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27 août 2006

Père et fils


Bien sûr il est tentant de rapprocher les destins de Tim et Jeff. Seulement voilà, la légende doit parfois s'effacer devant l'Histoire. Jeff n'a jamais connu son père Tim, parti avant sa naissance et mort  comme tout le monde d'un abus d'abus quand Jeff n'avait que 8 ans. Il reste deux points communs: leur génie musical et leur destin fulgurant et tragique, respectivement disparus à 28 et 31 ans.

Tim Buckley / Goodbye And Hello [Best of]

Tim Buckley(1947-1975) est l'auteur de plusieurs disques passionnants.On a réédité Tim Buckley et Goodbye and Hello en un seul coffret. C'est une très belle sélection qui comporte Song for Janie, Morning glory,Knight errant, chansons de la première ère Tim Buckley,d'une pureté angélique au timbre cristallin peu fait pour le hit-parade.

Cette voix à la beauté unique(enfin jusqu'à ce qu'apparaisse Jeff Buckley), Tim saura l'utiliser en prenant plusieurs tournants,d'abord dans le dépouillement de Happy-Sad puis dans les albums  presque expérimentaux que Buckley place lui-même sous l'influence de John Coltrane, Lorca et Starsailor. Complètement en panne de succès il va réemerger avec Greetings from L.A., album quasiment funky. Il meurt en 75 et d'après la bible de Michka Assayas(Dictionnaire du rock), "d'un cocktail d'héroïne et de morphine qu'il aurait pris pour de la cocaïne".Vraiment distrait Tim Buckley! Qui dira le gâchis?

Grace

    Bien distrait également Jeff qui en 97 décide de nager dans le Mississipi tout habillé et botté. Vous connaissez la suite. A l'East Village de New York en 90 il chante tout, Edith Piaf, un lied de Mahler, du hard rock. Surdoué comme son père il semble que son seul véritable disque soit Grace(à part diverses compilations parfois douteuses) où s'enchaïnent les perles comme Grace, Last goodbye, et des reprises de Cohen ou le Corpus Christi Carol de Benjamin Britten. Evidemment élévé au rang d'icône puisque mort tragiquement (moi je dis jamesdeanement), Jeff Buckley est devenu célèbre et maudit rejoignant une longue cohorte.

    De tout cela rien n'est important. Seule compte la magie de ces deux voix indomptables. Je vous encourage à vous aventurer dans la famille Buckley.Enfin la famille c'est beaucoup dire...

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12 septembre 2006

Cinépsy



Excellente thématique sur Arte avec un document sur cinéma et psychanalyse : Un écran nommé désir,suivi de Freud,passions secrètes du grand John Huston. Introduction à la psychanalyseLes noces de la psychanalyse et du cinéma , qui ont le même âge, n'ont pas toujours donné des chefs-d'oeuvre mais leur descendance compte cependant nombre de réussites.

Ce bon document analyse finement les rapports avec des interventions de Fellini, Bergman, Cronenberg, Lynch, Mankiewicz, Lang... Tous ces géants ont en commun un cinéma source d'introspection et d'autoanalyse avec des films en relation avec l'enfance,la famille,le désir. C'est évidemment le cas de presque toute  création.J'ai retenu une jolie citation que je partage : "Le cinéma nous prive de notre propre imaginaire en nous imposant celle des autres". J'ai toujours pensé qu'effectivement le cinéma  pouvait ainsi nous amputer. Bon, quand les chirurgiens ont le talent de Fritz Lang, Hitchcock, Bunuel, on peut considérer que leurs fantasmes valent bien les nôtres.

     C'est vrai que le cinéma et la psychanalyse ont un langage en commun:image,projection, fauteuil ou divan, récession,obscurité... Ce document fourmille de découvertes et donne envie d'approfondir.A mon niveau ce ne sera pas difficile d'approfondir vu l'état de mes connaissances en ce domaine.Un film "freudien" par excellence,un seul ? La nuit du chasseur.   

    Freud,passions secrètes,de John Huston (62), peu goûté lors de sa sortie, est une bonne approche de la psychananlyse. On sait que Huston  a été capable de transcender Hollywood pour nombre de réussites.Sa filmo comporte bien des perles et quelques ratages.Freud n'est pas un biopic sans âme et d'un académisme lourdissime comme certaines biographies(Chaplin,Wyatt Earp par exemple).

     Sartre avait écrit un premier scénario non crédité en désaccord avec Huston. Le film ne s'interroge que sur les premières années de Freud et la découverte du lien profond entre le souvenir,le rêve,l'enfance et le désir. Freud a bien sûr beaucoup déplu à ses collègues avec ses traités sur le complexe d'Oedipe,jugés scandaleux. J'ignore presque tout du sujet mais pense que ce film honnête est une initiation avec sûrement pas mal de raccourcis mais aussi une interprétation assez habitée de Monty Clift. On aurait pu laisser le Professeur Charcot(Fernand Ledoux) parler français.

9 décembre 2006

Prendre le temps

     Il faut effectivement prendre le temps d'entrer dans le Pays Natal(Heimat).15h40 pour Heimat 1 que je viens de terminer. Quand j'aurai vu Heimat 2 et Heimat 3 j'aurai passé 52h10 sur l 'oeuvre d'Edgar Reitz.Disons-le, cela vaut la peine, au vu de la première partie.Heimat 1, sous-titré Une chronique allemande est une formidable évocation d'un petit coin d'Allemagne, le Hunsrück, non loin de la frontière française, de 1918 à 1982.On découvre la famille Simon au sortir de la Grande Guerre, modestes forgerons de village, avec lesquels nous allons vivre l'histoire de ce pays, aussi bien au ras des pâquerettes de cette jolie campagne que dans les soubresauts qui ont agité le pays.

    Attention ce n'est pas une saga familiale de type feuilleton dont certaines sont d'ailleurs très agréables. Edgar Reitz a consacré 25 ans à ces trois films et c'est avec une précision d'entomologiste qu'il nous immege dans cette chronique allemande. Bien sûr le Troisième Reich y est présent,mais pas à l'état-major de Berlin ni lors des grandes batailles.C'est dans le quotidien de ces gens ordinaires que souffle le grand vent de l'Histoire. Les personnages ne sont jamais stéréotypés et s'adaptent, ni héros ni salauds pour la plupart.

    Edgar Reitz est particulièrement habile à souligner les progrès économiques, le miracle allemand des années 50, la mutation technologique agricole et industrielle. Ceci a été peu montré au cinéma. Rien de romanesque mais une suite de touches très sensibles et vraisemblables au coeur d'une région en devenir avec des acteurs allemands inconnus d'une justesse impensable dans un cinéma souvent balisé.

     Reitz a beaucoup écrit sur le cinéma et aussi formé nombre de jeunes talents. Heimat 1 possède la particularité de passer du noir et blanc à la couleur et inversement. J'avoue ne pas savoir pourquoi.Ce que je sais c'est qu'il excelle aussi bien dans la peinture des travaux que dans le regard sur l'âme de ses protagonistes y compris dans leurs intimes émois. Heimat 1(Pour la suite on verra) est du très grand cinéma et je parodierai le titre d'un autre film que je n'ai pas vu:Heimat, un film d'Allemagne. Rendez-vous dans quelques mois... pour la suite de cette aventure toute d'intelligence et de retenue qui nous apprend bien des choses sur ce pays peu connu,l 'Allemagne. Pour cela bien sûr il faut prendre le temps.

2 novembre 2006

L'Arno

Un ottobre bellissimo

Quand le sud a des accents

Très doux,pas trop extravagants

Boboli déroule pour elle et moi

De douces pentes finissantes

Où de joufflus putti rejettent une eau tiède

Calme flux suffisant de douceur

Qu’elle écoute à mon bras

L’inconnue d’hier dont le souffle

Est brise tranquille à ma nuque

Tout près Santa Maria crève de sa coupole

Le ciel toscan si cher à mes pensées

Les grilles des palais,de leurs cours nous invitent

A flâner tous deux le coeur comme ébahi

Couple de survivants

Aux traces du temps perdu

Renaissance sur ces quais s’étalant

Florentines matinées,à peine frémissantes

Sont-ce les cloches de San Marco

Claires,sur la cité,qui nous fêtent

Nous qui venons si tard?

Mais le crépuscule nimbe l’Arno

Comme le doux manteau,comme le tranquille automne

Sur nos vies moins brûlantes

La barque sur le fleuve

Entraîne ce qu’il reste de jour

Avant les nocturnes,andante

Oui,ce qu’il reste de jours

Quittons le Vecchio si bruyant

Et remontons la rive qui s’isole

Nos pas se cherchent un peu

Le talent ici fut si multiple

J’ai l’impression que les grands maîtres

M’ont laissé quelques cendres

Elle est à mes côtés

Presque fille du fleuve

Loin là-bas la rumeur citadine

Nous ignore encore.

26 octobre 2006

Les ombres du Valois

Les ombres du Valois

 

Aux étangs émergeant d'une brume à damner

Quand le cerf coléreux de nos chemins cognait

Sa fureur et ses hargnes

Sous les hêtres et le ciel

Et qu'automne en ses eaux

Tendait les bras déjà

A ta douleur,toi,Nerval mon ami

Je sais que tu guettais

La lumière des lacs

Et Sylvie dansant sur les fougères...

De quel Orient rêvais-tu donc

Et quelles brûlures à tes yeux

Ont-elles pu t'emmener loin de Mortefontaine

Au tréfonds de ta nuit

Rue de la Vieille Lanterne

Par ce janvier glacé?

