Italo
Un homme dans la ville
Les implacables
Raoul Walsh,maître de l'action tambour battant,a vécu plusieurs vies et fréquenté entre autres David Wark Griffith,Erich von Stroheim et Pancho Villa.Autant dire que Walsh n'est pas un cinéaste de salon mais un buriné qui avait perdu un oeil sur le tournage de In old Oklahoma.Son complice préféré était Errol Flynn comme lui très à l'aise dans différentes activités comme les femmes,la bagarre et le whisky.Mais c'est Clark Gable qui est le héros des Implacables(54).Gable n'est pas un héros westernien comme Wayne ou Stewart.Il vient plus de la comédie de séduction et n'est plus un jeune homme au milieu des années cinquante.
Les implacables édité en DVD bénéficie d'un très beau scope restauré et l'on a grand plaisir à chevaucher près du grand troupeau de Robert Ryan que convoie Clark Gable en pays Sioux plein d'embûches.Le film est parcouru de pas mal de notes d'humour car la rivalité entre les deux homme n'a,elle,rien d'implacable.Jane Russell,égérie d'Howard Hughes,a ce qu'il fait d'appâts et de vulgarité chatoyante pour enchanter(au sens propre)le voyage.Le sévère homme d'affaires succombera en fait à une certaine admiration pour ce baroudeur de Gable:"Il est le seul homme que j'aie admiré,que tout gamin rêve de devenir et tout vieillard d'avoir été".Le personnage de Ben Allison que joue Gable rêve encore mais plus pour très longtemps.Bentôt ce sera l'ultime cow-boy,contemporain celui-là,des Misfits.A noter sur cette édition une présentation de Tavernier en petite forme et l'histoire de l'amitié entre Walsh et Flynn,sympathique et turbulente.
La mine Greene
Peu d'écrivains ont été si bien servis par le cinéma que Graham Greene(1904-1991).Le célèbre auteur britannique mort sur le Lac Léman là où s'éteignit aussi Chaplin n'a jamais été trahi ni affadi,chose rare dans les orageux rapports littérature et cinéma.Tous connaissent Le troisième homme de Carol Reed en 49 que beaucoup attribuent à Welles tant sa présence pourtant assez courte inonde le film.Film d'ailleurs parfait sur l'après-guerre cinégénique en diable dans une Vienne en proie à tous les trafics où la célébrissime cithare d'Anton Karas,la lumière proche du grand expressionnisme allemand et Joseph Cotten naïf ou Trevor Howard roublard achèvent de donner au film le statut définitif et par trop galvaudé de chef d'oeuvre. http://www.youtube.com/watch?v=0qSHMxN5RMc
Fritz Lang n'est pas en reste et Espions sur la Tamise(44) est une réjouissante aventure labyrinthique qui mène un homme sorti d'un hôpital jusqu'à un réseau nazi au coeur de Londres.Ray Milland est l'interprète idéal de cet homme dépassé,victime mais astucieux avec quelques scènes d'anthologie.Adapté du roman Le ministère de la peur.
John Ford choisit Henry Fonda en 47 pour interpréter le prêtre fugitif de Dieu est mort(adapté de La puissance et la gloire).Dans un Mexique policier en révolution le défroqué retrouve foi et libre arbitre en une production que je persiste à aimer malgré des critiques sévères.L'univers de Ford à mon avis s'est finalement assez bien fondu dans le doute habituel à Graham Greene.
Vivre un grand amour,adapté de La fin d'une liaison par Edward Dmytryk en 54 est une bouleversante histoire d'amour et de culpabilité où transpire la foi douloureuse de Greene,portée à la perfection par l'opportunisme de Van Johnson et la lumière de Deborah Kerr inoubliable(photo du haut).Neil Jordan en a fait une excellente version en 99 avec Ralph Fiennes et Julianne Moore.
Voyages avec ma tante,Notre agent à La Havane,Le fond du problème,L'agent secret,Les comédiens sont autant de films à voir.Ce n'est pas toujours facile mais n'importe quelle bibliothèque municipale possède à peu près tout Graham Greene.Il aura inspiré de grands cinéastes.
Off Broadway
Broadway de FabCaro est un livre de 190 pages, agréable, plutôt amusant, mais qui s'essouffle vite. C'est souvent le cas, l'humour tournant vite à la recette. Mais ne pinaillons pas, un peu de bonne humeur ne saurait nuire. Le plus drôle c'est dès le début. Les gens d'un âge certain comprendront mieux en riant un peu jaune. Bleu colorectal? Bleu colorectal est la superbe couleur de l'enveloppe plastique envoyée aux Français d'un certain âge (ça c'est pour éviter le pléonasme) pour prévention. Cette couleur obsède notre héros qui est normalement trop jeune pour cette réception. Erreur prémonitoire?
