BLOGART(LA COMTESSE)

20 avril 2015

Iceland scories

lave

                                 Asphodèle m'avait donné envie de retrouver Erlendur que je n'avais pas vu depuis dix ans. Bibliothèque Guy de Maupassant de ma vieille cité picarde, au pif je prends La muraille de lave, ce qui, après Le mur invisible très récemment, devrait logiquement me conduire au Mur de Sartre auquel je préférerai et de loin réécouter le Floyd et The Wall. Là dessus vous pouvez compter sur moi. Cette entrée en matière ne casse pas des briques mais bref Erlendur est en vacances dans ce roman et c 'est l'un de ses adjoints, Sigurdur, qui s'y colle. Un bon polar avec un inspecteur pas très sympa dont la vie privée part à vau-l'eau mais il y  a longtemps que n'enquête plus nulle part dans le monde un commissaire Maigret que sa femme attend patiemment pour réchauffer le mironton.

                                Vu d'ici, avec 300 000 habitants enfermés dont deux cinquièmes à Reykjavik, on pourrait croire que les Islandais se connaissent tous et qu'on y croise son voisin de palier dans tout bar qui se respecte ou qui ne se respecte pas, et que les secrets n'y sont pas faciles à celer. J'avoue préférer un pays où mentir n'est pas plus élégant mais un tout petit peu plus facile. Si je vous dis ça ce n'est pas pour étaler mes turpitudes mais parce que La muraille de lave joue sur les secrets qu'ils soient bancaires ou privés voire très privés, ce dans une île qui a joué avec le feu, pas seulement celui de ses volcans. Ce que j'ai aimé c'est que Sigurdur est loin d'être un parangon de vertu, n'agissant bien ni avec sa mère, à peine avec son père malade, et qu'il est somme toute assez misanthrope.

                              Pas d'armes à feu dans La muraille de lave, qui est à la fois un phénomène géologique insulaire et dangereux et le surnom d'un centre financier maléfique porteur de crise. On sait le désastre économique récent de l'Islande, et celui des Islandais. Des maîtres chanteurs, des photos compromettantes, des "recouvreurs" musclés pour des dettes plus que douteuses. Ainsi donc, et Dieu merci pour la littérature policière, même très au Nord, même très à l'Ouest, même très dans l'Atlantique, les voyous se portent bien. Ouf, ce n'est pas l'apanage d'East L.A. Parfois pourtant je regrette un peu les écluses de Simenon ou le presbytère de Rouletabille. Cette boutade ne doit pas masquer la qualité de l'écriture d'Arnaldur Indridason, bien connu maintenant des lecteurs français.

Posté par EEGUAB à 07:52 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,


18 avril 2015

A la croisée des vents

 crosswind_AFFICHE

                                                      J'ai eu l'occasion de présenter ce film il y a quelques jours au multiplexe de notre ville. Un film qui nous vient d'Estonie, ce qui est déjà une rareté, mais surtout un film qui ne ressemble à aucun autre, exigeant, passionnant, déroutant et pourtant cohérent. Composé à 95% de plans fixes Crosswind narre la très peu médiatisée déportation des Baltes par l'Union Soviétique en 1941. Un noir et blanc oppressant mais de toute beauté happe le spectateur auquel il faut un peu de bonne volonté car sa situation est celle d'un otage, capté à son corps défendant, et qui subit le syndrome de Stockholm et entre peu à peu en empathie avec ses geôliers. C'est, je l'avoue, une façon un peu cavalière de présenter les choses mais des critiques ont parlé à propos de Crosswind d'une technique de gel cinématographique, une assertion pas du tout péjorative en l'occurrence.

                                                     Ce film a été bien reçu malgré son parti pris extrême et les spectateurs ont activement participé à une discussion sur le fond et plus encore sur la forme. C'était un pari que le Cinéquai 02 avait engagé , programmer cette oeuvre austère et difficile mais finalement très prenante. D'abord revenir un peu sur l'histoire souvent occultée de ce que le jeune metteur en scène Martti Helde nomme sans détour l'holocauste soviétique et l'exil forcé de si nombreux Baltes, et qui devait se prolonger au delà de la mort de Staline. Puis que ceux qui le souhaitent s'expriment sur la structure si unique de ce film. Ainsi de la caméra, seule à se mouvoir au long de Crosswind, serpentant, s'insinuant au plus près là d'un genou, là d'un visage ou d'une larme, là du grain du mauvais pain des reclus. Ainsi de la forme épistolaire du récit basé sur les lettres d'Erna jeune mère séparée de son mari, jamais envoyées, et qui ne saura sa mort que 47 ans plus tard, lors de l'éclatement de l'empire soviétique. Une longue glaciation qui perdura bien après la guerre, c'est ce que retrace sobrement et si intelligemment Crosswind/La croisée des vents, admirable premier opus d'un Estonien de 27 ans dont le projet fut initié alors qu'il n'en avait que 23.

