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26 avril 2008

Entre chien et loup,à l'heure ambigüe

      Les films de Georges Franju,déjà peu nombreux,sont rarement diffusés.Certaines pantalonnades que je ne citerai pas,le sont davantage.Je viens de voir Judex (63) pour la première fois avec beaucoup de plaisir.Dans la veine,bien modeste du fantastique à la française,je considère ce film comme une grande réussite,hommage au grand Louis Feuillade et à nos merveilleux feuilletonnistes d'antan.Ambiance début de siècle,enfin le vingtième,parfaitement maîtrisée par Franju,cet éternel amoureux des images,de la fantaisie à condition qu'elle soit inquiétante,et un noir et blanc comme intemporel même si Cocteau peut-être...

     Cape soignée et déguisements fréquents,le justicier sort de la nuit.Ce n'est pas Zorro mais Judex,créé par Arthur Bernède et Louis Feuillade et que ce dernier avait lui-même mis en scène en 12 épisodes vers 1918.Joué par un comédien inconnu,Channing Pollock,Judex n'apparaît que relativement peu,les personnages plus importants étant les deux femmes,la victime,Edith Scob,et sa persécutrice,Francine Bergé.Mais à la lisière du criminel et du fantastique,nanti d'allégoriques oiseaux et d'une superbe musique de Maurice Jarre,doté de l'humour du détective Cocantin par exemple, traversé de verticales obscures qui approchent l'univers des contes cruels de l'époque romantique,Judex est un poème d'amour qui préfigure le surréalisme et donne aux toits de banlieue et aux bord de Marne,aux routes de campagne que sillonnent de rares voitures ce cachet merveilleux,amalgame de nos histoires à faire peur aux enfants et de nos enquêtes policières toute en élégance lupinesco-rouletabillienne.

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5 septembre 2007

Jane,ma soeur Jane

     Dans la série Familles je vous hais,non loin de Festen ou de Qui a peur de Virginia Woolf?,voire La guerre des Rose,voici Cruauté,duplicité,sororité.On sait que ce type de films tourne souvent au duel de monstres sacrés,plus encore d'ailleurs au théâtre,combat quotidien où doivent s'exacerber encore jalousies et rancoeurs,fort courantes à la scène(exemples célèbres d'Arestrup ou plus loin dans le temps de Raymond Gerome et Madeleine Robinson dans la scène de ménage totale d'Edward Albee qui au cinéma vit aussi Burton-Taylor échanger des horions)Avec Baby Jane on frôle le film d'épouvante domestique et fraternelle. Le Grand-Guignol,spécialité théâtrale du XIX° Siècle,n'est pas loin non plus,chargé de rictus et de maquillages outranciers.

    On sait peu que Qu'est-il arrivé à Baby Jane? est adapté d'un roman de Henry Farrell auteur aussi d'Une belle fille comme moi(Truffaut au cinéma).Le film dirigé par Robert Aldrich est impressionnant,cerné de méchanceté et de puérilité débilitante,traversé par un infantilisme incarné par Baby Jane-Bette Davis.C'est bien d'une sorte de poupée maléfique qu'il s'agit.Ce malaise s'empare de nous et ne nous lâche plus.Davis y est ahurissante et le malaise s'en accroît encore vu la façon dont elle s'approprie ce personnage quasi-démoniaque.Crawford victimise davantage Blanche Hudson et sa manière de tourner en rond les yeux exorbités semble indiquer qu'elle n'est pas l'innocence même.Ce serait trop simple.Pour faire court je dirai que je crois beaucoup à Davis en bourreau,moins à Crawford en victime et c'est ce que voulait ce malin de Robert Aldrich à mon avis.Les bonus du DVD qui m'ont assez peu conquis parlent de relations tumultueuses entre les deux stars,ce qui,étant donné leur réputation,n'étonne guère.

   Longtemps classé dans les films d'épouvante Baby Jane dépasse de loin le genre mais y adhère totalement malgré tout par la surenchère de kitsch,de mauvais goût,sorte de Dallas presque gore(rappelons que nous sommes en 62). Mais je viens au plus impressionnant du film à mon gré,peu commenté me semble-t-il.Le personnage joué par Victor Buono,musicien convoqué par Jane pour recréer son numéro musical d'il ya plus de cinquante ans,est à lui seul un cas clinique effrayant.Vieux garçon accaparé par sa mère, freudien comme c'est pas permis,la lippe pendante et la chemise douteuse,Erwin sera la lâcheté en personne, veule et méprisable,d'une totale in-humanité.Un rôle formidable de composition qui sera pour moi l'image forte d'un film qui n'en manque pas.

31 août 2013

Les plumes...by Asphodèle: Ce qu'il faut de douleur pour un air de musique

                                 Asphodèle et Syl,cette semaine,et je les en remercie, nous ont dispensé les mots suivants,au nombre de 26: gens-survivre-univers-découverte-terre-partage-bonheur-macrocéphale-cultures-tour-astral-grandeur-mer-extraterrestre-envahisseur-animal-mappemonde-journal-pluvial-couleur-parallèle-fin-guerre-nymphe-néant-négliger.

logo-plumes2-lylouanne-tumblr-com 

                                 Il avançait pas mal ce scénario de bande  dessinée.Quoi de mieux qu'un roman graphique,si à la mode,pour raconter son univers,et bien que lui-même ne dessinât que l'absolu néant depuis l'enfance,il comptait,à la rédaction du journal,sur l'un des deux caricaturistes pour une collaboration efficace.Il imaginait déjà une mappemonde en ignition en couverture, rougeoyante invite à la découverte de cet album, puisque les gens de lettres, les patentés, renvoyaient depuis quinze ans ses manuscrits,négligeant même pour la plupart la moindre explication. C'est donc dans le Neuvième Art qu'il excellerait. Dame! Il fallait bien exceller quelque part,nom d'un chien!

                               Son histoire il l'avait voulue proche de l'inédit. Vagabondant, son imaginaire se présentait comme un kaléidoscope constellé d'envahisseurs dont l'objectif suprême était d'asservir la terre entière,jusque là rien de très neuf,mais de l'asservir au moyen d'un bonheur insoutenable, imposé à la population,sans partage et sans couleur.Un vrai monde  de rêve tellement policé et aseptisé qu'hommes et femmes, d'extase en plaisir et sans cesse satisfaits,n'en pouvaient plus,réclamant qui au moins un air de guerre,qui la fin des ces ahurissants sourires béats.

