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8 octobre 2006

Vie d'un fusil et mort du Western

Winchester 73Winchester '73 est un western classique(1950) qui présente une idée originale:le personnage principal est l'arme elle-même, symbole de l'Ouest et qui le demeure encore beaucoup trop à mon gré.Anthony Mann confie à James Stewart son acteur fétiche la tâche de retrouver cette arme révolutionnaire qui passera de main en main (trafiquant, chef indien, assassin).

     Cette belle idée permet de balayer d'un regard quelques personnages types de l'univers du western,de ceux qui balisèrent régulièrement trente années de films sur l'Ouest.Et puis  cette silhouette longiligne de l'honnête homme James Stewart hantera souvent le cinéma d'Anthony Mann,en quête de vengeance,d'une arme,que sais-je,symbole du bien parfois aux prises avec le doute.Une bien belle figure que Stewart chez Mann et bien plus riche qu'il n'y paraît.Le questionnement de Stewart sur sa carabine volée se révèlera même carrément freudien avec au bout du compte un frère digne de "Familles je vous hais".Pour les encyclopédistes du cinéma,à voir Rock Hudson et Tony Curtis débutants.

La horde sauvage

   Ainsi le Western serait déjà mort plusieurs fois.Ses meurtriers,une bande d'outlaws:la télé,la science-fiction qui a remplacé ses héros,les spectateurs peu motivés et quelques tueurs à gages de talent comme Sergio Léone ou Sam Peckinpah.La horde sauvage(1969) est évidemment loin du cinéma d'Anthony Mann.On a l'impression que non pas 20ans mais un siècle les sépare.Peckinpah,nourri de mythologies du cinéma d'action et d'espace, dirige une bande de quinquas bourrés de colts et de mauvaises habitudes pour qui les valeurs de l'Ouest de légende ne valent plus un mauvais whisky.Ces gens là n'ont plus rien à perdre pas même une vague conscience politique du côté de la Révolution Mexicaine qui a de temps en temps recyclé quelques héros douteux et viellissants.

   Les chasseurs de prime de l'autre bord sont aussi abrutis et bas de plafond.Tout ce beau monde va soigneusement s'étriper rouge vif dans une sorte d'oratorio pour gunfighters avec quasi mise au tombeau de mon enfance westernienne.Film charnière,film charnier,film important et soleil couchant sur cadavres.Vous avez dit eastwoodien?

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8 octobre 2006

Capra c'est pas fini

En pleine crise de capraphagie c'est un plaisir de revenir sur la carrière de l'homme à la confiance inébranlable et à la foi sans bornes envers la démocratie. Un très bon coffret réunit quatre grands classiques d'un optimisme à toute épreuve.

   Les deux messieurs:Deeds-Gary Cooper l'extravagant qui s'en va en ville et Smith-James Stewart au Sénat de Washington sont de bien sympathiques archétypes de l'Amérique bienveillante. De toute la force de leur bonne et naïve volonté ils changeront (un peu) les choses l'un dans le monde des affaires suite à un héritage et l'autre celui de la politique en devenant sénateur bien que modeste chef scout pétri de valeurs pionnières et humanistes. On leur mettra bien des bâtons dans les roues en tentant de les ridiculiser par voie de presse l'un parce qu'il imite les cris d'oiseaux et l'autre parce qu'il joue du tuba dans l'orphéon de son village. Le rôle de la presse est capital chez Capra car toute liberté commence là et influencera Richard Brooks par exemple même si le ton Capra est de comédie.

   Outre Mr.Smith au Sénat et L'extravagant Mr.Deeds le coffret présente le bien joli Horizons perdus où un diplomate britannique trouve la sérénité sur les hauts plateaux tibétains. Une belle métaphore sur la paix dans ce lieu saint qu'est la lamaserie de Shangri-La. Enfin le road-movie NewYork-Miami entraîne Gable et Claudette Colbert dans un amour hors des conventions. Ces quatre films datent de l'immédiate avant-guerre et nous mènent au Capra engagé et producteur de la série de courts métrages Pourquoi nous combattons dans la lutte contre la barbarie.

   Capra c'est l'honnête homme et cela transpire dans tous ses films:L'homme de la rue,Vous ne l'emporterez pas avec vous et La vie est belle que je vais voir de ce pas et qui passe pour son chef-d'oeuvre.Il y aurait donc deux chefs-d'oeuvre du même titre. La thématique de Capra n'aura pas varié. L'individualisme américain hérité du meilleur des pionniers se retrouve au service de tous et pour le bien de tous. Ce message peut paraître désuet. Fidèle de ce vieux Frank je ne le crois pas.

13 octobre 2006

Les diables de Tasmanie

Cet homme s'appelle Matthew Kneale et c'est l'auteur d'un roman génial qui convoque Stevenson, Conrad, Darwin, De Foe entre autres.Ceci est une introduction très quelconque car Kneale n'a besoin d'aucun parrainage.Il suffit de lire Les passagers anglais(Belfond,Presses Pocket) pour qu'éclate son talent de conteur et de moraliste.Le livre tient à la fois du conte des Lumières et de l'épopée à la Jules Verne.Mais assez de name dropping comme dirait Delerm.Plongez vous dans ce voyage au bout du monde d'un navire dont le capitaine convoie un jeune botaniste,un pasteur plutôt fondamentaliste comme on dit aujourd'hui,un médecin convaincu de supériorité.Ce voyage les mène en Tasmanie,cette île du sud de l'Australie où vivent des autochtones ce qui est bien leur droit.

    Que de questions à l'arrivée après les périls des océans sur la terre de Tasman pas trop hospitalière!Y trouve-t-on le Jardin d'Eden?Le racisme est-il justifié par les théories scientifiques très pointues sur la forme des crânes aborigènes?Les colons ont-ils des orteils?La contrebande a-t-elle un avenir entre Sydney et Hobart?Le diable de Tasmanie de nos dessins animés est-il porteur d'un virus?A dire vrai j'ai rajouté cette dernière question pour faire rigolo.Matthew Kneale a choisi pour son récit la forme d'un journal de bord tenu par de nombreux personnages et ceci vivifie encore le bouquin.