                                                     Que dire aussi de l'impressionnante beauté de la bande son, quand bruissement des feuilles, chuchotements d'un modeste filet d'eau, voix off comme je n'en ai jamais entendue prennent une signification fabuleuse eu égard au côté statique des images, statiques mais jamais figées tendance Grévin, le risque majeur d'une telle entreprise. Afin de m'imprégner de cette histoire et d'étayer un peu mes propos j'ai vu Crosswind deux fois le même jour. Le film est d'une telle richesse que ce fut un plaisir redoublé. Le Septième Art s'égare si souvent qu'il faut rendre hommage à cette oeuvre originale et forte, jamais dénuée d'émotion.

"CROSSWIND - LA CROISEE DES VENTS" de Martti Helde

Posté par EEGUAB à 06:54 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , ,

16 avril 2015

La poésie du jeudi, Gabriela Mistral

Poésie du jeudi

L'étrangère

  

Elle parle avec un arrière-goût de ses mers sauvages

avec on ne sait quelles algues,

avec on ne sait quels sables ;

Elle prie un Dieu sans forme ni poids,

Elle est vieille comme si elle allait mourir.

Dans notre jardin, qu’elle nous rendit étranger,

elle a planté des cactus et des herbes dentelées.

Elle exhale le souffle du désert,

ses cheveux sont blanchis par des passions

qu’elle ne raconte jamais et, si elle nous les contait,

ce serait comme la carte d’une autre étoile.

Elle vivra parmi nous quatre-vingts ans

et elle sera toujours comme l’heure de sa venue,

parlant une langue qui halète et gémit

et que seules comprennent les bestioles.

Elle va mourir au milieu de nous

une nuit qu’elle souffrira davantage,

avec son destin pour unique oreiller,

d’une mort muette, étrangère.

hmistral1_r01_c04

                                                        La modeste institutrice chiliennne (1889-1957) devint en 1945 le premier Prix Nobel latino-américain. Née en Lucila de Maria del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, elle prit le pseudonyme de Gabriela Mistral par admiration pour Gabriele d'Annunzio et Frédéric Mistral. Elle fut aussi diplomate et demeure dans son pays une figure égale à celle de son cadet Pablo Neruda.

 

 

 

 

Posté par EEGUAB à 06:57 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,

15 avril 2015

Droit dans le mur

9782868693099_1_75

                                 La lecture commune avec Valentyne La jument verte de Val est une douce habitude. Et cette fois c'est un grand bouquin, du moins est-ce mon avis, Le mur invisible de l'Autrichienne Marlen Haushofer, livre que je croyais tout récent alors que l'auteure a vécu de 1920 à 1970. La forêt autrichienne est le cadre de plusieurs de ses romans. Son père était garde forestier. Une femme d'âge un peu indéfini se retrouve en situation de survie mais en l'occurrence la classique île déserte est un chalet de moyenne montagne séparé brutalement du monde par un mur (die Wand, titre original), un mur invisible dressé en une nuit alors qu'elle était seule dans la maison. Variation sur le mythe de Robinson mais aussi récit post-catastrophe, Le mur invisible est écrit dans un langage solide et terrien, les préoccupations de l'héroïne étant terriblement basiques. Ceci n'empêche pas l'émotion ni même l'émotion qui nous étreint.

                                      La nature, bien que géographiquement assez close, tient évidemment le rôle principal dans cette histoire qui ,dirai-je, tourne en rond mais dans le bon sens. De son chalet à l'alpage l'héroïne va tenter de vivre au mieux cette curieuse réclusion. Point trop de questions sur le probable cataclysme qui l'a plantée là, nantie heureusement de quelques outils dont il faut déjà mesurer l'apprentissage, pas une mince affaire. On est ainsi au plus près de la nouvelle éducation de la prisonnière qui doit ainsi "faire avec" et souvent "faire sans". L'importance du règne animal est ici déterminante et c'est d'un chien et d'une vache tous deux rescapés que viendra le répit. Sans anthropomorphisme aucun ni la moindre mièvrerie Marlen Haushofer nous tient ainsi au plus serré de cette relation si essentielle entre l'héroïne, on ne sait jamais son nom, et ses animaux, à la fois sa survie, sa joie modeste et son tourment.

