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7 décembre 2007

La rue des Roses

       Le cinéma de Margarethe von Trotta n'est jamais léger ni très original.Il a pu parfois prendre des allures de pensum.Mais en ces temps d'effets spéciaux et de surenchère il est intéressant de suivre un film,très classique dans sa forme,sur un sujet fort et peu connu,les mariages mixtes entre aryens et juifs dans l'Allemgne du Reich,plutôt en fin de règne.Rosenstrasse à Berlin,des dizaines de femmes allemandes guettent sur le trottoir la libération de leurs maris jufs,qu"elles obtiendront d'ailleurs pour la plupart.On pense évidemment aux Folles de Mai du régime argentin.On pense surtout à toutes les femmes de ces régimes bien actuels qui n'ont même pas la possibilité de se réunir.

    Jouant un peu lourdement des aller-retour dans le temps pour nous faire mieux comprendre ce pan de l'histoire Margarethe von Trotta ne signe en aucun cas un film poiltique.Rosenstrasse ne s'intéresse pas vraiment à la logique de l'horreur du régime hitlérien mais au désarroi et au désepoir de ces femmes,pas inquiétées personnellement,mais qui ont commis l'irréparable,leur mariage.Ce faisant,et un peu laborieusement, elle parvient à évoquer une tragédie universelle que des volontés particulières ont parfois pu mettre en échec,sans pour cela empêcher,ni peut-être vouloir vraiment le faire,la honte et la lâcheté érigées en dogme.

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21 mai 2008

Sudiste déception récemment atténuée

book cover of 
Wise Blood 
by
Flannery O'Connor

         Note laissée au brouillon et reprise aujourd'hui après avoir vu le film.On sait le Sud des U.S.A grand pourvoyeur de talents littéraires,Faulkner,Carson McCullers,Harper Lee,Erskine Caldwell, Tennessee Williams.Souvent citée Flannery O'Connor ne m'a pas vraiment emballé avec La sagesse dans le sang,aussi nommé Le Malin,dont Huston fit un film que je n'avais jamais vu.Non,le roman de Flannery O'Connor ne m'a pas emballé car je crois que le "compte à régler" qu'elle avait avec les prédicateurs n'est pas tout à fait soldé par ce livre que je considère un peu comme incomplet et surtout laissant trop peu d'espace aux protagonistes.La preuve en est qu'il m'a fallu voir l'adaptation du vieux lion Huston pour m'immerger davantage dans cette histoire qui se déroule en Georgie,mais surtout en Absurdie.

        Justement cette adaptation assez fidèle m'a plutôt réconcilié car les acteurs de Huston sont parfaits.Tous plus ou moins demeurés,escrocs minables arnaquant à l'espoir comme il en pleut là-bas,traversés par des lubies vaguement mortifiantes,une belle galerie de trognes Deep South dans sa fange.Brad Dourif,au visage triangle et au regard de furet compose un jeune prêcheur presque inquiétant.Il a la bonne idée de fonder sa propre église,celle du Christ sans Christ,où les aveugles ne voient pas,où les paralytiques ne se mettent pas à marcher et où les morts restent morts.Joli programme qui au moins ne devrait décevoir personne.Il y a d'autres prêcheurs,Harry Dean Stanton,faux aveugle,vrai gangster,Ned Beatty,grand acteur méconnu qui apporte sa rondeur à Hoover,autre allumé notoire et vénal,sans oublier John Huston en personne dans le rôle du grand -père d'Hazel,prêcheur évangélique mais peu angélique.Dans cette Amérique foutraque que j'ai plus comprise en film qu'en livre valsent ainsi tous ces déboussolés, absolument pas démodés dans l'Amérique d'aujourd'hui.Parfois loin de notre rationalisme mais faut-il le regretter?

4 novembre 2007

Ne pas oublier Palerme

      Je consulte bien des blogs ciné,très variés,et je me suis aperçu que même les blogueurs férus de classiques ne parlent guère du cinéma politique italien des années 70.Ce cinéma semble avoir très mal vieilli et n'être plus guère à l'honneur.L'un des spécialistes était le metteur en scène Elio Petri(1929-1982),moins connu que Francesco Rosi.Rosi avec Main basse sur la ville,Lucy Luciano,L'affaire Mattei, Cadavres exquis a un moment eu la côte puis,les choses étant ce qu'elles sont,le cinéma,facilement versatile est passé à autre chose.On a donc peu lu en France l'écrivain sicilien Leonardo Sciascia,auteur de Cadavres exquis,et de deux romans portés à l'écran par Petri,Todo modo et A chacun son dû.

    Je trouve aussi que l'on a très vite oublié Gian Maria Volonte, acteur engagé s'il en était et qui fut de la plupart des films courageux de l'Italie de cette époque.Moi qui tente une modeste histoire du cinéma italien et de l'influence néoréaliste qui persiste en lui jusqu'à Moretti et Lucchetti je conserve un vif intérêt pour ces films maladroits mais sincères,un tantinet dogmatiques mais que la France n'a guère su faire éclore,toute auréolée de la fameuse exception française d'une ahurissante prétention.La filmographie de Volonte passe en dehors de Rosi et Petri par les cases Melville,Boisset,Delvaux,Littin,Zurlini et ...Sergio Leone.

     Souvent le filtre de l'histoire policière sert de sauf-conduit pour dénoncer l'affairisme et les corruptions, ces gangrènes de la péninsule(pas seulement,mais les cinéastes italiens eux ,ont su en parler).C'est le cas du peu connu A chacun son dû,où l'on voit dès les premières images d'élégants hommes de noir vêtus qui se signent au sortir de la cathédrale,et des balles perdues dans le maquis sicilien.L'archevêque a des amis haut placés,l'avocat et le notaire s'offrent un conciliabule,les amants reçoivent d'anonymes plis menaçants et les veuves pleurent comme au théâtre.Partie est liée entre les puissants,rien là-dedans de bien surprenant. Le film,en tout état de cause,ne vaut pas les oeuvres citées plus haut.Il donne cependant une idée de ce cinéma italien qui,au moins qualitativement,a toujours été plus au fait du pays que n'importe quel autre.