 

               Hommage à Gérard de Nerval(1808-1855) et à notre pays commun,ce beau Valois,berceau de la France Je crois que mon père l'aurait aimé,lui qui a tant arpenté ces sentiers romantiques.Salut,mon papa..

 

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16 août 2006

L'esprit d'Agatha

    Il y a deux manières d'adapter au cinéma les énigmes à l'anglaise d'Agatha Christie comme il y a deux héros au panthéon des enquêteurs de la perfide Albion:Hercule Poirot,belge de son état,a bénéficié de très gros moyens et distribution all-stars que ce soit sous les traits d'Albert Finney pour Le crime de l'Orient-Express ou de Peter Ustinov pour Mort sur le Nil ou Meurtre au soleil.Hotels de luxe, croisière entre gens du même monde, transports de tout confort, moustaches d'Hercule bien lustrées. Pas désagréable mais plus proche de Hollywood et de ses soirées costumées que de la campagne anglaise:voilà ce que m'inspirent ces chromos plaisants mais pesants.

  Non.Cinématographiquement l'univers d'Agatha Christie est bien plus présent dans les polars sans grand budget de George Pollock(61,62) ou Margaret Rutherford vieille dame indigne endosse la dégaine de Miss Marple. Cette série de quatre films:Murder ahoy,Murder at the gallop,Murder she said,Murder most foul qui ont été affublés parfois de titres français fantaisistes comme Le train de 16h50 ou Passage à tabac se déguste comme un vieux scotch au fond d'un manoir.Rien de rutilant comme au paragraphe ci-dessus mais un noir et blanc feuilletonnesque qui fait plaisir et des personnages de châtelains,d'héritiers,de gouvernantes,de médecins tous assassins en puissance mais à qui il sera beaucoup pardonné étant donné leur tare suprême et délicieuse:ils sont tous définitivement... britanniques.

20 juin 2006

Nord

Connaissez-vous la Scanie?Les noms y sont compliqués et sonnent un peu rauque.Alors j'ai pris une carte.On voyage déjà bien les doigts glissant sur le papier dans ces pays trop ignorés où prolifèrent les talents d'écrivains.La Scanie est le sud de la Suède,ce qui reste encore relativement nordique.Kurt Wallander est policier à Ystad,en bord de Mer Baltique.C'est le héros des romans d'Henning Mankell dont le nom commence à être connu en France.Le crime se porte bien partout.La moderne Suède a elle aussi perdu ses repères.Le commissaire Wallander,quinquagénaire humain,divorcé et père d'une grande fille,essaie simplement que tout aille moins mal.

Le modèle économique scandinave a ses limites et les tueurs en série,comme les divers trafiquants avec les pays baltes voisins et les réseaux de prostitution sont le quotidien de Wallander et de son équipe.Ce sont des bouquins passionnants où le côté technique de l'enquête va de pair avec l'observation très pointue des divers composants de la société scandinave,avec ses notables,ses laissés pour compte et ses enfants perdusIl semble que la vie ne soit pas toujours rose à la face nord de l'Europe,ce qui nous vaut au moins le plaisir de cotoyer un très grand auteur qui vit une partie de l'année au Mozambique et a également beaucoup écrit sur l'Afrique.Tous ses livres sont au Seuil.

19 octobre 2006

Ford et deux autres cavaliers


	Cover of Two Rode Together   

On semble avoir enfin compris que John Ford n'était pas une vieille baderne. Les deux cavaliers que je n'avais jamais revu depuis sa sortie en 61 est un film bien intéressant déjà par son humour et les silhouettes très fordiennes,sergent obèse et amateur de bière, juge honnête mais dépassé,l ieutenant dévoué à l'armée sans être idiot. Comme toujours chez Ford on ne se pose guère de questions sur le droit. On pensait ainsi à l'époque que les conquérants avaient raison avec leurs armes et leur bibles. D'accord, mais John Ford est beaucoup plus fin que ça.

    Le personnage du sherif joué par un James Stewart relativement antipathique(dixit Eric Low fort justement) prendra conscience relativement aussi (mais tout n'est-il pas relatif?) que les Indiens ne sont finalement pas pires que les Blancs. Et je trouve que c'est déjà une belle leçon. Pas d'angélisme s'il vous plaît. Une très belle et poignante scène que celle du bal où ce marshall alcoolique et cet officier besogneux défendent la jeune fille élevée par les Indiens. Certes on n'en est pas necore à réhabiliter les Indiens eux-mêmes mais à tenter de comprendre leur vie à, travers les enfants blancs enlevés. Dans notre jargon bien-pensant actuel on appellera ça une réflexion sur l'identité. John Ford aidé de Stewart, de Widmark et de seconds rôles classiques n'est pas toujours politiquement correct, mais tellement homme de l'Ouest avec plus d'interrogations qu'il n'y paraît. Les deux cavaliers reste un peu pâle après le magnifique La prisonnière du désert mais on a vu bien pire.

23 octobre 2006

Dino

       J'ai "remonté" cette vieille note pour remercier l'ami Thom de sa découverte du Désert que je suis ravi de lui avoir inspiré avec d'autres.Thom est un amoureux des livres comme moi,de la musique rock comme moi et lui-même m'a souvent montré le chemin.C'est comme ça que j'aime le blog et non pas comme une somme de jugements péremptoires qui sonnent comme des diktats sous la plume de gens sûrs d'avoir raison.

      Il ne s'agit pas ici de l'ami Dean Martin,ce crooner enchanteur que par ailleurs j'adore mais du fabuleux écrivain italien Dino Buzzati(1906-1972) ,immortel auteur du Désert des Tartares, cette fable absurde sur la condition humaine à travers la carrière du Lieutenant Drogo qui attendra toute sa vie l'ennemi pour se couvrir de gloire.Et l'ennemi viendra quand Drogo quittera l'armée pour agoniser dans une chambre d'auberge.D'ailleurs est-on sûr que l'ennemi est là?Jacques Brel très impressionné par le roman  en a fait une chanson,Zangra,qui résume bien le propos de l'homme qui attend...Le cinéaste italien Valério Zurlini en a fait un film estimable en 1976,produit par Jacques Perrin lui aussi fanatique du livre.



      Mais Buzzati aussi un nouvelliste génial dont les"racconti" souvent très courts baignent dans un climat fantastique,poétique,toujours inquiétant. L'une d'entre elles symbolise bien l'ambiance: elle s'appelle Les Sept étages et narre l'hospitalisation du héros dans une clinique où les cas très bénins sont traités au rez-de-chaussée et les cas désespérés au septième étage. Evidemment le héros monte les étages malgré les dénégations des médecins quant à la gravité de son état. Plutôt angoissant,non...

     Principaux titres de ses recueils:Le régiment part à l'aube. Le K. Les nuits difficiles. En ce moment précis. L'écroulement de la Baliverna.Les sept messagers.Et trois autres romans : Barnabo des Montagnes. Le secret du Bosco Vecchio . Un amour.

     Il n'y a rien à jeter dans l'univers de Dino Buzzati.On peut s'y précipiter,lire une nouvelle au hasard ou monter au fort de Bastiani guetter les hordes des Tartares.

4 octobre 2006

La leçon d'histoire de Rossellini


J'ai revu pour la  première fois  depuis trente ans l'extraordinaire film de Roberto Rossellini,la Prise de pouvoir par Louis XIV(1966).On se prend à rêver en pensant que ce film est en fait une commande de la télé française de l'époque,l'O.R.T.F.On croit même défaillir en apprenant que ce film avait été diffusé à 20h30.Sans commentaire.


C'est en fait une magistrale leçon d'histoire et de cinéma.A mille lieues des  reconstitutions historiques empesées le maître du Néo-Réalisme propose une approche certes austère mais très vraie de la prise de conscience du jeune roi à la mort de Mazarin.Pas d'action véritable,encore moins de scènes d'action bondissantes,mais une réflexion très pointue sur l'intelligence et l'esprit de décision de Louis XIV au moment où l'insouciance libertine va faire place à l'engagement vers un pouvoir personnel et une administration moderne de la France.


Nul besoin d'être exégète du Grand Siècle pour apprécier la vitalité du film de Rossellini.Il faut simplement se souvenir que Rossellini était passionné d'histoire et qu'il croyait à la noblesse de la télévision.D'ailleurs la plupart de ses derniers films ont été produits par elle(le Messie,Socrate...)Peu de metteurs en scène se sont remis en question à un tel point.A noter que MK2 donne dans ce DVD une analyse de Jean Douchet et un entretien avec Jean-Dominique de la Rochefoucauld,conseilller historique du film,tous deux très intéressants.