Notre héros habite un pavillon de banlieue, lotissement des Acacias, les lotissements ont toujours des noms très verts. Il travaille dans un bureau de je sais pas trop quoi. Tristan, son fils de 14 ans, a un peu dévissé en caricaturant deux de ses profs en position intéressante mais un peu délicate. Jade, sa fille de 18 ans, lui demande de brûler des cierges afin de défigurer une rivale. Problèmes de haies et d'apéros avec le voisin. Et un projet auquel il n'adhère pas, mais pas du tout, une semaine de paddle à Biarritz avec un couple d'amis.
Les amis, si on veut les garder, plus ou moins, il ne faut jamais rien faire avec eux. Et surtout pas le barbecue, cette sinistre pantomime qui consiste à jouer l'homme des bois, boire du rosé et surveiller les enfants. L'horreur. Notre héros a 46 ans, pas l'âge des prélèvements, sauf fiscaux. Broadway, c'est la comédie musicale de fin d'année de sa fille en terminale, ratée. Ratée aussi, mais en douceur, la vie de notre héros. A la manière d'un film avec Dubosc ou Commandeur qui nous faire rire un quart d'heure, sourire dix minutes puis trouver le temps long. En général il reste encore une heure vingt.
Point de grace
Quatrième voyage avec Paul Lynch, auteur irlandais qu'on commence à bien connaître en France. Il existe à Dublin un groupe de statues décharnées, la Famine des Patates, triste et célèbre tragédie insulaire des années 1850. Le mildiou, et aussi l'Angleterre un peu, ont jeté sur les routes et sur l'océan un tiers des Irlandais. Des centaines de milliers de morts, plus encore de migrants pour l'Amérique et l'Australie. Les Highlands écossais payèrent aussi très lourd lors de ce cataclysme.
Grace, octobre 1845, quitte le Donegal, envoyée par sa mère pour trouver du travail et une chance de survivre. Son jeune frère l'accompagne, à sa manière. Le roman porte son nom, et elle porte le roman, camouflée en vêtements d'homme, en une quête apocalyptique sur les chemins et les forêts d'Irlande. Une Irlande bien peu hospitalière, aux mauvaises rencontres quotidiennes, sans foi ni loi, où l'on vole le moindre objet, où l'on égorge pour une miche de pain, où même les rats sont très recherchés. Le roman va tambour battant, sans répit, la haine, la faim et la misère chevauchant sans trêve près de ces hordes de migrants de l'intérieur. C'est le temps où les hommes s'ensauvagent. La prose de Paul Lynch est parfois hallucinante, cauchemardesque.
La dernière partie du roman est un peu différente et à dire vrai borde le fantastique avec la réapparition du religieux, pas forcément réconfortant. Ce septième chapitre s'appelle Lumière et, curieusement, est séparé des six précédents par quatre pages totalement noires. Il y a dans Grace de la malédiction, comme une punition divine. C'est très impressionnant. Comme j'aime ce pays, mais je sais aussi sa dureté passée.
Elle passe quelques nuits dans une église délabrée. Surplombant le porche, cinq effroyables faces sculptées dans la pierre. Ses rêves sont habités de visages affamés. Une rumeur de vent s'exhale par leurs bouches. Quand elle se réveille, la lune éclaire la pierre comme une bougie. Il lui arrive de rester allongée sans dormir, évoquant tout ce qu'elle a vu, ces routes tellement remplies de malheur qu'on os à peine les regarder. Où va ce pays? se demande-t-elle.
Grace est un roman féroce, très peu traversé d'amitiés, ou de solidarités. Un roman où le diable des Irlandais ne se contente pas de les faire joyeusement danser au son des violonneux à la lueur d'un feu de camp.
Comme la plume au vent
Exceptionnellement ce n'est pas un roman, ni un livre d'histoire, ni une biographie auxquels m'a convié Babelio. J'adore les oiseaux. J'ai donc eu l'occasion de recevoir et de lire un joli livre, Oiseaux Sentinelles de la nature. Le texte présente l'anatomie et la physiologie des oiseaux, ces êtres supérieurs dont certains me toisent le long du chemin de halage. Je parle des hérons qui me narguent à quelques mètres avant de gagner l'autre rive me laissant scotché en face d'eux, ou des grèbes huppés qui semblent toujours folatrer et plonger à qui mieux alors que je ne nage qu'à partir de 25 degrés.
Le livre détaille les chants de façon très savante, les plumes, une matière très intelligente, les couleurs et les nidifications, parfois du vol pur et simple, du squat, souvent de complexes architectures. C'était même trop savant pour moi. Mais à l'heure où les humains se voient sérieusement comme en volières j'ai trouvé bien agréable ce festival multicolore et mélodieux. Et puis je ne dirai plus ni appétit ni cervelle d'oiseau. Ce sont des dévoreurs et les dernières recherches, très innovantes, les ont trouvés d'une intelligence qui ne se contente pas d'imiter. High flying birds! Hallelujah! Merci à Babelio et aux éditions Quae pour ce moment de liberté et de grands espaces. Frédéric Archaux, manifestement, connait son sujet. Patience et passion pour l'ornithologie.
Et puis le rêve absolu, en savoir davantage sur les fascinants voyages des grand ou petits migrateurs. Très étonnant. Et si peu d'actualité pour les pauvres bipèdes. Du coup si vous voulez je vous renvoie chez mon ami Jonathan.