                                Comme tous regrettaient le maudit temps béni des ces fictions d'avant.Le temps où les extraterrestres colonisaient et les albums et la planète,la confinant dans un espace parallèle cauchemardesque,à seule fin d'oppresser encore et encore,de réduire la société à l'état animal luttant pour survivre. Le joli temps où les paquets de mer, pavillons méphitiques,semaient la peste noire.Et où la science avait fait de sa grandeur d'antan une arme létale donnant la vie à des poupons macrocéphales tandis que les eaux pluviales inondaient les vallées d'où surnageaient de bien horribles créatures, nymphes thalidomisées. Même les cultures jadis si prometteuses n'offraient plus à l'homme que le souvenir des belles semaines astrales.Et puis..il n'y aurait pas de second tour.

Astral weeks

P.S. Je n'ai trouvé ma voie que très tard cette semaine et n'en suis pas très content.Mais si vous voulez écouter Van Morrison et Astral weeks, c'est peut-être ce qu'il y a de mieux ici ce  soir.

http://youtu.be/4ech6pZoBJ4 Van Morrison  Astral weeks

 

14 novembre 2012

A l'orée du mépris

           Attention terrain glissant.J'ai donc lu Les lisières à peu près comme tout le monde,pas trop de mon plein gré mais,bon,on me l'a prêté.C'est déjà ça.Le pire,si j'ose dire c'est que c'est pas un mauvais livre.Cependant,il était un peu temps d'en finir tant le roman d'Olivier Adam conjugue un réel talent et une arrogance pas possible.Pas envie de dîner avec lui et vu ce que j'ai lu ce serait probablement réciproque.Olivier Adam a pas mal promené sa carrure sur les plateaux télé,ceux qu'il n'aime pas beaucoup dans son livre.Il est fatigant,Olivier Adam,il n'aime guère de monde,et surtout pas Olivier Adam.Il est en même temps plutôt malin,Olivier Adam et il sait retourner les choses en sa faveur sans en avoir l'air.Il tient un peu du prestidigitateur.J'aimerais en dire du mal,je vais le faire,mais avant je suis obligé d'en dire pas mal de bien.Si vous croyez que ça m'amuse.

lisieres

          Roman d'expérience,Les lisières raconte la vie d'un jeune quadra,milieu culturel,romancier lui-même,scénariste,branché du bon côté,tolérant mais ne supportant personne.Il a quitté Paris,c'est plus possible Paris,tu t'rends compte, pour la Bretagne.En divorce et souffrant de la situation il a décidé de revenir en cette fameuse lisière,la banlieue parisienne.Le mot est lâché.Retrouvant ses parents,le père avec lequel il est en conflit larvé,la mère effacée et très malade.Et la tendresse,bordel?Il trouvera moyen de nous faire presque croire que sa tendresse filiale,à lui,est d'une autre trempe.Et que,de toute façon,on ne peut pas comprendre.

        Paul en veut à son père de ne pas avoir su l'aimer,possible,mais plus encore de se laisser aller avec l'âge à des idées pas bien, c'est à dire des idées contraires à lui,Paul.Paul,lui,il sait ce qui est bien.Olivier Adam,aussi,manifestement.Et il ne se prive pas de nous le faire savoir.Et là,chose rare,j'ai terriblement envie de le frapper,Paul,pour le punir de toujours avoir raison.Parfois il a vraiment raison.Oh et puis qu'est-ce que c'est compliqué.Car voilà,derrière ce qui tient parfois du fatras prechi-precha pas mal démago quand même,se trouve Olivier Adam,écrivain et très bon qui plus est, quand il décrit ses si difficiles rapports avec son père.Ou quand il revient sur la mer qu'il aime longer et où il fait du kayak pour évacuer ses larmes. Qu'on se le dise,Olivier Adam est un être humain. Un gars qui fait du kayak en Bretagne et boude les salons ne peut être totalement mauvais.

          Mais,car il y a un mais,il m'énerve grave,Paul Olivier Adam (si en plus ils s'y mettent à trois).D'abord il use de facilités et ne nous épargne pas ses sarcasmes littéraires ou sociaux.Guillaume Levy et Marc Musso en prennent un coup.Ca m'a presque donné envie de les lire.Facile,ça,Olivier.Quand il revoit quelques copains de lycée,vingt ans après,il ne fait guère dans la sympathie.Mais comment lui donner tort,c'est souvent une terrible épreuve que d'être confronté à l'échec des autres,qui vous rappelle fâcheusement le nôtre,dans un registre différent,en mieux,ça va de soi.Il y a un peu de Paul en moi,et ça ne me plaît pas,il colle un peu,Paul,et je n'arrive pas à m'en débarrasser totalement.A lire,donc,Les lisières?

      Cependant Olivier Adam,si vous ne m'insultiez pas toutes les quatre pages environ,je finirais par apprécier.Est-on méprisable et nanti parce qu'on ne lit pas le même quotidien?D'ailleurs je n'en lis pas.J'ai parfois eu l'impression d'en prendre plein la gueule, probablement éteint puisque vous êtes éclairé.Votre hémiplégie a fini par m'écoeurer.J'en ai eu marre qu'on me donne des leçons.Si vous ne m'aimez pas,je ne vous aime pas non plus.Mais les baffes,c'est vrai que vous vous les mettez fort bien vous-même.Et c'est diabolique.Vous savez à qui vous m'avez fait penser,Olivier?A ces prêcheurs américains si prolixes et si prompts à mettre en garde les hommes contre les diableries.Un jour on à la preuve de leur duplicité.Ils se mortifient alors,s'accusent du pire,reconnaissent leurs torts à grands renforts de larmes.Et ainsi,les applaudissements redoublent et l'opinion leur redevient très vite laudative.Et les différentes démagogies de se mordre la queue.

    P.S.Accessoirement,et bien que ça m'écorche de l'écrire,vous avez un beau talent d'écrivain,Monsieur Olivier Adam.

25 mai 2012

Des mots,une histoire: Eaux diverses

     Les mots proposés par Olivia pour Des mots,une histoire 66 sont:nuage-moustique-calendrier-burlesque-candide-canaliser-déluge-caresse-antidote-craquant-quatrain-calvitie-briquet-soleil-amadou-hallucinant-genou-foudroyer-mousse-promesse-langue-fesses-colère-orage.Les quatre premiers mots utilisés sont,je l'avoue, fortement marqués d'un sceau professionnel.