  Les Passagers anglais  Comme les Anglais sont privés de bien des choses mais pas d'humour Kneale aborde des choses sérieuses comme le progrès et la paix avec des moments drôles et assassins pour nos certitudes d'avant le Musée du Quai Branly.Jerome k.Jerome ou Redmond O'Hanlon sont eux aussi des voyageurs anglais qui avaient bien compris la grandeur à savoir parler des choses graves avec l'humour,cette politesse du désespoir(ça n'est pas de moi mais je revendique).

18 octobre 2006

Loin,très loin,très au sud et très à l'ouest

Tierra del FuegoMort en 2002 à 92ans Francisco Coloane fils de chasseur de baleines est maintenant devenu une célébrité et nombre de voyageurs hantent la Terre de Feu sous les mauvais vents du Sud sur le straces du patriarche de Chiloé.Semblant sorti d'un roman de Melville ce géant qu'on n'a connu en France qu'avec une barbe blanche est l'auteur de nouvelles et de quelques romans qui font de nous un Jim Hawkins de ll'Ile au Trésor qui aurait troqué les Caraïbes pour le Cap Horn.Les personnages de Coloane,au front précocément ridé par les tempêtes australes,sont des marins,des baleiniers,des bergers,des chasseurs.Couturés de solitude et amis des eaux-de-vie ces costauds sont souvent des colosses fragiles qu'une photo de femme fait fondre au son d'un vieux tango.

Le Passant du bout du monde    Le critique littéraire a une marotte sympa mais un peu envahissante qui consiste à chercher des parrains à chaque écrivain.Alors va pour Jack London par exemple.Comme l'homme de la ruée vers l'or Coloane a bourlingué,auteur voyageur et compagnon d'illusion des gauchos,des contrebandiers et des derniers Indiens Alakaluf,ces tribus disparues dont les rares survivants posent pour les touristes.J'ai aimé le périple avec le vieux Francisco et dévoré Tierra del Fuego,Cap Horn,Le sillage de la baleine.Découvert depuis une douzaine d'années on peut lire aussi Le dernier mousse,El Guanaco,Le passant du bout du monde,Le golfe des peines tous publiés chez Phébus,maison de qualité(également Points).

17 octobre 2006

On appelait ça un super-groupe

Crosby Stills & NashJ'ai choisi de changer d'air et de me présenter sous une autre bannière.Très bien mais voilà:mes gôuts et mes élans eux ne changent pas et j'ai toujours la passion de la musique et notamment celle des années californiennes.1968:Les Hollies,les Byrds et Buffalo Springfield lâchent momentanément Graham Nash,David Crosby et Stephen Stills qui en studio produisent alors un album que l'on n'appelait pas encore éponyme.Dans le chalet de la chanteuse Joni Mitchell qui sera en quelque sorte leur marraine,à Laurel Canyon ce lieu mythique de la culture hippie,la réunion de ces trois talents originaux va donner l'un des plus beaux disques de l'histoire du rock.C'est un disque apaisé alors que les trois musiciens doutent après des difficultés personnelles,deuils,ruptures.

   Citons simplement la somptueuse ballade Guinnevere et le si lyrique Wooden ships ainsi que l'entame de l'album Suite:Judy blue eyes,en hommage à Judy Collins qui fut l'amie de Stephen Stills.Vous me suivez? A l'époque à l'écoute de ce disque on a pu se prendre à rêver,à rêver que Stills ne deviendrait pas fou furieux,que Crosby ne se prendrait pas pour Billy le Kid.Mais c'est si loin tout ça.D'ailleurs ils vont mieux.Reste cette oeuvre somptueuse digne de Pet sounds,Sergeant Pepper's et des autres du Panthéon de notre jeunesse d'enfants gâtés.Je vous propose une version de Suite:Judy blue eyes un peu plus tardive,en live.

http://www.youtube.com/watch?v=MVEUbIgJa9Q

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23 janvier 2007

Austère lande d'hiver

Le roman de Dominic Cooper Le coeur de l'hiver ne ressemble à aucun autre et son action sur les rives d'Ecosse aux fougères battues de vent et de marées violentes et destructrices nourrit 180 pages d'un lyrisme panthéiste qui me fait penser à la littérature indienne(Amérique du Nord).Alasdair Mor exploite une toute petite ferme et vit surtout de la pêche au homard.Mais la haine et la violence vont rattraper ce coin d'enfer pour une histoire de voisinage.

La brutalité qui s'immisce dans le récit n'empêche pas de comprendre les véritables héros de l'histoire,l'océan mugissant,le vent de glace et la lande déserte où pourrait errer le chien des Baskerville par exemple,cette saisissant aventure de Sherlock Holmes qui nous rattache vite à la tourbe écossaise.Livre du temps,aussi,du temps et des saisons,du froid qui dévore les mains d'Alasdair lors de sa rude tournée des casiers de crustacés.Le coeur de l'hiver a été publié en 75 et les Editions Métailié viennent d'en publier la traduction française dans une collection Bibliothèque écossaise attirante comme un vieux scotch au coin du feu.

15 août 2018

Mauvaise Pêche

Masse critique

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                                128 pages, le livre d'Emma Glass est court. Je trouve que c'est sa seule qualité. Pêche, c'est le nom de l'héroïne et je vais avoir beaucoup de mal à écrire une chronique de lecture. J'aime bien jouer le jeu avec Babelio, je le dis toujours. Mais là j'ai joué et puis j'ai perdu. Perdu mon temps déjà, et je n'aime pas ça. Car Pêche a beau ne compter que 128 pages, il a fallu que je m'escrime pour ne pas le laisser tomber. Selon la quatrième de couv. ce roman fascine par son inventivité rythmique. Et ils ont raison chez Flammarion. Phrases courtes. Souvent un ou deux mots. "L'amour. Malheur. Mon malheur. Nulle compréhension. Mon corps cède." Désolé, je n'ai pas mordu à cette Pêche.