In the name of rock/Kathleen
J'ai tant chanté les prénoms, ceux qui voltigent et ceux qui désespèrent. J'ai tant écouté les solitaires munis d'une bandoulière et de six cordes. Parfois les cordes sont des bonds, lapins dans la rosée. Parfois les cordes sont des rires de femmes étendant une pimpante lessive sur la fraîche prairie. Parfois les cordes sont des larmes perdues, éperdues. Mais Kathleen n'est pas une femme. Et Townes Van Zandt le savait, comme beaucoup d'autres. Ainsi vécut Townes, miraculeusement, une cinquantaine d'années avant que sa Kathleen ne l'emporte. A dire vrai c'était déjà deux fois plus que tant d'autres.
Comme je vous en veux, à vous tous, qui partites si vite. Et moi je vis toujours, et vous n'êtes jamais très loin. Savez-vous comme vous m'avez aidé? Savez-vous comme vous m'avez gardé la tête hors de l'eau? Alors je vous dois bien cette ballade à Kathleen. Mais de grâce, vous qui passez ici, ne la rencontrez pas.
C'est souvent pour demain
C'est d'Algérie que nous vient le très beau film de Karim Moussaoui, En attendant les hirondelles. Nous projetions lundi soir ces trois histoires,qui s’enchaînent. Et qui offrent une radiographie révélatrice de l’Algérie d'aujourd'hui, pas propre, pas nette, pas débarrassée de ce qui l’empoussière, et où l’on attend toujours le retour des hirondelles qui ont fait le printemps arabe. Trois générations, trois récits et le patriarcat, la corruption, le déni. Une Algérie douloureuse de ses années 90. Et ce fut vraiment une bonne soirée de cinéma car le public habituel a beaucoup apprécié ce film. Mais, chose plus rare, car vous savez bien que ce genre d'animation réunit en général les fidèles, quelques personnes sont venues découvrir ce film, attirés par le sujet. Ce n'est pas si fréquent, un film algérien. Et une jeune femme franco-algérienne a notamment pris assez longuement la parole pour évoquer son sentiment sur En attendant les hirondelles, parlant de son ressenti envers l'Algérie actuelle. Ce fut particulièrement enrichissant.
Un homme d'affaires divorcé peine à gérer sa relation avec une Française qui ne s'est pas insérée dans la vie algéroise, et l'instabilté de son fils qui veut interrompre sa médecine. Un jeune femme, plutôt moderne, hésite sur son avenir entre un mariage de convenance semble-t-il et son amour de jeunesse. Un neurologue de renom se voit rattrappé par une grave accusation lors d'un enlèvement terroriste survenu dix ans plus tôt. Tous ces gens sont de bonne foi et dans l'ensemble assez sympathiques. Mais tous se retrouvent à la croisée des chemins, à se questionner sur leur choix. C'est que tout est si compliqué en Algérie, si tatillon notamment, ce pays si jeune, si prospère potentiellement et pourtant toujours terriblement divisé. Le temps semble suspendu sur eux qui hésitent. Quels seront leurs lendemains?
Pour son premier long Karim Messaoui se montre habile à la description en mode mineur, au sens de non trop tragique, de ces gens relativement privilégiés, mais qui n'en sont pas moins plutôt mal dans leur existence. Plusieurs voitures sont en panne dans le film, et on comprend bien que c'est toute l'Algérie qui est en panne. En panne de printemps, En attendant (peut-être) les hirondelles.
Petit bras
C'était un choix junior chez Babelio avec un court roman mais signé d'un grand, Ken Follett dont nous avons tous aimé les livres. C'est d'ailleurs le jeune écrivain Follett qui en est l'auteur, publié en 76. Une centaine de pages pour une aventure à la Club des Cinq, sympathique mais un peu vite expédiée. On aurait aimé un peu plus de péripéties et aussi de suspense dans Le mystère du gang masqué. Mick et Randy, deux gamins débrouillards et délurés, ont trouvé un passage secret menant à d'anciens studios de cinéma. On se doute qu'une surprise les y attend. Ken Follett dit avoir écrit ce livre pour ses propres enfants. Je ne sais mais très honnêtement je crains que ce livre juste agréable, pour 10 ou 11 ans environ, ne titille guère l'intérêt des enfants de 2017.
Il aurait fallu que les rencontres dans ce lieu qui aurait pu apparaître comme magique soient plus fréquentes et mieux menées. Je suis même étonné du peu d'envergure de ce livre quand on connait la plume de Ken Follett dont la célébrissime et très vendue saga des Piliers de la terre est un modèle de best-seller intelligent et documenté. Ici tout au contraire en trois visites un peu bâclées les deux compères en vélo expédient les affaires courantes et réduisent à néant le gang masqué dont les membres manquent eux aussi singulièrement d'épaisseur. Un certain Noé, onze ans , petit-fils de son état va recevoir ce livre. Nul doute qu'il préférera des aventures plus animées sur un tout autre support. Merci à Babelio qui n'y est pour rien.