      E firmato   

3 novembre 2007

Le huis clos mexicain

   1962,Bunuel tourne L'ange exterminateur au Mexique où il vit depuis 25 ans.Ce film restera l'un des plus célèbres de l'auteur,l'un des plus interrogatifs aussi.Car qu'a voulu signifier Bunuel avec cette fable comme il les aimait tant,filmée avec verve,malice et ce zeste de démagogie bunuélienne qui lui sied d'ailleurs à ravir?Après tout n'avons-nous pas tous le droit de lester nos propos d'un peu de simplisme?Débarquons vite de ce dîner dans les beaux quartiers les domestiques qui désertent la grande maison dès le début.Peut-être tient-il à leur épargner l'indignité qui va saisir leurs patrons.Peut-être n'intéressent-ils pas Bunuel tout simplement.On est loin de Los Olvivados ou Las Hurdes. Comme si le fait d'être humble et de servir vaccinait contre la bêtise.Ca se saurait.Bref les convives se trouvent livrés à eux-mêmes et enfermés,toute volonté bientôt annihilée par leurs apathies et leurs antipathies.

   Au fil des heures les invités se découvrent et aucun ne trouve grâce aux yeux de Bunuel. Intérêt, lubricité,vanité sont leurs moindres défauts et les humains s'abêtissent au sens propre.Ils ne tentent pas de sortir vraiment,confits dans leurs rivalités et leurs mesquineries. Bien sûr Don Luis a la main lourde et une telle charge paraît parfois sombrer dans l'outrance.Mais Bunuel est habile et sait instaurer dans ce climat délétère l'humour ravageur et presque non-sensique qui parcourt nombre de ses films.Une main comme sortie de La famille Addams,des moutons sacrificiels et la touche anticléricale,marque de fabrique ancienne du temps de son ex-complice Salvador Dali,des pattes de poulet comme signe des superstitions diverses qu'il dit abhorrer,tout cela a bien passé les années et je crois(voir notes anciennes sur Bunuel) que le purgatoire qu'il traverse prendra fin.Des créateurs,des chercheurs comme Luis Bunuel,sont définitivement hors des modes.Parmi les plans d'églises ou de cathédrales au cinéma, autre idée qui me passionne,les images de fin sont bunueliennes en diable (l'expression lui plairait).

16 novembre 2007

Grosse Bruder te regarde

        La vie des autres me réjouit pour plusieurs raisons.La première étant que le succès de ce film signe enfin le retour d'une meilleure distribution des films allemands,amorcée depuis quelque temps. Espérons le retour du cinéma italien sur nos écrans.Des oeuvres comme La vie des autres,qui se penchent sur un passé récent, douloureux et contrasté,m'intéressent,voyez-vous,davantage que certaines comédies françaises balourdes qui encombrent nos écrans.Heroïne du film,la sympathique STAatSIcherheit de la République Démocratique Allemande,notamment lors de ses dernières années.On connaît la trame,classique prise de conscience, tardive,d'un officier de la Stasi,amené à commencer de penser autrement,et à faire les frais des ultimes manipulations de ce terrorisme d'état,qui n'est pas le monopole de l'ancien régime de Berlin.

        Peut-être La vie des autres souffre-t-il d'un excès de théâtralisation, insistant sur le côté un peu caricatural des intellectuels mis en cause, dramaturge,actrice,suicide.C'est cependant péché véniel car le film n'est pas si loin des oeuvres maintenant très anciennes d'un Costa-Gavras par exemple.Celui-ci avait su conjuguer la critique et la narration thriller pour des films efficaces et carrés.Il me semble que Florian Henckel von Donnersmarck a eu le mérite d'éclairer cette période avec des acteurs convaincants et une ambiance fin de règne à Berlin tout à la fois si loin,si proche.Je vous renvoie A la poursuite du vent pour l'avis de Karamzin et son impressionnante analyse,fouillée et argumentée.La vie des autres est un film à voir à peu près impérativement,ce qui n'est pas si fréquent.A quand les versions bulgares,roumaines,etc...A quand les versions cubaines,nord-coréennes,etc...Moloch qui dévore ses propres  créatures,nous n'en aurons jamais vraiment fini avec le totalitarisme.

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2 novembre 2007

Un été 52

Monika1_2

      

 

   J'ai découvert ce vieux film de Bergman,cinéaste pour lequel j'ai un retard considérable,qui date de 53.A cette époque il a déjà beaucoup tourné et subi l'influence de ses grands ancêtres suédois Sjöstrom et Stiller,ainsi que celle plus ou moins marquée du Néoréalisme,qui baigne nettement le début de Monika.Parfois titré Un été avec Monika ou Monika et le désir ce film commence comme une bluette entre deux tous jeunes gens épris de liberté et peu enclins à l'aliénation du travail.Pour peu on se croirait en congés payés.Mais c'est oublier l'austérité et la désespérance qui hantent l'oeuvre du fils du pasteur.

    Harry et Monika sèchent le boulot et vont vivre un été d'amour au bord de l'eau,de l'eau scandinave avec une saison des baisers plutôt courte et le confort rudimentaire.Les lendemains se profilent vite et la sonate d'automne aura une toute autre tonalité.Un enfant leur arrive et Monika,femme-enfant,agressive rêveuse,ne semble pas mûre.Le prolétariat de Stockholm n'est pas celui de Rome et la solidarité est bien mince.Et surtout l'érotisme des bords de lacs suédois s'accomode mal des rigueurs de la maternité.Harriet Andersson sera l'une des actrices préférées de Bergman et celui-ci donnera bientôt les chefs-d'oeuvre que l'on croit connaître.

