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31 mars 2007

Incunable

    

    A mes amis blogueurs je voudrais dire que là on change de catégorie.Oubliez tout ce que j'ai pu lire, voir, écouter, écrire ou chroniquer ici même.Nous atteignons avec cette rareté littéraire des rivages insoupçonnés où le génie le dispute à la grâce.Ce pavé de 40 pages est un recueil de poésies d'une telle qualité que Baudelaire est renvoyé à ses traductions d'Edgar Poe,Rimbaud à la pêche en Meuse,et Verlaine à sa chère fée verte.Même mon cher Nerval se serait pendu Rue de la Vieille Poterne parce que,féru de fantastamagorie et d'occultisme,il aurait eu la primeur du Spectateur triste et n'aurait pu supporter de n'avoir écrit que Les filles du feu,Chimères,Aurélia et autres billevesées.

   Ce livre à nul autre semblable nous emmène sur les rives du Septième Art en évitant les écueils de la banalité et les brisants du cliché.Une oeuvre dantesque que l'on ne risque pas d'oublier tant la richesse en est multiple.Composée d'au moins... quatorze ou peut-être même quinze odes au rêve,à la beauté et à la nostalgie cette perle méconnue est ce que j'ai lu de plus mémorable et j'aimerais contribuer modestement à faire connaître un si grand écrivain.

   Bien sûr toute médaille a son revers et vous vous doutez que ce panthéon n'est par sa rareté incandescente pas accessible à tous.Les quelques exemplaires subsistant se négocient aux environs de 1250 euros bien que l'auteur ait,sous toutes réserves,déclaré préférer être payé en dollars de Brunéi. Excentricité d'un génie certainement, caprice de celui qui fut un jeune auteur ignoré.A propos que sait on de cet écrivain?Peu de choses en vérité.Discret comme J.D.Salinger on pense qu'il vouerait un culte à un acteur américain tabacomane et alcoolique ayant notamment interprété deux célèbres privés.Mais peut-être tout cela n'est-il que pures supputations et rumeurs infondées.Il semble cependant acquis qu'il n'est plus très jeune,mais toujours ignoré et qu'on n'est pas forcé d'être sûr qu'il entre dans la catégorie des auteurs.

   Vous ayant probablement mis l'eau(ou le gin)à la bouche je vous engage à rogner sur vos achats de livres, disques, etc... pour être en mesure de vous procurer cet incunable. Le capital étant énorme je peux essayer,ayant une idée du personnage,de vous faire parvenir ce superbe ouvrage,futur fleuron de votre bibliothèque,pour la modique somme de ... trois timbres-poste  ordinaires.Il vous suffit de m'écrire un courriel et de me donner votre adresse.L'illustre et cher Maître acceptera éventuellement de les dédicacer.Je crois qu'il a un peu d'humour.

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25 mars 2007

Réinsertion difficile(vieux débat)

    Deuxième film américain de Fritz Lang,J'ai le droit de vivre(You only live once,1937) n'est pas si éloigné de Fury,magistrale démonstration de le violence ordinaire des citoyens,proche d'un totalitarisme que Lang avait fui peu de temps avant.Henry Fonda,souvent honnête homme et idéaliste du cinéma américain y campe un type ordinaire sorti de taule après avoir payé sa dette selon la formule.La société ne l'entend pas de cette oreille et hôteliers apeurés,employeur réactionnaire,et anciens codétenus lui rendent vite la vie impossible.

   J'ai le droit de vivre

    Il y a les figures classiques du film démocrate:prêtre courageux,avocat dévoué et désintéressé,et même un épouse parfaite.Il semble que Fritz Lang se soit très vite adapté,preuve de la grande capacité de cet homme à transcender les systèmes.Le succès sera au rendez-vous de ses deux premiers films américains puis cela se gâtera comme l'explique le grand languien Chabrol dans ce DVD.Pourtant et je l'ai déjà souligné dans une note sur les westerns de Fritz Lang il y a continuité dans toute l'oeuvre du géant viennois.Depuis Les Araignées et Les espions jusqu'à l'ultime Mabuse(1960) il est question du pouvoir politique ou judiciaire,du mensonge d'état et de victimes broyées,victimes souvent loin d'être très innocentes.Fonda comme Tracy dans Fury passerait assez vite la frontière du meurtre de même que s'érige dans la ville la pègre pour traque et juger M.le Maudit.Nous avons tous deux visages. Simplement certains parviennent presque à n'en montrer qu'un.

31 mars 2007

Tourbillon dans le Sud

     Moins connu et plus tardif que ses deux plus grands succès Les fous du roi et L'esclave libre tous deux portés à l'écran Un endroit où aller virevolte dans le Sud américain,cette terre qui colle à l'oeuvre de Robert Penn Warren(1905-1989).Mais le Sud de Warren ne suffit pas à son héros en tant que pays natal.Il agit au long de la vie de Jed Tewksbury comme un personnage récurrent à part entière.Parti d'une misérable bourgade d'Alabama il deviendra un brillant universitaire cotoyant le beau monde et Rozelle,l'amour de sa vie,qu'il retrouvera à plusieurs reprises.

   Il ya de très beaux passages dans Un endroit où aller,parfois drôlatiques quand Jed se remémore la mort rocambolesque et grotesque de son père.Parfois émouvants:les lettres laborieuses de sa mère qui lui avait ordonné de quitter ce bled de Dugton,au risque de ne jamais le revoir.La guerre en Italie,l'université de Chicago,les amours compulsives avec Rozelle,la naissance de son fils parsèment la progression de Jed dans cette "vita americana" que le lecteur peine quelquefois à bien pénétrer.C'est que la Terre d'Amérique cèle toujours une part d'elle-même à des yeux européens.

   C'est l'un des derniers livres de Robert Penn Warren et il aurait gagné,me semble-t-il,à être un peu resserré.Une grande plume américaine parmi tant d'autres.C'est aussi ça l'Amérique,foisonnante et,quand il s'agit d'auteurs de cette trempe,pas loin d'être au meilleur de sa forme.Penn Warren est aussi un très grand poète deux fois Prix Pullitzer.