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        Certes son genou était loin d'être candide et l'atrophie de la fesse droite,ainsi que le son craquant de son ménisque interne n'étaient guère promesses de beaux jours olympiques pour Laura Doumanou.Malgré tout elle voulait y croire ou faisait semblant,mais de londoniens nuages s'annonçaient pour cet été.Le calendrier s'affolait et les entraînements harassants dans la piscine du Bon Pasteur l'épuisaient sans pour cela l'affûter vraiment,ce qui la rendait très colère.

        Surtout,elle commençait à rechigner à cette vie en bocal,bassins javellisés, vue sur la calvitie des athlètes masculins soucieux de glaner le moindre millième,déluge d'invectives directoriales.Et Laura de foudroyer du regard ses partenaires du quatrain 4 x 100m quatre nages auquel d'ailleurs elle n'était même pas sûre de participer,ses 25 ans constituant selon certains un très possible antidote au succès.

       Fuir cette asepsie,elle en rêvait.Des flots plus méphitiques,d'agressifs moustiques,des serpents d'eau.Un hallucinant mélange d'orages sur la Louisiane,de burlesques créatures des marais,rampant sur la mousse des mangroves et narguant le soleil de leur langue bifide,comme un vieux film en relief suranné.Attentive à canaliser ses contradictions elle plongea non dans le bain mais dans un polar de James Lee Burke,un de ces bouquins bien glauques où de vieux bluesmen jouent "Lover of the bayou", et où des sorciers incendient tout vifs,de leur briquet d'amadou, les poissons-chats géants de la baie de Natchez.

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   Après tout cela,c'est sûr,sous la douce caresse d'une troisième eau ,Laura finirait bien par apprendre à nager.

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21 juin 2010

Géographie:Tucson, Arizona

http://www.youtube.com/watch?v=c3hRWLUWQNI  Tucson,Arizona

  Dan Fogelberg dont il fut déjà question ici nous a quittés il y a deux ans.Il fut l'un de ces nombreux songwriters à oeuvrer en douceur,mélodiste doué,balladin aux jolis textes dont quelques très grands succès là-bas,outre-Atlantique.Consultant les historiens il semble que son plus bel album soit Netherlands,en 78,avec force cordes et souvent la flûte de Tim Weisberg.J'ai proposé il y a longtemps Leader of the band,hommage à son père.Pour cette page voyageuse voici Tucson, Arizona,deuxième ville de cet état dont la cité originale Old Tucson,servit à de nombreux westerns dont Rio Bravo.Tombstone,le célèbre site de O.K.Corral,n'est d'ailleurs qu'à quelques miles.

17 juillet 2009

J'peux vraiment pas les voir en peinture(8)

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           Ah ces fameux oiseaux d'Amérique de John James Audubon. J'peux vraiment pas les voir en peinture.Comprends pas qu'on puisse mettre autant de grâce dans son crayon pour ces volatiles qui semblent nous narguer de leur splendeur,pauvres bipèdes scotchés au sol..Audubon (1785-1851),fils illégitime d'un officier français est né à Saint Domingue.Il semble avoir étidié avec le grand David puis a entrepris son oeuvre majeure,à savoir répertorier de ses croquis toute la faune du Nouveau Monde,et surtout ses oiseaux,encore exotiques à cette époque.S'il me semble déceler parfois chez les oiseaux d'Audubon une influence nippone le peintre naturaliste est devenu une figure mythique de l'Amérique,récurrente dans l'imagerie populaire et dans le souvenir des amateurs d'Amérique et d'ornithologie.Et plus généralement des gens qui aiment ce qui est beau,beau comme cette Grive des bois.Tiens,on n'est pas si loin du billet précédent.

22 novembre 2008

Une chanson:Drunken sailor

       Voici un shanty,déformation du français "chantez".C'est en fait un chant de marin qui permettait de faire bosser davantage pour pas beaucoup plus d'écus.Ces airs traditionnels souvent venus de Bretagne et d'Irlande ont bien sûr été digérés par Tin Pan Alley,la musique populaire américaine,et recrachés de différentes manières. Je vous propose la version du folkeux belge Ferré Grignard dont j'étais très friand dans ma lointaine jeunesse que je pleure depuis pas mal de temps ici même.Savez-vous que Ferré Grignard fut une vedette en France pendant environ cent jours?Il portait de grosses bottes d'éboueur et sortait d'une famille très bourgeoise d'Anvers.Il me semble que l'oubli total est bien sévère.Mais je suis là et trinque avec vous à la mémoire du marin bourré et de Ferré Grignard.

http://fr.youtube.com/watch?v=jPs0tzCS-Lk Drunken sailor

8 mai 2007

Je me devais de vous présenter un ami

     Oui je me devais bien cela à Michka Assayas,auteur de ce passionnant Dictionnaire du rock en deux volumes,qui m'accompagne à peu près partout depuis quelques années.Un dico est par définition toujours incomplet.C'est d'ailleurs le charme de ces ouvrages qui vous permettent de pester parce qu'il ne soufflent mot de Rotary Connection ou de Lexington Avenue Local.Par contre trop de place à mon gré pour Boney M(pas beaucoup pourtant).

   A la tête d'une vingtaine de collaborateurs Michka Assayas nous entraîne dans un formidable voyage,une saga planétaire pour tous les gôuts.Au long des 2000 pages de cette somme on croise des pionniers oubliés,des stars d'une saison,d'obscurs garage bands qui le sont restés,obscurs,ou qui au contraire,ont connu la gloire, parfois durable, souvent fugitive,quelquefois posthume. Tous les grands sont là,tous mes amis sont là.Mais surtout cet ouvrage m'a permis de découvrir ou de redécouvrir de nombreux artistes que j'avais injustement ignorés.Il m'arrive de vous en faire part.Bien loin maintenant de l'âge des 45 tours j'ai conservé intacte la passion pour cette musique.Cette musique,je l'ai souvent dit et ce n'est pas qu'une figure de style,m'a fait vivre mieux ou moins mal,c'est selon.

P.S.  Tout bien réfléchi pour Lexington Avenue Local je ne suis plus très sûr qu'aucun groupe ait jamais porté ce nom.