                                     Récit de type "survival" en bon franglais, mais surtout une belle réflexion sur la place de l'humain, sa force parfois et sa fragilité souvent, Le mur invisible n'est jamais un réglement de comptes avec le siècle des génocides mais plus simplement une belle méditation et que ce soit une femme, seule et pas plus forte ni plus intelligente qu'une autre, qui endosse le rôle unique de cette relecture en quelque sorte du célèbre roman de Daniel de Foe, nous rend ce livre d'autant plus précieux. L'adaptation au cinéma, que je n'ai pas vue, jouit d'une bonne réputation. Alors laissez-vous séduire par ces saisons autrichiennes un peu carcérales, guettées par la folie mais pas désespérées.

Posté par EEGUAB à 06:15 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,

10 avril 2015

Le temps des sauterelles...

Masse critique

logo_prix_relay

                                 Un parfum d'herbe coupée, troisième choix du Prix Relay, pour lequel Babelio m'a fait confiance, ne me disait rien qui vaille. Je craignais un de ces récits d'enfance régionalistes, jamais désagréables, presque toujours convenus. Puis je vis que l'auteur collaborait à Télérama, ce qui n'était pas pour me rassurer. Télérama et moi sommes en délicatesse depuis trente ans. Bref, tout ça ne m'emballait pas. Mais c'est un fort bon premier roman que nous tenons avec Un parfum d'herbe coupée,  une piquante suite d'instantanés de la vie, souvent le gôut d'un joli spumante, parfois le spasme d'une rencontre que l'on devine fondatrice et destructrice, quelquefois aussi le drame brutal. A peu près tout ce qui a fait nos 25 premières années, et Nicolas Delesalle sait toucher son lecteur, jamais à grands renforts de scènes lacrymales ou alourdies. Non, c'est aérien et que ce soit les vacances, les filles, les copains, la vie est toujours la plus forte, une belle brassée d'herbes fraîches.

411GY2Y46zL__SL160_

                                Bien des figures nous restent à l'esprit une fois le livre fermé, de celles qu'on croit avoir rencontrées et dont le portrait sensible nous  à émus. Totor le vieux paysan voisin de la maison de famille qui reluquait si bien les jeunes filles en fleurs du haut de ses 80 printemps, mais qui savait les cèpes comme nul autre. Le cèpe, une madeleine. Alexander, le '"jumeau" de l'auteur, une tombe au Père Lachaise, un ami posthume dont Nicolas se sent proche. Vous est-il arrivé quelque choses de semblable? Raspoutine, le jeune puis vieux chien de la famille. "J'étais parti là-bas avec l'idée de bien rigoler. J'étais revenu avec la gueule de travers et toute la solitude des hommes sur les épaules" écrit Nicolas Delesalle après un reportage chez un crémateur animalier.

                               Un parfum d'herbe coupée excelle à situer ces moments clefs d'une jeunesse somme toute heureuse, où chacun peut se reconnaître en partie. Qui dira le génocide des sauterelles passagères des fusées confectionnées par ces ados taquins des étoiles? Et l'étonnement du jeune Kolya, il y a chez les Delesalle une origine russe, quand deux jeunes maître-nageurs l'initient au sauvetage en mer avant qu'il ne commence à comprendre que c'est le meileur moyen d'approcher ses soeurs ainées. Vous ne regretterez pas de faire quelques bouts de chemin, à saute-mouton par dessus les années, avec Nicolas Delesalle. Outre le parfum de cèpes et d'herbe coupée vous y humerez les effluves des petits bonheurs rarement exempts d'amertume de vos propres tendres années. On parie?

Posté par EEGUAB à 08:18 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : ,



07 avril 2015

Parfum d'oranges amères

Masse critique

Electre_978-2-36132-121-5_9782361321215

                            Le beau récit de Zakia et Célia Heron, proposé par le cercle Babelio, est un livre agréable et bien troussé. Les deux auteures, mère et fille, racontent plus de cinquante années de la vie de Leïla, jeune algérienne depuis le début de la guerre, en 56, qui bouleverse son existence insouciante et heureuse auprès de ses sept frères et soeurs. L'orange paradis de l'enfance de Leila va bien vite s'assombrir d'abord avec les années de guerre, le FLN et l'OAS, les attentats et les disparitions. Vivant cela avec ses yeux de huit-dix ans, c'est en fait un journal que l'on lit au fil du temps, les termes en sont simples et quotidiens, la pénurie, les queues chez l'épicier, l'attente d'un mieux qui tardera, les regards qui se détournent, la découverte de l'hostilité, le frère volatilisé et très vite chez cette enfant le sentiment d'un gâchis inéluctable.