31 octobre 2007

Se souvenir des belles choses

      L'auteur a un nom de dictateur éthiopien.Et de fait il l'est,pas dictateur mais éthiopien d'origine.Jeune écrivain arrivé  au U.S.A. à l'âge de deux ans Dinaw Mengestu fait preuve dès ce premier roman d'une maîtrise et d'une finesse remarquables.Le héros,lui-même émigré tient une modeste épicerie à Washington, sa vie est tout aussi modeste et ne semble guère offrir d'aspérités.A travers le portrait de Sépha on perçoit une étude très originale de ce curieux statut d'émigré et de son immense solitude,humble et paisible car la violence n' a pas cours chez cet homme plutôt doux et tranquille.Les grandes douleurs savent être muettes.

      On suit Sépha pendant quelques semaines aux alentours de Noel,avec ses deux seuls amis le Kenyan Kenneth et le Zaïrois Joseph,partageant leur mal du pays et leur pathétiques soirées arrosées où le jeu principal et effrayant de désarroi est de dénombrer le maximum de coups d'état en Afrique,réussis ou non.Il faut dire qu'ils s'y connaissent en dictateurs et l'humour n'est jamais absent quoique désespéré.Avez-vous remarqué ainsi que ce sont les colonels qui prennent le pouvoir,arrogants et encore un peu faméliques?Jamais les généraux,déjà ventripotents.C'est l'un des aphorismes que l'on retrouve dans cette belle histoire de l'épicier éthiopien de Logan's Circle,quartier de la capitale lui-même en déshérence avant rénovation.

    Les belles choses que porte le ciel est un livre sensiblement dérangeant,pas tonitruant ni démago,pas donneur de leçons que j'exècre,mais une musique de chambre sur la difficulté d'être ailleurs en exil de soi comme des autres.L'arrivée dans ce quartier déshérité de Judith,jeune prof blanche et de Naomi sa fille métisse changera les chose,juste un peu,ce n'est pas sûr.Ce qui l'est sûr c'est que le dictateur Mengistu,l'homme de la terreur rouge vit tranquille au Zimbabwe.Ce qui est sûr c'est que parfois Washington ressemble à Addis-Abeba,Nairobi ou Kinshasa.Ce qui est sûr c'est que "Par un pertuis rond je vis apparaître les belles choses que porte le ciel" est une belle citation de Dante qui résume la lueur qu'entrevoit Sépha le déraciné.Tout en comptant le nombre de conflits africains où meurent les enfants soldats.

   Entretien avec l'auteur sur http://www.afrik.com/article12278.html

15 août 2007

Réflexions sur le temps qui passe(Oh Mary)

Oh Mary si tu savais

Tout le mal que ça me fait

Oh Mary j'avais quinze ans à peine

Ta blondeur,ta voix et tes amis

Je leur dois tant,Mary,oh Mary

Tu sembles souffrir,ma grande

Que sont devenues les fleurs

Et bien plus de 500 miles

Nous séparent jour et nuit

Souffle le vent comme dirait l'ami Bob

Et les collines,là-bas,par delà Frisco 

Nous ont oubliés.

http://www.youtube.com/watch?v=BJXFJW3AIKA

http://www.youtube.com/watch?v=cLe9pJSRas0   (Quelques années,quelques fleurs,quelques miles plus tard)

    Tribute to Peter Yarrow,Paul Stookey,and Mary Travers.Special thanks to Pete Seeger.All friends of mine.

9 août 2007

Riches heures du cinéma italien

las-llaves-de-casa

                    Dasola qui a commenté l'affiche l'a fort bien dit.Voilà un film qui est dans la droite ligne du billet précédent et qui me rattache encore plus à ce cinéma que l'on a tendance à enterrer depuis la disparition des maîtres historiques ô combien importants.Les clefs de la maison est le troisième film de Gianni Amelio que je vois.J'avais présenté il y a une dizaine d'années en ciné-club Lamerica,beau film sur les magouillages autour des boat-people albanais.Les enfants volés se présente comme un joli road-movie à l'italienne sur un carabinier qui doit convoyer deux pré-ado difficiles.Ces sujets parlent d'eux-mêmes.

             Gianni Amelio s'intéresse ici à la rencontre entre un père et son fils handicapé de 15 ans,qu'il découvre car l'ayant abandonné à sa naissance sans même le voir.C'est l'histoire de leur sentiment naissant,à mille lieues du racolage oscarisable.En quelques jour le père plutôt insouciant prendra conscience de ses responsabilités.Mieux vaut tard que jamais.J'avoue que je suis moins convaincu par le personnage de Charlotte Rampling pour lequel le metteur en scène a un peu cédé à la facilité afin d'introduire un tout petit peu de romanesque.Faute vénielle pour un film serré,net et qui offre une vue un peu documentaire qui m'a beaucoup intéressé,étant moi-même professionnel en ce milieu.

 

9 août 2007

Le cinéma du courage

      Ermanno Olmi(L'arbre aux sabots) est un de ces cinéastes du courage et de l'exigence.Peu prolifique il signe en 59 son premier long.Je considère que Le temps s'est arrêté est l'adieu au Néoréalisme,tardif mais évident tant le regard et la production artisanale des films d'Olmi s'apparentent au Mouvement.De quoi s'agit-il?Le temps s'est arrêté est la chronique toute simple,sans scories anecdotiques ni dérapages romanesques,d'un premier contact professionnel entre deux hommes appelés à passer un mois ensemble dans une baraque de montagne,à surveiller le chantier d'un barrage.Nous sommes dans l'Italie du Nord des années cinquante.

