23 janvier 2007

Austère lande d'hiver

Le roman de Dominic Cooper Le coeur de l'hiver ne ressemble à aucun autre et son action sur les rives d'Ecosse aux fougères battues de vent et de marées violentes et destructrices nourrit 180 pages d'un lyrisme panthéiste qui me fait penser à la littérature indienne(Amérique du Nord).Alasdair Mor exploite une toute petite ferme et vit surtout de la pêche au homard.Mais la haine et la violence vont rattraper ce coin d'enfer pour une histoire de voisinage.

La brutalité qui s'immisce dans le récit n'empêche pas de comprendre les véritables héros de l'histoire,l'océan mugissant,le vent de glace et la lande déserte où pourrait errer le chien des Baskerville par exemple,cette saisissant aventure de Sherlock Holmes qui nous rattache vite à la tourbe écossaise.Livre du temps,aussi,du temps et des saisons,du froid qui dévore les mains d'Alasdair lors de sa rude tournée des casiers de crustacés.Le coeur de l'hiver a été publié en 75 et les Editions Métailié viennent d'en publier la traduction française dans une collection Bibliothèque écossaise attirante comme un vieux scotch au coin du feu.

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13 octobre 2006

Les diables de Tasmanie

Cet homme s'appelle Matthew Kneale et c'est l'auteur d'un roman génial qui convoque Stevenson, Conrad, Darwin, De Foe entre autres.Ceci est une introduction très quelconque car Kneale n'a besoin d'aucun parrainage.Il suffit de lire Les passagers anglais(Belfond,Presses Pocket) pour qu'éclate son talent de conteur et de moraliste.Le livre tient à la fois du conte des Lumières et de l'épopée à la Jules Verne.Mais assez de name dropping comme dirait Delerm.Plongez vous dans ce voyage au bout du monde d'un navire dont le capitaine convoie un jeune botaniste,un pasteur plutôt fondamentaliste comme on dit aujourd'hui,un médecin convaincu de supériorité.Ce voyage les mène en Tasmanie,cette île du sud de l'Australie où vivent des autochtones ce qui est bien leur droit.

    Que de questions à l'arrivée après les périls des océans sur la terre de Tasman pas trop hospitalière!Y trouve-t-on le Jardin d'Eden?Le racisme est-il justifié par les théories scientifiques très pointues sur la forme des crânes aborigènes?Les colons ont-ils des orteils?La contrebande a-t-elle un avenir entre Sydney et Hobart?Le diable de Tasmanie de nos dessins animés est-il porteur d'un virus?A dire vrai j'ai rajouté cette dernière question pour faire rigolo.Matthew Kneale a choisi pour son récit la forme d'un journal de bord tenu par de nombreux personnages et ceci vivifie encore le bouquin.

  Les Passagers anglais  Comme les Anglais sont privés de bien des choses mais pas d'humour Kneale aborde des choses sérieuses comme le progrès et la paix avec des moments drôles et assassins pour nos certitudes d'avant le Musée du Quai Branly.Jerome k.Jerome ou Redmond O'Hanlon sont eux aussi des voyageurs anglais qui avaient bien compris la grandeur à savoir parler des choses graves avec l'humour,cette politesse du désespoir(ça n'est pas de moi mais je revendique).

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06 octobre 2006

Meurtres dans un paysage anglais

Les joyeux démonsJ'aime bien les Grands détectives de 10/18.Ce sont des ouvrages sans prétentions mais bien écrits et documentés.A condition de ne pas lorgner sur Le nom de la rose,ConanDoyle,Leroux et Leblanc ou les  passionnantes histoires de détectives américains carburant au whisky comme leurs auteurs si foisonnants.La série des grands détectives nous balade dans le temps et l'espace et dans un milieu bien précis. Personnellement je me limite à trois ou quatre livres car il me semble éviter ainsi trop de redites.A doses raisonnables ce sont des lectures très agréables dont vous connaissez déjà certains héros.J'ai déjà présenté Toby Peters détective à Holywood(Stuart Kaminsky)

    Edward Marston nous propose les enquêtes de Nicholas Bracewell,régisseur d'une troupe de théâtre dans l'Angleterre d'Elisabeth Ière. D'auberges emplies d'opulentes serveuses en manoirs de nobliaux parfois pervers,de rivalités entre comédiens en bordels londoniens Bracewell déjoue les énigmes tout en assurant les représentations des Hommes de Westfield,compagnie itinérante qui lui assure subsistance.Une dizaine de titres sont parus dont La folle courtisane,Les joyeux démons,La route de Jerusalem.Truculence assurée et peut-être y rencontrerez-vous Shakespeare ou Chaucer.Attention certains morts ne se relèvent pas à l'issue du dernier acte.