1 septembre 2006

Cette émotion

     Cette émotion qui s'en prend à moi et qui n'existe que dans une quinzaine de films,ce sentiment éprouvant et douloureux bien que resplendissant de reconnaissance, cette fragrance du piano et du Rick's Cafe,Ingrid implorant du regard "Play it again,Sam",le brave Sam hésitant par peur du patron à qui la nostalgie a donné tant de coups, ces quelques notes "Quand passe le temps" égrenées dans ce Maroc hollywoodien de rêve quand le rêve est plus fort que l'authentique si souvent frelaté,cet air de souvenir à la hauteur des plus grands romans,l'une des très rares fois où le cinéma est frère de la littérature par son pouvoir d"évocation,et la douleur qu'il plante dans nos reins, l'envie de ces destins bouleversés par les exils, l'impression d'avoir écrit les mots qi'ils se disent et filmé ce plan,l'extraordinaire sensation de devenir l'auteur d'une telle merveille, la rareté enfin de cette cicatrice,l'alcool et le départ déjà imminents,le prix de la vie pour avoir connu cela...Je les revendique et  souhaite qu'As time goes by vous blesse joliment.

http://www.youtube.com/watch?v=gGXEwI1S11A

Play it again Sam

1 octobre 2006

Vu sous cet angle

Michael Powell est un très grand cinéaste que je connais peu.J'ai bien l'intention de changer ça. De Powell je n'avais vu que Les chaussons rouges, somptueux mélo,probablement le meilleur film sur la danse (48).J'ignorais totalement que Michael Powell avait en quelque sorte signé en 38 un film précurseur du Néoréalisme italien. Il est vrai que certains plans de A l'angle du monde font penser à La terre tremble ce magnifique film de Visconti première manière. Les iliens de cette lointaine Ecosse ressemblent trait pour trait aux pêcheurs siciliens en révolte.

     Premier film indépendant de Michael Powell ce beau film se veut l'héritier d'un Robert Flaherty par exemple avec cette tendance documentaire et ces visages d'autochtones ayant vécu dans les coonditions du film. Le vertige nous saisit devant ce noir et blanc et cette verticalité si bien rendue par la caméra.Juste une petite touche fictionnelle qui ressemble un peu au Pagnol tragique de Regain par exemple. Ce n'est pas un hasard si l'on en vient à Giono, auteur de Regain car A l'angle du monde est un poème visuel élégiaque digne de l'ermite de Manosque qui aurait émigré sur une île de l'archipel des Shetland.

    Pour moi:une découverte d'un cinéaste éclectique dont les images évoquent avec leur caractère propre aussi bien Rossellini que les maître japonais.

16 octobre 2006

La douleur de Robert

           Robert McLiam Wilson nous propose à son tour sa version de l'Irlande contemporaine avec entre autres trois romans impeccables et rugueux.

           Ripley Bogle conte la "promenade" en Angleterre d'un raté,jeune flemmard qui n'a que peu de goût pour le travail,héros décadent qui en dit long sur la déshérence de toute une génération.Même les traditionnelles valeurs irlandaises sont battues en brèche par ce loser pathétique.Ce roman qui ne craint pas le mauvais goût s'avère finalement tonique et d'une écriture très cinématographique.

 

 

      Eureka Street,c'est l'amitié entre Jake et Chuckie,l'un catholique,l'autre protestant ou vice-versa,deux as de la débrouille dans Belfast encore secouée par l'interminable et idiotissime guerre des clans.Oscillant entre très drôle et très noir,souvent intimement mêlés en un tableau pittoresque et grinçant,Eureka Street commence ainsi "Toutes les histoires sont des histoires d'amour".Robert McLiam Wilson en vit une belle avec la littérature.

 

     Je préfère malgré tout La douleur de Manfred où planent un peu le théâtre de l'absurde et de vieux fantômes irlandais en exil dans Londres.Manfred,Irlandais vieillissant et condamné,revoit sa femme une fois par semaine sur un banc,sans avoir le droit de la regarder.Il faut dire qu'il l'a jadis battue et que sa vie s'est délitée entre un fils indifférent et sa propre culpabilité.Plus sombre que les deux autres romans,La douleur de Manfred porte l'accent grave d'une comédie humaine qui flirte avec le désespoir.

 

12 octobre 2006

La Comtesse au théâtre


Il y a quelques années une rencontre avec une comédienne avait dans ma vie donné quelques étincelles.Le cinéphile que j'étais a eu l'idée d'écrire pour elle ce qui suit.Cette très courte pièce un instant envisagée lors d'une soirée n' a jamais vu le jour.Telle quelle je vous la présente,à titre amical.A propos les étincelles dont je parlais n'ont pas pétillé jusqu'à concrétisation de ce splendide morceau de théâtre.Le théâtre s'en est vite remis.L'actrice et l'auteur s'en sont remis aussi,peut-être un peu moins vite.(Pardon pourla pagination,pas terrible.Et pardon pour la pièce,pas terrible non plus)

Dialogue

Cinéma:lui l’écran(masculin)

Théâtre:elle la scène(féminin)

Le théâtre drapé ----dignité;elle est seule et se penche

sur l’humanité.La vie c’est elle.

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Elle,la Scène

Je vous connais bien tous,oui,tous là,grands et petits depuis si longtemps.J’ai vécu vos vies et plusieurs fois.Je ne meurs pas.Vous non plus vous ne mourrez pas.Mieux vous vivrez en moi.

Mon nom:protéiforme il est comme on veut,selon votrehumeur,selon vos amours,changeant comme le vent.Appelez moi la Scène,le Théâtre.Au fil des ans:c’est qu’ on me donne environ 2600 ans.Pas mal pour tant d’années,non?Tragédie,Comédie.

Des esthètes incertains m’ont parfois baptisée Tragi-comédie.Mais un peu plus loin dans le monde je suis Nô,je suis Kabuki,théâtre d’ombres,Pansori.Là bas vers l’Orient.J’ai été farce aussi.Et même rite.Plus tard on m’a appelée Pantomime,Boulevard,voir Grand guignol.J’arpentais le Boulevard du Crime,c’était le siècledernier,crinolines,hauts-de-forme.Je pourrais vous en raconter des anecdotes,j’ai tant aimé,j’ai tant vécu,mille vies peut-être.

Et les plus grands m’ont servie.Il me semble même que les historiens ne remontent pas assez loin.Dans le froid des cavernes,je suis sûre,on mimait la chasse à l’auroch,au félin géant. Au moins les costumes étaient d’époque.J’y étais déjà,vous-dis-je.

Et les enfants?Que dire desenfants qui jouent dans leurs récrés et jusqu’à leurs pleurs,leurs flatteries,leurspetitesvanités pour plaire à la maîtresse:la plus sage,la plus attentionnée pour ranger ou nourrir Jeannot Lapin.Des comédiennes;Tiens!On est plutôt femme déjà quand on parle de jouer.Le théâtre est femme,avec ses tours,ses perversités,ses...

Aparté:mais on arrive...

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Lui,l’Ecran

Je l’ai entendue.Une vieille querelle,une histoire quiremonte.Elle se prend pour l’Art,le seul,le vrai.Elle va vous faire,si ce n’est déjà fait le coup de l’Antique,des amphithéâtres sur la mer.Syracuse,Taormine et la Grèce.Ah la Grèce!Quelle prétentieuse que la scène.Et puis ce langage.Oui,même dans le langage,le vrai,celui des vraies gens,comme vous.Oh!Je ne voulais pas vous blesser.Non mais se faire une scène,une scène de ménage,la grande scène du III.Tout,vous-dis je,tout pour faire parler d’elle.Mademoiselle,faut-il les appeler,il paraît.

Et ces codes:la cour et le jardin,je ne sais trop quoi.Désuet comme leur jeu.Allez,moi,l’Ecran,le Grand Ecran,je le concède,elle a eu son heure de gloire,peut-être.Mais on a beau dire,le théâtre,c’est un peu l’école.Vous n’allez pas me contredire?On s’y ennuie ferme.Ca ne ressemble guère à la vie.Etpuis il faut aller avec son temps.On ne peut ignorer Méliès,ni lesfrères Lumière,1995,un fameux bail déjà.Moi aussi j’ai une histoire.Moi aussi!

Vaniteuse!J’en ai assez d’être l’idiot de la famille.

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Elle,la Scène

Vous êtes là,évidemment.J’aurais dû m’en douter.Dèsqu’il y a quelques curieux,vous êtes là.Vous donner en spectacle.J’aurais dû m’en douter.

Lui,l’Ecran

On ne se tutoie plus?L a mémoire vous ferait-elle défaut?Nous avons pourtant pas mal de souvenirs,ensemble,belle théâtreuse.Ne suis-je pas votre jeune frère en quelque sorte?Même si vous m’accusez d’avoir mal tourné(mal tourné,j’ai quand même un peu d’esprit,non?)Allez,ne soyez pas sévère,vous avez aimé,vous avez eu votre chance.La roue tourne.

Elle,la Scène

Je ne veux rien avoir à faire avec vousVous n’êtes

après tout qu’un homme d’affaires sans scrupules.Le Cinéma,

unfaiseur,un truqueur.Ah les beaux titres de gloire.Moi,je

suis là face à la mer,le centre du monde,en Sicile ou en Grèce.

C’est presque l’éveil de l’humanité,de la conscience.

Laissez moi vous situer l’ambiance.Brûle le soleil des

îles proches.L’amphithéâtre,cette oreille démesurée pour le

plus beau des spectacles.La mise en scène de l’homme par l’

homme et pour les hommes.Le vent se lève un peu,la mer est

ionienne.Ils sont tous là avec ces noms si prodigieux.Ecoutez

comme cela chante:les choreutes,le coryphée,les protagonistes

et par dessus tout:le Destin.Eschyle,Sophocle,Aristophane et les autres.

Sans eux,sans leur plume,vous,pauvres humains vous

ne respireriez pas,le coeur à sec.Les sentiments,la grandeur,le pouvoir,la guerre,tout y est.L’essence même,ce qui fait que l’

homme est grand,palpite derrière un rideau.Le moindre tréteau

et les poumons s’emplissent de liberté.Tempête,violence,c’est

mon lot et c’est le monde.Je vous l’offre.