        Ce film peu connu illustre parfaitement l'artisanat d'Ermanno Olmi,qui sait parfaitement filmer le travail des hommes(Cf. L'emploi,L'arbre aux sabots).Ce cinéma tout en noblesse ,sans amertume et sans démagogie, à l'opposé du militantisme bas de plafond de certains,n'est certes guère armé pour le box-office. Mais les dialogues entre le vieux briscard et le jeune stagiaire,restreints au début,personne n'osant se livrer, atteignent une justesse rare et ne cèdent à aucune facilité.Un de ces rares films que l'on peut être fier d'avoir vu,comme si l'on avait participé à une bonne journée de travail,utile,du travail d'homme,celui qui peut presque vous rendre heureux.

      Olmi,qui tourne peu,occupe en Italie une place à part,mais,je crois,sincèrement aimé du peuple italien comme l'un des leurs.D'origine paysanne modeste Ermanno Olmi a lui-même été employé d'une compagnie d'électricité,ce qui lui a permis de réaliser ses premiers courts,documentaires.Il lui en est resté quelque chose.

29 juillet 2007

Sudiste appréciation

    Le film d'Anthony Mann(58),plus connu pour ses grands westerns que j'ai évoqués déjà,est une adaptation d'un des deux romans les plus connus d'Erskine Caldwell,l'autre étant La route au tabac,d'ailleurs adapté par John Ford et ne passant pas pour une réussite.J'ai beaucoup lu Caldwell il y a très longtemps. Les souvenirs nous jouent des tours mais je crois que le purgatoire de cet auteur est injuste. Caldwell ce n'est pas la tragédie à la Faulkner,ni le social à la Steinbeck.Caldwell plante le décor et laisse ses personnages y surnager tant bien que mal entre cocasse et meurtrier,pas si loin,dans ce Sud éternellement poisseux,de Tennessee Williams,plus rural mais avec un sens de la famille comme une horreur que ne désavouerait pas l'auteur du Tramway.

   Qu(est-ce qui fait que plus personne ne lit Erskine Caldwell?D'abord des plus grands comme Fitzgerald,Dos Passos ou même Hemingway connaissent ou ont connu un relatif désaveu.Et puis les articles que j'ai pu lire,signés de spécialistes de la littérature américaine,font état du fait que l'oeuvre de Caldwell a assez vite tourné à une certaine répétitivité.Les romans de Caldwell seraient un peu comme du Zola de Georgie en quelque sorte,si ancrés  dans la glaise et le coton qu'ilsn'ont peut-être pas l'universalité de ceux de Faulkner.La qualité littéraire s'est peut-être appauvrie rapidement chez Caldwell mais il faut admettre que Le petit arpent du bon Dieu sonne encore fort comme une sale histoire de famille,autour du sexe et de l'argent,avec ses petites et grandes bagarres entre frères.Les Atrides du Deep South...Parmi,les autres titres:Les braves gens du Tennessee,Un p'tit gars de Georgie,La dernière nuit de l'été.

  (1903-1987)

   Anthony Mann a installé ses bouseux pas toujours très sobres autour de Robert Ryan,le père,qui a fort à faire avec ses enfants et les trous qu'il creuse afin de trouver le trésor enterré.Dérisoire quête de cette Toison d'Or où il faut ménager Le petit arpent du bon Dieu.Un peu de bigoterie est rarement absent du Sud.

20 juillet 2007

Difficiles lendemains de guerre

    De Giuseppe de Santis on ne se rappelle guère que le short moulant de Silvana Mangano dans la plaine du Pô de Riz amer.Pourtant ses films sont à voir pour qui veut en savoir plus sur le Néoréalisme qui,on le sait,est mon talon d'Achille,ma botte de Nevers,mon Capitole à moi.Dans cette Italie défigurée de l'après-guerre,et coupable de mauvais choix,De Santis collabore en 47 pour Chasse tragique son premier long métrage avec Cesare Zavattini, Michelangelo Antonioni et Carlo Lizzani.Le cinéma italien a toujours été friand d''équipes entières de scénaristes.

   Il me semble que le film est un peu cahotique et manque singulièrement d'ambigüité ce qui l'empêchera de figurer dans le panthéon du NR. où trône en majesté Rome ville ouverte pour la nuit des temps.Italie immédiate après-guerre,réglements de compte dans la campagne émilienne. De Santis utilise quelques artifices classiques pour opposer deux anciens prisonniers amis qui s'affrontent dans une sombre histoire de vol des subventions d'une coopérative où s'échinent quelques centaines de miséreux dignes du Voleur de bicyclette.

  De Santis n'a pas son drapeau dans sa poche et son coeur ne bat manifestement que d'un côté.C'est cette faiblesse aussi qui fait que Chasse tragique,pour estimable que soit le film,vaut surtout pour sa photo de la si difficile réinsertion italienne,un noir et blanc qui magnifie trains et camions et fait de la plèbe romagnole un personnage à part entière, encore imprégnée de l'influence soviétique d'Eisenstein.A l'évidence De Santis n'avait pas tout à fait l'étoffe de ses grand compatriotes qui tous surent s'affranchir d'une idéologie parfois pesante.

17 août 2007

Vous avez lu Nuala O'Faolain?

   Le Domaine Etranger de 10/18 effectue un remarquable travail pour faire connaître les écrivains du monde entier. Nuala O'Faolain née au début des années quarante en Irlande a connu la situation de la gent féminine si peu enviable jusqu'à l'époque plus récente.On s'est déjà vu quelque part? est un livre difficile,pas romancé pour deux sous,et qui décrit avec beaucoup de pertinence la lutte des femmes pour une émancipation qui en Irlande,tarda à venir.