                              Censé nous faire partager les affres de la jeune Pêche, victime d'agression sexuelle, le roman m'a ennuyé dès son incipit "Poisse épaisse poisseuse empoissant..." Joli travail de traducteur en passant mais sans intérêt pour moi. Tout le livre est à peu près consacré aux meurtrissures du corps de Pêche. Ceci est mon corps, semble nous dire Pêche, nous asséner serait plus juste. Emma Glass, très jeune Galloise dont c'est le premier roman, est actuellement infirmière à Londres dans un service de pédiatrie. Ceci explique sans doute cela. Certains lecteurs y verront éventuellement une langue vivante, charnelle et musicale (dixit la couv.). Je n'y ai guère vu que prétention et snobisme. La brièveté de ce billet me semble assez explicite.

 

20 octobre 2017

Depuis

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                    Un peu cassée, comment dire, claudicante et impuissante, notre petite communauté. Quelques dizaines, dont beaucoup s'ignorent d'ailleurs, mais quelques passerelles nous unissent parfois, ponctuellement. Et puis, plus serrée encore, guère plus d'une douzaine quant à moi, une petite fanfare qui a perdu l'une des ses plus belles plumes, à qui notre coeur est acquis, à qui notre esprit songe bien souvent, à qui ces mots simples sont dédiés, bien petits, bien modestes, bien à elle.

10 juin 2017

In the name of rock/ Renée

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                        Ce prénom bien désuet, bien français, les gens du rock l'aiment bien. Ils ont du mal à le prononcer et ça donne aux morceaux un exotisme continental bon chic. J'adore. Surtout quand Mark Hollis se met en quête de le psalmodier. La new wave de 1984 avait de bien beaux atours, Depeche Mode en particulier et les très bons Talk Talk dont Mark était la tête pensante. Ambiance sombre et égocentriste pour cette ballade. Talk Talk n'a jamais fait dans la joie de vivre. Il fut des moments où ça m'a plutôt convenu. Oui, les prénoms féminins que j'ai murmurés ont parfois frôlé le noir. Bien sûr, extrait de l'album It's my life, Renée est un prénom, disons emprunté.

 

                        Maintenant sexagénaire Mark Hollis a enregistré en solo quelques plages. Il s'est dirigé vers toujours plus d'épure, toujours plus d'intimisme, toujours plus de minimaliste, qu'il a fini par presque disparaître du paysage musical britannique. Un peu à la manière de son aîné Scott Walker. L'évangile selon Mark semble bien écrit, destin rock oblige. "I love sound, but I like silence more". La vie comme dissoute. Frissons. Inquiétude. Léger snobisme "J'me sens mieux quand j'me sens mal".

 

 

 

1 janvier 2016

L'Ecrivraquier (présentation)

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                        Le mot-valise écrivraquier me semble explicite. Comme le vraquier, bateau généraliste qui transporte toutes sortes de marchandises, la rubrique L'Ecrivraquier véhiculera ce que j'ai envie d'écrire, pensées, brèves, poèmes, idées, traits d'humour, enfin tentatives, divagations, banalités et billevesées, aphorismes et àpeuprèsismes, le tout brut de décoffrage sans clés ni explications, de ci de là, cahin caha.

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                  Avec les errances, les échouages et les perditions inhérents à la fonction. La périodicité en sera pour le moins aléatoire. Et la durée de vie tout autant. Et la qualité... L'originalité je ne sais pas. Nulle originalité par contre mais toute ma sincérité dans mes voeux 2016 à vous tous, passagers habituels, fréquents, occasionnels ou rares, sur ce blog qui approche dangereusement les dix ans d'âge, ce qui implique parfois des signes d'essoufflement.

 

                   De plus, comme ce vendredi tout est permis, je me suis octroyé le droit de massacrer quelques arpèges de Naked as we came de Samuel Beam (Iron and Wine). On est comme on est.

 

 

 

10 décembre 2015

La poésie du jeudi, Raymond Radiguet

Poésie du jeudi

                                De Raymond Radiguet on connait Le bal et Le diable, et le destin fulgurant. On sait un peu moins ses poèmes. Alors en voici un sur une fleur à la vie brève comme celle de Radiguet. J'y ajoute les éditions en Livre de Poche. Celle du Diable je l'avais eue en cadeau dans une station-service. Heureux temps où le pétrole incitait à lire.

Sur la mort d'une rose

Cette rose qui meurt dans un vase d'argile

Attriste mon regard,

Elle paraît souffrir et son fardeau fragile

Sera bientôt épars.

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Les pétales tombés dessinent sur la table

Une couronne d'or,

Et pourtant un parfum subtil et palpable

Vient me troubler encor.

Radiguet

 J'admire avec ferveur tous les êtres qui donnent

Ce qu'ils ont de plus beau

Et qui, devant la Mort s'inclinent et pardonnent

Aux auteurs de leurs maux,

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Et c'est pourquoi penché sur cette rose molle

Qui se fane pour moi,

J'embrasse doucement l'odorante corolle

Une dernière fois

Raymond Radiguet (1903-1923)

29 octobre 2015

La poésie du jeudi, Bernard Dimey

Poésie du jeudi

                                Il y a longtemps que je voulais évoquer Bernard Dimey (1931-1981), si bien chanté par Ferré, Greco, les Frères Jacques, Mouloudji. Alors en général on écoute ça sur fond d'accordéon dans un café du vieux Paris, l'eau n'étant pas conviée. On peut aussi le lire, ou disons, l'égrener. J'ai choisi cette dernière option, nanti de mon accordéon à moi, une modeste guitare un peu prolo qui n'est pas ma compagne préférée (j'en ai quatre), mais un instrument acheté dans un discount pour quelques dizaines d'euros. Il m'a semblé qu'elle collait bien à M.Dimey, à sa tendresse un peu rude et à ses gueules de bois.

Quand on n'a rien à dire

Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire,
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot,
Parler de son voisin qui n’a pas fait la guerre,
Parler de Boumedienne et de Fidel Castro,
Parler parler parler... pour que l’air se déplace,
Pour montrer qu’on sait vivre et qu’on a des façons,
Parler de son ulcère ou bien des saints de glace,
Pour fair’ croire aux copains qu’on n’est pas le plus con.
 