P.S.  Tout de même Michka,pas une ligne sur Tulsa Train,c'est dur.

14 septembre 2007

Woody: "Allez!"

    En fait musique antérieure à la Seconde Guerre.Musique de crise aussi puisque la plupart des morceaux quoiqu' enregistrés dans les années quarante parlent de l'Amèrique des Raisins de la colère,roman célèbre et film célèbre un peu antérieurs.Steinbeck à propos de Woody Guthrie écrivait:Woody est unique.Il est cette voix,cette guitare.Il chante les chansons de son peuple et je crois bien qu'il est,en fait,ce peuple.Avec sa voix crue et nasale qui pend comme un cric sur un clou rouillé,Woody n'a rien de sucré,comme il n'est rien de sucré dans ses chansons.Mais ceux qui entendent savent qu'il y a bien plus important.Il y a la volonté des gens de résister et de combattre l'oppression.Je crois qu'on peut définir ça comme étant l'expression de l'Amérique.

  Souvent seul,parfois acoquiné dans ce disque avec le fameux Cisco Houston à la guitare et le non moins connu Sonny Terry à l'harmonica,Woody Guthrie est un conteur-meneur authentique,à une époque où ça voulait dire quelque chose.Les images de Woody ne sont pas légion.J'insisterai donc sur les paroles de quelques chansons de ce disque,le premier d'une somme de quatre compilant intelligemment des pièces connues sous le nom de Asch Recordings,Moses Asch étant un immigrant polonais devenu pionnier des enregistrement folk(Leadbelly entre autres).

  This land is your land est le "tube" de Woody Guthrie, inlassablement repris par tous,notamment le Boss,véritable amoureux de Tin Pan Alley.Tin Pan Alley est le surnom très joli de la musique populaire américaine, traduisible par Allée des casseroles en étain,mais en français ça en jette moins.This land is your land n'a guère besoin d'explications.

  Lindbergh prend position contre l'idéologie de l'aviateur plus que suspect de sympathies pour Berlin et partisan de la neutralité.Philadelphia lawyer raconte le meurtre d'un avocat de l'Est par un cowboy jaloux.Pastures of plenty et Grand Coulee Dam sont des chansons écologiques avant l'heure,au sujet des gigantesques travaux hydro-électriques dans la vallée de la Columbia,années trente.Hobo's lullaby comme son nom l'indique est une Berceuse pour le hobo,ce vagabond bien connu de ceux que passionne l'histoire de l'Amérique.Non écrite par Woody on raconte que c'était sa préférée.

   Talking fishing blues et Talking hard work sont des talking blues,plus parlés que chantés et dont Woody était friand.Le thème en est généralement le difficile quotidien des ouvriers dans cette Amérique encore fort rurale.Woody fut d'ailleurs un temps considéré comme un représentant quasi-officiel des travailleurs.Plus étonnant Jarama Valley est l'histoire du Lincoln Batallion engagé aux côtés des Républicains dans la Guerre d'Espagne(il n'y avait pas que Malraux même si celui-ci a mieux su le faire savoir).Plus de 1500 volontaires reposent en terre espagnole depuis février 37.Je ne le savais pas mais Woody Guthrie raconte bien l'histoire de son pays.

  So long it's been good to kow you  http://www.youtube.com/watch?v=zqiblXFlZuk

17 juillet 2007

Et les yeux tristes de Mick Taylor

        Curieusement je n'avais jamais vu le documentaire des frères Maysles,atterrant constat des dérives qui ne manquèrent pas d'accompagner l'histoire du rock à l'instant même où celle-ci semblait vouloir se prévaloir d'une image peace and love.Image qui n'apparaît pas vraiment dans Gimme shelter(71) où l'on voit Mick Jagger regarder à la télé la tragédie d'Altamont(69).Rappelons aux plus jeunes que de nombreuses violences aboutirent à la mort d'un spectateur et que le mouvement hippie ne devait guère survivre,pas plus que quelques figures marquantes du rock,qui depuis presque 40 ans triomphent partout post-mortem.Il n'y a qu'à voir le nombre d'articles consacrés par les blogs à ces héros qui n'auront pas eu le temps de vieillir mal,ni de vieillir tout court,ce qui évite évidemment les éventuelles déceptions.Je ne reviendrai guère sur la musique des Stones,ce n'est pas l'objet.Je voudrais faire part de quelques réflexions sur le film.

     Gimme shelter vaut surtout par les regards,au sens propre du terme.Le plus intéressant est finalement  non dans les images du concert,pourtant chargées d'une violence abrutie digne d'un match de foot dans sa pire espèce,mais dans les réactions de Mick Jagger,26 ans, passablement dépassé et dont le visage encore infantile révèle la stupéfaction.Jagger s'exprime et semble comme frappé par la démesure de cette haine grégaire.Il ressemble alors à un petit enfant.Keith n'est pratiquement jamais lui-même,manifestement embringué depuis longtemps dans un bien mauvais trip.

   Charlie,le sage Charlie,reste sur sa réserve comme il le fera toujours.Quant au fantôme,Bill Wyman,ce génial bassiste,dont il ne faut pas oublier qu'il a huit ans de plus que Mick et Keith,il méritera son surnom sans contestation. Probablement le fatalisme guette déjà cet homme,étranger au Rock'n'roll Circus tout en étant indispensable.On n'entendra jamais sa voix.On ne le verra que furtivement.Mr.Wyman n'a jamais été vraiment là.

Mick Taylor et Charlie Watts

   Voilà ce que je voulais dire simplement.On a tant écrit sur Altamont,les Stones,le diable et l'incompétence. On y a vu a posteriori un grand tournant.Sûrement.Moi je n'oublierai pas le coup de poing que nous avons tous pris en pleine gueule.Et surout je reverrai longtemps les yeux tristes d'un enfant de 20 ans,comme effaré d'être là,le tout jeune Mick Taylor dont le regard embué et incrédule nous saisit la moelle.Mick Taylor ne fera partie des Stones que deux ans,je crois.

6 juillet 2007

Des années après dix ans après

Live at the Fillmore East 1970  http://www.youtube.com/watch?v=AuGp-1uedBw

   Héritiers du British Blues et mâtinés d'un zeste de Cream les quatre lascars emmenés par Alvin Lee ont donné au légendaire Fillmore East en février 70 un concert légendaire. En forme olympique et entre les deux méga-festivals de Woodstock et de Wight ils jouent un rock-blues d'anthologie,composé de reprises classiques comme Good morning little schoolgirl,Help me,ou les deux titres de Chuck Berry Sweet little sixteen et Roll over Beethoven.