  Nuala O'Faolain ne se donne pas le beau rôle systématiquement et n'occulte pas ses propres faiblesses, surtout son alcoolisme et ses errances.On se trouve devant de très belles pages sur la sexualité et la flétrissure des corps qui s'usent,et sur la maternité qu'elle ne connaîtra pas.Nantie de problèmes avec son père comme avec sa mère,et issue d'une famille de neuf enfants,l'énergie de cette femme va lui permettre de devenir une journaliste libre et de rencontrer les intellectuels irlandais dont Kavanagh à qui je viens de consacrer une note.Elle qui n'avait guère quitté son canton deviendra voyageuse et se penchera sur la cause des femmes,universelle.Mais rien n'est facile aux femmes et surtout pas en Irlande.Nuala O'Faolain reste une femme seule et ce livre ardu,qui n'en est pas moins bouleversant est un témoignage de ce que peut être la volonté d'exister à part entière.S'adressant aux trottoirs de Dublin elle a ces mots sublimes(nous sommes là en 97):

      "Vous êtes faits de beaux et grands blocs de granit. Etes-vous les mêmes que ceux sur lesquels j'ai marché il y a trente ans?Si oui,pourquoi ne pleurez-vous pas?"

medium_ofaolain.jpg

   L'avis de Camille  Nuala O'Faolain - On s'est déjà vu quelque part?

Disparition de Nuala O'Faolain http://www.actualitte.com/actualite/2268-Nuala-Faolain-Irlande-deces-Wespieser.htm

14 juillet 2007

Remember me to one who lives there,she once was a true love of mine

   Ces deux lignes si simples sont communes à deux chansons que j'adore et qui parlent de la chose la plus fréquente au monde,l'amour perdu,l'amour d'antan,et l'oubli,jamais total.

http://www.youtube.com/watch?v=GmLL4Fzmo8c

http://www.dailymotion.com/video/xtcvf_bob-dylan-johny-cash-girl-of-the-no_music

Well, if you're travelin' in the north country fair,
Where the winds hit heavy on the borderline,
Remember me to one who lives there.
She once was a true love of mine
.

http://www.youtube.com/watch?v=Dau2_Lt8pbM

Are you goin to scarborough fair? parsley, sage, rosemary and thyme
Remember me to one who lives there, she once was a true love of mine

    On a tous en nous quelque chose de La fille du Nord ou de Scarborough Fair.Quant à moi je vous le dis,si vous la rencontrez dites-lui,dites-lui...

    Que résonne encore son rire un peu moqueur quand je chantais pour elle

    Que ses cheveux ont toujours la noirceur de ces jours,même et surtout s'ils sont de neige

    Que les sourires d'après elle sont devenus grimaces

    Que ma plume a séché,que je ne suis pas Nerval

    Que ma vie s'est comme évanouie mais pas plus mal que d'autres

    Qu'il y a des lustres que j'ai cessé de rire

    Que mon fils a un fils et qu'ils ne sont pas siens

    Que de nos années d'émeraude le temps a décidé

    Et que les quelques mots qui me viennent enfin

    Portés par les oiseaux de falaises en vallées

    Sont tout à sa ferveur

                                                

                                   Avec le concours de Bob Dylan,Johnny Cash,Paul Simon et Art Garfunkel,quatre hommes qui ne sauront jamais à quel point ils ont compté dans ma vie.

1 juillet 2007

L'ange exterminateur à Dublin

      Ici l'avis de l'ami Eireann que je remercie de ses critiques toujours très instructives.C'est d'ailleurs lui qui m'a donné envie de lire L'assassin O'FLAHERTY Liam / L'assassin

    Déjà lu il y a des lustres Le mouchard et Insurrection.Un peu plus récemment L'âme noire. O'Flaherty pour moi c'est l'intrusion de personnages dostoievskiens dans l'univers du roman noir, du roman noir insulaire si spécifique à l'Irlande.Il est patent que le thriller est en soi un monde d'innocents et de coupables,lesquels se fondent allégrément en une sorte de Tragedia dell'arte ou plutôt d'Irish Tragedy remplie d'Humiliés et offensés,entre Crime et châtiment et cauchemars théistes.D'ailleurs n'y-a-t-il pas du Raskolnikov chez McDara,l'assassin de ce roman sombre et d'une sécheresse lyrique ce qui n'est pas incompatible?

    L'excellente préface d'Hervé Jaouen montre bien les similitudes entre McDara et O'Flaherty lui-même.Il faut se souvenir qu'O'Flaherty ne jouit pas de l'unanimité en Irlande,personnage controversé qui fut obligé de s'exiler quelque temps en Amérique et en France.Il y a dans L'assassin une face totalement mystique qui peut déplaire et qui est peut-être en rapport avec les années de séminaire de l'auteur.Mais je trouve que L'assassin est un grand livre qui,outre le côté messianique voire christique du personnage,certes envahissant, nous offre de superbes lignes sur les fantasmes guerriers du tueur(impressionnante vision des légions d'Hasdrubal,général carthaginois auquel McDara s'identifie lors de sa balade dublinoise meurtrière). Car bien sûr un Irlandais a toujours un peu envie d'en tuer un autre pour peu qu'il ait une fois conversé avec un Anglais.Pardonnez-moi cette exagération mais j'aime tant ce pays qu'il m'arrive de le taquiner.