                            C'est surtout la sincérité de la diariste, relayée à la fin par sa troisième fille, qui nous touche. Point question ici d'un souffle littéraire ou romanesque. Quelques maladresses parfois. Peu importe en l'occurrence. Leila, après un beau portrait de  sa grand-mère et une évocation qu'on peut trouver un peu idéalisée de ses très tendres années, va mûrir, douloureusement mais n'est-ce pas la règle, et suivre des études vers l'éducation des sourds et l'enseignement. Le premier qui voit la mer devient alors le récit d'un exil vers la France, mariage mixte et enfants oublieux de l'Algérie, quoi de plus normal, les trois filles n'ayant pas connu le pays de leur mère. Encore une fois le livre est agréable et doit être lu comme ce qu'il est, sûrement pas une oeuvre majeure, mais un témoignage vivace sur ce je t'aime moi non plus de l'Algérie et de la France, qui n'en finit pas de suppurer.

                            Zakia et Celia Heron n'éludent bien sûr pas les années noires de la quasi guerre civile, les graves tentations du FIS et les milliers de victimes. Tout cela est bien amené, y compris la dernière partie qui court sur les années 2000 quand Dalya la cadette vit en France sa vie de jeune femme libre, pas si  facile malgré tout, et qu'à l'éclosion des fameux printemps arabes le livre se termine ainsi: "Dans l'air subsistera la chanson fredonnée, le parfum du jasmin et des fleurs d'oranger". Reste de ce livre une naïveté un peu confondante relative à la colonisation quand on sait qu'au simplisme des uns répond l'angélisme des autres. Ces deux "ismes" s'y entendent pour gâcher le sentiment qu'on pourrait retenir d'une telle lecture, au demeurant sympathique.

                           

Posté par EEGUAB à 06:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

05 avril 2015

Géographie, Decatur, Illinois

800px-Decatur_IL_industrial_skyline

                                       Qu'est-ce qui ne vous plait pas dans ma carte postale de Decatur, Illinois? D'accord ce n'est ni Malibu ni le Grand Canyon mais on voyage ou pas? Allez, reprenez votre place dans le fond du Greyhound. Ville industrielle du Nord, pas très loin de Chicago, Decatur, 75 000 habitants, tire son nom à consonance latine d'un officier de marine, Stephen Decatur, héros des Guerres Barbaresques  menées par les Etats-Unis en 1812. Vous ignoriez ces conflits. Et bien pas moi...depuis hier...que je cherche à rédiger trois lignes sur cette ville.

 

                                              Sufjan Stevens, je le connais un peu mieux et puis il serait un complice idéal pour cette rubrique un peu exsangue s'il confirmait son idée d'enregistrer 50 albums consacrés aux 50 états américains. Multi-instrumentiste avec un prédilection banjo ce folkeux de 40 ans n'a pour l'instant, malgré sa production prolifique, sorti que deux disques dans cette démarche, Michigan, son état natal, et Illinois, dont est extrait Decatur. Je crois qu'il ne me faut pas trop compter sur lui pour poursuivre mon sacerdoce on the road again. D'où l'expression bien connue "Sufjan,ne vois-tu rien venir?"

sufjan_illinois

 

 

03 avril 2015

Plus noir que vous ne pensez

1507-1

                                Ce bouquin est profond. Ce bouquin est brutal. Sombre et dur comme le titre original Hold the dark il campe un Alaska, cette curieuse entité presque animale, ce surnuméraire territoire américain qui commence vraiment bien au delà d'Anchorage, où la persistance de chamans mêlée aux conditions extrêmes et où le culte ancestral du loup frère et tueur constituent le terreau de cette histoire hallucinée, de glaces et de peaux vêtue. Y galope aussi, ou plutôt y glisse sur les rares chemins l'imaginaire du lecteur que William Giraldi emmène aux confins sans nous tenir trop la main.

                               Suite à des disparitions d'enfants on incrimine les loups à Keelut, village ravitaillé par les corbeaux mais même ceux là ne s'y aventurent qu'à ailes mesurées. Russell Core, écrivain, spécialiste du genre canis lupus, descend chez Medora Slone dont le fils est le dernier disparu. Vernon Slone le père est alors dans un quelconque désert irakien (il faut s'y habituer, le Vietnam ne se fait plus guère en littérature). Dans ces contrées ultimes ni le scientifique ni le flic ne sont maîtres des temps, pas plus le temps météo que le temps chrono. Ce noir qui vous tombe sur l'épaule en un souffle, ces taiseux de tout âge qui ne répondent pas, cette omniprésence du métal d'une dague ou d'une crosse de fusil, ces rafales de blizzard à égarer les plus rusés, ce pays est si rude que le titre français pour une fois est acceptable. Ni dieu ni homme pour vivre ici,seulement survivre. et tous ne survivront pas.