   

5 mars 2007

Sandro

   Ne pas se fier à ce titre digne d'une collection fleur bleue.J'en profite pour dire que je n'ai aucun mépris pour ces lectures car je pense que le seul fait de se plonger dans les pages d'un roman fût-il dit de gare est déjà un voyage.Sandro Veronesi m'était inconnu mais le Domaine étranger de 10/18 m'a déjà donné tant de bonnes surprises que je n'hésite guère à me lancer dans une nouvelle rencontre littéraire.Bien m'en a pris car La force du passé est un roman étonnant et interrogatif.Un auteur à succès de livres pour la jeunesse voit soudain l'irruption curieuse dans sa vie d'un personnage bizarre qui prétend avoir bien connu son père qui vient de mourir.Et cet homme lui livre un secret.Le père de Sandro,ultra-conservateur notoire était en fait un espion russe.A partir de là Sandro va vivre quelques jours difficiles dans l'attente d'une vérité.Mais quelle vérité?

   Tout au long du livre court ainsi ce mystère sur le passé qui bouleverse le quotidien de Gianni pour lequel les moindres incidents deviennent d'éventuels signes,indices d'hypothétiques évènements antérieurs qui auraient pu se dérouler.On est dans un domaine à la lisière d'un fantastique ordinaire et moderne,pas si étranger à mon avis à certaines nouvelles de mon écrivain préféré Dino Buzzati,déjà souvent cité.Veronesi, probablement cinéphile,fait référence au cinéma d'une curieuse manière,peu confite en dévotions.Et puis la balade en scooter de Gianni dans Rome fait plus penser à Nanni Moretti et même à Woody Allen ,un Allen qui aurait émigré dans la ville éternelle et troqué ses taxis pour un vespa,qu'à Gregory Peck dans Vacances romaines.

  Né à Florence en 59 Sandro Veronesi a une formation d'architecte et de traducteur d'ouvrages américains.En 10/18,disponible également Les vagualâmes.

4 mars 2007

Fiche le camp Jack

     Oh et puis non reste avec nous.C'est qu'on s'est habitué à toi,nous,depuis plus d'un siècle que tu nous distrais de tes sympathiques assassinats de prostituées dans ces délicieuses rues de Whitechapel.Nous aimons,nous,ces infâmes tenanciers de bordels,ces danseuse de cancans qui n'attendent que l'égorgement fatal dans ces brouillards  cinématographiques,non loin de bobbies incapables et de cochers de fiacres louchant d'un oeil torve sur les rares clientes pressées.Ah!Qui dira la poésie de ces nuits londoniennes où brille sous la lune la lame argentée d'un couteau bien acéré qui s'apprête à rendre justice à sa manière. 

    Selon les versions,my friend Jack,tu as été habile politicien,chirurgien renommé,surintendant de Scotland Yard,prince proche de la Couronne.Qui que tu sois Jack,on t'aime,nous les cinéphiles,de noir et blanc souvent vêtus comme les décors que tu hantes d'une chorégraphie de chair et d'os,cape et poignard,redingote frôlant les pavés luisants sous les pâles réverbères.Reste encore un peu Jack.

    La série B des producteurs Monty Berman et Robert S.Baker n'a aucune star à l'affiche,mais beaucoup de charme.Amis bloggers si le coeur vous en dit Jack vous donne rendez-vous par ailleurs.N'hésitez pas à vous rendre à ses invitations qui valent bien celles de ses descendances,Hannibal,Jason,Freddy et consorts.

From HellTime After Time Meurtre par décretA Study In Terror 

   The Lodger - A Story Of The London FogVols  Paris-Londres(aller simple)

Les guides sont respectivement Allen et Albert Hughes,Nicholas Meyer,Bob Clark,James Hill et Alfred Hitchcock.

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5 mars 2007

Ils sont morts droits dans leur bottes

Errol Flynn in Raoul Walsh's

Evidemment les films épiques de Walsh et Flynn peuvent être vus de deux manières.La plus simple:y voir un odieux bellicisme  avec la glorification des massacreurs de Peaux-Rouges et une réhabilitation de Custer et de sa modération(?).Cette vision ne m'intéresse pas,trop politiquement correcte comme on dit maintenant.

Bien plus intéressant il convient de replacer ce héros américain dans le contexte Guerre de Sécession et années suivantes.De même le film de Raoul Walsh(1941) fait-il lui aussi partie de l'Histoire maintenant comme est datée cette manie de traduire par un titre bien ronflant en français(La charge fantastique) cette oeuvre à l'appellation somme toute assez éloignée.Il faut dire qu'à l'époque on pensait que les spectateurs français avaient besoin de repéres simplistes(Chevauchée fantastique, Charge héroïque,Charge victorieuse,Poursuite infernale).Il fallait à l'évidence,du galop dans l'air.

Ce qui fait de La charge fantastique un classique c'est la parfaite aisance d'Errol Flynn au mieux de sa forme à mi-chemin entre le jeune officier rebelle et mauvais élève et la ganache,image que donnera de lui Custer,homme de l'Ouest, par exemple.Il émane de l'acteur une fougue et un charme qui font passer bien des turbulences.Raoul Walsh sait si bien utiliser chevaux et cavaliers et son sens de l'humour va de paire avec celui de l'action.Walsh a,rappelons,le une longue carrière derrière lui.Il a notamment retenu les leçons de Griffith.Alors,de grâce,prenons cette évocation de Custer comme une page de la légende sans s'arrêter à des convenances et au néo-conformisme ambiant qui oublie toujours,et je l'ai souvent répété,qu'un film "est" sa propre époque.

Silver River

Le vaillant ciné-club de France 3,très nocturne,a en outre proposé Gentleman Jim et La rivière d'argent du même Walsh avecle même Flynn.Truculence et ambition donc pour cette "anthotrilogie".

24 février 2007

Le patron

                   

    C'est après avoir vu l'excellente interprétation de John Garfied dans la version 1950 de Michael Curtiz,Trafic en haute mer(The breaking point) qu'il me vient l'idée de rendre hommage au patron.Le port de l'angoisse de Howard Hawks(44) pas plus que le film de Curtiz ne sont très fidèles à En avoir ou pas d'Ernest Hemingway.Peu importe car bien que très amateur d'Hem j'ai lu ce livre il ya si longtemps que je ne me rappelle plus guère.Le thème,lui,reste le même,souvent la malchance qui oblige un homme relativement respectable à des compromissions,des marchandages.Jusqu'où?