  L'histoire des belles années de TYA est assez courte mais on sait depuis l'âge jurassique du rock que les états de grâce durent en l'occurence aussi longtemps qu'en politique. Je vous propose un extrait à l'île de Wight et une illustration d'un de ces lieux mythologiques qui ont  changé la vie de toute une génération quand bien même ils n'y auraient jamais mis les pieds,ce qui est le cas de l'auteur de ces lignes immortelles.

20 mai 2007

Suite difficile

 

   Citation de John Cassavetes dans ce  film:"La vie est une suite difficile de départs,de divorces,de ruptures, etc...". Assurément pourtant il émane de ce film un indéfinissable mais fragile sentiment d'union...

Love streams,avant-dernier opus du grand John porte bien son nom qu'il faudrait si on le traduisait intituler flux d'amour mais il est vrai que ça sonnerait ridicule.Pourtant il s'agit bien de flux,de marées hautes et basses dans la vie des personnages cassavétiens.On le sait ces gens là sont toujours à la dérive,plus ou moins border line,empêtrés dans des problèmes existentiels insolubles et qu'ils diluent soigneusement dans la musique(le blues doit avoir été inventé pour eux et Too late blues a pour titre français La ballade des sans espoir),l'alcool,la nuit et le psychodrame.

   On n'oublie pas la virée des Husbands et on a appris qu'Ainsi va l'amour.Love streams nous plonge dans la relation entre un frère et une soeur,tous deux dézingués de la vie.Elle,Gena Rowlands,est divorcée et perd la garde de sa fille avant de donner des signes de dégénérescence cérébrale tragi-comique. Lui, Cassavetes en personne qui remplace John Voigt,découvre son fils de dix ans qu'il ne connaît pas.Comme vous le voyez nous ne sommes pas chez les as de la vie de famille.Cependant les retrouvailles de Robert et de Sarah sont bouleversantes car dans le cinéma de Cassavetes le facteur humain est présent comme nulle part ailleurs et c'est ce qui donne à ses films,pas très nombreux,cette aura magnifique entre espoir et pulsions destructrices,entre rire et larmes tous deux hypertrophiés comme il se doit dans ce monde où l'on s'aime quand même sans savoir se le dire.La fraternité entre l'écrivain alcoolique raté et sa soeur complexée est un beau morceau de cinéma.Le montage parallèle de la première moitié du film où l'on ignore le lien qui les unit mène ainsi aux scènes non pas d'affrontement mais de rencontre tout simplement.Ne sommes-nous pas tous des écrivains ratés qui n'ont pas su parler à leur soeur,à leur maîtresse,à leurs enfants?

26 mai 2006

Le fleuve Savage

Il a fallu attendre sa mort ou presque Rue du Pacifiquepour que soient traduits en France les livres de ce fabuleux conteur de l'Ouest qu'est Thomas Savage(1915-2003).Mieux vaut tard que jamais et ça valait le coup.A ma connaissance trois livres sont parus.Un petit mot sur les deux que j'ai lus.

Rue du Pacifique est la description d'une petite ville du Montana,état natif de Savage,au début du siècle et juste après la Grande Guerre,qui,on l'ignore souvent,a changé les esprits aussi en Amérique.Des fortunes se construisent(on pense,un tout petit peu à La splendeur des Amberson,qui se passait à l'Est, roman de Booth Tarkington,film du grand Welles). Que voilà un compliment!

Affairisme,humiliation,rivalité des clans. Tout y est pour une sorte de tragédie,avec essor des communications et la très fine évocation d'un continent en train de muter. Thomas Savage ne donne pas dans la saga,souvent agréable mais parfois interminable. Sobrièté et profondeur qui impressionnent et nous font mieux connaître cette époque post-westernienne. La musique de Savage est habile à nous transporter dans la peinture de l'Ouest américain et des âmes qui l'habitent.   Le Pouvoir du chien 

Le pouvoir du chien explore la psychologie de deux frères à la tête d'un ranch.Le mariage de l'un et la misogynie de l'autre iront à la lisière du drame en un roman intense et secret qui a conduit certains critiques français à évoquer un Giono qui aurait émigré.Pourquoi pas?Je pense, moi, que Savage se rattache à l'extraordinaire cortège des écrivains américains qui transcendent la courte histoire de leur pays pour lui donner la littérature la plus aboutie.A noter une troisième parution,La Reine de l'Idaho.Bonne lecture chez Belfond ou 10-18.

3 juin 2006

Frères de sang

Dissolution

Dans la lignée des polars historiques rendez-vous dans l'Angleterre du XVI° Siècle avec Dissolution de C.J.Sansom, un thriller au monastère, genre devenu très fréquent, depuis les succès du Frère Cadfaël d'Ellis Peters. L'enquêteur, Messire Shardlake, est un avocat réformiste. On est à l'époque d'Henry VIII et de la rupture avec Rome. Ceci nous vaut une belle leçon d'histoire où l'on voit que l'intégrisme ne date pas d'hier.

Comme souvent dans ce genre de livres l'énigme se double d'une description minutieuse de la vie d'une société précise,en l'occurence celle d'un d'un  monastère anglais avec ses doutes,ses violences et ses sacrifices. Nous sommes cependant loin du Nom de la Rose. Mais on ne peut comparer un excellent roman historique et policier avec la somme d'intelligence,de culture,d'humour et de réflexion que constitue

3 juillet 2006

Des films beaux comme des camions

Les bas-fonds de Frisco(Jules Dassin,49),cinéaste très fécond en ces années m'ont inspiré ces réflexions d'importance sur la cinégénie des camions.Un ou plusieurs tours de manivelle et en route.