Lui,l’Ecran

Tout doux ma belle,comme vous y allez.Eh,j’ai appris

à parler,il y soixante-dix ans,à causer,c’est mieux.Leur langue,

c’est moi qui la connais.C’est que je viens de la rue,de la fête

foraine.Quand ils prennent leur marmaille par la main,c’est chez

moi qu’ils déboulent et pas à la Colline ou au Théâtre d’Expression du Peuple,ou quelque chose dans ce genre.Brechtien,c’est

cela?Le message,pourquoi pas le sacerdoce?Non,vous ne les ai-

mez pas vraiment.D’abord est-ce qu’ils mangent du pop-corn

au théâtre?Ca me donne faim.Allez la Scène,sois bonne joueuse.

On est resté proche,non!

Elle,la Scène

Cessez là ce jeu de démagogie,ce n’est pas mon goût

et je cultive une autre idée de l’Art.J’ai vécu la ferveur des ca-

thédrales,la foi des porches d’églises.Les mystères se jouaient

devant nombre de gens,illettrés,manants ou traîne-ruisseau

mal vêtus.Pourtant leur regard,j’ai su l’illuminer à la Passion

du Christ ou à la vie des saints.Ou bien encore en présentant la

Guerre Sainte et le voyage au Sépulcre.Si vousaviez vu comme

la communion inondait les parvis,ici-même en Picardie.Les femmes

à genoux comme contemplant le Ciel,entourées d’enfants aux

yeux écarquillés par la lumière émanantde cette scène si

chrétienne.Et les hommes se prosternant,eux pourtant rudes

à la tâche et obscurs,pour une fois transfigurés par le

théâtre.Transfigurés au sens premier,la figure comme

béatifiée.Les mystères médiévaux:la beauté,la grâce,seul Claudel

des siècles après a su...

Lui,l’Ecran

De grâce,il suffit,assez de grâce.Tu as vu,je parle

comme toi,un peu précieux”il suffit”.Pardonne moi ces facéties

mais je n’ai pas,moi,d’ancêtres canonisés à la sacristie.Tout au

plus mes premiers souvenirs remontent au sous-sol d’un café,

du Grand Café tout de même...Chapeau-claque plus qu’auréole.

Désolé.

Elle,la Scène

Le Café,les boulevards?Il est bien question d’un café,

fut-il grand,alors que j’évoque des centainesd’amateurs dans la

même liturgie,des tailleurs,des peintres,des jongleurs,tous

fiévreux de toucher au sacré,au coeur des villes pour édifier la cité.

Quel film,quelle fiction peut-elle ainsi toucherau sublime?Bien

sûr il y a peu de tartes à la crème dans la Passion.Comment dites-

vous,à Hollywood,”slapstick”?

Lui,l’Ecran

J’ai,moi,une toute autre idée du sacré,un respect du

public.Celui que vous ignorez,celui qui n’a pas honte de s’esclaffer

quand un flic tombe dans le bassin poursuivi par un chien.Bur-

lesque,les zygomatiques...Vous ne faites guère rire,ma belle

amie.Je vous l’ai dit,je sors à peine de la baraque en toile mais j’ai

grandi quand même et mes premiers maîtres,!les Méliès et sa

fantaisie,ses voyages extraordinaires,les Keaton,les Chaplin.

Ah!Celui-là au moins vous ne pouvez le nier.C’est officiel.

Elle,la Scène

Parlons-en.Il vient de chez moi.Il arpentait à huit

ans les théâtres londoniens,et pas les plus prestigieux.Plus près

de Jack l’Eventreur que de la Royal Company.Moi aussi,la Scène,

j’ai su accueillir les petits,les sans-grade sans flagornerie,sans

démagogie,dans la dignité.Au théâtre le petit Charles était

mime,acrobate,chanteur,enfant perdu,petit voleur et vieillard

chenu.Sans compter montage et démontage ,voire les tournées.

Chaque jour il faut remettre sur le tas l’ouvrage,rien n’est ja-

mais gagné.Au cinéma,c’est en boîte et voilà,on est tranquille,

ça roule.

Le métier de jouer est là:de vieilles planches,unvague

rideau,quelques spectateurs et j’aurai du talent.Pas toujours

celui du grand Will ou de Goldoni,je le concède et le revendique.

D’ailleurs ce soir,par exemple,l’auteur,bof...Il a beau essayer de

voir les choses derrière les choses.Pas toujours du génie,d’accord

mais du coeur;

“To be or not to be,that is the question”

Lui,l’Ecran

On croit rêver.Voilà ce Danois dégénéré à nouveau.

Et dans son royaume pourri.Non mais on croit vraiment rêver.Et

c’est la plus belle réplique du répertoire.Ca vous donne une idée.

Même une série B,chez nous,même ce ringard d’Ed Wood avait

plus d’imagination.Peut-être même Bresson:un minimaliste

pourtant lui,il aurait dû faire du théâtre.

Elle,la Scène

Moquez,moquez.Vous n’oserez taire la grandeur du

Roi Lear,père bafoué.Ni la violence des Henry,Richard.”Voici

l’hiver de notre déplaisir” Il y a là à Stratford/upon/Avon à la

fois Vérone et Azincourt,la guerre et le pouvoir,le Maure de Ve-

nise et ce traître de Iago,la perfidie des femmes et la veulerie

des grands.La paillardise de Fastaff elle-même est grandiose.

Lui,l’Ecran

N’oubliez pas que j’ai fait plus pour Shakespeare que

tous les vôtres.Je dois dire que lui,William,est l’un de mes meil-

leurs scénaristes.Avec mon grand à moi,mon très grand,Orson

Welles,quel attelage,non mais quel attelage!Et les Japonais,

aussi,créateurs de leur propre Shakespeare:Kurosawa,le

Château de l’Araignée.N’ai-je pas un peu mes titres de noblesse?

Elle,la Scène

Oui,à propos ce Welles est bien le mégalomane de 25

ans,brisé par Hollywood,pour cause de génie trop précoce.Pas

mal,l’idée de son traîneau et la neige de “Rosebud”.Pas mal pour

un cinéaste.Ca ne lui a pas porté chance:le cinéma,cette indus-

trie.Allez je vous l’accorde,vous avez eu quelques éléments de

valeur mais même pour Welles je vous ai précédé:son Mercury

Theatre,c’était bien avant Citizen Kane?

Comme ce grand Nordique,introverti,je suis à la re-

cherche de son nom.Grand metteur en scène de théâtre!Du

souffle assurément,mais quand vous m’accusez d’austérité,

repassez ses films.

Lui,l’Ecran

Ingmar Bergman,l’ermite de Farö.Un sacré client,pas

facile.Un tyran,obsédé par le péché.L’austérité très belle dans

son dépouillement.Tourments,la Honte,Crise,Cris et chuchotements.

Des personnages magnifiques de la part d’un homme qui

aimait les femmes et qui les a comblées,en les bousculant un peu

certes.Normal.De toute façon il m’ a quitté pour la télé,alors...

Elle,la Scène

J’en ai un peu assez du Nord.J’ai bourlingué plus au

chaud,en Méditerranée.Et ces lurons vous les avez toujours

ignorés,à part les Enfants du paradis.Je parle de mes vieux amis,

de ces caractères installés derrière un masque Pierrot(Pedrolino)

Colombine la fringante,Scaramouche,Arlequin le coloré,Mata-

more.Tous aux pieds légers,la Commedia dell’Arte,la comédie du

métier.Ils dansent,ils zieutent,ils écoutent,ils se moquent.On

appelle certains les Zanni,les histrions.Sveltes,ingambes,de la

porcelaine.

Lui,l’Ecran

Mon vieil ami Federico n’en était pas si loin.Une complice

à moi a dû vous en parler ici-même.Il n’aimait rien tant

que les bouffons,les clowns,les danseurs de corde et ceux qui

s’attardaient le nez dans les nuages au coeur de Roma,de la

Cité des Femmes et du Cinéma.Marcello!La belle équipe,oh,la bella squadra et la musique de Nino.

A propos de sud,chère consoeur,rappelez-vous le Prince:”Nousétions les guépards,les lions:ceux qui nous succè-

deront seront les chacals,les hyènes.Et tous tant que nous sommes,guépards,chacals,brebis,nous continuerons à nous

prendre pour le sel de la terre”.

Elle,la Scène

Je reconnais bien là Visconti,cet autre prince.Lui aus-

si m’a aimé,lui aussi m’a célébrée.Décidément nous avons des amis

communs.Peut-être sommes nous vraiment plus proches que

nous ne voulons le laisser paraître.

Lui,l’Ecran

Parfois j’ai été un peu nerveux,à l’Ouest,avec les chevaux,par exemple.Ils m’ont toujours excité,les chevaux et j’en

ai fait un genre à part entière,le seul spécifiquement cinéma-

tographique.Mais je l’assume et s’il ne devait rester de moi qu’

une image pourquoi pas un cavalier dans la plaine,ou une corde

au soleil attendant un cou de bonne volonté afin de l’étreindre.

Le western,le cinéma par excellence.Ou mieux encore parité

oblige,le seul grand rôle de femme dans un western,Joan Crawford,au piano,de noir vêtue,dans Johnny Guitar.Vous le savez

la tragédie grecque,les Atrides,ça s’est passé aussi le long du

Rio Bravo.Les Horace et les Curiace en guerre pour un ranch.

Universelle,la lutte pour le pouvoir.