                               L'auteur a l'habileté de ne pas désigner de héros, ni le père, ni la mère, ni l'écrivain, ni le policier, ni l'ami indien. On emboîte les pas des uns, le sillage des autres. Mais rarement roman ne m'a paru aussi tranchant, lame effilée et gorges surprises. C'est qu'on tue beaucoup dans Aucun homme ni dieu, la plupart du temps vite, et bien. Curieusement c'est d'une langue de poète que nous apprenons , ou plutôt nous devinons quelques mystères. Il ne convient pas d'en dire plus sur ce bouquin qui fera date et nombre de blogs l'évoquent, voir plus bas. Encore deux mots si vous le permettez. Je recommande une extraordinaire scène d'accouchement, plus proche de la grotte que de la clinique. Et un petit extrait de dialogue très court, un chasseur dit au père:"T'as remarqué comme les gens qui vivent ensemble depuis longtemps finissent par se ressembler. C'est pour ça que je vis seul. Je ne veux ressembler à personne d'autre que moi". Quant aux loups ils finiront par être moins loups que les hommes car eux, au moins, sauront rester à leur place.

Aucun homme ni dieu - William Giraldi C'est l'avis de manU B. Mais il y a aussi Aifelle, Ariane, Clara, Dominique, Sandrine, Val  et Véronique .

                               

 

Posté par EEGUAB à 08:16 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,

02 avril 2015

La poésie du jeudi, Sully Prudhomme

Poésie du jeudi

Le vase brisé

Le vase où meurt cette verveine

D'un coup d'éventail fut fêlé ;

Le coup dut effleurer à peine :

Aucun bruit ne l'a révélé.

 

Mais la légère meurtrissure,

Mordant le cristal chaque jour,

D'une marche invisible et sûre

En a fait lentement le tour.

 

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,

Le suc des fleurs s'est épuisé ;

Personne encore ne s'en doute ;

N'y touchez pas, il est brisé.

 

Souvent aussi la main qu'on aime,

Effleurant le coeur, le meurtrit ;

Puis le coeur se fend de lui-même,

La fleur de son amour périt ;

 

Toujours intact aux yeux du monde,

Il sent croître et pleurer tout bas

Sa blessure fine et profonde ;

Il est brisé, n'y touchez pas.

Sully_Prudhomme_2007

                                J'ai redécouvert grace à La si chère Poésie du jeudi ce poème du premier Prix Nobel de littérature. Je crois que c'était l'un des plus connus. Mais passa le temps et plus grand monde pour lire Sully Prudhomme. Raison de plus pour lire ou dire ces quelques vers, ces brisures de vase et ces blessures de coeur. Et merci à Asphodèle dont les vélos fleuris tapissent cet écran, au rythme des saisons.

 

Posté par EEGUAB à 07:58 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

30 mars 2015

Six cordes, vingt-quatre images/5/J'ai engagé un tueur

 Strummer

                                                                   Pas moins de trois légendes dans cette drôlatique et nordique balade en absurdie. Trois grands sobres, trois joyeux drilles, trois qui comptent. Bien sûr pas simple de faire entrer Mrs. Aki Kaurismaki, Jean-Pierre Léaud et Joe Strummer dans des cases bien définies. N'essayez pas. Jubilez seulement.

J'ai engagé un tueur,  Aki Kaurismaki, 1991, Jean-Pierre Léaud, Serge Reggiani, Margi Clarke, Joe Strummer

 

 

Posté par EEGUAB à 16:30 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

28 mars 2015

Angel Baby

Masse critique

 ngel

                                 Avec cette sélection Babelio je me suis plutôt fois fourvoyé, mais c'est un peu la loi du genre. Frontière ouest américano-mexicaine, un de ces trop nombreux endroits où une vie s'envole très vite. Clairement les avis vont diverger sur ce polar. Quatrième de couv., Ron Rash, le très bon écrivain américain écrit "Richard Lange est un conteur-né:il signe là un formidable roman, aussi haletant qu'étonnamment émouvant". Tel n'est pas mon sentiment. Dans ce qu'il est convenu d'appeler un sale coin, la ville de Tijuana, crépitent les colts 45 plutôt que les trompettes mariachis. Les flics y sont ventrus et vicelards, les dollars changent de mains plusieurs fois la journée ,des putes aux proxos et des clandestins aux passeurs. Rien d'original, pègre et wetbacks miséreux refoulés et de retour le lendemain, chicanos regard vers le Nord, alcools divers et tutti quanti. Un peu marre de ces polars listés et lestés.de toutes les verrues de nos sociétés. Allez, un petit effort, encore quelques mots.