L'Ecrivraquier/16/J'aurais voulu danser
Bien sûr mais que croyez-vous donc, bon sang? Les choses en auraient été tout autres, je suis pas sûr, mais tout de même un peu. J'aurais voulu savoir, virevolter, enchanter. J'en ai jadis rêvé, j'aurais voulu tourner, valser, rock'n'roller. Etre Gene Kelly sous la pluie, George Chakiris au delà du grillage, Lancaster immuable et changeant. Dans le tourbillon repartir, de bon pied, c'était avant qu'is soient enserrés. Ainsi je me suis efforcé, l'élégance de De Sica, quitte à finir sur le pré, mais je n'ai pas toujours eu Darrieux dans mes bras.
J'aurais voulu danser, j'aurais voulu sourire. Ténébreux et intro, mutique à l'occasion, cela ne dura pas toujours. Mais il y eut des rechutes. Et puis c'est dur d'être à l'aise parfois, les autres ne dansent pas tous très bien au grand bal du monde. Alors on se heurte, on se jauge. Certains sont grands et forts. J'aurais voulu danser, queue de pie et Katherine, du temps du noir et blanc. La grace ne m'a pas touché et Terpischore m'ignore encore. J'aurais voulu chalouper, cavalier argentin aux rives du Rio de la Plata, mais je tiens mal à cheval. J'aurais voulu, dame, un peu plus de prestige, on a tous nos faiblesses, et des regards un peu plus insistants.
J'aurais voulu danser, n'import où, ors viennois, bords de Marne, aristo ou populo, qu'on me voie. Le temps n'est plus aux entrechats. Pourtant oui j'ai dansé, pas très bien, tout modeste, doucettement, comme ce couple déchirant d'Une aussi longue absence, merveille de film tout en pudeur et retenue, couronné en 1961 et que j'ai vu hier pour la première fois. Même le cinéphile a sa part d'ombre et ses zones d'amnésie.
Après le film...calme
1/ Première projection (vendredi). J'avais beaucoup aimé Tel père, tel fils, une histoire d'inversion de nouveau-nés il y a trois ans et partais confiant pour Après la tempête. D'où me vient cette très légère déception? Et sera-t-elle partagée par les spectateurs de ce lundi? Ryota, écrivain raté, ci-devant détective besogneux, divorcé de Kyoko et père d'un garçon d'onze ans, Shingo, peine à la pension alimentaire et joue au vélodrome le peu qu'il gagne. Pas antipathique le Ryota, mais un tantinet lunaire, velléitaire et maladroit. Et puis sa maman, veuve depuis peu (la délicieuse actrice des Délices de Tokyo), qui souhaiterait voir le couple reprendre la vie commune. Serait-ce possible alors?
Hirokazu Kore-Eda est un discret et refuse tout effet mélodramatique. Presque trop, ce qui peut engendrer un soupçon de monotonie pour un film de deux heures. Ca na pas été mon cas mais je peux le concevoir. Ainsi, qu'on ne s'attende pas à un typhon cataclysmique et révélateur. Cette tempête, d'ailleurs ultra-fréquente au Pays du Soleil Levant, si elle apporte des changements, sera en mineur. Regroupés tous les quatre dans le modeste HLM de la mère, les protagonistes, une famille comme tant d'autres, ordinaire, banale, se débat dans ses contradictions et tache de maîtriser ses émotions. Ici, pas de grands éclats de voix, pas de colères. Pour l'évocation, retenue, de la figure du père et l'enfermement géométrique urbain du Japon passez donc chez les amis Strum et Le Bison, bien plus connaisseurs que moi du cinéma de là-bas Après la tempête de Hirokazu Kore-eda : apaisement et histoire de famille et Typhon N°24. Ce père disparu est d'ailleurs encore très présent chez Ryota, quelques souvenirs en font foi. Il faut absolument que je découvre les films d'Ozu, ce maître japonais dont bien des critiques considèrent que Kore-Eda est un continuateur.
2/Seconde projection (lundi suivant). Le film a été majoritairement apprécié mais très peu de spectateurs ont tenu à s'exprimer. Parfois, la vie associative et culturelle nous incite ainsi à la modestie à propos de notre efficacité. Il est toujours bon de proposer. Quant à disposer...
S.O.S. Fantômes
Voilà un livre sans le moindre intérêt en ce qui me concerne. Souvent tout ne m'intéresse pas dans cette sorte de roman en série. Là rien. L'auteure ressasse la vieille mythologie victorienne des chasseurs de fantômes, des manoirs décrépits, des chasses au renard. Le couple d'enquêteurs lorgne évidemment, et c'est d'une grande tristesse, vers le génial duo de Sir Arthur Conan Doyle. De grâce, à mon avis, plongez vous dans l'une des aventures de Holmes et Watson, délicieuses énigmes qui laissent place à l'imaginaire. Ce qui est très loin d'être le cas de ces historiettes hyper formatées et dont je ne tiens pas à me faire le zélateur. L'iconographie du gothique fantastique y est plutôt maladroite et vampirisée par les scènes sexuelles manifestement destinées à remplir le cahier des charges de cette collection. Rien ici ne rappelle la littérature. J'ai rarement été aussi sévère mais cette fois l'opération Masse critique Babelio a fait long feu. Je les remercie néanmoins car j'ai souvent eu plus de chance.