Elle,la Scène

Oui mais la passion,la bataille d’Hernani,le romantisme

n’a pas d’égal.Qui n’a pas vu les “Jeune France”,mon tendre ami

Nerval,et Gautier,et bien d’autres,forcer les portes de la cita-

delle des classiques?1830,Hernani.Mort aux emperruqués,aux

vieux birbes!Quel cénacle autour de Victor,et Vigny et Dumas!

“Elle me résistait,je l’ai assassinée”

Lui,l’Ecran

J’ai moi aussi eu mes révolutions:l’expressionnisme

de Berlin,Murnau,Lang:”Ich weiss nicht”.Cet assassin égaré qui

sifflait Peer Gynt.

Et Jean-Luc et Truffaut pendus au rideau du Festi-

val;La Croisette en 68,la Nouvelle Vague,les Angry Young Men,

le néo-réalisme...

Elle,la Scène

Hola,on avait dit “Pas de catalogue”.Et ce n’est pas

parce qu’un chômeur a volé une bicyclette en Italie après-guerre que vous devez vous sentir investi d’une mission sociale.

Lui,l’Ecran

“Ciel mon mari”

Elle,la Scène

Quoi,vous avez osé?Immonde...

Lui,l’Ecran

Mais je n’ai rien dit,enfin rien de plus que l’une de

vos phrases immortelles(Note:il pouffe de rire).Pardonnez moi.

Est-ce ma faute si le théâtre pour beaucoup se résume à un

placard?Pantalonnade!

Elle,la Scène

C’en est trop.J’en ai assez entendu.Vous ne changerez

donc jamais.Me réduire à ces pitreries.Est-ce vraiment votre

opinion?Adieu!

Lui,l’Ecran

Bon,ça va,reviens.Tu sais bien que je t’aime toujours

même si on est parfois concurrents.J’ai moi aussi,et tu le sais

bien,dans mon patrimoine,par exemple le Congrès des belles-

mères,d’Emile Couzinet.Invisible,perdu pour tout le monde et

c’est diablement heureux.Jamais rien fait d’aussi débile.

Elle,la Scène

Je te pardonne,espèce de grand escogriffe.Allez,pour

ta punition récite-moi quelque chose.Il y a,chez toi bien des

choses que j’aime,si tu veux bien t’en donner la peine.

Lui,l’Ecran

O.K.Princesse.Si tu me le demandes ainsi avec ton sourire,ton sourire d’une nuit d’été.

“Nous sommes dans l’Ouest ici.Quand la légende dépasse la réalité,on imprime la légende.”

Et François le fidèle:”Les jambes des femmes sont

comme les branches d’un compas qui arpentent la terre en tous

sens et lui donnent son équilibre et son harmonie”

Dis,sois ma partenaire,juste un peu.

Elle,la Scène(l’interrompant)

Allez,je t’aide,jepasse à l’ennemi.

“Qu’est-ce que j’peux faire,j’sais pas quoi faire”.Ou me veux-tu un peu flingueuse “J’ai déjà vu des cons,mais vous êtes

une synthèse” ou anarchiste “Salauds de pauvres,Jambier,Jambier,47 rue Poliveau”

“Tu me fends le coeur”,si tu me veux province,si tu meveux Provence.

Lui,l’Ecran

“Silence,j’écris”.Mais quel talent,la Scène,tu devraisvenir plus souvent.

“Vos gueules la-haut!On n’entend plus la pantomime”

Elle,la Scène

“Bon appétit,Messieurs,ô ministres intègres”

Mais ne préfères-tu pas “Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?”

Lui,l’Ecran

“Madame,il est tard demeurez ici.On vous y logera le mieux qu’on pourra”

Elle,la Scène

“Non,Dom Juan,ne me retenez pas davantage”

Ainsi mon ami,sensible à ce bon vieux Poquelin.Tu sais

que ça fait plaisir.Don Juan te plaît hein?Je reconnais bien là

ton curieux pouvoir,cette séduction un peu facile mais...

Lui,L’Ecran

Troublante

Elle,la Scène

Oui,voilà,troublante.Tu es content,là?Tu ne change-

ras donc jamais.Sors un peu de ton emploi.Tu vaux mieux que ta

complaisance,tu me l’as prouvé déjà.Dis moi plus,dis moi mieux.

Parfois tu sais cerner la vérité des êtres.Quand tu sais t’affran-

chir des contraintes et te donner les moyens,quand tu sais être

libre.Respire,respire la poésie surréelle et les haines du confor-

misme.Il y a eu Don Luis Bunuel et ses yeux de glace.Cette carte

tu ne l’as pas jouée à fond.

Lui,l’Ecran

Cette carte n’est un atout que pour la littérature.Il

me faut m’en affranchir.Moi je crois n’être jamais aussi vif

que dans le cartoon.Et Tex Avery est un maître,et l’animation

quel mot vivant et original.Le parfait sésame pour l’invitation

au voyage.Ah,ce loup au regard exorbité,hurlanT à l’amour au

cabaret!Waouh!Et la lune rieuse de Méliès, son clin d’oeil,l’un

des plus beaux appels du Septième Art,de moi quoi!

Maisje neparle que de moi.Tu as des projets?Des nouveautés.”Qu’allait-il faire dans cette galère?” ou plutôt “Ca

vous chatouille ou ça vous gratouille?”A moins que ce ne soit

trois soeurs,avec leur oncle,devisant dans le verger.Attends:

c’est la cerisaie,oui,la cerisaie.Ca se passe en Russie,je connais.

Bonjour l’action.Il y a l’âme slave,tempête dans un samovar.

Elle,la Scène

fois encore

J’avais effectivement une idée,simple et modeste.Par une soirée presque d’été j’aurais aimé la paix,la paix partoutmais au moins

entre nous.La soirée aurait ressemblé à celle-ci et tes amis

auraient été les miens.On aurait bu un peu,peut-être dansé,

doucement.L’atmosphère...

Lui,l’Ecran

“Atmosphère,atmosphère”

Non,pardon,c’est un peu facile.Au diable tous ces mots

jetés à notre face.Retournons ensemble à la bibliothèque.Je suis

sûr qu’on y fera des découvertes.Le livre n’est-il pas lui aussi de

la famille?Allez,viens!Viens!

Souviens-toi:une bonne pièce a parfois donné un bon

film.Et il y a quelques exemples de bon livres bien adaptés qui

ont fait de très grands films.Si,si,je pourrais vous en citer.On

en parle après,ça m’intéresse.

Elle,la Scène

Par contre on n’a jamais vu ou presque de roman

transcrit pour la scène avec bonheur.Rarement.La preuve d’une

plus grande indépendance en ce qui me concerne.

Lui,l’Ecran

Le dernier mot.Sûr qu’elle aura ...le dernier mot

10 octobre 2006

Les désarrois de l'instituteur irlandais

Journée d'adieu Avant tout rappelez-vous qui'Eireann en connaît plus sur la littérature irlandaise que quiconque et que d'un clic vous en saurez plus sur ces auteurs nombreux et formidables.Je découvre John McGahern alors qu'il vient de  disparaître,avec Journée d'adieu(Belfond).Il n'y a guère d'exotisme irlandais chez McGahern bien que les pubs et les églises aient pas mal d'importance dans ce roman.

    La joie de vivre n'inonde pas vraiment Journée d'adieu qui commence au départ d'un instituteur de son école et se poursuit par une suite de retours dans le passé.Ce que je retiens de ce beau livre grave et serré c'est essentiellement des mots bouleversants sur la mort d'une mère et un questionnement sur la recherche du bonheur au travers des embûches et des déceptions.

    Mais Journée d'adieu est très surprenant par la relation amoureuse qui s'instaure entre une Américaine divorcée et l'enseignant en congé volontaire. L"immoralité" de cette liaison dans un pays où la religion pèse lourd certes mais pas toujours aussi négativement peut-être qu'on ne l'imagine nous emmène dans les dédales d'une géographie du coeur sans excès ni dérives.Bien au contraire cette histoire est portée par une calme ardeur,celle d'un écrivain sobre et que,je crois,le futur fera mieux connaître.

17 octobre 2006

Remarque sur Remarque

Le grand écrivain pacifiste allemand puis américain Erich Maria Remarque aura été bien servi par le cinéma ce qui est loin d'être le cas de tous les auteurs.Dès 1930 Lewis Milestone adapte son roman le plus célèbre A l'Ouest rien de nouveau que l'on considère comme le pendant allemand des Croix de bois,livre de Roland Dorgelès et film de Raymond Bernard.Film certes hollywoodien mais très lyrique et conforme à l'esprit de Remarque.Récompensé aux Oscars cette production reste une date dans l'histoire du film de guerre.

   Engagé très jeune dans le premier grand conflit Remarque sera toute sa vie obsédé par les massacres et dans le magnifique Trois camarades de Frank Borzage(38) la guerre est encore très présente même s'il nous conte l'amitié de trois soldats qui dure bien après l'explosion. Mais quitte-t-on vraiment jamais l'uniforme quand on a vécu l'enfer de ces hommes?Une jeune fille marquée elle aussi mais par la maladie vivra quelques mois de toute beauté parmi ces trois coeurs cassés.L'amour fou est une constante chez Borzage également auteur d'une belle adaptation du grand roman d'Hemingway L'adieu aux armes.