   Dans Trafic en haute mer il s'agit d'un trafic de clandestins,dans Le port de l'angoisse les scénaristes dont William Faulkner,qui d'après la légende écrivait au rythme d'une ligne un scotch pour le film d'Hawks ont imaginé une histoire de réfugiés gaullistes aux Antilles Françaises.Mais dans la mythologie bogartienne cela compte pour si peu tant Bogie a mis de lui-même dans les dialogues et les sous-entendus lors des scènes avec Bacall.Cette histoire de loser deviendra l'acte de naissance du couple Bogart-Bacall dont je n'aurai pas l'outrecuidance de vous parler davantage.Comment cet alcoolique tabagique vieillissant a-t-il pu devenir le symbole le plus éclatant de la toute puissance de l'écran.Une réponse:la grâce,rarissime.A propos on dit que Bogart avait trouvé en Faulkner son maître ès boissons d'hommes.C'est vous dire le niveau.Autre anecdote trouvée dans le remarquable ouvrage de Todd McCarthy Hawks chez Actes Sud:Bacall offrit à Bogart un sifflet qu'elle lui passa au cou sur son lit de mort.C'était la rubrique people

   Tout ceci pour conclure:peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse.Quatre hommes et un chef d'oeuvre et on se fiche de ce que l'on doit à Hemingway,Faulkner,Hawks ou Bogart.

http://www.youtube.com/watch?v=8QsM9cdx1R0 Scène culte "Just whistle"

18 février 2007

Chronique d'un habitant de Manhattan

J'ai terminé mon cycle sur six décennies de cinéma par Manhattan.Après L'aurore,La règle du jeu,Rashomon,L'Avventura et Andreï Roublev le ton était donc à la légèreté et à l'humour.Et mes élèves avaient bien mérité un feu d'artifice eu égard à leur patience et à leur fidélité.J'ai vu tous les films de Woody Allen sauf les deux derniers et je considère Manhattan comme une charnière entre les comédies hommages du début:Woody guerillero dans Bananas,Woody gangster dans Prends l'oseille et tire-toi ,Woody spermatozoïde dans Tout ce que vous avez... et les oeuvres de sa maturité dont certaines sont amères voire graves.Peu de temps avant Manhattan le très bon Annie Hall et le très introspectif et bergmanien Intérieurs avaient amorcé un sérieux tournant.

   Manhattan est la quintessence de l'univers alllénien,ne serait-ce que par le titre.On n'est même pas à New York mais à Manhattan coeur vieil européen de la mégalopole américaine.Américaine si peu parfois avec ses allusions à Fellini,au cinéma japonais,à Shakespeare,à Tchekhov et Freud,à Mozart et Flaubert.Bien sûr il ya le jazz,Armstrong et Gershwin que je vous offre en fin d'article.Isaac Davis,Juif new yorkais,affublé de deux ex-femmes,d'une maîtresse mineure,d'un ami écrivain ou éditeur ou les deux,vogue de restau branché intello en galerie où l'art moderne dégage une"remarquable altérité".Central Park sert de paysage paroxystique à Woody Allen,lui qui n'aime guère s'éloigner de la Grosse Pomme.

Manhattan est le film le plus délicieux d'Allen avec son romantisme qui chez tout autre serait de pacotille, ses dialogues qui ailleurs seraient parfaitement snobs et niaiseux,ses musiques qui pourraient apparaître comme passéistes.Mais voilà:W.A. est un vrai créateur d'images et de situations cinématographiques avec un univers bien à lui que l'on aime tant en France.Bien sûr W.A. est maintenant devenu une institution surtout de ce côté de l'Atlantique et l'on commence à faire la fine bouche.Mais une intégrale de Woody Allen avec pas loin de 45 films contiendrait bien 45 oeuvres au moins intéressantes.J'aime notamment ses douces incursions fantastiques dans La Rose Pourpre du Caire,Zelig,ou Alice.Et il y a tant de bonnes choses dans Crimes et délits,Maris et femmes,September,etc...

Ecoutez le magnifique prologue de Manhattan au son de Rhapsody in Blue

http://www.youtube.com/watch?v=VyY4EUR4by8

17 février 2007

Mann's Man

Click to Buy: - Man Of The WestGodard parle de sur-westerns pour quelques films sur l'Ouest et il cite parmi ceux-là L'homme de l'Ouest d'Anthony Mann où se dresse la haute silhouette vieillissante de Gary Cooper pour l'un de ses derniers rôles.C'est un film qui prend son temps avant d'installer ses personnages et de remettre en présence le gunfighter amendé et son vieux mentor,halluciné et limite folie,joué par l'impressionnant Lee J.Cobb.

En 1958 le western a vécu ses meilleures années.Très bientôt viendront les Italiens et les westerns crépusculaires.Anthony Mann a choisi Cooper plutôt que James Stewart(cinq westerns ensemble) pour incarner le solitaire même pas tenté par une rechute et le grand Gary y est criant de présence,conférant au moindre geste une inquiétude et une fièvre inouïes.Dans ce remarquable DVD en plus de Godard Bertrand Tavernier et Pierre Rissient apportent leur conviction à défendre ce grand film d'un immense auteur de films,discret et qui reste à redécouvrir.

Il faudrait faire une thèse sur le train dans les westerns pour y inclure L'homme de l'Ouest,si solide mais un  peu effrayé  par les jets de vapeur de la locomotive.A signaler le réglement de comptes final dans une ville fantôme magistralement cadrée par Anthony Mann et Julie London,élément féminin qui ne se contente pas d'être un stéréotype.

17 février 2007

Les filles du Moulin

                        Stephen Frears,Monsieur le Président du 60° Festival de Cannes est décidément très éclectique.Il nous offre avec Madame Henderson présente un curieux film,croisé de comédie musicale et de critique sociale,assez réjouissant.Madame Henderson,riche veuve de la gentry,décide de racheter le Windmilll,théâtre londonien peu avant la guerre.Avec l'aide du maître de ballet Vivian Van Damm elle se paie le culot de dénuder ses danseuses "à la manière parisienne". Shocking certes mais finalement très au goût du public et même des élites le Windmill battra de ses ailes y compris au plus fort du blitz sur Londres,réconfortant notamment les soldats entre deux missions.