   L'hybridation va plus loin et O'Flaherty finit par nous donner le vertige comme si l"assassin et sa victime, ce politicien évidemment corrompu étaient la seule et même personne.Allégorie qu'on peut étendre à l'île toute entière,dichotomisée depuis si longtemps.Heureusement il me semble que le vent d'Irlande tende à se faire plus clément.Dans ce portrait d'un assassin,politique à la rigueur,le style d'O'Flaherty très efficace et jusqu'au-boutiste,est tendu comme l'arc de la volonté.Et l'auteur a le cran de ne pas éluder les saletés qui accompagnent les luttes politiques,qui ressemblent souvent aux guerres des gangs,quand des "généraux" de 20 ans se comportent comme des serial killers.Et les amoureux d'Erin dont je suis doivent être les plus ardents à ne pas idéaliser la violence quelle qu'elle soit.Ce pays n'en sera que plus beau avec sa littérature magnifique et inépuisable.

   Retour sur John Ford et O'Flaherty: Un homme d'Aran

24 juin 2007

Du bon vieux cinéma(enfin,surtout vieux)

    Entrez,entrez dans la fête foraine,le barnum du Septième Art,le grand cirque d'Hollywood.Vous y verrez Une aventure de Buffalo Bill,titre français un brin racoleur de The plainsman(1936) pour un film où le massacreur de bisons n'a que le troisième rôle.Vous y verrez le grand Gary Cooper,Wild Bill Hickock sympa et Jean Arthur,Calamity Jane vaguement suffragette mais fleur bleue.Vous y verrez la conquête de l'Ouest et de braves officiers qui ne se posent pas de questions.Vous y verrez des indiens comme il faut ou comme il fallait,méchants ou morts,enfin méchants puis morts.Vous vous associerez au culte de l'arme à feu comme on les aime,visant vite,bien,et rouge. Vous y verrez aussi que DeMille n'est pas un manchot de la mise en scène et que les chevauchées vont bon train, nanties d'un confortable budget.A propos je vous épargne le jeu de mots qui tue,Cecil Billet DeMille.Tiens je ne vous l'ai pas épargné.

   Bien sûr les années ont passé et DeMille,peu gâté par la critique,n'est plus que le directeur d'un grandiose bric-à-brac westerno-biblo-conservo-archaïco-militaro-antédiluvien.Au delà du gentil mordant de cette note il faut convenir que les films de DeMille ne manquent pas de souffle.C'est cela aussi le cinéma,une attraction foraine. Méliès l'avait bien dit.Je recommande de ne pas l'oublier totalement.Reste qu'on peut préférer Gary dans le magnifique Rebelle de King Vidor,ou vieillissant gunman dans Vera-Cruz.

17 juin 2007

Eeguab's Frisco Bay Blues

This is my song folks!

Call it "Frisco Bay Blues"

Got it on my mind for a long while

Let me take you and walk on miles

No papers,no names,ain't no use

Just hear about my days of rock.

Nineteen were my summers

When I was the king of the hill

Let's Go to San Francisco http://www.youtube.com/watch?v=Fqztnc1L7eE

Mama Cass dancing in the streets

Lovin'Spoonful riot city's hit

Then my life would fulfill

With Golden Gate slumbers

San Francisco http://www.youtube.com/watch?v=eKeXkhxiq6I

But needles on the beach

Had to be heartbreakers

And paradise lost on motorways

Anthems for the sun did'nt more amaze   

Road became greasy to bikers

And friends beyond the reach

http://www.youtube.com/watch?v=vjh9D7BgMFQ

As I get by all along my existence

Dreamy romance never slid out of my soul

Rust shall never be mine

And coloured corduroy gold mine

Still bouncing joyful

Another life would'nt make no sense.

        J'ai retrouvé par hasard ce texte admirable mais j'ignore quel groupe fabuleux a pu l'enregistrer.Une pure merveille n'est-ce pas?J'en ignore aussi la musique.

2 juin 2007

Parmi ceux qui n'ont pas attendu la mode du vert

        Parmi ceux là Dan O'Brien que je lis régulièrement comme on irait en vacances une fois l'an dans le Montana,ce fameux Montana dont on nous rebat les oreilles littérairement mais il y a des harcèlements plus pénibles.Vous connaissez Jim Harrison,Thomas McGuane,Rick Bass,Larry Watson.Le magazine Lire publie ce mois un entretien avec Dan O'Brien à l'occasion de la sortie de son dernier livre Les bisons du Coeur-Brisé.  Le premier bouquin de Dan O'Brien que j'aie lu est Rites d'automne sorte d'air-movie qui décrivait le voyage dans l'Ouest d'un fauconnier,O'Brien lui-même qui est aussi ornithologue.Ce livre est devenu célèbre à la fois reportage animalier et regard sur l'Amérque éternelle,métaphore de la planète.

   Brendan Prairie sous forme romancée explore la veine intarissable des rapports de l'homme et de la nature et Dan O'Brien dans son Dakota du Sud nous entraîne dans la lutte infatigable de quelques irréductibles contre la lèpre envahissante du profit et de la laideur.Mais Dan O'Brien a vécu la véritable existence d'un éleveur en pays sioux et sait de quoi il parle.

L'esprit des collines

   L'esprit des collines raconte la traque d'un loup immense dans ce même pays des Black Hills et se présente un peu comme une Gévaudan Story qui nous plonge dans les entrailles et les secrets de ce pays indien dakota.Peurs et vieux fantasmes parsèment ce livre qui a la rigueur de l'ethnologue et le mystère du "polariste"..Au  coeur du pays a comme les trois autres été publié chez Albin Michel puis chez 10-18.On peut rajouter ses deux romans "indiens" que je n'ai pas lus,Médecine blanche pour Crazy Horse et L'agent indien.Lire Dan O'Brien c'est s'assurer une brassée de ce vent des montagnes occidentales,une sorte de  croisière entre Jeremiah Johnson et Le peuple migrateur.