Quand on n’a rien à dire on parle de sa femme
Qui ne vaut pas tripette et qui n’a plus vingt ans,
Qui sait pas cuisiner, qui n’aime que le drame,
Qui découche à tout va, qu’a sûrement des amants.
On parle du Bon Dieu, on parle de la France
Ou du Vittel-cassis qui vaut pas çui d’avant,
On pense rien du tout on dit pas tout c’ qu’on pense.
Quand on n’a rien à dire on peut parler longtemps.

Dimey

 
Quand on n’a rien à dire on parle du Mexique
De l’Amérique du Nord où tous les gens sont fous,
Du Pape et du tiercé, des anti-alcooliques,
Du cancer des fumeurs et des machines à sous,
Des soldats des curés, d’la musiqu’ militaire,
De la soupe à l’oignon, de l’îl’ de la Cité.
Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire
On arrive au sommet de l’imbécilité.

 

24 octobre 2015

Les plumes...by Asphodèle: Platitude Nord

                                       Asphodèle, nous sommes tous très heureux  du retour des Plumes qui cette semaine devront s'arranger des 25 mots suivants: frissonner-vide-humeur-plume-embellir-enfin-sommeil-drogué-impasse-poésie-torture-plénitude-trop-plein (c'est un seul mot, ça, le mien)-youpi-énergie-absence-temps-dénuement-bol-idée-déchirement-bus-besoin-rationner-abandonné.

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                                          Le manque ment. Le manque ment. Et ce n'est pas à un manquement à la règle que de constater nos différences. Je ne citerai donc personne. Ainsi pour certains, pas de pot, c'est le bol qui vient à manquer, ne leur reste qu'à boire la tasse. Tel autre, usager des transports en commun, récrimine après son bus, qui lui a manqué de respect en filant sous ses yeux. Il y a ceux à qui le manque n'a pas manqué, puisque d'un youpi ils expriment leur satisfaction de la fin du manque. On retrouve la bonne humeur, voire pour les plus enthousiastes la plénitude, après tant de semaines de vide, d'absence, certains parlent même de dénuement. Enfin pour la plupart c'est l'embellie, après tout ce temps où l'on s'est senti abandonné. Estivalement rationnés en émotions les gens de plumes ont l'air de retrouver une énergie de bon aloi après ce presque sommeil de cinq mois. Les muses en frissonneront-elles de plaisir? La poésie s'en trouvera-t-elle célébrée à sa juste valeur? J'ai grande crainte que ça ne soit pas ici tant cette semaine c'est d'idées qu'il y avait grand manque et l'exercice s'apparentait davantage à la torture qu'à la béatitude. Qu'avais-je besoin d'y ajouter mon grain de sel, confirmant ainsi le trop-plein de sécheresse de mon imagination? Je n'avais qu'une hâte, sortir de l'impasse. C'est fait, au prix d'un vrai déchirement, car il est pénible de se savoir médiocre.

P.S. Je n'ai pas utilisé le mot drogué puisque le règlement permet d'écarter un ou deux mots. Ce qui est judicieux. C'était Edualc Eeguab, en direct des vingt-quatre heures du manque.

7 mars 2015

Rien ne sert de courir...quoique...

Masse critique

                                                                Bingo avec Babelio ce mois-ci? Pas le gros lot mais un bouquin agréable et actif, du moins au début, qui nous mène des taudis de Nairobi, Kenya, à la possibilité d'une Amérique. L'Afrique, hélas, ne sort pas indemne de ce tableau de la vie ordinaire dans les rues de la capitale kenyane. Bingo, quinze ans est un coureur-livreur, pas un chauffeur-livreur comme chez nous, non, un petit gars qui court vite, passe partout et livre sa marchandise sous forme de poudre blanche essentiellement. Faune de Nairobi, pas très encourageante pour l'avenir de l'Est africain, violence, prostitution, trafics en tous genres, et corruption puissance dix. Bingo's run se lit vite comme le semi-marathon d'un Ethiopien, passant joyeusement outre la vraisemblance, et pouvant se lire comme un conte de là-bas, nanti souvent de légendes intercalées pour faire local. Rien n'est désagréable, mais surtout rien n'est inoubliable même si le le rythme est soutenu. Du moins au début. En dire plus serait en dire trop.

bingo

                                                               James A.Levine l'auteur est professeur de médecine en Amérique et auteur pour l'ONU d'enquêtes sur le travail des enfants et engagé dans ce que l'on appelait avant l'aide au tiers monde. Sûrement un homme qui sait ce dont il parle et à travers le bidonville de Kimera c'est tout le continent qui fouille les immondices de Lagos à Khartoum, du Caire à Kinshasa. Il y a évidemment du vécu là-dedans mais tout de même la dernière partie du livre est presque sans intérêt, la mixture thriller métropole Afrique Noire et conte traditionnel devient artificielle. Les différents parrains de la poudre auront un sort qu'on devine, le prêtre n'est dévoué qu'à sa propre cause, et tout n'est qu'escroquerie. On le sait d'ailleurs dès le début. Reste un peu d'humour, saupoudré plus rare que cette fameuse poudre qui me sort par les yeux (sens figuré). C'est vrai que j'aurais aimé un autre Kenya, pourvu d'hommes honnêtes et responsables, de femmes la tête haute. James A.Levine a plutôt choisi le ton de la farce macabre, qui n'épargne pas les mouvements caritatifs, un moyen de dédramatiser peut-être. Bof...Merci à Babelio pour cette nouvelle collaboration.