                               Angel Baby c'est en fait l'histoire d'une fuite, d'une cavale, celle de Luz qui tente d'échapper à l'emprise d'El Principe, baron local de tous les trafics, une ordure comme on en rencontre tant dans pas mal de polars hélas interchangeables, seuls variant les latitudes et les décors. L'aide, très  improbable dans ce cas de figure, de Malone, lui-même en rupture suite à la mort de sa fille, lui permettra-t-elle de retrouver la sienne, Isabel, et d'échapper à la terrible vengeance d'El Principe qui a lancé à sa poursuite El Apache, qui purgeait une lourde peine et qu'il a réussi extraire de la geôle où il moisissait, et dont il menace d'exécuter les deux enfants s'il ne s'acquitte pas au plus vite de sa tache, ramener Luz au mortifère bercail de l'une des villes classées les plus dangeruses au monde (mais il y a de la concurrence). J'oubliais Thacker, flic pourri à la moelle, qui fera un moment tandem avec Jeronimo. Si vous n'avez pas tout suivi c'est loin d'être important.

                             J'ai cru comprendre que Richard Lange avait muni chaque personnage de jeunes enfants morts ou vifs pour noircir le tableau et le déshumaniser encore un peu. Bien sûr un thriller fait rarement dans la tendresse.Cependant Angel Baby c'est de la fast litt tendance Mexicali, on y lit l'équivalent de ce que mangent les fuyards et leurs poursuivants. Bien loin de la gastronomie et de la littérature. 

 

Posté par EEGUAB à 11:35 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , ,

26 mars 2015

A propos de Flore

Flore

 

 

                               

 

 

 

             Une belle soirée jeudi dernier au Ciné-Quai, où les associations France-Alzheimer et JALMALV projetaient le très serein et très beau document Flore. Le documentariste Jean-Albert Lièvre a filmé pendant quatre ans sa mère veuve atteinte de la maladie d'Alzheimer. Proprement stupéfiant, le film apporte un début de réponse à ce fléau, hélas tempérée très sérieusement par le volet financier. Flore a 70 ans en 2005, au moment où les premiers signes inquiètent ses trois enfants. Peintre de talent elle perd vite tout goût pour la création. Et c'est le chapelet hélas souvent inévitable d'assistance à domicile parfois refusée, d'hébergement en EHPAD puis en institution spécialisée. Flore se dégrade, vite, très vite. Jean-Albert en accord avec ses frère et soeur décide d'installer leur maman dans leur maison de famille en Corse.

                                    Nous sommes face à une famille privilégiée. Sur les plans intellectuel, affectif, et matériel, et c'est tant mieux. Voilà Flore dans cette jolie maison corse où elle connut tant de joies. Les enfants se sont démenés pour trouver de l'aide et nombreux seront les intervenants auprès de Flore dont le visage doucement redeviendra expressif, le poids normal, la marche possible, le sourire fréquent. Il faut l'avoir vu un an avant, plus que prostrée, en voie de grabatisation et d'une rare violence envers elle-même et les autres.

                                   Evidemment, et les premiers échanges du débat ont porté là-dessus, la famille a pu financièrement supporter des frais que l'on devine importants pour avoir à demeure un personnel adéquat, une "gouvernante" tibétaine qui lui a prodigué des soins de toucher, de massage, de chansons, asiatiques et certainement efficaces, un aide psychologique voisin dont je n'ai pas bien compris les compétences officielles mais manifestement très à l'aise et très en osmose avec Flore. Cette dernière a même pu nager à nouveau en Méditerranée. Sans parler des thérapies classiques des infirmières et kinés et là je ne vous cacherai pas ma surprise quand on sait la difficulté d'avoir un MK à domicile et d'une telle disponibilité, moi dont le cabinet tenu 39 ans a tout simplement disparu faute de successeur.

                                   Mais surtout mon sentiment après le document a été la stupéfaction. Interrogeant la gériatre qui répondait au public, j'ai eu la confirmation que, au moins dans certains cas idéaux, moyens, personnel, cadre de vie, famille unie, la maladie pouvait s'améliorer dans des proportions vraiment intéressantes. J'ignorais que c'était possible. Ce fut une soirée enthousiasmante et les spectateurs, concernés comme nous tous, n'oublieront pas cette Flore qui s'illumine à nouveau et retrouve le goût de vivre même si l'on ne peut certes évoquer la guérison totale, et si l'on a bien compris que les conditions optima pour une amélioration ne sont pas près de s'étendre aux si nombreux cas d'alzheimer.

