Incunable

A mes amis blogueurs je voudrais dire que là on change de catégorie.Oubliez tout ce que j'ai pu lire, voir, écouter, écrire ou chroniquer ici même.Nous atteignons avec cette rareté littéraire des rivages insoupçonnés où le génie le dispute à la grâce.Ce pavé de 40 pages est un recueil de poésies d'une telle qualité que Baudelaire est renvoyé à ses traductions d'Edgar Poe,Rimbaud à la pêche en Meuse,et Verlaine à sa chère fée verte.Même mon cher Nerval se serait pendu Rue de la Vieille Poterne parce que,féru de fantastamagorie et d'occultisme,il aurait eu la primeur du Spectateur triste et n'aurait pu supporter de n'avoir écrit que Les filles du feu,Chimères,Aurélia et autres billevesées.
Ce livre à nul autre semblable nous emmène sur les rives du Septième Art en évitant les écueils de la banalité et les brisants du cliché.Une oeuvre dantesque que l'on ne risque pas d'oublier tant la richesse en est multiple.Composée d'au moins... quatorze ou peut-être même quinze odes au rêve,à la beauté et à la nostalgie cette perle méconnue est ce que j'ai lu de plus mémorable et j'aimerais contribuer modestement à faire connaître un si grand écrivain.
Bien sûr toute médaille a son revers et vous vous doutez que ce panthéon n'est par sa rareté incandescente pas accessible à tous.Les quelques exemplaires subsistant se négocient aux environs de 1250 euros bien que l'auteur ait,sous toutes réserves,déclaré préférer être payé en dollars de Brunéi. Excentricité d'un génie certainement, caprice de celui qui fut un jeune auteur ignoré.A propos que sait on de cet écrivain?Peu de choses en vérité.Discret comme J.D.Salinger on pense qu'il vouerait un culte à un acteur américain tabacomane et alcoolique ayant notamment interprété deux célèbres privés.Mais peut-être tout cela n'est-il que pures supputations et rumeurs infondées.Il semble cependant acquis qu'il n'est plus très jeune,mais toujours ignoré et qu'on n'est pas forcé d'être sûr qu'il entre dans la catégorie des auteurs.
Vous ayant probablement mis l'eau(ou le gin)à la bouche je vous engage à rogner sur vos achats de livres, disques, etc... pour être en mesure de vous procurer cet incunable. Le capital étant énorme je peux essayer,ayant une idée du personnage,de vous faire parvenir ce superbe ouvrage,futur fleuron de votre bibliothèque,pour la modique somme de ... trois timbres-poste ordinaires.Il vous suffit de m'écrire un courriel et de me donner votre adresse.L'illustre et cher Maître acceptera éventuellement de les dédicacer.Je crois qu'il a un peu d'humour.



Ne pas se fier à ce titre digne d'une collection fleur bleue.J'en profite pour dire que je n'ai aucun mépris pour ces lectures car je pense que le seul fait de se plonger dans les pages d'un roman fût-il dit de gare est déjà un voyage.Sandro Veronesi m'était inconnu mais le Domaine étranger de 10/18 m'a déjà donné tant de bonnes surprises que je n'hésite guère à me lancer dans une nouvelle rencontre littéraire.Bien m'en a pris car La force du passé est un roman étonnant et interrogatif.Un auteur à succès de livres pour la jeunesse voit soudain l'irruption curieuse dans sa vie d'un personnage bizarre qui prétend avoir bien connu son père qui vient de mourir.Et cet homme lui livre un secret.Le père de Sandro,ultra-conservateur notoire était en fait un espion russe.A partir de là Sandro va vivre quelques jours difficiles dans l'attente d'une vérité.Mais quelle vérité?






J'ai terminé mon cycle sur six décennies de cinéma par Manhattan.Après L'aurore,La règle du jeu,Rashomon,L'Avventura et Andreï Roublev le ton était donc à la légèreté et à l'humour.Et mes élèves avaient bien mérité un feu d'artifice eu égard à leur patience et à leur fidélité.J'ai vu tous les films de Woody Allen sauf les deux derniers et je considère Manhattan comme une charnière entre les comédies hommages du début:Woody guerillero dans Bananas,Woody gangster dans Prends l'oseille et tire-toi ,Woody spermatozoïde dans Tout ce que vous avez... et les oeuvres de sa maturité dont certaines sont amères voire graves.Peu de temps avant Manhattan le très bon Annie Hall et le très introspectif et bergmanien Intérieurs avaient amorcé un sérieux tournant.
Stephen Frears,Monsieur le Président du 60° Festival de Cannes est décidément très éclectique.Il nous offre avec Madame Henderson présente un curieux film,croisé de comédie musicale et de critique sociale,assez réjouissant.Madame Henderson,riche veuve de la gentry,décide de racheter le Windmilll,théâtre londonien peu avant la guerre.Avec l'aide du maître de ballet Vivian Van Damm elle se paie le culot de dénuder ses danseuses "à la manière parisienne". Shocking certes mais finalement très au goût du public et même des élites le Windmill battra de ses ailes y compris au plus fort du blitz sur Londres,réconfortant notamment les soldats entre deux missions.





Les invités se pressent à la Colinière,le manoir du Marquis de la Chesnaye.Certains seront vite hors-jeu,d'autres cherchent à tirer leur épingle du jeu.Souvent jeux de mains,jeux de vilains.Et si le jeu en vaut la chandelle il vaut mieux ne pas trop se prendre au jeu.Rien de vieux jeu dans ce jeu de massacre de Jean Renoir.Ce film,très en avance en 39 par sa construction,son naturel,sa liberté,ses angles et son "humanité" fut copieusement hué.Remis en selle par André Bazin et d'autres il jouit maintenant et à juste titre du statut parfois galvaudé de film culte(?).Car tous ces gens là,aristos ou domestiques sont des types comme vous et moi,ni plus ni moins reluisants.Enfin pour vous je ne sais pas trop.
Son premier western est une variation de plus sur la chanson de geste de l'Ouest la plus courue,qui contient à elle seule les thèmes éternels de la conquête et de la quête de ce Graal version grands espaces qu'est depuis toujours la ruée vers l'Ouest.Le retour de Frank James(1940) inscrit dans l'espace western le thème très langien de la vengeance,déjà très présent dans ses films allemands et qui le sera plus encore dans Chasse à l'homme,Réglements de compte.Frank James(Henry Fonda) sortira de sa retraite pour appliquer lui-même la sentence envers l'assassin de son frère Jesse.Très important aussi,le code de l'honneur qui dicte la conduite des trois héros des westerns de Lang,Henry Fonda,Randolph Scott et Arthur Kennedy.

Florence Colombani déjà auteur d'un très bon essai sur Elia Kazan(voir ce blog,cinéma américain) vient de publier un ouvrage érudit mais clair et passionnant sur l'un de mes cinéastes préférés.Proustienne convaincue comme Visconti elle s'est penchée sur les oeuvres du metteur en scène et de l'écrivain.On sait que Luchino a toute sa vie couru après l'adaptation de Proust,sans succès pour différentes raisons que Florence Colombani explique d'ailleurs.Mais surtout dans Proust-Visconti,histoire d'une affinté élective(Philippe Rey) elle démontre l'étroitesse des liens entre les deux oeuvres et comme quoi l'influence de Marcel est tangible dans tous les films de Luchino y compris les premiers,encore pourtant très néoréalistes et éloignés apparemment du style proustien.