5 mars 2015

La poésie du jeudi, Ivar Aasen

Poésie du jeudi

                                 Le poète que je vous présente ce jour restera le premier de cette rubrique...par ordre alphabétique à défaut d'être le plus connu. Comme je lorgne en ce moment vers le Nord, un petit voyage se dessinant doucement, voici le Norvégien Ivar Aasen. Ce linguiste-écrivain-poète, qui a un petit air ibseno-strindbergo-bergmanien rigolo sur son timbre commémoratif, a codifié vers 1840 la langue norvégienne par opposition au danois officiellement parlé à l'époque. Il semble que la situation linguistique de la Norvège soit assez compliquée surtout sur le plan écrit entre le nynorsk (néo-norvégien), et le bokmal. Et encore je vous fais cadeau des trémas placés à droite et gauche. Je parle un tout petit mieux le nynorsk que le bokmal (Menteur!). Voici Manque, ni en l'un ni en l'autre. La poésie, ça peut aussi être drôle... Après ce moment burlesque ceux d'entre vous qui ne se seront pas jetés dans la Baltique pourront en témoigner.

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Manque

Je le sais, il est un trésor,

que je puis bien posséder ;

cela ne nuirait à personne,

si je dépensais ce trésor.

Le trouverais-je, tout serait bien :

je serais riche, heureux aussi.

Mais je ne sais pas pourquoi,

il ne sera jamais trouvé.

 

Je le sais, il est une ville,

peut-être même près d’ici,

sûrement j’y serais heureux

oubliant toutes mes angoisses.

Arriverais-je là, j’aurais

tout ce qui me manque le plus.

Mais là est bien tout le malheur :

jamais ne trouverai la ville.

 

Je le sais bien, il est un cœur

qui a la même aspiration,

même désir, indignation

même souvenir et espoir.

Le trouverais-je, tout serait juste,

et la vie passerait légère.

Mais c’est le pire à rappeler :

jamais je ne le trouverai.

Ivar Aasen (19813-1896)

 

19 juillet 2014

Les plumes...by Asphodèle: On ne nous dit pas tout

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                                                                                   Asphodèle, pétillante maîtresse de cérémonie de ce 14 juillet, a fait défiler les mots suivants, au nombre de dix-sept, et en rangs serrés: essentiel-réserve-regard-musique-félicité-observer-minute-nuit-agneau-son-muet-méditation-apaiser-angoissant-justesse-jacaranda-jouer.

                                                                                   Elle en avait assez d'être exploitée, ses congénères opinaient du bec, leur blancheur leur était devenue angoissante et elles n'en percevaient plus que la séculaire mièvrerie. Elles voulaient la colère pour enfin changer le regard des hommes, épuisées de n'être ad vitam eternam que ce symbole d'angélisme que seuls partageaient un peu les agneaux, mais ceux-ci ne bêlaient guère plus loin qu'un gigot pascal. Elles avaient l'intention de boycotter dorénavant  toute manifestation, marre de l'mmaculé prétendu apaisant de leur plumage, assez d'emboîter le pas à la minute de silence, vous savez, celle qui n'a jamais changé quoi que ce soit, et que beaucoup ont tant de mal à observer le temps de compter soixante.

                                                                                    Refusant décidément d'être les pigeons de la farce, ça c'est un coup d'aile au monopole des dindons, et sûres de la justesse  de leur cause, elle et ses collègues, après une longue méditation, et d'âpres négociations, avaient obtenu l'appui essentiel, et qui en surprendrait plus d'un, de la si prestigieuse Confrérie des Aigles, qui de leur côté n'en pouvaient plus d'être royaux voire impériaux, Habsbourg ou Napoléoniens, de fondre sur leur proies apeurées à la vitesse du son, enfin d'être les vedettes incontestées du royaume des cieux dont même la chute ou le crépuscule étaient orchestrées en une musique wagnérienne que joueraient des acteurs viscontiens. Ces maîtres de haut vol auraient donné beaucoup pour batifoler dans les jacarandas malgaches comme de braillards perroquets, pas tenus,eux, d'afficher réserve hautaine et dédain des petits et des sans grade.

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                                                                                    Alors, alors peut-être, bientôt verrait-on un étonnant lâcher d'oiseaux à l'aquilin et souverain profil entourer les ballons des enfants pour la paix quelque part et la félicité universelle. Ou bien verrait-on une escadrille de colombes en piqué terroriser une colonie de marmottes telles des rapaces relookés, nuit de cristal des innocents rongeurs. Sur ce possible bouleversement, torpeur estivale oblige,  les journaux télévisés restaient muets...

11 juin 2014

La poésie du jeudi, Pierre-François Lacenaire

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                                         Lacenaire, je le connais depuis si longtemps. Enfin par le biais du merveilleux Les enfants du paradis, de Carné et Prévert  Alors j'ai voulu le lire au moins une fois ce gandin poète assassin. Et là, vive le net, j'ai trouvé quelques vers dont cette truculente pétition. Qui lui va comme un gant, du moins si on l'imagine comme Marcel Herrand dans ce rôle. Lacenaire, le vrai, (1803-1836, guillotiné) aurait inspiré Dostoievski pour Crime et châtiment mais il est aussi évoqué par Stendhal, Balzac, Gautier, Baudelaire et Lautréamont. Excusez du peu. Allez je vous laisse en bonne compagnie.

Pétition d'un voleur à un roi voisin

Sire, de grâce, écoutez-moi :

Sire, je reviens des galères...

Je suis voleur, vous êtes roi,

Agissons ensemble en bons frères.

Les gens de bien me font horreur,

J'ai le coeur dur et l'âme vile,

Je suis sans pitié, sans honneur :

Ah ! faites-moi sergent de ville.

Bon ! je me vois déjà sergent :

Mais, sire, c'est bien peu, je pense.

L'appétit me vient en mangeant :

Allons, sire, un peu d'indulgence.

Je suis hargneux comme un roquet,

D'un vieux singe j'ai la malice ;

En France, je vaudrais Gisquet :

Faites-moi préfet de police.

Grands dieux ! que je suis bon préfet !

Toute prison est trop petite.

Ce métier pourtant n'est pas fait,

Je le sens bien, pour mon mérite.

Je sais dévorer un budget,

Je sais embrouiller un registre ;

Je signerai : " Votre sujet ",

Ah ! sire, faites-moi ministre.

Sire, que Votre Majesté

Ne se mette pas en colère !

Je compte sur votre bonté ;

Car ma demande est téméraire.

Je suis hypocrite et vilain,

Ma douceur n'est qu'une grimace ;

J'ai fait... se pendre mon cousin :

Sire, cédez-moi votre place.