 

 

 

Posté par EEGUAB à 06:54 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 mars 2015

Le cinéma, mon vélo et moi/7/ Le style Buster Keaton

bicycle-animation-A

hospit 

                                        C'est dans un style très personnel et nanti d'un matériel dernier cri que Buster Keaton rejoint le peloton cinécyclophile à moins que ce ne soit cyclocinéphile. Passionné par les transports mais peinant à s'adapter Buster tourna Les lois de l'hospitalité en 1923 avant d'être, sur les flots, de l'aventure de Steamboat Bill Junior et de La croisière du Navigator et d'incarner, sur les rails Le mécano de la General.

Le cinéma,mon vélo et moi

Posté par EEGUAB à 07:51 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

21 mars 2015

Ville tremblée

Masse critique

logo_prix_relay Toujours dans le cadre du Prix Relay nous a été proposé le dernier roman de Laurent Gaudé. En ce qui concerne Gaudé je ne suis pas très impartial, ayant aimé les quatre livres déjà lus, Le soleil des Scorta, Eldorado, Les oliviers du Négus, Pour seul cortège, et ayant installé cet auteur dans mon panthéon, visible sur ce blog.Pourtant, et je sais que l'on parle souvent des auteurs haïtiens, le livre est d'ailleurs dédié à Lyonel Trouillot, je ne subis pas le tropisme caraïbe francophone car le baroque type sud-américain ne me convient guère. Malgré tout Laurent Gaudé a un si beau talent que ce livre restera pour moi une réussite.

danser_les_ombres_gaude

                               Les esprits foisonnent, on le sait, à Port-aux-Princes, aux curieux noms de Baron Samedi, Gédé Fouillé, Gédé Loraj. Quant aux humains leurs patronymes sont tout aussi fringants, les jeunes infirmières s'appellent Lagrace ou Ti-Poulette et les hommes Jasmin Lajoie, Prophète Coicou ou Facteur Sénèque. Aussi délirant que les bus ou les murs de la capitale haïtienne, une jubilation rien qu'à les lire à voix haute. Misérable parmi les misérables Haïti mêle comme aucun autre pays horreurs et couleurs. La vie est plus forte là-bas que partout ailleurs, plus encore depuis le séisme, destructeur et pourquoi pas, refondateur. La richesse de l'écriture de Laurent Gaudé me donne envie de le plagier gentiment. Lire Danser les ombres c'est accompagner chacun, les vivants comme les morts, avec pour seul cortège de funérailles le souffle de ces thorax enfoncés, la peur du ventre de cette terre fumant de ruines, l'improbable quête du rare médicament, et la solidarité de ces maudits de la perle des Antilles.

                             Beaucoup d'amitié, de la part de ceux qui n'ont rien et donnent encore. Une ode à l'énergie et à la jeunesse. Plus qu'un hommage un peu compassé, un hymne coloré comme un mur naïf d'un quartier plus pauvre encore, bosselé comme ces trottoirs de la ville, aux béances dont s'exhalent les cris mutiques et ultimes d'éventuels survivants. Je prenais Laurent Gaudé pour un très bon écrivain. Des miasmes d'Hispaniola et des fruits de là-bas, contés à sa manière, je conclus qu'il est un grand écrivain. Babelio et le Prix Relay m'ont permis ce voyage d'une belle richesse. Ce fut un plaisir.

Posté par EEGUAB à 06:59 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,

19 mars 2015

La poésie du jeudi, Peter Handke

Poésie du jeudi

Lorsque l'enfant était enfant (Als das Kind Kind war)

 

"Lorsque l'enfant était enfant, il marchait les bras ballants...

Il voulait que le ruisseau soit une rivière un fleuve et que cette flaque d'eau soit la mer...

Lorsque l'enfant était enfant, il ne savait pas qu'il était enfant.

Pour lui tout avait une âme,

Et toutes les âmes n'en faisaient qu'une.

Lorsque l'enfant était enfant, il n'avait d'opinion sur rien, il n'avait pas d'habitudes...

Souvent il s'asseyait en tailleur, partait en courant...

Il avait une mèche rebelle

Et ne faisait pas de mines quand on le photographiait...

Lorsque l'enfant était enfant

Vint le temps des questions comme celle ci:

Pourquoi est-ce que je suis moi?

Et pourquoi est-ce que je ne suis pas toi?

Pourquoi est-ce que je suis ici?

Et pourquoi est-ce que je ne suis pas ailleurs?

Quand a commencé le temps?

Et où finit l'espace?

La vie sur le soleil n'est-elle rien d'autre qu'un rêve?

Ce que je vois, ce que j'entends

Ce que je sens

N'est-ce pas simplement l'apparence d'un monde devant le monde?