Le carnet secret de Simon Feximal (on dirait un nom de médicament, une purge) n'est qu'un des titres de cette série de KJ Charles. Série est le terme qui convient, mais série Z. Ces propos n'engageant que moi, j'avais l'intention d'abandonner ce livre sur un banc. Mais aucun inconnu ne mérite cette médiocrité.
La poésie du jeudi, Czeslaw Milosz
Don
Jour si heureux.
Le brouillard était tombé tôt, je travaillais au jardin.
Des colibris s’arrêtaient au-dessus de la fleur du chèvrefeuille.
Il n’y avait rien sur terre que j’aurais voulu posséder.
Je ne connaissais personne qui aurait valu d’être envié.
Le mal qui était advenu, je l’oubliais.
Je n’avais pas honte d’être celui que je suis.
Je ne sentais dans mon corps nulle douleur.
Czeslaw Milosz (1911-2004)
Le Prix Nobel 80, né en Lituanie alors russe et mort américano-polonais, a toujours refusé les autoritarismes, ce qui fait partie en quelque sorte du cahier des charges de la poésie. J'aime l'apparente simplicité de ce Don. Ni envie, ni rancoeur, ni regret, ni douleur. Asphodèle, merci.
Ludique, aquatique, cinématographique
Y a des siècles que je n'ai pas proposé de jeu cinéma. En voici un, léger, estival, rafraîchissant. Si le coeur vous en dit jetez-vous à l'eau et proposez-moi quelques réponses en mail, svp. Certaines sont très faciles, la 1et la 5 par exemple, d'autres un peu moins. Quant à la 16 c'est un film qui n'existe pas. Merci. Et bonnes vacances à tous.
La poésie du jeudi, Henri de Régnier
Avec tous mes voeux à Asphodèle l'initiatrice et toute ma gratitude à Ecriturbulente, et bien que peu loquace actuellement, j'ai tenu à ce rendez-vous poésie. M. de Régnier semble bien sévère, comme beaucoup de portraits de ces années. Mais j'aime ce poème, tout simplement.
Le jardin mouillé
A petit bruit et peu à peu
Sur le jardin frais et dormant
Feuille à feuille, la pluie éveille
L'arbre poudreux qu'elle verdit
Au mur on dirait que la treille
S'étire d'un geste engourdi.
L'herbe frémit, le gravier tiède
Crépite et l'on croirait, là-bas
Entendre sur le sable et l'herbe
Comme d'imperceptibles pas.
Le jardin chuchote et tressaille
Furtif et confidentiel
L'averse semble maille à maille
Tisser la terre avec le ciel.
Henri de Régnier (1864-1936)
La poésie du jeudi, Georges Rodenbach
L'aquarium est si bleuâtre, si lunaire
L'aquarium est si bleuâtre, si lunaire ;
Fenêtre d'infini, s'ouvrant sur quel jardin ?
Miroir d'éternité dont le ciel est le tain.
Jusqu'où s'approfondit cette eau visionnaire,
Et jusqu'à quel recul va-t-elle prolongeant
Son azur ventilé par des frissons d'argent ?
C'est comme une atmosphère en fleur de serre chaude ...
De temps en temps, dans le silence, l'eau se brode
Du passage d'un lent poisson entr'aperçu
Qui vient, oblique, part, se fond, devient fluide ;
Fusain vite effacé sur l'écran qui se vide,
Ebauche d'un dessin mort-né sur un tissu.
Car le poisson s'estompe, entre dans une brume,
Pâlit de plus en plus, devient presque posthume,
Traînant comme des avirons émaciés
Ses nageoires qui sont déjà tout incolores.
Départs sans nul sillage, avec peine épiés,
Comme celui des étoiles dans les aurores.
Quel charme amer ont les choses qui vont finir !
Et n'est-ce pas, ce lent poisson, une pensée
Dont notre âme s'était un moment nuancée
Et qui fuit et qui n'est déjà qu'un souvenir ?
Georges Rodenbach (1855-1898)
L'univers du Belge Georges Rodenbach ne se limite pas au roman relativement célèbre, bien qu'assez peu lu finalement, Bruges la Morte. Lisant quelques-uns de ses textes j'ai aimé cet univers qu'il faut cependant déguster modérément. C'est que cet auteur, au moins dans de nombreux poèmes, fait preuve d'une grande sensibilité mais qui frise souvent le morbide. Homme de canaux et de brouilllards nordiques, de dimanches en sombre, de carillons un peu démoralisants, j'ai trouvé que certaines chansons de Brel partageaient cette mélancolie. Ami de Mallarmé et de Claude Monet, Georges Rodenbach a beaucoup vécu à Paris. Une appendicite l'emporta à 43 ans vers le Père-Lachaise.
Au plaisir de lire, Jean d'O.