Parfaitement porté par deux acteurs magiques qui rivalisent de querelles (Judi Dench et Bob Hoskins) le film est un joyeux pied de nez aux empêcheurs de danser en rond (Hitler par exemple).Frears aime les gens du spectacle et prouve une fois encore qu'entre les prolos de Dublin et les immigrés pakistanais nulle exclusive ne borne son cinéma.

4 février 2007

Une chanson:Lalena

La plus belle chanson du répertoire du barde éternel,j'ai nommé Mr.Donovan Leitch.Mesdames et messieurs,ma vieille amie Lalena,en une version très récente.Ne croyez pas ceux qui parlent de lui comme d'un vague clône de Dylan qu'il a dû être cinq ou six semaines.Ne croyez pas que Mellow yellow est sa meileure chanson.Ne croyez pas qu'il n'a plus rien à dire.Ne croyez pas que l'album Sutras(97) est autre chose qu'un perle musicale cristalline et enchanteresse.Et puis croyez ce que vous voulez mais écoutez Lalena.Dans la version ancienne finalement cause disparition.

http://www.youtube.com/watch?v=pAttXmiViLM

When the sun goes to bed
That's the time you raise your head,
That's your lot in life, Laleña
Can't blame ya, Laleña.
Arty tart, ladeda,
Can your part get much sadder ?
That's your lot in life, Laleña.
Can't blame ya, Laleña.
Run your hand through your hair,
Paint your face with despair.
That's your lot in life, Laleña
Can't blame ya, Laleña.
When the sun goes to bed
That's the time you raise your head.
That's your lot in life, Laleña
I can't blame ya, Laleña.
Arty tart, oh so ladeda,
Can your part ever get, ever get much sadder ?
That's your lot in life, Laleña.
I can't blame ya, Laleña, no, no, no, Laleña,
Oh, Laleña.

Ces paroles seront retirées sur demande et sans délai en cas de litige.

http://www.youtube.com/watch?v=2rXbN9vs6E0

24 janvier 2007

A l'attaque du Ford méconnu

Coffret John FordPourquoi ces trois films?Et pourquoi les éditions ont-elles décidé de ressusciter ces trois films fort méconnus?Mystère.Mystère et petite déception car ce coffret m'a laissé sur ma faim.Par ordre d'intérêt décroissant voici donc...

   Steamboat round the bend(35) est un film délicieux et truculent dans un monde à la Mark Twain et qui raconte une course de bateaux à roues sur le Mississipi avec Will Rogers alors grande vedette en capitaine et une rivalité virile comme Ford les aime tant,homérique et confiante en l'Amérique.Comédie comme Ford en a signé quelques-unes Steamboat round the bend restitue cette ambiance Showboat et Ol' Man River dans un registre qui se veut de bonne humeur,un peu dans la lignée des très ultérieurs L'homme tranquille ou La taverne de l'Irlandais.

   What price glory(52) offre de bons moments mais ne réussit pas toujours à convaincre par son mélange de burlesque,bagarres épiques et alcoolisées comme d'habitude,duos presque chorégraphiques entre les rivaux James Cagney et Dan Dailey,tous deux issus du music-hall,et d'angoisses de la guerre dans cette oeuvre dont l'action se passe en France pendant la Grande Guerre.Par contre quelques belles scènes assez émouvantes quand Ford prône la simplicité et la proximité de la mort au travail.

   Quatre hommes et une prière(38) présente l'enquête de quatre frères pour réhabiliter leur père,officier de l'armée des Indes.Je trouve ce film raté et artificiel.Seuls les cinéphiles s'amuseront à reconnaître David Niven et George Sanders très jeunes.Pour les Indes mieux vaut revoir Les quatre plumes blanches ou Les trois lanciers du Bengale en les situant bien sûr dans le contexte d'époque...

28 janvier 2007

La route à deux

VOYAGE_1

            C'est une merveille d'ironie et de tendresse.C'est un voyage en France des années 60 où l'accordéon joue le soir à l'auberge et où la Côte d'Azur est encore le comble de l'exotisme.C'est aussi un voyage dans le temps pour jeunes amoureux,jeunes mariés,un tout petit peu moins jeunes parents.C'est une route du Nord au Sud à la rencontre d'un couple vacillant.Mais n'est-ce pas la norme pour un couple de vaciller,et de tomber?C'est un voyage où le couple se relève avec des bleus et des coups de soleil.C'est le voyage des ambitieux, des arrogants que nous sommes ou avons été.C'est une balade en bagnole qui fait du mal,avec des couples au restaurant qui n'ont plus rien à se dire.

      C'est un bien triste voyage où l'on comprend qu'il est hélas courant de n'avoir plus rien à se dire.C'est un voyage auquel on voudrait échapper.C'est un voyage duquel on ne ressort pas indemne.C'est un film très réussi de Stanley Donen:Albert Finney y est d'une vérité totale et Audrey Hepburn d'une fragilité destructrice complète.Maurice Binder le graphiste et Henry Mancini le compositeur sont du voyage,gage précieux.C'est un voyage que j'ai revu et dont je ressors avec encore un peu plus de désespérance.Mission donc accomplie pour ce bout de route.

17 septembre 2007

La passion selon Andreï et Andreï

L'univers d'Andreï Tarkovski est fascinant et je viens d'y aborder avec une prudence de Sioux en présentant Andreï Roublev qui tient de la fresque historique mais surtout de l'interrogation mystique sur la place de l'artiste dans le monde et la dichotomie entre l'Art et le Mal.A savoir lequel terrassera l'autre.Quand il commence à tourner Andreï Roublev en 65 Tarkovski est encore le jeune prodige de l'école soviétique du cinéma.Il n'a signé qu'un film,plutôt distribué dans le cadre des films pour enfants,L'enfance d'Ivan,encore très marqué du sceau un peu glacial du grand cinéma soviétique.Mais Tarkovski à parti de Roublev ne sera plus l'homo soviéticus de l'avenir mais un cinéaste libre,terriblement exigeant et qui ne produira que peu d'oeuvres,toutes passionnantes,toutes âpres et à mille lieues de tout autre cinéma.Attention je rappelle que je débute en "tarkovkisme" evec cette petite étude présentée au Temps Libre.