Pierre-François Lacenaire

 

 

20 juin 2014

Les plumes...by Asphodèle: Un texte à vau-l'eau

                                                    Chez Asphodèle pour cette quinzaine, vingt-quatre éléments: tendresse-peau-solidarité-incompréhension-mosaïque-regard-amour-handicap-souffrir-tolérance-dispute-similitude-solitude-séparation-complémentaire-richesse-éloignement-étranger-égal-déranger-combattre-hagard-herbage-horrifiant.

                                                   Je n'ai pas aimé cet ensemble de mots pour un tel exercice. Non que ces mots ne soient  dignes d'intérêt mais pour un texte assez court j'ai eu l'impresssion qu'ils n'offraient pas beaucoup de liberté à l'imagination, et qu'il serait difficile d'échapper à quelque chose qui pourrait tenir du prêche bien sous tout rapport. Peut-être me suis-je trompé.Mais j'ai eu toutes les peines du monde à concocter ce laius que je considère sans doute comme une de mes plus médiocres participations, que j'ai d'ailleurs hésité à publier. En me débarrassant au passage de "complémentaire" qui me pesait comme un supplément calorique.

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                                                     Le regard bovin, comme perdu dans un herbage thiérachien, le jeune veau méditait sur l'incompréhension dont il se sentait victime de la part du troupeau.Certes il savait que la différence  souvent dérangeait,  chez les humains comme dans la gent animale, et que l'amour n'était pas toujours dans le pré. Pourtant nulle véritable dispute n'éclatait dans la communauté de cuir vêtue et son handicap, le terme était fort, ne l'avait jamais conduit à souffrir pis que pendre de la part des génisses et autres taurillons. Simplement, comme la séparation d'avec sa mère était imminente, et comme malgré tout sa peau, tout velin soit-elle, lui attirait plutôt un éloignement de ses condisciples es pâtures peu soucieux de solidarité avec  ce jeune et pourtant brillant quadrupède, il avait pris le parti de ne pas les suivre en estive. Après tout ça lui était égal et un peu de solitude ne lui faisait pas peur.

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                                                     Comme étranger à ces bovins moutons de Panurge il refuserait les bétaillères inconfortables et combattrait seul pour vivre sa vie de ruminant sans remâcher de stériles rancoeurs. Ils pouvaient bien, ces collègues de verdure hanter les mosaïques haut-alpines, au risque de se retrouver un soir hagards face à l'ours-destin et à une horrifiante agonie. Lui, tout à sa richesse intérieure, ne se voulait décidément aucune similitude avec ces grégaires que sa toison si particulière avait rendus envieux et dédaigneux. La tolérance, très peu pour eux. Quant au lait de la tendresse, il saurait bien  découvrir ce nectar dans ses vertes vallées. Ceux qui reviendraient seraient stupéfaits probablement de voir le veau d'or toujours debout.

 

 

 

10 mai 2014

Les plumes...by Asphodèle: Plaidoyer pour un malvenu

 Il faut donc nous transformer en bâtisseurs, nous métamorphoser en écrivains du samedi matin, pour assembler les vingt mots que nous propose Asphodèle cette semaine. Voilà le tableau: changement, incrédule (ou incrédulité), papillon, régénérer, chenille, évolution, climat, déguiser, magie, transformation, grossesse, adolescence, éclosion, cafard,  amour, majestueux, éphémère, éperdu, envol, travesti.

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          Ce n'est pas encore aujourd'hui que l'on rendra justice à ce mal-aimé, ce paria, ce laissé pour compte. Le changement ce n'est pas pour cette semaine. J'aurais tant aimé que sa réputation s'améliore, et qu'un souffle, même éphémère, ait nimbé d'air frais sa dure condition de détritiphage, dont l'éclosion comme l'adolescence, dans un climat humide et putride, sont dignes des plus beaux romans misérabilistes du siècle avant-dernier. Humilié, bafoué, c'est le Rémi de Sans Famille, la Cosette hugolienne, mais hélas nulle évolution favorable qui régénérerait le pauvre maudit. Les dieux ne lui ont pas accordé comme au papillon démagogue cette fabuleuse capacité, cette magie qu'on entonne au logis (limite exclusion des Plumes, j'en ai conscience) d'opérer,  sans pour cela recourir au travesti, une transformation un tantinet lénifiante qui conduira la chenille au doux duvet méconnu à devenir ce présomptueux  lépidoptère dont le battement d'ailes nous gonfle depuis qu'on l'a trouvé capable, dans sa prétention éperdue à faire l'intéressant, de faire prendre au grand air de Carmen d'une diva de l'opéra de Sidney son envol jusqu'à la Tour de Pise.

         Qui saura faire aimer son pas majestueux au milieu d'escarbilles en décomposition? Qui pour écrire une ode à la grossesse et à l'enfantement de la femelle, pas si éloignée de celle du kangourou compatriote de la diva? Qui pour ne pas être incrédule quant à la beauté déguisée de cet être ignoré, méprisé, vilipendé, rejeté de partout? Qui pour accorder un tout petit peu d'amour à mon ami des feuilles mortes et des composts? Qui? Qui? Qui? Il me vient un cafard monstre.

Note de la rédaction (un peu beaucoup copiée) Utiles, inoffensifs, ils ne mangent pas le bois sain, ne mangent que des détritus, ne mordent pas, ne piquent pas, nocturnes, silencieux : mignons cloportes.

P.S. L'auteur, dans sa tentative de réhabilitation, a vivement souhaité que vous preniez trois minutes de votre temps pour regarder et écouter deux éléments à la décharge du pauvre crustacé, victime d'une erreur judicaire.

 

 

14 février 2014

Les plumes...by Asphodèle: Eloge de l'ennui

                                            Projet-dimanche-emmerdement-penser-intimité-hésiter-oppressé-pluie-savoir-morosité-panne-créatif-silence-bâiller-fatigue-mourir-soupir-ralenti-routine-figé-vide-whisky-xyste-zigzaguer. Asphodèle a glané ainsi 24 mots et il nous faut faire avec. Très différent de ce que j'écris régulièrement je me suis "amusé" à la phrase unique, n'allant pas jusqu'à la suppression de la ponctuation. Je suis un modéré mais suis allé par contre jusqu'à la suppression d'oppressé.