  Les camions du film de Dassin,bringuebalant comme la plupart des camions de cinéma dignes de ce nom,transportent des pommes.Ce film décrit les halles de San Francisco. Je regrette ce temps car le trafic de fruits,même coiffé par le toujours inquiétant Lee J.Cobb,me paraît bien inoffensif. D'autres camions me viennent à l'esprit conduits par Bogart et George Raft(Une femme dangereuse de Walsh,1940) même si les véhicules s'avèrent moins risqués que la femme du patron. Le camion épuisé de la famille Joad des Raisins de la colère est aussi un grand souvenir.Nombre de road-movies utilisent le camion,notamment le terrifiant Duel d'un certain Spielberg,au chauffeur fantôme.Mais bien d'autres engins ont sillonné les routes américaines et pas toujours bien intentionnés:c'est le syndrome d'Easy Rider où les camionneurs n'aiment guère les motards.   

En France les routiers sont plutôt sympas mais fatigués et ont le visage de Gabin(Des gens sans importance,Gas-oil),Ventura ou Belmondo(Cent mille dollars au soleil),Montand ou Vanel(Le salaire de la peur) et c'est souvent leur cargaison qui est explosive ou très recherchée.Il existe aussi Le camion,d'une certaine Marguerite,mais il y a longtemps que je me suis déraciné du durassisme et que j'adhère à la lutte contre le durasssisme,responsable de tant d'assoupissements devant l'écran ayant entraîné des chutes de fauteuil dramatiques.

C'étaient les informations routières de la Comtesse,non exhaustives en attendant une thèse sur l'auto-stop au cinéma et l'importance du panier à salade,historique,dans l'oeuvre de Chaplin. Pour la critique de L'homme à l'Hispano,L'homme à la Buick,L'homme à la Ferrari,La Rolls-Royce jaune,Une Cadillac en or massif se munir du permis B.Enfin pour ce qui est de Prends ta Rolls et va pointer contacter le Garage de mon ami le  Dr.Orlof.

3 novembre 2006

Blanche neige et les vilains.

   Vu hier  Le grand silence qui ne m'a que peu inspiré. Une curiosité tout au plus, Trintignant dans un rôle de muet  face à l'incontournable Klaus Kinski dont seul Werner Herzog saura la démesure. Une fin un peu étonnante quand même, conditionnés que nous sommes par le happy end de rigueur dans la plupart des westerns.   

   Je ne suis pas un zélateur du spaghetti-western,ni un amateur bien que les films de Sergio Leone soient  maintenant au patrimoine, mais Leone est bien au-delà de ce simple sous-genre.Mais, diable, que de neige dans Le grand silence,une neige westernienne qui m'a relancé tout schuss sur la piste de de deux grands moments de blancheur d'une tout autre qualité.Il est vrai que Sergio Corbucci n'est ni Pollack ni Altman.      

   Les ballades de Leonard Cohen,que j'adore mais qui ne sont pas vraiment primesautières rythment ce western du crépuscule qu'est John McCabe(71) de Robert Altman.Tardif et donc comme la plupart des films sur l'Ouest se déroulant relativement tard,très désenchanté.Une ville se construit  mais l'homme n'y trouvera jamais l'équilibre.Cette société entre le bordel et l'Eglise Presbytérienne, entre l'Union Minière et les pauvres hères exploités, est vouée à l'échec, stupidement, autant que ces duels dans la neige qui sont en fait eux-mêmes des erreurs.Et comme les grands manteaux dans la neige sont cinégéniques. Même la mort semble belle, parée de blanc. 

La mort est aussi omniprésente dans le merveilleux Jeremiah Johnson(72),de Sydney Pollack avec Robert Redford au meilleur de sa forme.    La longue scène de la traversée du cimetière indien témoigne de l'intérêt et de la complicité de Redford et Pollack(au moins 7 films ensemble). Souvent qualifié de western écologique, ce qui ne signifie rien, Jeremiah Johnson est une parabole sur le destin et la quête,plus encore sur l'intrusion du monde civilisé dans le monde sauvage,et l'impossiblité pour Johnson,d'échapper totalement à son milieu culturel. Techniquement très soigné. Jeremiah Johnson a aussi bénéficié de conseillers techniques très pointus. L'Indien n'y est jamais "singé". Il me semble qu'y plane un peu l'ombre de Jack London..

12 octobre 2006

Renaissance hollywoodienne

L'Extase et l'agonie

Certes avec L'extase et l'agonie on est très loin des chefs d'oeuvre de Carol Reed,tellement plus à l'aise dans la noirceur de l'après-guerre(Le Troisième homme),de l'Irlande déchirée(Huit heures de sursis) ou de la Guerre Froide(L'homme de Berlin).Il est vrai aussi que des James Mason ou Orson Welles,modèles d'ambiguïté ont transfiguré ces films remarquables.C'est un Carol Reed vieillissant qui s'attelle en fin de carrière à l'évocation du duel Jules II-Michel-Ange et de la création du célèbre plafond de la Chapelle Sixtine.Le scénario tiré d'un best-seller peine à bien faire comprendre la situation historique de l'Eglise de Rome au début du Seizième Siècle.L'on n'a pas rendez-vous ici avec l'Histoire.A-t-on au moins rendez-vous avec la Renaissance?Pas vraiment.Reed a pourtant réussi quelques beaux plans d'échafaudages et de cordes,signifiant ainsi le travail de titan de l'artiste florentin.Mais la confrontation des deux monstres sacrés laisse une impresssion décevante.Restent quelques beaux dialogues sur l'amour voguant de l'extase à l'agonie et Rex Harrison,pape-guerrier convaincant,plus que Charlton Heston qui mesure mal la fragilité de l'artiste Michel-Ange.Cette version DVD,excellente techniquement,présente curieusement un entr'acte où résonne la partition d'Alex North,écran noir.Pourtant la durée n'est que de 2h15.Je pense surtout que le Cinéma  est très rarement à l'aise dans l'univers des Arts Plastiques et verse très vite dans l'académisme  un peu ennuyeux.

1 octobre 2006

Un Japonais à la City

Kazuo Ishiguro,Japonais écrivant en anglais et vivant à Londres est l'auteur des Vestiges du jour,dont James Ivory tira un film magnifique sur l'aristocratie anglaise  et certains des siens tentés par la dictature dans les années trente,mais surtout sur le corsetage de cette société,qui touchait maîtres et valets.