  Andreï Roublev est le plus célèbre peintre d'icônes de la Sainte Russie(XV° Siècle).La Trinité est la plus connue de ses oeuvres,modèle d'épure et d'esprit.Andreï Tarkovski,avec l'aide du troisième Andreï de la trinité,Kontchalovski,le futur cinéaste ici scénariste,a divisé son oeuvre en huit épisodes encadrés d'un prologue et d'un épilogue.Mon propos n'est pas d'analyser ici de fond en comble un film d'une richesse et d'une densité stupéfiantes,ni de gloser sur les invraisemblances historiques relevées par de pointilleux exégètes.Mon propos serait plutôt de donner envie d'entrer dans un monde unique,celui du doute et du mystère,qui hanta toute sa vie  l'oeuvre si serrée de Tarkovski,qui ne doit rien à Eisenstein,ni au théâtre de Tchekhov,ni aux romans existentialistes de Dostoievski.Beaucoup de réalisateurs ont fait des films,parfois immenses.Tarkovski,lui,a fait du cinéma.Tarkovski,homme presque seul...et russe.Ce qui lui valut l'exil,cela va de soi.

   Après un préambule où un homme s'écrase dans une ébauche de montgolfière où il n'est pas interdit de voir les rapports de la Terre et du Ciel,et le mythe de la chute(pas interdit mais pas obligatoire non plus)Tarkovski nous entraîne sur ce chemin russe  de la fin du Moyen Age,très obscurantiste.Ses héros à lui,outre le moine artiste Andreï Roublev,sont souvent un fou,une infirme,un vieux compagnon de marche.Tous semblent se confondre avec l'hostilté de la nature,maigres comme ces modestes bouleaux,maltraités comme cette pauvre terre russe gorgée d'eau et de boue.C'est l'occasion pour Tarkovski de très beaux tableaux sur la foi et la raison,avec une Passion du Christ enneigée(le premier titre du film devait être La passion selon Andreï),avec un sabbat,peut-être la part du diable,avec l'apocalypse selon les Tatars et la mise à sac de la cathédrale de Vladimir qui contraindra Roublev au silence et à l'expiation pour un crime de légitime défense.Enfin une cloche rédemptrice rouvrira les lèvres et les mains d'Andreï qui comprendra que taire son talent est un grand péché.

    Ne nous y trompons pas surtout.Andreï Roublev n'a rien d'un pensum terriblement orthodoxe.C'est au contraire une invitation au spectateur à se prendre en charge,à se questionner.Naviguant entre la fresque grandiose et les angoisses du moine-peintre,annonciatrices de la Renaissance,Tarkovski signe un chef-d'oeuvre complexe,incroyablement fouillé,interactif en ce sens que l'on ne sort de ce film qu'en s'interrogeant.Il y a un sentiment religieux qui anime Andreï Roublev certes mais plus encore une exaltation de la liberté artistique qui lui valut d'être " bloqué" longtemps aux temps très anciens de l'U.R.S.S.En 86 Andreï Tarkovski tournera en Suède son film ultime Le sacrifice.Au très beau cimetière orthodoxe de Sainte Genevieve sa tombe voisine avec celle de Rudolf Noureev.Sont-ils si éloignés l'un de l'autre?

31 juillet 2007

Cette aventure,vieille maintenant de 47 ans

Cosa fai,con l'Avventura?Qu'est-ce qui reste,de l'Avventura?

              Poursuivant un cycle "six décennies,six films" j'ai abordé cette semaine L'Avventura d'Antonioni(1960).Je n'en avais conservé qu'un souvenir lointain,portant surtout sur le cinéma de l'incommunicabilité,la froideur du cinéaste et cette façon de conter "l'ennui" qui avait en 60 ennuyé une partie du public de Cannes (souvent particulièrement stupide) et pas mal de spectateurs.Moi je trouve que L'Avventura reste un magnifique poème sur le mal-être, nanti d'une construction rigoureuse en trois époques: l'île,la recherche d'Anna en voiture,l'hôtel.

    La (vague) quête dans l'île nous ramène un peu sur des terres pirandelliennes,voire non loin de Dino Buzzati.Et dans ce "portrait de groupe insulaire" ces personnages, velléitaires et fantômatiques,finissent pas nous happer dans leur vacuité.Antonioni avait dit au peintre Rothko:"Mes films ne  parlent de rien,mais avec précision". On ne saurait mieux définir.De sublimes plans d'une église blanche et bergmanienne,une ahurissante scène où Monica Vitti est contemplée lascivement par les machos siciliens un peu demeurés(1960),le record du monde des scènes de dédain atteint par le plan de la call-girl ramassant ses billets avec les pieds.Voilà quelques pépites de film charnière sur le couple,sur la vie,sur le désespoir.On n'oubliera pas la main de Monica Vitti sur l'épaule de Gabriele Ferzetti,scène finale d'une rare émotion.Il me semble que mes élèves,toujours aussi studieux et que je remercie,ont ainsi ressenti qu'un film reste une avventura personnelle,un corps à corps entre le spectateur et le cinéaste.Antonioni,anthologie...

13 janvier 2007

Des élèves studieux

Des élèves studieux m'accompagnent pour une série de six analyses de films classiques réparties sur six décennies.Ces élèves que je salue et remercie sont ceux du Temps Libre des Amis de l'Université Jules Verne de ma bonne ville.Mercredi je les ai conviés à La règle du jeu.J'avais pour cela revu,découpé,disséqué ce film célèbre et incompris lors de sa sortie.Il faut dire qu'en 39 la France avait la tête ailleurs.Un régal!