Au risque de me répéter, ce qui arrive parfois, cet homme là ne m'a jamais ennuyé. Et croyez-moi, peu de gens peuvent en dire autant, et je ne parle pas là uniquement des écrivains. Beaucoup, et non des moindres parfois, y compris du côté vie privée m'ont parfois cassé les pieds. Mais ça c'est une autre histoire. Papy Jean, rétabli, imagine avec coquetterie, le contraire m'eût étonné, son propre procès. Face à un juge nommé MOI il se défend sous le beau nom de MOI. Et c'est parti pour 462 pages à la Jean d'O. Prétentieuses et insupportables pour certains, somptueuses et géniales pour moi avec un soupçon d'irritation car il m'irrite un peu de temps en temps avec son carnet d'adresses tant passées que présentes voire futures. Car s'il ne m'ennuie jamais il me renvoie quelquefois à mon abyssale ignorance, ceci sous couvert de la soi-disante sienne, d'ignorance.
Alors on croise du monde bien sûr et fleurissent quelques citations, Apollinaire, Aragon dont Je dirai malgré tout que cette vie fut belle fournit le titre du livre dans la lignée des derniers ouvrages de l'académicien. Bon, je sais que le côté bottin mondain et délices méditerranéens indispose certains. O.K. mon Papy Jean est un cabotin, un brin T.V.addict, charmeur de ces dames au demeurant, ce qui n'a rien pour me déplaire. Mais à l'heure où tant d'histrions plastronnent malgré le vide sidéral de leurs hémisphères cérébelleux, les exemples abondent, au moins avec d'Ormesson il en reste derrière le plastron. D'abord une culture prodigieuse assez classique mais depuis quand est-ce une tare? Parfois le name dropping pèse un peu mais partout le goût du désir, l'appétance des beautés de toutes sortes, la splendeur des criques et le bruit des skis font bellement saliver. Bien sûr lui a connu ça avant que la piste des Gentianes ne ressemble à Châtelet et que le voisin de palier ne dîne à la même trattoria que vous à Positano.
On taxe souvent Jean de légèreté mais j'aimerais que bien des auteurs fassent preuve d'autant d'esprit et de répartie. Intarissable aussi sur le cosmos et l'univers, moi qui, galaxiquement parlant, suis du niveau de la moule de rocher. Hideuse écrivaillerie réactionnaire, si indigne de la Pléiade, certains sont capables de penser ça, pas beaucoup, je crois, et puis après tout j'arrête là. Ce grand monsieur plein de défauts est un bel écrivain et se défend très bien tout seul.
La poésie du jeudi, Allen Ginsberg
Hydrogen Jukebox
Opéra de chambre de Philip Glass
Livret d'Allen Ginsberg
Première partie/Chant 1
Eblouissement bleu de l'Eclair
Extrait de Le Cheval de Fer
L’éblouissement bleu de l’éclair sature les plaines de l’Oklahoma,
le train roule vers l’Est
jette une ombre jaune sur l’herbe
Il y a vingt ans
m’approchant du Texas
je vis
une nappe d’éclairs
couvrir les quatre coins du Ciel
Hauts Silos à Fourrage dans brouillard gris-pluie,
damier de lumière au-dessus du ciel-toit
mêmes éclairs électriques au Sud
suivent ce train
Apocalypse prophétisée —
Chute de l’Amérique
signalée des Cieux —
Quatre-vingt-dix-neuf soldats en uniformes payés par le Gouvernement
pour Croire —
quatre-vingt-dix-neuf soldats fuyant la conscription pour un Job dans l‘Armée,
quatre-vingt-dix-neuf soldats rasés de près
et nulle part où aller sauf où on les envoie,
quatre-vingt-dix-neuf soldats qui voient l’éclair —
il y a mille ans
Dix mille Chinois marchant dans la plaine
tous soudain lèvent la tête vers le Ciel pour regarder la Lune.
Un vieil homme attrapant des lucioles sur son porche la nuit
regarde le Berger traverser la Voie Lactée
pour rencontrer la Tisserande…
Comment faire la guerre à cela ?
Comment faire la guerre à cela ?
Trop tard, trop tard
le cheval de fer fonce vers la guerre,
trop tard pour se lamenter
trop tard pour les avertissements —
me voici de nouveau étranger seul dans mon pays.
Allen Ginsberg (1926-1997)
On ne dira jamais assez comme La poésie du jeudi nous ouvre les yeux et nous balade dans le temps et l'espace, parfois dans notre propre image, libres et disponibles, du plus classique au plus novateur, du plus serein au plus trouble. J'ai choisi cette semaine l'une des têtes d'affiche du mouvement beatnik, Allen Ginsberg. Guidé par le hasard comme fréquemment je suis tombé sur ces lignes extraites de l'opéra de chambre Hydrogen Jukebox (1990). Pour ce livret Philip Glass le grand compositeur et Ginsberg ont recyclé des Collected Poems qu'il avait écrits dans les annnées cinquante et des textes contemporains de la création, fortement critiques (Première Guerre du Golfe).