Quand nous étions orphelinsMais aujourd'hui je vous présente Quand nous étions orphelins(Calmann-Lévy et 10/18).Kazuo Ishiguro,homme de deux cultures,écartelé pour le meilleur de la littérature entre Extrême-Orient et Royaume-Uni,nous emmène en voyage dans le Shanghaï cosmopolite des années trente.On se croirait un peu dans un film de Sternberg,aussi fascinant et intrigant que l'enquête menée par Christopher Banks,élevé à Shanghaï dans ce qu'on appelait la Concession Internationale jusqu'à la disparition de ses parents.Rapatrié en Angleterre il n'aura cesse de les retrouver;mais à l'orée du grand conflit mondial,cette portion de Chine est le repère d'espions,de seigneurs de la guerre,de partisans de Mao et de Tchang Kaï Tchek tout aussi sanguinaires.C'est aussi la guerre sino-japonaise.

Kazuo Ishiguro sait à merveille allier le souffle de l'aventure à une profonde réflexion sur la mémoire,sur l'enfance et les déchirements qui nous rendent cette enfance comme une terre étrangère.Je trouve extraordinaires ces écrivains capables de s'immerger dans un pays nouveau tout en restant totalement fidèles à leurs racines.Il y a d'autres exemples,Kundera,Nabokov,etc..Ce sont en général des très très grands.

1 octobre 2006

Monsieur Gaboriau

              Voici l'écrivain que les spécialistes du policier considèrent comme ayant influencé Conan Doyle et Sherlock Holmes; Emile Gaboriau et son détective du XIX° Siècle sont les précurseurs du roman noir. Si vous avez envie d'intrigues criminelles bien ficelées qui explorent la socièté bourgeoise de cette époque entre Les Mystères de Paris et Arsène Lupin ou à peu près plongez-vous dans ces romans très dépaysants tous publiés en feuilletons à l'époque. C'est un régal que de lire ce qu'on appelait des romans judiciaires, les premiers en France à mettre en scène un privé, Monsieur Lecoq, ancêtre de Sam Spade ou Philip Marlowe. Lecture bien agréable en vacances. Gaboriau a beaucoup d'imagination et de la rigueur aussi pour mettre en lumière les minces indices sur l'assassinat du du Comte et de la Comtesse deTremorel,dans le paisible village d'Orcival, en bords de Seine avant l'urbanisation.

  L'affaire LerougeLe crime d'Orcival est le plus connu mais on peut s'amuser avec L'affaire Lerouge ou Le dossier n°113,également écrits avec un souci du détail qui frise le naturalisme. Admirées par Cocteau ou Simenon les enquêtes de Mr.Lecoq conjuguent la poésie du premier et l'analyse sociale du second. Personnellement je vois une certaine filiation à Gaboriau chez le Nestor Burma de Léo Malet. Pourquoi pas? On pourrait citer Poirot et tous les autres.

4 octobre 2006

Brève rencontre à Paris

Jolie idée que d'avoir repris 9 ans après le couple qui s'était rencontré à Vienne,autre capitale romantique car nous y voilà,nageant en plein romantisme.Et j'aime ça.Je découvre aujourd'hui même Before sunset mais je n'ai pas encore vu Before sunrise du même Richard Linklater avec les mêmes Ethan Hawke et Juile Delpy.Cette courte histoire de retrouvailles à Paris(Notre-Dame,bateaux-mouches,arrière-cours,cafés et librairie) m' a séduit ou y ai-je vu un peu de Truffaut?(La fameuse fidélité truffaldienne aux personnages,le livre écrit par Jesse,les"Je te raccompagne".L'inspiration est bien sûr très littéraire et nous sommes en bonne compagnie,un peu hors du temps et en toute invraisemblance.Cependant il y a un peu du conte de fées dans ce beau film à contre-courant qui voit les gentils amoureux se retrouver et peut-être que c'est ça la vie,attendre l'occasion de revoir celle ou celui qui aurait pu...Improbable mais le Cinéma est aussi là pour donner corps à l'improbable.Ethan Hawke et  Julie Delpy très impliqués ont participé au scénario et leur complicité est manifeste.C'est un peu bavard mais cela rejoint la longue tradition de l'écrivain américain à Paris qui nous a donné Hemingway,Fitzgerald,Miller, James Jones,pas les plus mauvais.J'ai bien envie de voir Before sunrise mais aimerais bien l'avis des cinéphiles.

8 octobre 2006

Docteur et dictateur

     Je n'avais pas revu le premier film de Richard Brooks depuis 40 ans.Il me paraît toujours très fort bien que les éléments politiques datent des années cinquante.Mais la dictature est un art qui n'est pas encore démodé et on peut tenter de tirer les leçons de cette fable qui a peut-être un peu inspiré Francesco Rosi ou Costa-Gavras. Cas de conscience(1950) met en scène le neuro-chirurgien américain Cary Grant obligé d'opérer le tyran d'un pays d'Amérique Latine,José Ferrer.Pressé par l'opposition de faire mourir son patient en kidnappant sa femme,que va faire le Docteur Ferguson?

   Bien des conventions d'époque bien sûr dans ce film américain du libéral Richard Brooks.Je rappelle que libéral n'est pas une insulte.Mais c'est aussi une sorte de thriller intelligent et relativement ambigu comme en témoigne la fin.José Ferrer dont c'est à mon avis l'un des meilleurs rôles est hallucinant de glaciale vérité et de logique tyrannique et m'a fait penser un court moment à Aguirre-Kinski,sacrée référence.

    On verra aussi dans ce film une discrète mais efficace critique de l'interventionnisme américain sous les traits les plus séduisants qui soient,ceux de Cary Grant.Moi qui suis paramédical mais pas chirurgien il me semble que mes mains trembleraient  si je devais opérer du côté de La Havane,Pyong-Yang,Tripoli ou Téhéran.Et plus encore à Achqabat, Turkménistan,dont vous connaissez peut-être le si sympathique Niazov, président à vie,dont la statue tourne avec le soleil et qui à entre autres interdit l'opéra.Entre autres...

   

20 juillet 2013

Les plumes...by Asphodèle: De l'usage des mots

                         Chez Asphodèle cette semaine il nous faut nous accomoder du vocabulaire suivant: liberté-sens-découverte-régime-déraison-pantois-hasardeux -obligation-privé-barrière-demeurer-tabou-aventure-inceste (facultatif)-rouge-honte-hallucinant-hangar.