Les invités se pressent à la Colinière,le manoir du Marquis de la Chesnaye.Certains seront vite hors-jeu,d'autres cherchent à tirer leur épingle du jeu.Souvent jeux de mains,jeux de vilains.Et si le jeu en vaut la chandelle il vaut mieux ne pas trop se prendre au jeu.Rien de vieux jeu dans ce jeu de massacre de Jean Renoir.Ce film,très en avance en 39 par sa construction,son naturel,sa liberté,ses angles et son "humanité" fut copieusement hué.Remis en selle par André Bazin et d'autres il jouit maintenant et à juste titre du statut parfois galvaudé de film culte(?).Car tous ces gens là,aristos ou domestiques sont des types comme vous et moi,ni plus ni moins reluisants.Enfin pour vous je ne sais pas trop.

   Le Marquis amateur d'automates,Octave le pique-assiette sympa et opportuniste,Schumacher le malheureux mari,Marceau le braconnier anar,Jurieu l'angélique et naïf aviateur ont tous quelque chose de nous.On s'arrange,on fait tous de petits compromis,on a tous nos raisons. Et les dames aussi,la Marquise, Lisette sa camériste,la belle Geneviève.Drôle de jeu quand même que ce jeu de la mort et du hasard.Considéré comme le meilleur Renoir et souvent comme l'un des meilleurs films français.Je ne goûte guère les classements.Mais c'est un chef-d'oeuvre  que n'auraient renié ni Marivaux,ni Musset,ni Beaumarchais qui,s'ils ne figurent pas au générique sont pour le moins "inspirateurs.

20 janvier 2007

A propos de Rosebud

Orson Welles au travail

   CHARLES FOSTER KANE

Beaucoup à dire sur ce beau livre.Cadeau à moi-même.Na!Très lourd à trimballer et surtout donne une furieuse envie de revoir toutes affaires cessantes les films,muni du livre et de temps libre.Et ça je ne l'ai pas vraiment.Trêve de plaisanterie les illustrations sont somptueuses comme il se doit dans ce genre d'ouvrages.Par contre je trouve souvent ces volumes assez difficiles à lire,n'étant pas un cinéphile avec un bagage technique très conséquent.Et les nombreux détails sur les tournages me restent parfois un peu étrangers.Encore une fois Welles à l'ouvrage devrait se lire lors d'une semaine cinémaniaque avec quelques blogueurs patentés cinéma et projection de l'intégrale.

   On mesure bien à la lecture la personnalité de Welles,parfaitement incernable et protéiforme.Ce diable d'homme avait des idées sur tout.Certaines idées lui tenaient vraiment à coeur.D'autres ne passaient pas la nuit et se trouvaient contredites dès le lendemain.Savez-vous que Welles,toujours à court d'argent,avait doublé lui-même plusieurs comédiens et non des moindres?J'ai déjà parlé de ses adaptations de Shakespeare(Cinéma#Littérature).Rappelons qu'Othello a usé quatre Desdémone,que ce passionné de magie a beaucoup utilisé les maquettes,qu'il ne dédaignait pas de "bricoler" la musique.Qu'il enlevait des répliques de l'un pour les donner à l'autre,que son expérience de la radio lui conférait un talent de narrateur fabuleux.Qu'au générique de Mr.Arkadin figuraient 18 nationalités.Il y a tant de choses à dire sur Orson Welles et sur ses projets non aboutis.Si riches,tous ses films font partie de ceux qu'on peut revoir cent fois.Car n'oublions pas qu'on a maintenant la chance de pouvoir revoir les films,assez facilement.Et qu'on n'a guère le temps de relire les livres,ce qui confère à ces derniers l'avantage d'être rarement réévalué par chacun de nous,l'avantage ou l'inconvénient.

   Welles au travail de Jean-Pierre Berthomé et François Thomas,aux Cahiers du Cinéma.

30 décembre 2006

Les colts des fans de Fritz Lang

Fritz Lang  dès son  arrivée aux Etats-Unis s'est passionné pour ce nouveau pays et c'est tout naturellement qu'il s'est frotté à la mythologie du Western,ce "cinéma" par excellence,ce "synonyme de cinéma".

Son premier western est une variation de plus sur la chanson de geste de l'Ouest la plus courue,qui contient à elle seule les thèmes éternels de la conquête et de la quête de ce Graal version grands espaces qu'est depuis toujours la ruée vers l'Ouest.Le retour de Frank James(1940) inscrit dans l'espace western le thème très langien de la vengeance,déjà très présent dans ses films allemands et qui le sera plus encore dans Chasse à l'homme,Réglements de compte.Frank James(Henry Fonda) sortira de sa retraite pour appliquer lui-même la sentence envers l'assassin de son frère Jesse.Très important aussi,le code de l'honneur qui dicte la conduite des trois héros des westerns de Lang,Henry Fonda,Randolph Scott et Arthur Kennedy.

Les pionniers de la Western Union(1941) exploite le filon du fil qui chante,le télégraphe,cette épopée de l'Amérique comme Pacific Express de De Mille raconte l'aventure du rail.L'esprit des pionniers passe tout à fait dans cette subtile recréation de l'avancement des lignes avec ses personnages portés à la fois par un idéalisme naïf et un individualisme très américain.Le caractère féminin est par contre dans ce film assez falot.Elle est une fois de plus soeur d'un héros,et aimée des deux autres.Vraiment rares sont les westerns où la femme est autre chose qu'un faire valoir.Parmi ces exceptions se trouve justement le troisième et dernier western de Fritz Lang,qui il est vrai bénéficie d'une certaine Marlène Dietrich qui n'avait pas l'habitude de jouer les utilités.

L"ange des maudits(Rancho notorious) est une oeuvre baroque avec flash-backs et chanson faisant fonction de choeur antique pour une tragédie.Là encore le cow-boy dont la fiancée a été assassinée chaussera les bottes du justicier avec l'aide de la reine du tripot.Un crime hors-champ,un enfant qui saute à cloche-pied.Un peu comme la petite Elsie Beckman de M.le Maudit.Seul Nicholas Ray campera avec Johnny Guitar et Joan Crawford un personnage de femme de l'Ouest plus inoubliable encore.Dans ce grand pays de Westernland que de gunfighters,sheriffs,barmen,coiffeurs,croquemorts,tricheurs aux cartes,prédicateurs,médecins alcooliques,etc...Une galerie faramineuse...Peu de femmes mais alors la Dietrich et la Crawford...