28 mai 2007

Il était à Woodstock

Mixed Bag

    Sorti de ma malle magique le très bel album de Richie Havens Mixed bag ,premier véritable opus sorti en 67 de ce Newyorkais né en 41 mélange approximatif de Bob Dylan et de Bobby McFerrin.Cette comparaison n'engage que moi.Des nouvelles de la pochette:le recto est toujours très acceptable,la guitare sur fond bleu et la veste noire de Richie sont du plus bel effet.Le verso et la tranche par contre agonisent sous les taches que je crois de café mais d'un café plus que trentenaire.A l'audition le "charme" du vinyl est plus près de la perceuse que du chant d'un passereau.Allez il me faut me résoudre à à une nouvelle commande  CD pour réactiver ce vieux Richie.

   Richie Havens a toujours été un adepte des reprises,ce qui ne l'empêche pas d'écrire aussi.Ce sac varié contient une remarquable version d'une des meilleures chansons de Dylan,l'une des plus touchantes à mon avis Just like a woman,ainsi que la  belle réussite d'un titre des Beatles,le symphonique Eleanor Rigby auquel Richie donne un swing inattendu.Sa façon de jouer de la guitare avec à la main droite un style très "percussion",c'est peut-être un peu l'apport de l'Afrique à Woodstock.Bien sûr on n'en parle jamais mais Richie Havens continue sa carrière.Je vous propose cet oiseau en plein vol,extrait de Mixed bag,et ne peux  résister à vous faire découvrir Richie "en groupe" dans cette si belle version de mon morceau préféré Eight miles high,par son créateur Roger McGuinn,sans les Byrds mais avec une partie du Band.J'espère que vous suivez.

http://www.youtube.com/watch?v=AcS81SdSOv4 High flying bird

http://www.youtube.com/watch?v=O9McvRFfrIQ Eight miles high

27 avril 2007

Bien avant Eve,la Comtesse et le limier

      Belle découverte que  ce rare film de Joseph Mankiewicz Quelque part dans la nuit(1946),son deuxième long métrage.Bien qu'empruntant les codes du film noir,son décor,sa nuit,ses docks,ses boîtes de nuit,Quelque part dans la nuit est déjà très "touche Mankiewicz" par l'importance du dialogue.On sait que Mankiewicz est un grand scénariste et un cinéaste "bavard",bavard mais brillant.

   John Hodiak,convaincant acteur de séries B. incarne un blessé du Pacifique frappé d'amnésie et au visage refait,en quête de son passé,peut-être d'ailleurs un passé d'assassin. L'amnésique fait partie des figures du film policier, permettant facilement des variations sur l'identité et la mémoire et Mankiewicz ne s'en prive pas.Mais encore une fois les mots font mouche,caustiques,ambigus et assez souvent sous forme de proverbes et de dictons.S'il est un cinéste du parlant c'est bien Joseph Mankiewicz et la suite de  sa carrière devait s'avérer étourdissante de brio avec Eve,La Comtesse aux pieds nus,L'affaire Cicéron,On murmure dans la ville,Jules César,Le limier,L'aventure de Mrs.Muir,tous films d'une intelligence insolente experte en manipulation.

22 avril 2007

Ailleurs

Un peintre s’est perdu loin de ses canaux

Et de ses chapelles favorites

Il ne voit plus des arbres les rameaux

Et ses yeux loin de ses rites

Ont égaré sa lumière

Qu’est-il sans ses chers étangs

Sans les amicaux repères

Que sa tendre palette frôle comme un doux vent?

L’artiste erre espérant l’éclaircie

Qui lui rendrait sa flamme abandonnée

Mais la ville est si triste et noircie

Qu’il lui vient de sombres pensées

Loin de son royaume-couleur

La cécité le guette,cette peste

Assassine de l’orfèvre,du sculpteur.

Pourtant il va revivre et son geste

Déjà s’affirme,ses doigts s’affranchissent

Tendres habiles retrouvent les traits

D’une femme dont il ourle la cuisse

La nimbant d’or et de jais

De même à la pointe d’un cil il trace

De sa candeur,de sa noblesse

Le regard de l’aimée,sa grâce

Et l’amour qui tous deux les caresse.

21 avril 2007

La dame venue de Baltimore

    J'ai fait un tour au pays de mes vinyls.Je ne m'y étais pas rendu depuis un bail et y ai retrouvé au verso de la pochette ci-dessus l'un de mes amours de jeunesse,la Susan Moore à laquelle Tim Hardin a consacré ce concept-album en 1969.Oui on appelait ça comme ça.Ce disque je l'ai acheté pour trois raisons.D'abord Rock et Folk l'aimait bien et moi j'aimais bien Rock et Folk.Je sais c'est loin.Deuxième raison:la voix de Tim Hardin me plaisait depuis ses jolies chansons comme Hang on to a dream,If I were a carpenter,Lady came from Baltimore(Lady's name was Susan Moore,déjà).Troisième raison,imparable,la photo,en robe longue et dans les sous-bois de Susan Moore.A tomber.Mes amours de l'époque cahotant allégrément d'échec en défaite,nanti d'une timidité qui devait durer dix ans encore,cette image était devenue en moi l'archétype de la femme,belle,inaccessible pour qui je me devais d'écrire.Il me semble que quelque part j'écris encore pour elle.

   Le titre complet de l'album est Suite for Susan Moore and Damion-we are-one,one,all in one et ce disque eut très peu de succès.La pochette s'ouvre et apparaissent à gauche la divine Susan,en noir et blanc et en légère plongée et sur l'autre page Damion le fils de Tim et de Susan.Car Susan Moore a eu un fils mais pas avec moi.Moi qui dans ces années peinais beaucoup à être one,one,all in one avec qui que ce soit.Allez retour à la musique.

   Suite for Susan Moore est divisé en trois implications et ue fin d'implication dont voici les titres.Vous aurez compris que rien ne dure et surtout pas l'amour.Et que depuis la première chanson d'amour jusqu'à la naissance,la flamme de jadis,la solitude il ne reste bientôt plus qu'un prénom.