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                              De l'usage des mots il n'est certes pas innocent et chaque texte de chaque auteur demeure une aventure. Parfois l'idée nous séduit et l'on s'engouffre pour quelques lignes qui ne sont jamais faciles mais toujours enrichissantes.Parfois,et selon les fantaisies quelque peu hasardeuses des plumiers et plumières ça semble filer un coton qui plaît moins.Foin de polémique j'ai estimé que le format court de ces hebdomadaires imaginaires n'autorisait qu'un régime léger,sans pour autant que l'ensemble soit privé d'émotion.La question n'est pas dénuée de sens car ce bel exercice semainier, estival qui plus est,n'est en rien anodin de par le choix du vocabulaire.Or,cette semaine,et sachant qu'il est interdit d'interdire,la tournure risquait d'osciller entre l'insupportable et la démagogie libertairissime.Les barrières d'un côté comme de l'autre m'ont un moment mis sur la voie de garage,enfin de hangar, pour cette fois.Et puis j'ai changé d'avis et me suis cru dans l'obligation de revenir sur ma décision.

                                La liberté règne sur ces chroniques si diverses mais elle n'exclut pas certaines options.La mienne,d'option,est que certains mots sont effectivement de plomb et laissent un peu pantois quant à leur usage sur un texte qui ne peut qu'être bref,même si nombre de ces écrits explorent parfois le rouge sang ou certaines affres de la déraison. Mais ceci toujours dans un cadre qui se veut créatif,ou recréatif,ou récréatif,à la découverte des différents et réels talents des auteurs du samedi.J'ai bien conscience que risquent de pleuvoir gentiment quelques accusations de censure,qu'il n'y a pas de sujets tabous,qu'il est hallucinant de s'octroyer un tel pouvoir et que la honte devrait me submerger.Mais après tout,une fois n'est pas coutume.Et la posture du martyre est parfois confortable.

13 avril 2013

Les plumes... by Asphodèle: Noir tourbillon

                             Je remercie Asphodèle qui a reçu dans son bissac les mots suivants: blancheur – doute – débauche – enfance – pureté – accuser – angélique – temps – diablotin – naïveté – mensonge – fredonner – fastueux – flaque.

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                  Je cours dans la ville,ma ville,étouffé et en larmes.Je croise des visages,certains me sont connus,certains me sont amis.J'ai dérapé sur une flaque de gas-oil,je n'ai pas le temps de pester sur cette saloperie de voirie,ni d'en accuser les équipes municipales.Je cours mais je n'ai plus l'âge de courir ainsi.La flotte brouille ma vue,la tempête sous mon crâne culmine.Et le temps,le temps cet assassin aux mains toutes de blancheur et dont on ne perçoit pas les coups bas,le temps me happe et me fait vaciller. Pour en finir?

                Je sais que Catherine va mal,que ses maux sont de ceux sur lesquels les mensonges humains n'offrent plus aucune sédation.Je le sais,je n'ai pas la naïveté de m'illusionner.Et c'est Jules qui m'a fait appeler,balayant ses ultimes doutes.Mais as-tu jamais douté,Jules mon ami?Leur appartement m'a rarement semblé si éloigné.Pourtant ni eux ni moi n'avons quitté la ville.Nous modulions nos sorties urbaines,d'un commun accord,tacite mais efficace,pour éviter de reformer le fastueux trio de nos vingt-cinq ans.

              Le souvenir,ce diablotin facétieux nous guettait à chaque instant.Pas un bistrot où ne retentisse encore le rire de Catherine.Pas une ruelle où nous n'ayons jadis couru,à boire le vin frais de nos heures chaudes,à fredonner quelque air de caboulot. Plusieurs années que je ne l'ai vue,Catherine,et,haletant et la brume à mon regard,c'est une débauche d'images comme un film nouvelle vague.Elles m'assaillent, mêlant à ce maelstrom cette angoisse,crescendo d'inquiétude,comme un fragment d'une enfance orpheline.Je crois que je vais tomber.Enfin la rue Antoine Doinel,et,presque au bout,dans la pureté d'un halo sous la lune,la grande maison,où les douleurs la vrillent,Catherine,Catherine notre angélique,en partance. Epuisé,vieilli en un soir,il m'attend. Jules m'attend.Je me jette dans ses bras."C'est fini,Jim".

N.B.   Ceux qui décéleraient ci-dessus l'influence de H-P. R. et de F.T. auraient bien raison.Ces gens-là m'ont un peu bouleversé. Merci à eux. 

 

 

21 avril 2013

Service minimum

                  J'avais pensé pour ce challenge de l'ami Phildes me singulariser par un nombre peu commun dans le titre et voilà que,pris par le temps,je me contente du service strictement minimum,à savoir le chiffre 2,ce qui,avouez-le, ne relève guère le niveau.Ca m'apprendra à faire le malin.J'ai donc fouillé dans les livres de mon père et lu un auteur que j'ai beaucoup fréquenté dans les années soixante-dix,gros vendeur à l'époque,le sympathique Bernard Clavel,prix Goncourt avec le quatrième opus de  sa belle série La grande patience,Les fruits de l'hiver.

Contrainte

               Quarante ans ont passé et ce roman de l'artisan Clavel,séduisant self-made man passé du stade d'apprenti boulanger dans le Jura à celui de convive chez Drouant et best-seller,publié en 93,ne m'a pas permis de retrouver le grand plaisir de lecture de La grande patience,ou de L'Espagnol,ou encore du Seigneur du fleuve.Est-ce moi qui ai changé?J e crains que oui.Clavel a amalgamé des éléments historiques sur les mouvements des canuts,ces tisseurs lyonnais aux conditions de travail dantesques.Il connait bien cette bonne ville de Lyon bien sûr,et l'opposition traditionnelle entre la colline du Labeur et la colline des Prières.Son personnage principal,Pataro,handicapé,contrefait,survit péniblement en rendant menus services avec ses chats,ses rats et ses oiseaux.Ses services il les rend parfois aux canuts,parfois aux bourgeois.

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         Les gones et gonesses se sont sûrement régalés à cette histoire où leur ville et leur fleuve crèvent l'écran.Le vocabulaire leur en est familier.Moins pour moi,sorti des traboules,je peine à situer l'action.Autre personnage,tout jeune,mais appelée à un grand avenir,la guillotine.Bernard Clavel a ainsi brassé les époques pour une fresque sociale un peu à la Zola,avec des relents des Misérables.Lu très vite,je crois que Clavel n'était plus dans sa période la plus forte.Où est-ce ma capacité à m'émouvoir qui fout le camp?Dessécherais-je?

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