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                                            Mobilisez-vous, chacun de vous doit  savoir et faire savoir  que l'ennui, ce vieil ennui qui fut si cher à l'enfance, cet indispensable condiment qui nous laissait des heures entières, des après-midi paresseuses où penser se révélait une prodigieuse activité subversive et contredisait vaillamment le vide presque insondable d'une visite à Tatie Scholastique, penser à autre chose qu'à sa figure fripée à l'haleine méphitique et à ses gâteaux secs, si secs, penser, vous-disais-je, pouvait s'avérer déjà voyager, zigzaguer lointainement, s'imaginer voler des cerises sous la pluie dans le jardin du père Gautier, ou gober un bienfaisant silence forestier en tenant la main d'une jolie cousine, croustillante intimité bien loin du caquet tisanier de la soeur de grand-mère, ce magistral ennui si prometteur et à qui l'on doit tant, cet ennui créatif par rebond, bel oxymore, tel un ralenti d'août qui s'emballerait en un été magique et sans fatigue, comme une surprise-party appétissante nantie des  toutes premières larmes d'un whisky adolescent qui ferait sa fête à la morosité acnéique, en un mot cet ennui, de plus en plus menacé, cet ennui, espèce en voie de disparition, devrait impérativement être protégé sous peine de voir la suractivité buzzique et ses horreurs, ça sonne de partout, ça clignote, ça zappe à tout va, finir par faire de nous des sortes d'ectoplasmes figés dans leur frénésie, incompétents à bâiller, comme un honnête homme se doit de le faire avec élégance transcendant ainsi routine et somnolence malmenées en un projet qui se serait défait des soupirs de convention pour s'envoler sans hésiter et faire d'un dimanche, si longtemps synonyme d'une quintessence d'emmerdement  pour les baby boomers en panne de copains semainiers, un implaçable xyste vers le nirvana, ce bel ennui,si salvateur, amis, ne le laissons pas mourir. 

P.S. Je n'ai pas l'habitude d'expliquer mes textes. J'ai une requête à vous faire, sérieuse, celle de ne pas hésiter à me dire si ce délire vous a prodigieusement ennuyé à mourir. Auquel cas deux possibilités, une totale réussite pour avoir évoqué ce que le monsieur du dessous nous chante avec la décontraction qu'on lui connait, ou un galimatiasfatrasmagma ayant dépassé la ligne rouge.

 

 

 

19 avril 2016

Dernière station (balnéaire) avant la fin

Wargbier

                                  Livre voyageur aimablement lancé par Claudialucia, C'est ainsi que la vie s'est arrêtée, de Corinne Wargnier, traque quelque part une littérature de la dérive, Aticamparo, Nullepartlande, une auberge un peu comme au bout du monde étant le point de rencontre de quelques personnages essoufflés, un couple, un acteur vieillissant, une jeune femme seule et pour le moins chagrine, un autre couple plus âgé, les Wright qui sont nettement "wrong". Première partie, sur place, ils font plus ou moins connaissance,ce n'est pas leur priorité. D'ailleurs quelle est leur priorité? Une poignée de désorientés, en proie aux tourments, rupture, deuil, âge venant, se retrouvent dans cette modeste pension dont l'hôtesse est Tessa et dont le fils d'une vingtaine d'années, Gab, au comportement bizarre, fait office entre autres de chauffeur du minibus. Car une excursion est prévue.

                               Deuxième partie, tout ce petit monde grimpe dans le bus pour le bord de mer. Car on n'en est pas loin, ce qui nous avait un peu échappé. Personnellement j'aurais même situé Aticamparo plutôt montagneuse. On se prend à penser que l'air marin nous fera du bien ainsi qu'aux presque naufragés de cette histoire. Il n'en sera rien. C'est ainsi que la vie s'est arrêtée ne fait pas de cadeau. Nulle vraie rédemption, à quel titre d'ailleurs? Le couple plus âgé gagnera-t-il un soulagement à son drame? Et les drames des autres, est-ce que le soleil les lissera pour permettre à chacun de continuer sa route? On aimerait éviter la violence. Y parviendra-t-on? Le roman n'est à aucun moment fascinant. Mais il s'applique à nous immiscer malgré nous dans les crises existentielles de ces personnages pour lesquels on n'éprouve aucune sympathie particulière. Malgré le mal que j'ai eu à en faire hommes et femmes de chair, leur pusillanimité m'a semblé faire ressortir quelque chose de ma propre médiocrité. Assez désagréable, donc plutôt réussi comme roman. Le livre est parti chez Gwenaelle et continue son tour de France...

28 février 2015

Les plumes...by Asphodèle: Plein fer et laisser dire

                                              Question-inattendu-merci-gâteau-méditer-souplesse-culot-surprise-hasard-décision-inspiration-trouver-hypocrite-goéland-bataille-réflexion-objectif-tourbillonner-turban-tison. Vingt mots collectés, tout à notre imagination, de notre amie Asphodèle. Les miens,de mots, seront du genre terre à terre. Le tison, peu compatible climatiquement est resté dans son foyer.

Les plumes

                                               Sous le cagnard de la Place des Lices je trouve la situation inconfortable, vautrée dans la poussière, ces braillards de goélands hurlant dans la baie. Je me sens bien seule au monde, pas loin du petit,ce qui est inattendu pour un premier jet. J'attends mes consoeurs mais là-bas ça palabre comme souvent, ces fadas incapables de toute inspiration sur le trajet hyperbolique et ferré. Ces grands dadais qui hésitent à prendre une décision vont encore nous faire finir à pas d'heure.S'ils savaient comme je m'en tamponne de... -"aie"-voilà la cousine qui vient de me passer fièrement devant le nez en tourbillonnant, m'as-tu-vue comme je roule. Cette prétentieuse a oublié qu'il ne fallait pas trop s'éloigner du pitchoune si on ne voulait pas recevoir un grand coup de pied dans les côtes. Tant pis pour elle aura le temps de méditer dans sa crasse cette nuit. Souvent pas même une douche quand on n'a pas brillé. A la réflexion à qui la faute si on n'a pas brillé? Croyez-vous qu'ils se remettraient en question? Pas leur genre, drapés dans leur méridionale fatuité. Oh, la troisième, je l'appelle la grosse un peu rouillée, cette lèche-bottes, est venue me frôler, je déteste sa familiarité, quel culot.