Il m'a toujours paru vain de dissocier les différentes périodes du grand cinéaste viennois.Il a mis toutes ses obsessions et ses craintes dans chacun de ses films des Araignées(1919) au Diabolique Dr.Mabuse(une vieille connaissance,1960).

"Pour moi,le cinéma est un vice.Je l'aime beaucoup,infiniment.J'ai souvent écrit qu'il est l'art de notre siècle.Et il doit être critique."

17 novembre 2006

Adaptation impossible

Florence Colombani déjà auteur d'un très bon essai sur Elia Kazan(voir ce blog,cinéma américain) vient de publier un ouvrage érudit mais clair et passionnant sur l'un de mes cinéastes préférés.Proustienne convaincue comme Visconti elle s'est penchée sur les oeuvres du metteur en scène et de l'écrivain.On sait que Luchino a toute sa vie couru après l'adaptation de Proust,sans succès pour différentes raisons que Florence Colombani explique d'ailleurs.Mais surtout dans Proust-Visconti,histoire d'une affinté élective(Philippe Rey) elle démontre l'étroitesse des liens entre les deux oeuvres et comme quoi l'influence de Marcel est tangible dans tous les films de Luchino y compris les premiers,encore pourtant très néoréalistes et éloignés apparemment du style proustien.

   En plusieurs chapitres très joliment intitulés Le narrateur,Les multiples visages du baron de Charlus,Elégantes proustiennes Florence Colombani nous initie à ces calmes mystères quoiqu'inquiétants où les images du Duc semblent comme dans une "correspondance suspendue et fleurie" avec les mots et le style de Proust.Bourgeoisie,décadence,saphisme et désir drôlant le morbide,décors somptueux comme vacillant et plongeant vers la fin d'un monde,du monde non pas selon Proust ou Visconti,mais du monde qu'ils ont contribué à recréer.On comprend très vite l'association entre Balbec et Venise,entre les viellissants Professeur(Violence et passion),Prince(Guépard),ou Compositeur(Mort à Venise,pourtant d'après Thomas Mann?Mais Mann lui-même n'est-il pas étonnamment proustien?) et les Swann,Charlus,etc...

  Thème commun aux deux que cette déstructuration des dynasties come celle des Damnés ou de la famille de Rocco et ses frères pourtant très socialement éloignée par rapport aux Guermantes.Enfin la Sérinissime  visitée par le narrateur d'Albertine disparue est bien soeur de la Venise de Senso ou de Mort à Venise,vieille catin mal maquillée et que l'on désire malgré tout sans être exagérément fier de soi.Mais quiconque a contemplé la Beauté à la mort est déjà voué.Le narrateur chez Proust contemple l'Ange d'or du Campanile de Saint Marc comme Aschenbach contemple Tadzio,"rutilant d'un soleil qui le rendait impossible à fixer".

  Ce ne sont là que quelques traces de ce magnifique jeu de piste que nous propose Florence Colombani.Il y en a bien d'autres.A lire pour qui veut ne pas rester en dehors de cette rencontre irréelle entre deux génies.Visconti n'a donc jamais réussi à adapter La recherche...Détrompez vous.Il n'a fait que cela et plutôt bien.

12 mars 2006

La peau douce

La peau douce

La peau douce fait bien partie des oeuvres majeures de Truffaut.On retrouve bien toute la sensibilité littéraire et romanesque du père d'Antoine Doinel avec ce drame "bourgeois";On parle souvent de drame paysan,de drame ouvrier.Un drame reste un drame.La progression de cette histoire d'adultère mène inexorablement à l'épilogue.Truffaut a fait de son héros un essayiste et l'on voit là encore l'influence de la littérature sur son univers.Jean Desailly,remarquable dans sa maturité d'homme éperdu puis perdu,est bouleversant de vérité.On a rarement peint la douleur du couple,puis du trio avec cette acuité qui nous concerne tous.Une petite touche d'humour est présente avec l'accueil de l'auteur à Reims et la déveine qui lui tombe dessus.A noter pour les passionnés deux scènes que Truffaut renouvellera:celle du tableau lors de la séparation qu'on retrouvera dans Domicile conjugal,également lors de la séparation d'Antoine et Christine,enfin celle du chat au petit déjeûner qu'on reverra dans la Nuit américaine.

5 novembre 2006

Couleurs en marche

Vie de poètePas un recueil de nouvelles,mais une suite de petites chroniques du Suisse germanophone Robert Walser basée sur les rencontres du promeneur solitaire à travers l'Allemagne.On pense à Rousseau bien évidemment et il y a de ça. Le poète en balade s'arrête à peu de choses:une bière à l'auberge,un arbre où faire la sieste,une accorte logeuse.Il parle même à un poêle ou un bouton de chemise.Vie de poète c'est ainsi 150 pages de légèreté mais empreintes d'une sourde déception,celle de l'homme qui n'avait pas confiance en lui-même.

   Car Robert Walser auteur de ces brèves notes lumineuses a très tôt vécu le deuil de la vie puisqu'interné en psychiatrie les 23 dernières années de son existence.Si j'osais :une sorte de Philippe Delerm des années 1910 que l'on serait bien avisé de lire tant son style et sa grâce font mouche.Que dites-vous de cette simple phrase? "Un clair de lune est-il rien d'autre,au fond,que quelque chose de quotidien,offert au mendiant comme au prince?" (Editions Zoe).

17 octobre 2006

The ultimate Antoine Doinel

J' ai donc vu et revu la saga d'Antoine Doinel et on ne signalera jamais assez la fidélité de Truffaut à ses personnages dans cette réalisation à ma connaissance unique au monde:suivre en 5 films et vingt ans un héros de notre temps,subtil alliage de Truffaut,Léaud et...Doinel.

Truffaut est d'ailleurs en général un cinéaste de la fidélité:aux femmes(toutes les femmes),au polar(Irish,Goodis),aux enfants,aux livres,au cinéma.

On peut vraiment parler de l'oeuvre de Truffaut comme d'une oeuvre littéraire et c'est un compliment pour moi.Cohérence de l'écriture,logique imparable de l'évolution d'Antoine Doinel ,évolution dans l'instabilité certes,mais tellement sentimentale et imprégnée de l'idée de roman d'apprentissage et de journal intime.