    En 58 Douglas Sirk signe le sublime Le temps d'aimer et le temps de mourir adapté du roman du même nom et qui se déroule sur le front russe de la Seconde Guerre Mondiale.Jean-Luc Godard en a dit "Je n'ai jamais cru autant à l'Allemagne en temps de guerre qu'en voyant ce film américain tourné en temps de paix".Sirk,croyez-moi,s'y connaît en émotions.

   Je n'ai jamais lu ces romans d'Erich Maria Remarque mais à l'évidence le regard de cet homme sur le siècle est aussi celui du grand écrivain italien Mario Rigoni Stern,déjà chroniqué,du français Barbusse ou de l'anglais Frederic Manning(Nous étions des hommes). A rapprocher également du tout nouveau Le chemin des âmes dont je viens de vous parler bien que ce dernier livre ne soit pas le témoignage d'un soldat mais une pure fiction d'un écrivain de 30 ans.

1 octobre 2006

Quelque chose en nous de Dorian Gray

Le portrait de Dorian GrayEt de maléfique aussi,quelque part au fond de nous.Adaptation magistrale du dandy Albert Lewin d'après le livre du dandy Oscar Wilde,avec le  dandy George Sanders dans le rôle du mentor du dandy Hurd Hadfield qui joue le dandy Dorian Gray.Ahurissant de constater que le film comme le héros ne vieillit pas.Il agit toujours sur le spectateur que je suis et chaque vision semble ajouter quelques outrages au temps(sur moi).Car le film,lui,est inaltérable.

Une photographie magnifique aère cette oeuvre hors du temps.Les tavernes du port de Londres où Dorian n'arrive même pas à trouver la mort,les sarcasmes et le cynisme de George Sanders,les brumes où l'on craint de rencontrer Jack l'Eventreur ou le Dr.Hyde,toute cette ambiance victorienne est parfaitement évoquée par Albert Lewin.

Faust lui aussi voulait garder sa jeunesse.Dorian,lui,ira jusqu'au meurtre car son Méphisto,à lui,c'est sa seule conscience,élastique et qui fera de lui un jouisseur,esthète pervers et décadent,oiseau de malheur pour ses amis et ses amours.Pourtant Dorian est une victime,la première,de son hideux pacte qui le dépasse.Trop tard pour faire le bien...

On a tous quelque chose en nous de Dorian Gray,cette volonté de vivre pleinement,cette envie d'échapper aux conventions,cette infinie soif et surtout cette crainte terrible que sur l'écran ne s'affiche le mot "fin" .Dorian Gray a essayé.Son alter ego,père littéraire,Oscar Wilde a essayé.Vivre autrement ne lui a pas réussi...

16 octobre 2006

Roddy de Barrytown

Un petit tour dans mon pays fétiche tant sur le plan cinéma que littérature.Voici Roddy Doyle,auteur de la trilogie de Barrytown qu'Alan Parker(The Commitments) puis Stephen Frears(The Snapper,The Van) ont popularisée au grand écran.

Paddy Clarke ha ha ha se passe également au milieu des années 60 dans la banlieue un peu minable de Dublin.Nous sommes bien évidemment avant le boum économique irlandais et Patrick Clarke est un garnement comme tant d'autres,entre bagarres et chapardage,football sur le chantier et parfois,pas souvent,beignes à la maison.On retrouve dans Paddy Clarke ha ha ha la truculente verdeur des trois films précités et,dans la catégorie très chargée des souvenirs d'enfance l'apprentissage de Paddy,alter ego de Roddy Doyle,ets une bonne pioche.


La femme qui se cognait dans les portes,c'est la triste vie de Paula Spencer,dix-sept ans de galère conjugale ponctuée de râclées,dents brisées,grossesses non désirées,le quotidien de pas mal d'Irlandaises et d'autres.Voyez,j'adore l'Irlande mais n'oublie pas qu'elle a vécu assez longtemps une forme d'obscurantisme hélas toujours très partagée dans le monde.Pour ce livre on dirait que Paula Spencer c'est Roddy Doyle tant l'acuité et la sincérité de son écriture sont éclatantes d'authenticité.



Les cinq bouquins cités sont chez 10/18 ainsi que L'enfant de Dublin de Peter Sheridan qui est de la même verve.Quand je vous dis que les Irlandais sont tous écrivains.

17 octobre 2006

L'arbre ultime


Enfin vint le dernier soir


A la recherche de l’arbre ultime


Serait-il là,maître des cimes


De la palmeraie ancienne


Courbant sous le sirocco noir


D’une oasis algérienne.


Serait-il modeste fruitier


Rosissant au printemps normand


D’une terre de liberté


Près des grands cimetières blancs


Allais-je encore le débusquer


Abritant,Amazonien


Les derniers Indiens


Cueillis par l’hébétude


Et le jaguar y feulerait


Dans la dense nuit meurtrie du Sud.


J’aurais aimé le rencontrer là haut


Cyprès toscan de la douce colline


Penché sur Florence et l’Arno


Jouant la comédie divine


Veillerait-il,acacia,ombrelle


Sur la savane aux vives gazelles


Priant pour la pluie


Pour la vie.


Resterait-il à jamais symbole


Cèdre bleu de ce Liban


Où la colombe à peine s’envole


Paisible érable chantant


Au coeur du Saint Laurent.


J’ai vu l’arbre ultime


Ni le saule larmoyant


De mes amours de douze ans


Ni ce boréal et fragile sapin


Ni ce rouge géant californien?


Non,c’était l’arbre du crime


C’était l’arbre bourreau


Et le chanvre assassin


Greffé sur ses rameaux


Ployait comme un rictus dernier


Sous le faix des hommes condamnés.

22 octobre 2006

De Vancouver

   

Je vous écris,Madame,de Vancouver

Vous-souvenez-vous,j'étais un homme de l'ouest 

Le miroir de ma chambre d'hôtel

Grimace un peu de cheveux gris 

Cela m'a pris du temps

Pour ne jamais vous oublier

Le Pacifique me repose

C'est que,Madame,depuis mortes saisons

Votre sourire colle aux pages de ces livres

Qui m'ont accompagné du Pont de Normandie

Le vent de l'estuaire nous avait blessés

Vous souvenez-vous

Ces embruns vous lacèrent-ils les pommettes

Comme la lame acide de nos souvenirs

Brûle et voile mon regard ainsi qu'au premier jour

Loin là-bas par delà l'océan qui sait ce que nous sommes.

4 octobre 2006

Renoir en Amérique

Jaquette du DVDAu programme deux films réalisés par Jean Renoir en Amérique.L'homme du Sud(46) souffre d'une comparaison fréquente avec Les raisins de la colère,oeuvre évidemment plus forte et plus enracinée que cette évocation somme toute assez sage de la dure condition des ouvriers agricoles du sud cotonnier.Le rythme des saisons est bien perçu et on peut peut-être avec beaucoup de volonté trouver quelques ressemblances avec mon cher Néoréalisme.J'ai dit peut-être. Ce Renoir là est estimable mais n'a pas grand-chose à voir avec la corrosion de La règle du jeu ou la subversion du Crime de Mr.Lange. Pour la famille néoréaliste revoir Toni(34).Une originalité:le seul film à ma connaissance où un poisson-chat joue un rôle important.Il a même un prénom que j'ai oublié.

    Un peu plus ancien,L'étang tragique a été tourné avec des acteurs connus,Dana Andrews,les deux Walter,Brennan et Huston,Carradine, Anne Baxter et se passe aussi dans le sud,en l'occurence les marais de Georgie. Il s'agit d'une histoire de rédemption et de conflit homme-nature dans le cadre d'une chasse à l'homme dans les marécages très cinégéniques.Pour Renoir une occasion de faire son métier autrement. Au bout du compte deux films à connaître pour mieux appréhender la parenthèse américaine relativement longue de Jean Renoir,ce metteur en scène très français mort à Beverly Hills.

20 septembre 2007

La Comtesse

       

    Le soleil plutôt discret égayait à peine les délicieuses petites artères proches de la fontaine Saint Michel, dans ce quartier latin qu’arpentaient encore quelques touristes en mal de pittoresque. Les librairies, nombreuses, goûtaient une pause relative juste avant l’assaut des hordes d’étudiants venus là pour changer le monde.  Le docteur Jérôme Di Drogo n’était plus à l’université depuis presque vingt ans mais flânait volontiers dans ces ruelles chargées d’histoire et aussi de ses petites histoires à lui,de ces souvenirs délicieux et amers qu’un homme aime, je crois, à trimballer là, dans un petit coin de tête. Rue Saint André desArts le vieux studio d’art et d’essai le trouva en avance de trente minutes sur son rendez-vous. Son épouse,pas complaisante pour autant, n’avait émis aucune objection à cette incartade et pourtant c’était bien une créature de rêve qui attendait le docteur cet après-midi. Et pas pour un très moyen cinq à sept, non, pour une très longue éclaircie obscure. En effet ce jour l’élue de son coeur n’était rien moins qu’Ava Gardner à laquelle le Studio Hautefeuille dédiait une rétrospective et trois films dans la foulée. Mme. Di Drogo connaissait la cinéphilie pathologique, voire obsessionnelle de son mari:un mardi sur deux il délaissait son cabinet chargé pour sacrifier au culte d’Hollywood et de quelques icônes précieuses du Septième Art. Savez-vous que les cinéphiles constituent une secte, dangereuse pour celui qui s’est trouvé coincé lors d’un dîner entre un fanatique des premiers Bergman, d’un noir et blanc dépressif et un aficionado de la mythologie de l’Ouest dans les westerns de John Ford(période intermédiaire).