Je ne suis pas un grand connaisseur de la Beat Generation, par ailleurs très souvent confondue en France avec le mouvement hippie et je n'en savoure pas tous les délires et les obsessions. Mais j'y trouve parfois des éclairs (titre du texte), des fulgurances, des zébrures qui me plaisent bien, me ramenant à une mythologie de l'Ouest, western, jazz, blues, rock, road, film noir, qui n'ont pas peu contribué à ma formation. Serez-vous, sur cet extrait un peu de mon avis?
Je le fais souvent mais j'y tiens. Merci à Asphodèle sans qui ces jeudis seraient un peu plus sans surprise ni fantaisie.
Chine ma douleur
Je connais peu le cinéma chinois. A l'évidence c'est un tort. Jia Zhang-Ke (Still life, seul film vu de cet auteur, m'avait déjà beaucoup plu). Certains blogueurs ont été remarquables sur ce film, Au-delà des MONTAGNES (Princecranoir) et Au-delà des montagnes (Mountains May Depart) : l’inquiétude de Jia Zhang-Ke (Newstrum) par exemple. Alors je serai plus bref et moins talentueux. Mais j'ai beaucoup aimé ce film sur une Chine moderne qui court sur une trentaine d'années. Fenyang, province du Shanxi, ville natale du metteur en scène, industrielle et surpolluée. Tao, jeune femme de la classe moyennechinoise est partagée entre deux amours, Liangzi, un modeste mineur silicosé et Jinsheng, un businessman pas trop scrupuleux. Ce petit côté Jules et Jim dure assez peu et n'est pas le plus intéressant, le lien entre les deux hommes étant loin de Truffaut-Roché. Tao choisira l'un d'entre eux et on la retrouve une douzaine d'années plus tard mais le pays a bien changé. Son fils unique parti en Australie avec son père qui ne trouve rien de mieux que de le prénommer Dollar, tout un programme, Tao décide de rester en Chine et c'est là le thème essentiel d'Au-delà des montagnes, la perte d'identité de toute une génération de Chinois qu'attirent les mirages occidentaux ou océaniens.
Troisième acte, à, peine une anticipation, vers 2025 à Melbourne.Dollar a bien grandi et les conflits avec son père ne manquent pas. Ce dernier ne semble plus vivre que par les armes.Dollar vivra-t-il lui aussi cette vie déracinée, celle de ces enfants doubles? Ou retrouvera-t-il le chemin du pays? Délicieusement ouvert au son des Pet Shop Boys, l'une des meilleures musiques qui soient début nineties, symbole clinquant certes mais si enlevé, Mountains may depart est un film admirable au coeur d'une Chine multiple, de l'industrieuse Fenyang de Jia Zhang-Ke aux tentations du Go West des Pet Shop Boys. Si vous en avez l'occasion ne le ratez pas. Bien sûr le cinéma est riche de sa diversité et il faut de tout pour faire un monde. Mais vous m'avez compris depuis longtemps, j'ai mes préférences.
In the name of rock/Lisa
Comme elle est belle la Triste Lisa de Cat Stevens. Sad Lisa est l'une de ses plus belles chansons, un peu moins connue que Lady d'Arbanville et date d'un temps immémorial. Sur cet album somptueux, 1970, Tea for the tillerman, absolument toutes les chansons sont superbes. Mais Father and son me fait pleurer. Sur les chemins empruntés par Cat Stevens plus tard je ne me prononcerai pas. Mais comme elle est triste la Triste Lisa de Cat Stevens.
Ma chère Celestine a mis sa menace à exécution. Sa Sad Lisa est... belle à s'en damner. http://encentmotscommeenun.blogspot.fr/2015/10/metallique.html#comment-form
L'âme noire
Presque rien de ce qui est irlandais ne m'est indifférent. Et surtout pas ce second roman d'un jeune auteur, Paul Lynch dont Un ciel rouge a été l'an passé fort bien reçu. Pas encore lu. Le rouge et le noir chez Lynch sont impressionnants de maîtrise. Les Irlandais sont beaucoup partis, souvent j'ai chroniqué des livres là-dessus. Assez souvent aussi ils sont revenus. Barnabas Kane est de ceux-là. 1945, avec sa femme et son fils il retrouve le rude comté de Donegal dans le nord de l'île et tente de faire vivre une ferme. L'incendie, probablement criminel, détruit son bétail et fait vaciller la raison de sa famille. L'âme noire du titre de cette chronique fait référence au roman d'un autre Irlandais, Liam O'Flaherty, L'âme noire, tant ce beau livre de Lynch offre une vue sur la chère Irlande de très noir vêtue, et de moeurs préhistoriques. On a beau l'aimer, Erin, on sait qu'elle a un lourd passé obscur voire obscurantiste et pas si ancien.