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Pan dans le Mills

¨                       Un nouvel écrivain pour moi et c'est un régal que de le présenter,un certain Magnus Mills,anglais de son état et vaguement surréaliste d'inspiration.La maison 10/18 dont on ne dira jamais assez l'excellente collection Domaine étranger a publié trois de ses livres.Le dernier,Trois pour voir le roi,est  une ahurissante fable contant les fantasmes de quelques misanthropes et de leurs maisons de fer-blanc.Irracontable,simplement à situer(grosso modo)entre Buzzati et Lewis Carroll.C'est un livre assez bref,un livre de plaine,de plat pays très surprenant.A découvrir vite fait.

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                  Le premier roman de Magnus Mills s'appelle Retenir les bêtes.Un peu moins original mais fort savoureux il nous emmène dans le sillage deTam et Richie,deux Ecossais bougons et paresseux,contraints de clôturer des hectares de pâtures alors qu'ils ne rêvent que de soirées au pub.Un point commun entre les deux bouquins,une espèce de fascination de l'enfermement,mais rassurez-vous,beaucoup d'humour.

Je n'ai pas lu Sur le départ mais j'ai confiance.Mills a un ton  et  son univers est très personnel,alerte et plus bouleversant qu'il n'y paraît.

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01 octobre 2006

Un Japonais à la City

Kazuo Ishiguro,Japonais écrivant en anglais et vivant à Londres est l'auteur des Vestiges du jour,dont James Ivory tira un film magnifique sur l'aristocratie anglaise  et certains des siens tentés par la dictature dans les années trente,mais surtout sur le corsetage de cette société,qui touchait maîtres et valets.

Quand nous étions orphelinsMais aujourd'hui je vous présente Quand nous étions orphelins(Calmann-Lévy et 10/18).Kazuo Ishiguro,homme de deux cultures,écartelé pour le meilleur de la littérature entre Extrême-Orient et Royaume-Uni,nous emmène en voyage dans le Shanghaï cosmopolite des années trente.On se croirait un peu dans un film de Sternberg,aussi fascinant et intrigant que l'enquête menée par Christopher Banks,élevé à Shanghaï dans ce qu'on appelait la Concession Internationale jusqu'à la disparition de ses parents.Rapatrié en Angleterre il n'aura cesse de les retrouver;mais à l'orée du grand conflit mondial,cette portion de Chine est le repère d'espions,de seigneurs de la guerre,de partisans de Mao et de Tchang Kaï Tchek tout aussi sanguinaires.C'est aussi la guerre sino-japonaise.

Kazuo Ishiguro sait à merveille allier le souffle de l'aventure à une profonde réflexion sur la mémoire,sur l'enfance et les déchirements qui nous rendent cette enfance comme une terre étrangère.Je trouve extraordinaires ces écrivains capables de s'immerger dans un pays nouveau tout en restant totalement fidèles à leurs racines.Il y a d'autres exemples,Kundera,Nabokov,etc..Ce sont en général des très très grands.

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03 juin 2006

Frères de sang

Dissolution

Dans la lignée des polars historiques rendez-vous dans l'Angleterre du XVI° Siècle avec Dissolution de C.J.Sansom, un thriller au monastère, genre devenu très fréquent, depuis les succès du Frère Cadfaël d'Ellis Peters. L'enquêteur, Messire Shardlake, est un avocat réformiste. On est à l'époque d'Henry VIII et de la rupture avec Rome. Ceci nous vaut une belle leçon d'histoire où l'on voit que l'intégrisme ne date pas d'hier.

Comme souvent dans ce genre de livres l'énigme se double d'une description minutieuse de la vie d'une société précise,en l'occurence celle d'un d'un  monastère anglais avec ses doutes,ses violences et ses sacrifices. Nous sommes cependant loin du Nom de la Rose. Mais on ne peut comparer un excellent roman historique et policier avec la somme d'intelligence,de culture,d'humour et de réflexion que constitue

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