L'interprétation de tous les rôles est parfaite,de Claire Maurier et Albert Rémy au début jusqu'à Dorothée(eh oui).Une mention pour la Tour Eiffel dans son propre rôle,très présente et pour des gens qu'on a peu vus au cinéma(Claude Véga,Daniel Boulanger).


A classer au patrimoine définitivement.

17 août 2006

Polars nordiques mitigés

La Femme en vert Déjà dans la Cité des Jarres Arnaldur Indridason nous entraînait dans une Islande loin des clichés touristiques. Curieux comme ces hommes du nord(Mankell,Edwardson)savent nous dépayser avec des intrigues à la fois âpres et tendues, sans pittoresque facile. On a l'impression aussi de liens familiaux très forts entre certains personnages, des liens serrés à se rompre.

     Le polar du nord se porte bien. Qu'on se le dise et qu'on cesse en littérature française de se regarder le nombril. Dans la Femme en vert Indridason joue sur différentes époque sans que ces procédés de retour ne arrière n'alourdissent jamais l'acuité du récit. Partez vite pour cette Islande sans volcans, ni geysers, ni grand oiseaux d'Atlantique.

L'étoile du diable

  Le flic Harry Hole, créé par Jo Nesbo,est alcoolique et  vit à Oslo.Il est aussi un peu parano et il nous faut 500 pages pour venir à bout du serial killer à la mode norvégienne.Ce n'est pas un mauvais livre mais Nesbo est bien loin de la qualité littéraire de ces autre hommes du nord experts en l'âme criminelle que sont les  Suédois Mankell et Edwardson ou l'Islandais Indridason. L'étoile du diable n'a rien d'une star à mon avis.

16 février 2007

Griffith,le souffle du muet

    

David Wark Griffith

    J'ai pu voir pour la première fois le célébrissime Naissance d'une nation de David Wark Griffith(1915),en un DVD assez sommaire et sans aucune perspective historique,ce qui est particulièrement dommage pour un film de cette importance.Cette oeuvre ne manque pas de grandeur,de lyrisme ni d'ambition même si  90ans après on est en droit de penser que le souffle indéniable dont fait preuve l'auteur exhale parfois des relents d'un autre âge quant au traitement de la question noire aux Etats-Unis.Mais revenons au contexte de 1915.


Griffith,nanti d'un budget considérable entreprend cette fresque qui narre l'Amérique avant,pendant et peu après la Guerre de Sécession.Les Stoneman et les Cameron vont se trouver mêlés à la tourmente qui oppose le Nord au Sud.Il y a là-dedans du grand romanesque(un peu de Roméo et Juliette au pays de Scarlett O'Hara ,de la poudre et des larmes,des lynchages et des sacrifices.La mise en scène est somptueuse,entrecroisant l'individuel et le collectif,la reconstitution pointilleuse et officielle et l'action engagée vers la naissance du nouvel état,entre un court prologue très proche de l'Oncle Tom et un épilogue suave et christique qui peut paraître aujourd'hui presque ridicule.


Mais bien sûr l'apologie du Ku Klux Klan,véritable et assumée est inacceptable.Il nous faut cependant la remettre dans le contexte familial et culturel de Griffith,fils d'une famille ruinée très conservatrice mais qui fut lui-même durement exploité par ses employeurs.Griffith aurait fait un bon Sudiste évidemment.Il faut toutefois se garder de raisonnements trop simplistes et considérer Naissance d'une nation comme une fabuleuse démonstration de ce que le cinéma peut embrasser autant que le roman(par exemple Balzac) l'histoire de l'humanité.


Griffith lui-même fut gêné par l'idéologie de son film qui lui échappa au mois partiellement par le triomphe obtenu partout,faisant du metteur en scène l'archétype qu'il n'était pas vraiment.La fortune,colossale,gagnée par Griffith pour le film fut immédiatement engloutie dans le tournage d'Intolérance,filmd'inspiration beaucoup plus libérale,second chef d'oeuvre et qui,lui,n'obtint aucun succès.


Pour la mémoire du cinéphile ajoutons qu'Eric von Stroheim fut assistant et Raoul Walsh acteur

26 novembre 2006

Un homme d'Aran

Le Mouchard - Coffret CollectorCet homme était né aux Iles d'Aran en 1896.J'ai visité Aran en 2003.Elles ont changé,beaucoup changé.Pimpantes et fleuries elles accueillent les touristes en bateau,voire sur le petit aéroport.Mais au début du vingtième siècle cet extrême ouest de l'Irlande,donc de l'Europe,était misérable et l'oeuvre de Liam O'Flaherty raconte sans fioritures cette noirceur et cette quête des Irlandais pour vivre libre,vivre tout court.

On connaît un peu O'Flaherty gräce à son ami John Ford,Irlandais d'origine et qui a donné en 35 une bien belle version du Mouchard,publié en 28.Le Mouchard est l'histoire d'une trahison en une nuit,une tragédie de la misère.Si les brouillards du film ont un peu hérité de l'expressionnisme allemand(magnifiquement revendiqué par Ford),le livre,lui,est une très belle et poignante balade dans l'abjection mais l'informateur trouvera une véritable rédemption christique en allant mourir,pardonné,dans la chapelle de la très catholique Irande des années vingt.

On entend dans le film un sublime cantique irlandais.Je n'ai retrouvé une telle perfection vocale que dans les chants de Gens de Dublin,de John Huston,cinquante ans plus tard,d'après un autre immense Irlandais,James Joyce.Cette chronique s'appelle "à l'Eire libre".

O'Flaherty n'est pas l'auteur d'un seul livre.J'ai lu  L'Ame noire,sombre histoire de passion dans une île désolée,et Insurrection,chronique de la lutte pour l'indépendance.Me paraissent hautement recommandables l'Assassin et le Puritain.

Ne quittons pas l'Irlande ce soir sans une tournée générale:Pete McCarthy,dans l'Irlande dans un verre(collection Etonnants voyageurs chez Hoëbeke) nous raconte un voyage de Cork à Donegal en faisant halte dans tous les pubs nommés McCarthy.Je vous laisse imaginer.Allez,je vous laisse,j'ai une petite soif.

L'Irlande dans un verre

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