique très branchouille elle aussi. Sûr que débarquer dans la Grosse Pomme et (presque) aborder Lou Reed et les icônes de la Factory, on n'y croit pas trop mais on accepte.Après tout on n'est pas sérieux quand on a vingt ans dans le Village vers 70. Et on n'est guère plus sérieux quand on lit Changer la vie.

                               Foin-loin de la Bastille André et François se retrouvent un été à New York, et, au long des chapitres portant tous le nom d'une ou deux chansons, Doors, Velvet, Springsteen, Tom Petty (ça sonne d'ailleurs assez bidon), se retrouvent dans la virevoltante noria de la ville qui ne dort jamais. Changer la vie tient du roman d'apprentissage qui aurait troqué l'Italie du XIXe pour le milieu très in de l'édition est-américaine, et une ambiance The New Yorker où passerait un binoclard maigrichon  en route vers son psy. Beaucoup d'humour dans ce livre qui n'assène rien, gauche bobo mais pas méchante, rythme enlevé, sexuellement actif et pré-sidaïque. Autant dire la préhistoire. Rien de fondamental mais un voyage sympa dans l'image de New York début eighties, vue par un écrivain alors jeune élevé aux chroniques du Canard Enchaîné où officiait Yvan Audouard son père.

                              Antoine Audouard évoque pour son héros principal André et pour ses 20-22 ans la déception joyeuse. Et ça, j'aime vraiment beaucoup.L'idée qu'à vingt ans on est un gros bêta, je le sais, j'ai eu vingt ans. Et que ce qui est somme toute assez marrant, ça dure rarement. Non, ça dure jamais. Je remercie Babelio qui continue de me faire confiance.

                             

16 juin 2015

Le cinéma, mon vélo et moi/8/ Solitude et foi

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                             Au cinéma le vélo est souvent associé aux vacances, au beau temps, aux fleurs et à l'amitié. Souvent mais pas chez Robert Bresson adaptant Georges Bernanos, le si douloureux Journal d'un curé de campagne (1951). Admiré par la Nouvelle Vague, Truffaut trouvait chaque scène aussi vraie qu'une poignée de terre, le film, sobre et laconique, décida Bresson à ne presque plus utiliser que des acteurs non professionnels. Une épure qui fait de l'apostolat du jeune prêtre dans un Nord encore médiéval un sacerdoce qui ira jusqu'au calvaire.

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28 janvier 2015

Etranger, puis intéressé

                                            Etranger, je suis resté tout à fait étranger à ces neuf Nouvelles de J.D.Salinger, à toutes les nouvelles de ce recueil. Et ça c'est rare, souvent il y a bien deux ou trois textes à sauver, émus, amusés, troublés que l'on a été à la lecture de ces courts métrages. J'en arrive à douter même de L'attrape-coeurs que j'ai tant aimé mais il y a si longtemps et j'avais, en quelque sorte, l'âge du rôle. J'ai pourtant lu des avis très favorables sur ces histoires écrites vers 1950. Quelques titres qui, sous couvert d'un certain surréalisme revendiqué, m'ont rendu perplexe dès l'abord. Un jour rêvé pour le poisson-banane (le plus célèbre, publié dans le New Yorker en 48), Oncle déglingué au Connecticut, Juste avant la guerre avec les Esquimaux, Pour Esmé, avec amour et abjection. A la perplexité a succédé l'interrogation,, perdu que j'étais dans ce no reader's land où je sombrais. Je vins finalement à bout de l'intégralité de Nouvelles, ce qui ne signifie pas que je vins vraiment à bout de ma lecture. Si quelqu'un  possède quelque part les clefs....

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                                    Le statut de livre culte est également clamé qur la quatrème de couv d'un livre découvert par mon cher ami hasard, datant de quelques années plus tard, d'un certain John Knowles que de toute ma hauteur j'ignorais jusque là magistralement. Sans être vraiment intronisé je fus cependant moins étranger à cette oeuvre sensible et originale. Une paix séparée c'est un été 1942, un internat dans le New Hampshire. Ils ont tous l’énergie, l’insouciance et les pulsions de leurs seize ans, et un héros, Phineas, plein de grâce et de fantaisie, indiscipliné, casse-cou, irrésistible. Alors que la guerre se précise pour l'Amérique Gene subit l'influence de Phineas.

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                                 Rien à voir avec par exemple Musil et Les désarrois de l'élève Toerless. On n'est pas avec Une paix séparée dans l'humiliation ou une sorte de sado-masochisme assez attendu dans ce type de roman un peu initiatique. C'est finement analysé et le culte du sport et de la confrérie, très américain, ne mène pas obligatoirement au conformisme. Le souvenir que j'aurai de ce roman, intéressant et si méconnu en France, tournera plutôt autour de l'arbre sur la rivière, lieu d'un accident détonateur pour les deux jeunes gens, et de la guerre, lointaine et grondante, dont les élèves de Devon School sentent les prémices,chacun à sa manière, sachant que leur adolescence se meurt dans le tumulte des exercices de préparation militaire. Un film en fut tiré dans les années 70, à ma connaissance jamais sorti en France.

 

                                

                       

 

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