1. First Love Song
2. Everything Good Become More True
3. Question of Birth
4. Once-Touched By Flame
5. Last Sweet Moments
6. Magician
7. Loneliness She Knows
8. Country, I'm Living In
9. One, One, the Perfect Sum

10. Susan

      Sur le plan musical cet album est sobre,teinté d'influences jazz,réalisé en petit comité parfois réhaussé d'une trompette ou d'un sax. Trois des morceaux sont simplement lus par Tim Hardin.Encore deux détails.Cette Susan allait être vite concurrencée dans mon coeur par une autre Suzanne qui        devait me prendre la main pour m'entraîner au bord de la       rivière.

http://eeguab.canalblog.com/archives/2006/08/20/3057242.html

        Et Tim Hardin mourut évidemment d'une overdose       idiote en 80. Je n'ai guère à vous proposer que cette bêtise heureusement agrémentée du talent de Tim  dans Hang on to a dream.

http://www.youtube.com/watch?v=NO0_ON267GM

18 avril 2007

Les enfants au Vietnam

      Préjugé favorable,la collection Terres d'Amérique ne m'ayant jamais déçu.En cours,le préjugé favorable se confirme.David Bergen,écrivain canadien,nous donne avec Un passé envahi d'ombres un très grand roman sur le Vietnam,se déroulant trente ans après la fin de la guerre.Livre dans le livre Un passé envahi d'ombres est en fait le titre d'un récit écrit par un déserteur nord-vietnamien que Charles Boatman découvrira par hasard dans sa solitude de Colombie Britannique.Boatman tente depuis trente ans d'oublier ou au moins de calmer son cauchemar d'Indochine et son geste ignoble.Mais au Vietnam comme ailleurs l'ignoble touche souvent au sublime et la vie d'après n'a rien de facile.Rien de facile en Amérique mais rien de facile non plus dans ce Vietnam en proie à la pauvreté qui suit la guerre et à la perte d'identité de tout un peuple.

   Les enfants au Vietnam ce sont Jon et Ada,partis à la recherche de leur père de retour au Vietnam pour replonger dans ce passé,s'y confronter,l'exorciser ou peut-être l'expier.Dans Da-Nang méconnaissable aux yeux de Charles dont l'image s'évanouit Jon s'enfonce dans la nuit vietnamienne baroque et incompréhensible alors qu'Ada frôle la vérité,douloureuse mais qu'un artiste sensible l'aidera à appréhender. C'est toujours la guerre quelque part,au moins dans les âmes tourmentées des enfants du G.I. meurtri.

   Ce bouquin est passionnant de bout en bout.Et Bergen rejoint l'impressionnante cohorte d'écrivains nord-américains dont je vous parle si souvent.J'ai très envie de lire les deux premiers romans de David Bergen,Une année dans la vie de Johnny Fehr et Juste avant l'aube.L'ami Eireann les a chroniqués déjà et je vous conseille de passer le voir. http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/18/1904946.html

6 avril 2007

Ciao Luigi

  E morto il vecchio signore.Le vieux monsieur est mort.Il y a peu j'avais cité La grande pagaille.Il y eut aussi le délicieux Pain,amour et fantaisie,le corrosif Argent de la vieille,et bien d'autres.Si on ne devait retenir qu'une facette du talent de Luigi Comencini et si on pense que l'enfance au cinéma n'a pas toujours été bien traitée,rappelez-vous que cet homme a signé pas moins de cinq chefs-d'oeuvre sur ce monde inconnu des jeunes années:Pinocchio, L'incompris, Eugenio, Un enfant de Calabre et Cuore.Au revoir Monsieur.Rarement réalisateurs auront fait preuve d'autant de tendresse dans leur trait.

8 avril 2007

Mes aveux sur les aveux

eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/18/1905186.html

Le livre des aveux

   John Banville,Irlandais comme il se doit,m'a été proposé par Eireann(références ci-dessus),Docteur ès littérature gaélique.Ce n'est pas la première fois que l'ami du Morbihan m'embarque ainsi.Soyons clairs,avec Banville ça ne rigole pas tous les jours dans Le livre des adieux.Et s'il y a bien un pub on n'y chante guère La ballade de Molly Malone.Le livre entier n'est qu'un monologue,une confession mais ce mot à mon avis ne convient guère car il recèle une part de culpabilisation qui ne semble guère émouvoir Frederick St John Vanderveld Mongomery.Qu'est ce que j'aimerais avoir un tel patronyme,qui à lui seul tient lieu de CV.

   Mais voilà Freddie est un assassin,pas vraiment volontaire mais pas vraiment occasionnel non plus.Aucun dialogue dans Le livre des adieux,seulement des mots,des phrases,beaucoup de mots et de phrases,dans la bouche du seul personnage à part entière.L'homme parle,ne cherche ni excuse ni compréhension,pas plus qu'il ne s'incorpore vraiment à la vie des autres.Mr.FSJVM est une sorte d'outcast,d'étranger.Est-il seulement vraiment vivant?Il y dans ce livre intéressant mais assez déconcertant quelque chose des grands romans russes,me semble-t-il.Une indéfinissable impression d'une conscience bafouée victime de sa propre barbarie.Le livre des adieux est écrit dans un style très littéraire et nanti d'un vocabulaire recherché,ce qui oblige à quelque remise en question du bagage du lecteur.Les grandes oeuvres sont parfois hérissées d'aspérités qu'il nous faut abraser un peu pour mieux les franchir.John Banville n'est pas forcément à lire toutes les semaines et la confession de Frederick s'avère souvent poisseuse et nous met mal à l'aise mais Le livre des adieux s'inscrit dans la tradition littéraire irlandaise,richissime et variée..

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