Nul réconfort possible en ce temps là pour Barnabas et Eskra Kane. Matthew Peoples est mort dans l'étable. L'odeur des bovins brûlés hante la lande, les terres et les esprits. Eskra, pourtant modérée, va perdre peu à peu le fil de sa vie. Et Barnabas, finalement moins étranger là-bas en Amérique que dans son île natale, va comprendre qu'on ne lui pardonnera ni le drame auquel il est étranger, ni son retour pourtant modeste. J'ai pensé aussi au film de Jim Sheridan The field. Et qu'on ne croie pas systématiquement parce qu'on est en Irlande, au secours de la religion. Pas plus à la fraternité du pub. On est très loin du compte. Il arrive que des images se brisent. Quant à l'écriture de Paul Lynch, lyrique et insulaire, profonde et limpide, trois lignes suffiront à vous convaincre.
La mule stoïque s'est engagée dans la descente d'un pied sûr, et le soleil, en récompense, s'est mis à jouer avec sa silhouette. De ses longues oreilles grises, il a fait un lapin qui s'est profilé sur la mousse, puis il a travaillé sa charpente robuste et allongé sur la tourbière la noble et splendide silhouette d'un cheval halant une montagne.
Vous me pardonnerez un conseil?
Voilà un roman américain plutôt de forme classique sur la middle class de l'est du pays. Un peu longue à se mettre en place l'histoire d'Helen qui divorce de Ben, son avocat de mari, ressemble d'abord à beaucoup d'autres. Une fille adoptée ado, des revenus assez confortables revus à la baisse, une rupture consommée. Comment Helen va-t-elle rebondir? Elle se découvre alors un don assez étonnant pour amener les hommes d'influence, pouvoir, affaires à faire une sorte de coming out qui ne concerne pas du tout les préférences sexuelles, ce qui nous change un peu du tout venant, mais bien les erreurs de gestions, les ententes illicites, les combines en tous genres. Mark Twain n'écrivait-il pas déjà "Fuyez, tout est découvert". Mille excuses décortique habilement l'American way of life à travers Helen qui, si douée pour la rédemption des autres, gère difficilement sa propre existence.
Depuis longtemps, depuis les confessions des évangélistes par exemple, qui font qu'au pays de l'Oncle Sam, les turpitudes, pour peu qu'elle soient intelligemment mises en scène lors des aveux, deviennent la plupart du temps un tremplin, on sait que s'épancher et se flageller peut être avantageux. Roman américain typique et critique à la fois, zébré de l'ironie et de l'humour de Jonathan Dee, Mille excuses évolue aussi avec les personnages secondaires, Sara, 14 ans, chinoise et accessoirement parfaite peste experte à manipuler les divorcés, son petit ami brutal et prototype du bad boy, mais il faudrait lui aussi l'excuser, n'est-il pas noir, puis Hamilton, star de cinéma qui fut l'ami d'enfance d'Helen, pas mauvais cheval mais un tantinet pusillanime et aux lendemains post-poudreux et amnésiques.
Ainsi va Helen Armstead, ingénue et exigeante à la fois, mère esseulée en proie au doute, paumée comme c'est pas possible, mais qui ne manque pas de ressort et le roman parvient à garder un ton moraliste sympathique et finaud, jamais moralisateur. Vous n'aurez pas d'excuses à ignorer Mille excuses.
Scènes de crime, ne pas s'approcher
Jadis célébre pour avoir été la première femme divisionnaire de France Danielle Thiéry s'est reconvertie dans le polar, vingt livres déjà parus, la majorité mettant en scène la commissaire Edwige Marion. Comment est-ce possible, serais-je tenté d'écrire? Tant pis, je l'ai écrit. Volontaire pour Babelio, toujours sur le pont pour une lecture, mais le pont est parfois glissant et c'est avec infiniment de peine que j'ai tenu à finir Dérapages sans sortie de route. Je n'ai pas été convaincu du talent de cette auteure pourtant couronnée en 2013 du Prix du Quai des Orfèvres pour Des clous dans le coeur.
Sur fond de manipulations génétiques, d'inévitables rivalités entre services, de sevrages laborieux, avec un zeste obligatoire du côté de Lesbos et de la mafia russe. Original, non mais très peu de polars revendiquent l'originalité et les autres nous font parfois passer un bon moment, ce qui est déjà bien. De bon moment il n'y a guère dans Dérapages et aucun polar depuis le sinistre Havre des morts de Patricia Cornwell ne m'avait autant ennuyé. Danielle Thiéry aligne des phrases "professionnelles" d'une totale platitude et les dialogues sont affligeants.
On ne s'attend pas à trouver dans un polar du tout venant une réflexion sur la bioéthique et sur les avancées parfois inquiétantes de la science. Aussi n'en trouve-t-on pas dans Dérapages. Mais on est en droit d'y espérer une ambiance, un climat, un goût de revenez-y, ce qui devrait être la moindre des choses pour ces héros récurrents, au moins pour quelques enquêtes car je ne suis pas un adepte des intégrales du commissaire X ou de la capitaine Y, même dans le meilleur des cas. Bref, Pour qu'elles me revoient Danielle Thiery et sa créature Edwige Marion devront me mettre en examen.

























