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                     Il en fait un plat, j'ai pourtant l'habitude, mais je garde les idées fraîches, j'voudrais pas me faire plomber par surprise, c'est trop humiliant, et puis pas discret. Les deux frangines à gros carreaux sont balèzes pour ça, elles atteignent souvent leur objectif, même qu'il se trouve toujours un de ces ahuris pour nous sortir un "Té, la cerise sur le gâteau". Pécaïre! Au moins ces demeurés nous font un peu prendre l'air, des fois même ils nous oublieraient bien un petit moment, au hasard d'une soirée bien pourvue en verres jaunes. Les meilleurs moments de notre vie qui tourne pas toujours rond, le grand chaud est parti, on souffle un peu entre copines, on se fait toutes petites, un peu hypocrites, merci le crépuscule. Allez, gardons et le moral et la souplesse de notre échine, à prendre bien des coups et peu de caresses dans ces batailles de pieds joints, juste un peu de brise marine, avant de retourner au turban (???) demain à l'aube, enfin à leur aube à eux, vers 11h15.

4 janvier 2014

Les plumes ...by Asphodèle: Un acte fondateur

                                 Au menu de la Saint Sylvestre, et qu'elle en soit vivement remerciée, Asphodèle a dressé une  jolie table dont les couverts sont les dix-sept mots suivants: artiste-univers-expression-mystère-délivrance-peinture-invention-monde-résistance-don-innovation-agité-créateur-unique-traverser-turbulence-tangente.

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                                  Tout ça lui semblait un peu court. Que manquait-il donc à son grand oeuvre? Mystère. Pourtant les fourmis, agitées comme des puces, avaient déjà ce don perfide de se faufiler partout, jusque dans sa barbe. Quelques crocodiles traversaient en d'incessants aller-retour et sans la moindre larme ce fleuve,était-ce le Pactole ou le Léthé, et que n'effrayaient pas les aquatiques turbulences. Là-haut les pierres restaient de pierre et ne menaçaient pas de prendre la tangente.Sans se prendre pour un artiste de droit divin il n'était pas mécontent de l'expression générale du grand tableau qui lui tenait tant à coeur. Mais, "bon Moi-même" s'excitait-il un peu, "Je sens comme une résistance, là, qui empêche ma plénitude".

                                 Etait-ce cette pomme dans le verger d'abondance, à peu près ronde comme ce monde tout nouveau et qui lui inspirait un brin d'inquiétude? Etait-ce cette hésitation à conclure? Et si son génie créateur, après quelques milliers d'années , était rapidement contesté, voire vilipendé?Le week-end imminent, il lui fallait en sortir avant les heures de pointe et il s'ingénia à mettre la touche finale, d'un coup de limon, à cette double innovation, couple qu'il espérait moteur d'un univers flambant neuf.

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                                  L'heure de la délivrance,enfin. Chantonnant, le pas vif et se sentant d'appétit, il imaginait déjà, et pourquoi pas à juste titre, de grands maîtres de la peinture donner vie sur la toile à son invention. Un moment unique. Une petite crainte cependant, et si ces satanées fourmis, l'ajectif est peut être maladroit, avaient attaqué la pomme, voire l'avaient fait choir jusqu'aux sauriens insatiables? Rassuré, il vit que le fruit demeurait ferme et bien planté sur une branche elle-même solide. Tout allait pour le mieux.

P.S. Merci à M.A. Buonarotti

                                 

 

5 janvier 2010

J'peux vraiment pas les voir en peinture(11)

Marie Laurencin évoque pour moi une célèbre chanson d'aquarelle et de saison qui n'existe que dans le  nord de  l'Amérique.Je la connais fort peu en fait.Mais j'aime beaucoup cette Arlequine à la guitare qui conjugue la Commedia dell'Arte avec toute sa naïveté et la musique que j'aime symbolisée par ce cosmopolite instrument qui n'est jamais très loin et que je viens personnellement de redécouvrir.

19guitarePauvre biche
Prise au piège
Entre les fauves
Et les Cubistes
(Jean Cocteau)

Marie Laurencin me fait penser à des jeunes filles en fleurs,à la Comtesse de Ségur,à un jeu d'ombrelles sur les rives d'un lac,aux lectures des petites cousines d'une époque dont on n'a plus idée.Ce n'est pas dans cette rubrique peinture mon oeuvre préférée.Il n'est pas interdit cependant d'y trouver du charme.

19 novembre 2009

A la lanterne

                   On est évidemment encore loin des Riches heures du muet.L'expo La lanterne magique est un joli moment d'histoire,d'évasion et d'étonnement.Ce pré-,que dis-je,ce proto-cinéma est très riche d'inventions,de couleurs,de fantaisie aussi.Depuis 1659 la lanterne magique née en Hollande a conquis l'Europe.Elle a servi à tout: distraction, religion, morale, révolution, propagande, pornographie, pédagogie,science.

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        A l'évidence elle a influencé Verne,Méliès,Bunuel, les Surréalistes, Bergman, Lynch.Coppola signe la préface du copieux catalogue.On peut même s'amuser à manipuler les tirettes pour animer quelques scènes. Proust,Prévert lui ont consacré quelques belles lignes.et à l'heure où l'on semble redécouvrir Fellini comment ne pas faire le lien entre le plus magique des montreurs d'imaginaire et ce jouet extraordinaire que la Cinémathèque nous propose en différentes versions aux noms parfois très compliqués mais qui rutilent,qui rutilent?Le cinéma,attraction foraine?Ah oui alors et dans toute sa grandeur...

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