    A la première pluie, démuni d’imperméable et rageant d’avoir oublié son trenchcoat tout neuf, copie de celui d’Humphrey Bogart dans le Faucon Maltais, il gagna le lieu de perdition et attendit dans le hall en admirant les photos sur les murs fatigués. Il avait perdu depuis peu l’habitude de les voler mais les regardait toujours langoureusement. Un quart d’heure encore, assez pour s’imbiber de l’ambiance années cinquante indispensable à une parfaite évaluation des éléments baroques du film noir américain.

    Trois perles de l’histoire du cinéma étaient proposées à sa boulimie: Les Tueurs, Pandora et la Comtesse aux pieds nus. Il salua gentiment la caissière qui le connaissait bien et lui délivra sourire et tickets, passeports pour la félicité. Jubilant à l’idée de revoir la beauté d’Ava Gardner, il n’eut aucune attention pour la jeune femme parvenue au guichet peu après. Le dernier écran de pub venait de vanter les mérites d’une célèbre bière danoise et déjà le jour revenait dans la salle un peu désuète mais si charmante,tapissée d’affiches classiques, Citizen Kane, Le Dictateur, La Règle du Jeu. Fidèle de cette chapelle il reconnut une poignée de cinémanes sacrifiant aussi au rite de la Comtesse: un signe muet qui n’était pas sans rappeler les messages ésotériques échangés par les premiers chrétiens dans les catacombes de la Rome impériale.

    Trois minutes à peine avant les retrouvailles avec la star et le choc: Jérôme ne vacilla pas, ancré aux bras du fauteuil et pourtant deux rangées devant lui,alors que les projecteurs de la Fox balayaient l’écran, était assise Ava Gardner. Sidéré, il allait passer une après-midi catastrophique au moins sur le plan cinéphilique: il ne put savourer les finesses du scénario de la Comtesse. Il avait déjà vu le film six fois.Mais en lui quelque chose chavirait.Embué son esprit peina à sortir des limbes où l’avait noyé la vision de grâce,mais d’une grâce un peu démoniaque. Enfin comme après un dîner-débat trop chargé son cerveau accepta de décliner un regain d’activité.-Pétrifiant, une telle ressemblance est proprement fantastique,songea-t-il. Mais je rêve,c’est impossible,et puis personne ne se retourne,je suis le seul à l’avoir reconnue. Qu’est-ce que je dis? Non,pas reconnue, je ne l’ai pas reconnue, non, j’ai seulement remarqué une femme qui me rappelle un peu Ava Gardner, pas mal même. En fait elle est loin d’avoir la même allure, elle est élégante, sans plus; une coquette qui affectionne le rétro. Enfantillages, je vais trop au cinéma. Résolu il s’immisça dans l’écheveau complexe des amants de la belle danseuse espagnole, cette si belle comtesse venue de la rue. La femme éternelle, celle que tout homme craint et espère et qui inonde d'un malheur fou producteur, matador ou aristocrate. Maria Vargas, imprévue quoique vue et revue,ferait toujours fantasmer le spectateur, un peu triste,un peu naïf.

    Très vite cependant il abandonna la vraie pour la fausse ou était-ce le contraire?La présence l’envahit à nouveau et se révéla coriace et délicieuse, tortueuse à son esprit. -Ce chapeau , elle avait le même dans Show Boat, j’en jurerais. Show Boat,1949ou 51-Maintenant il la distinguait un peu mieux dans le subtil halo de la sallle obscure. Son image en devenait presque irréelle, princière, infernale peut-être, ce mouvement de tête, imperceptible, ces épaules caressées du regard,ce...Jérôme se surprit voyeur, à rêver plus qu’à scruter les chaussures de l’apparition, éveillant un sentiment plus fort encore qu’il jugea mystique, comme l’amour du Prince Tasso pour l’aventurière andalouse. Moins mystiques: les cervicalgies de ses vertèbres enflammées à force de rotations excessives vers ce damné fauteuil. Ava était légèrement de côté et le regardait,ses jambes croisées évoquaient la scène de Marchands d’Illusions, une rareté qu’il n’avait jamais vue dont il conservait pieusement deux clichés dans un vieux Mon Film.

    Sur la toile le drame allait se nouer et Maria Vargas ne vivrait pas longtemps.Fasciné par le personnage bien réel surgi dans sa vie comme d’un fondu au noir, Jérôme craignit que The end ne sonne aussi le glas de cet étonnement; aussi se sentait-il plutôt inquiet et pris de panique quand défila rapidement le casting finaL.

     Il ne se leva pas de peur de rompre le charme. Il n’eut guère le loisir pourtant de se remettre. Déjà la jeune femme quittait son siège. A sa hauteur elle l’avait regardé,un regard très court et décidé, feu et glace, qui l’avait figé et aussitôt remis en selle sur les pas d’Ava Maria Pandora. Elle avait à présent quitté le hall et dans la rue croisait les piétons, pressés ou distraits. Il crut l’avoir perdue mais repéra son chapeau disparaissant à l’angle de la rue Danton. A quatre heures le soleil partait et un air frisquet et stimulant lui rafraîchit l’esprit. Sur les talons de l’apparition il s’entendit soliloquer. -Quel imbécile! Tu agis comme un adolescent ne le ferait même pas.Cesse ce manège tout de suite,tu vas manquer Les Tueurs et ça c’est plus grave que d’avoir gâché les trois quarts de la Comtesse aux pieds nus. Pense à la communication dont tu t’es chargé pour le week-end des amis du thriller. Ils t’attendent.

       Elle était entrée à la brasserie de l’Odéon. Alors ses résolutions filèrent et il l’observa un instant, la détaillant depuis le boulevard.-Grotesque.Prenant conscience du ridicule il poussa lui aussi la porte de l’établissement. Un garçon fatigué marmonna bonjour. Jérôme s’assit non loin d’elle pendant que le serveur, d’un regain d’énergie, essuyait la table et enregistrait mentalement un panaché.

      Une chope et un ensemble thé citron, après vingt secondes de vie commune rejoignirent leurs amateurs respectifs. Jérôme, sonné, ne pouvait s’empêcher de regarder sous cape la mystérieuse cliente. Comment était-ce possible? Une telle énergie émanait de la belle, quelque chose semblait se répandre en un halo surréaliste dans le café. Le plus curieux est qu’il était le seul à vivre cet instant idéal et troublant. Ce trouble, cette qualité tellement cinématographique, ne toucherait donc que lui. Il se posa même la question “N’ai-je pas traversé l’écran? C’est le syndrome de la Rose pourpre du Caire, ce délice de Woody Allen où le jeune premier vient prendre la petite serveuse dans ses bras. La petite serveuse,c’st Mia Farrow quand même.”

    Il allait l’aborder, Ava elle-même, sans aucun doute. Oui,il allait l’aborder, superbe, c’était écrit, comme dans les plus beaux scénarios. Sortant à peine de ce coma Jérôme héla le serveur et paya bien vite. Pas assez vite pourtant. Pris au dépourvu il abandonna ses cent francs, royalement, comme dans un polar pressé car il venait d’apercevoir la chaise vide. Brutale comme la foudre elle venait de disparaître.Mais non,tout allait bien,s’étant rué dehors il la vit marcher devant lui, parmi d’autres. Comme si elle l’avait enfin remarqué elle se retourna et ses yeux...Jérôme crut perdre l’équilibre.

     Aimanté, il l’escorta à distance une dizaine de minutes. Il avait abdiqué toute velléité de réalisme et nageait à présent en une sorte de fascination non dénuée de crainte. S’y mêlait un parfum de mystère, de ceux qu’on ne connaît qu’à l’adolescence. Rue Soufflot, sur le point de la rejoindre il fut surpris de la voir entrer vivement dans un immeuble cossu. Elle prit à peine le temps de se retourner et s’engouffra dans la cage d’escalier. Immédiatement il l’entendit sonner et être accueillie dans un appartement du premier. De l’entresol resté ouvert il pouvait percevoir des bribes de conversation et une voix de femme plutôt virile: ”Enfin, Ava, vous voilà.Vous êtes l’avant-dernière. Le casting est complet. Nous allons parler chiffres. Ils sont médiocres.Vousn’êtes pas des call-girls ordinaires.Vos gains ne doivent pas l’être non plus”.

    L’amoureux de la Comtesse aux pieds nus n’en apprit pas davantage. Marilyn Monroe montait les marches, pressée et inquiète, vêtue, du moins crut-il le déceler de la robe qui froufroutait dans Sept ans de réflexion. L’amoureux de la Comtesse, ahuri et un peu dégrisé se jeta dans le premier café. Deux Triple sec sur le comptoir en réclamèrent un troisième.Un peu chaud, montre en main, en ne traînant pas trop il avait encore le temps de voir Pandora et la légende du Hollandais Volant.Ava Gardner y était radieuse, troublante, irréelle,Ava Gardner...

9 mars 2007

Le douloureux cinéma de Zurlini

La fille à la valiseZurlini n'a fait que peu de films.Je voudrais attirer l'attention sur ce metteur en scène rare et inspiré qui a signé en 60 le formidable La fille à la valise avec Claudia Cardinale et Jacques Perrin tous deux très jeunes. Une jeune provinciale est victime d'un beau parleur. C'est une situation fréquente au cinéma mais Aïda n'est pas de la race des victimes. Pas très éloigné de la Nouvelle Vague française cette réalisation est affranchie des séquelles du Néoralisme mort depuis quelques années. C'est le jeune frère du Don Juan qui va prendre en main le destin d'Aïda qui l'aidera à prendre conscience de la difficulté de devenir adulte et responsable. Ancré dans le social le film ne sera pas un succès commercial. Valerio Zurlini n'en aura jamais pourtant après sa mort on redécouvre la force de son cinéma.

    Journal intime (62) traite de la difficile fraternité entre Mastroianni l'aîné et Perrin le cadet. C'est un film absolument bouleversant de pudeur et d'ue étrange douleur qui nous humanise mais c'est là tout le cinéma de Zurlini, si personnel et si intime comme le titre.  A ne pas confondre avec l'homonyme film de Moretti remarquable lui aussi. On doit à Zurlini l'un des meilleurs rôles de Delon dans Le professeur dont le titre original se traduirait par La première nuit de tranquillité. Détrompez-vous, le cinéma de V.Z. est le contaire,inquiet, secret et obsédant comme sa courageuse adaptation si rarement diffusée du roman qui hante mes jours et mes nuits:Le désert des Tartares...

15 octobre 2006

La trilogie allemande du Duc de Modrone

Luchino ViscontiVoici quelques éléments de la conférence que j'ai donnée aux Amis de l'Université Jules Verne sur une partie de l'oeuvre de Luchino Visconti. Visconti est un paradoxe et incarne toutes les contradictions du siècle à lui seul.Aristocrate et communiste au train de vie somptueux, homosexuel ayant donné à Magnani,Cardinale,Thulin leurs meilleurs rôles,homme du nord de l'Italie mais chantre du Mezzogiorno au temps du Néoréalisme triomphant.Une personnalité riche,complexe,auquel on a reproché tout et son contraire. 

Ils étaient cinq(principaux),tous géniaux:Rossellini le professeur,De Sica le bon docteur,Fellini le roi bouffon, Antonioni le cérébral un peu éloigné et Visconti l'aristocrate un peu distant mais si sincère.

    Visconti,amateur de culture française et germanique,arrive aux années soixante et signe avec Rocco et ses frères une oeuvre magistrale,l'adieu au Néoréalisme.Puis viendra le Guépard(63) qui sera comme un au revoir à l'Italie.Le Prince Salinas c'est un peu Visconti lui-même évidemment.Souvenez-vous"Nous étions les lions,les guépards.Après nous viendront les hyènes et les vautours.Mais tous nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre.".Terrible aveu du Prince pourtant éclairé,mais perplexe devant les changements de l'Italie.  Les damnés   

N'ayant jamais pu mener à bien ses projets sur Proust(La Recherche du temps perdu étant à Visconti ce que Don Quichotte fut à Welles) il réalisera en quelques années ce qu'il est convenu d'appeler faute de mieux la Trilogie allemande. Les Damnés sonne comme une sorte de tragédie shakespearienne mise en scène comme un opéra wagnérien. Inspiré vaguement des Buddenbrook de Thomas Mann, déjà, de Macbeth,de la saga de la famille Krupp et d'une grande production d'épouvante dont le tournage en Allemagne dura presque 15 ans sous la direction d'un peintre raté,Les Damnés brasse,parfois un peu confusément,un peu "trop" les thèmes éternels du pouvoir et de l'ambition.Les Atrides de la Ruhr seront happés comme un simple rouage de la démesure assassine. Cortège funèbre comme dans les deux autres films,avec des éléments personnels ,moins que dans les films suivants.Mais Visconti au moins aura essayé de comprendre comment le pays de Goethe et de Beethoven a pu vivre ainsi.     Mort à Venise - Édition Collector 2 DVD

Mann,écrivain favori de Visconti dont le La mort à Venise était réputé inadaptable,tout en suggestions d'ordre esthétique difficiles à imaginer(au sens propre).Visconti raccourcit son livre déjà bref. Aschenbach,compositeur célèbre mais qui doute et vieillit se repose à Venise.Il l'ignore encore mais il a deux rendez-vous avec la Perfection et avec la Mort.La splendeur androgyne de Tadzio,et sa complice l'épidémie de choléra auront raison de lui.Eternelle contradiction d'Eros et de Thanatos et dévoilement de Visconti lui-même,viellissant et bientôt malade.Aschenbach,arrivé sur la chaise-longue du bateau mourra sur la chaise-longue de la plage.Rien ne semble changer mais tout change.Bogarde dans une scène fabuleuse se mettra à rire au lieu de pleurer.Ce n'en est que plus poignant.Et puis tant de symboles:choléra/Grande Guerre,Aschenbach/La vieille Europe... 

Ludwig(Le Crépuscule des dieux) dans sa soif de beauté,d'absolu lui aussi se perdra car "Les dieux tombent en ruines et s'écroulent avec leurs rêves devant un destin plus fort qu'eux".Helmut Berger,qui fut  comme le vrai Tadzio de Visconti ,incarne l'Amant du clair de lune dont le romantisme et la quête de pureté ne trouveront leur plénitude que dans la mort,celle qui réussit à éloigner cette médiocrité honnie.Ni le pouvoir des Essenbeck,ni le statut d'artiste vénéré d'Aschenbach,ni le sceptre et la couronne de Louis II de Bavière n'empêcheront la nuit de tomber.   

Visconti,c'est tout cela et aussi les pêcheurs affamés de Sicile,les exilés ruraux de Milan,les amants diaboliques d'Ossessione,les gigolos de Senso.Mais le temps de la trilogie un aristocrate plutôt progressiste,une sorte de guépard,a embrassé le destin de l'homme et sa propre perte,et ceci dans le contexte de ce vieux continent qu'il aime tant,mort plusieurs fois à Venise,à Sarajevo,à Berlin et ailleurs.

19 octobre 2006

Les titans

                                                 

Quand deux titans se rencontrent et s'affrontent ou collaborent,ce qui est la même chose,le résultat est souvent très décevant(.+ par +égale -).Le cinéma nous offre une extraordinaire exception.

Orson Welles,adolescent surdoué,a commencé d'adapter Shakespeare à l'école.Le génial homme de radio qu'il était a continué sur les ondes puis au théâtre,notamment son fabuleux et novateur Mercury Theatre.Cela nous mène évidemment aux trois films,Macbeth,Othello,Falstaff qui jalonnent l'oeuvre tellement incomplète d'Orson Welles.Shakespeare,"le plus grand homme qui ait jamais vécu"(Welles) a toujours hanté le cinéaste de Kane(personnage shakespearien d'ailleurs et thème très shakespearien aussi comme Arkadin).

Le superbe collector Macbeth(chez Wild Side) fourmille de renseignements sur le film et les inénarrables aventures qu'il a connues comme beaucoup d'oeuvres de Welles.Attention celui-ci,grand  menteur en a rajouté aussi sur ses démêlés avec les producteurs.J'ai étudié Welles et appris à m'en méfier.Il faut savoir par exemple que Don Quichotte est un film inachevé quasi volontairement.Mais revenons à Macbeth car s'agissant de Welles il faut parfois m'arrêter.Avec un tout petit budget et pour la modeste Republic Welles tourne en trois semaines Macbeth dans des décors de westerns de série B.La première version sortie en 48 dotée de dialogues avec un très fort accent écossais est un désastre commercial.Remontée en 50 la deuxième mouture ne convainc pas davantage,même la critique.Laurence Olivier est à l'époque le seul garant de Shakespeare au cinéma.Malgré ces tripatouillages Macbeth marque une date car le film présente de réelles qualités cinématographiques d'utilisation de l'espace pourtant réduit,de la bande-son avec une musique de Jacques Ibert.Le DVD offre de nombreux suppléments où des spécialistes de Welles dissertent de Shakespeare et de l'adaptation.Tout cela est assez docte et savant,passionnant mais pas d'un humour ravageur.

Avec plus d'argent et toujours lui-même dans le röle-titre Welles tourne en 52 Othello au Maroc et en Espagne.C'est le contraire de Macbeth:tournage en décors naturels,très morcelé dans le temps, plusieurs années qui ont usé quatre Desdémone.Welles a utilisé cadrages,plongées et contre-plongées notamment sur les remparts de Mogador pour un résultat assez spectaculaire,récompensé à Cannes.Welles,alors toujours en Europe avait dû faire l'acteur toutes ces années pour financer son projet.

AF-01984.jpg

"Nous en avons vu des choses,Sir John,quand sonnaient les Carillons de Minuit" est l'une des plus belles phrases du Cinéma.Falstaff,meilleur film d'après Shakespeare de tous les temps d'après moi est une pure merveille,pourtant issue d'un collage de quatre pièces du grand Will que le grand Welles a manipulées,triturées pour en saisir la substantifique moëlle.On y retrouve tout :la truculence,la paillardise,la couardise de John Falstaff mais aussi l'ambition,l'ingratitude du jeune roi,ancien compagnon de débauche de Falstaff.Le spectacle se conjugue ici avec une réflexion sur le pouvoir,la déchéance,l'amitié trahie au sein d'une fresque picaresque avec l'extraordinaire bataille de Shrewsbury,des moments de farce et d'émotion quand se mélangent rois et bouffons.Avec Falstaff on n'en est plus aux questions inutiles sur l'adaptation,la littérature au cinéma,la fidélité.On s'en moque:Falstaff est le coup de poing du cinéma.C'est aussi,on l'aura compris,un grand coup de coeurJ'ai beaucoup de respect pour Laurence Olivier ou Kenneth Branagh:ce sont de grands cinéastes fervents amis de Shakespeare.Welles,lui,en est le frère.

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