Est-ce que le mal existe véritablement?

Est-ce qu'il y a des gens qui sont vraiment mauvais?

Comment se fait-il que moi qui suis-moi,

Avant que je devienne, je n'étais pas

Et qu'un jour moi qui suis moi

Je ne serais plus ce moi que je suis..."

Peter Handke.

https://youtu.be/deFSC741coQ (français)

https://youtu.be/fdv_u7HGQIk  (allemand)

Peter-handke

                                            Ce texte de Peter Handke est indissociable du chef d'oeuvre onirique de Wim Wenders Der Himmel über Berlin, Les ailes du désir. Ce n'est pas le texte entier mais on devrait le retrouver sur le lien, dit en français par le fabuleux comédien Bruno Ganz. L'association de l'écrivain autrichien et du metteur en scène allemand nous a valu quelques films exigeants qui à mon sens relèvent tout à fait de la poésie (L'angoisse du gardien de but..., Faux mouvement) Ecouter ces lignes en allemand peut être aussi source d'émotion, ne serait-ce que celle de rappeler la beauté de cette langue et de la haute culture germanique. Und danke Schön, meine liebe Asphodèle für die Donnerstäge mit Dichtkunst (sous réserve des déclinaisons).

Posté par EEGUAB à 07:59 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , ,

16 mars 2015

Clair et net

 Masse critique

 logo_prix_relay

                                Etre retenu dans le Club des Lecteurs Relay 2015 est une chance qui m'a permis de recevoir quatre livres. A charge de les lire (oui) et d'en poster une critique. Voici le premier. Jerôme Garcin a eu bien raison de nous faire redécouvrir Jacques Lusseyran, écrivain, résistant, aveugle (1924-1971) car c'est un beau récit d'amitié et d'admiration qu'il nous livre à travers le destin de cet homme, le visionnaire, le clairvoyant, le voyant. Frappé de cécité à huit ans Jacques Lusseyran fut très vite attiré par la musique et plus encore par la littérature et l'écriture. Sa prodigieuse mémoire lui permit des études brillantes qui le conduisirent, lui, le rescapé infirme de Buchenwald, à enseigner après-guerre la littérature aux Etats-Unis, pays où il se reconnaissait et où on le reconnaissait mieux que dans la France encore frileuse de 1950.

                                    Le voyant se situe, bien que récit, dans une grande veine romanesque humaniste, mais ce dernier mot est si galvaudé, que j'hésite. A travers le prisme Jérôme Garcin, cet homme semble irradier une lumière contagieuse, renforcée à de multiples occasions par ce qu'on ne peut pas qualifier ici de handicap, tant les sens et les empathies de Lusseyran ont crû et embelli suite à la perte de la vue. Certains chroniqueurs, pas tout à fait à tort, y ont décelé, eux, du trop, du trop beau pour être vrai, du trop de facilités pour un seul homme, voire du trop peu de séquelles pour un retour des camps.

voyant

                                 Mais Jérôme Garcin est encore plus bouleversant quand il revient sur les failles de Jacques Lusseyran car on finit par les connaître, ses mariages manqués, ses rapports inexistants avec ses enfants sauf sa fille ainée Claire, ses exigeances. Et ses relations avec un certain maître parfois contestable. De l'influence anthroposophe et de l'ésotérisme chrétien venus en partie de son père Pierre Lusseyran je n'ai pas compétence et me tairai donc. Enfin en une douzaine de lignes l'auteur fait le parallèle entre la mort dans un accident de la route de Lusseyran en 71, avec sa troisième et jeune épouse, et celui de son propre père le grand éditeur Philippe Garcin, mort de façon similaire en 73. Tous deux étaient khagneux de Louis-le-Grand, amoureux fous de la langue française et de la littérature en général, brillants et pleins d'avenir.

                                                  

Posté par EEGUAB à 07:03 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

14 mars 2015

Cinq jours cet hiver-là

Snow

                                Un peu un Festen aux sports d'hiver que cet excellent film suédois nommé Turist et dont le titre "français" est Snow therapy, sur un ton plus léger cependant. On sait depuis Bergman que le dynamitage familial en intérieur, fût-ce dans les grands espaces alpins, sied à merveille aux Scandinaves. Le couple suédois moderne, deux beaux enfants, aisé, ayant les moyens d'une résidence de luxe dans une station savoyarde. Tout va bien,donc ça ne peut que se gripper quelque part. Une avalanche qui fera plus de peur que de mal aura pourtant des conséquences sur la suite des vacances et plus encore.

                               Un doute s'insinue, c'est souvent ça le début d'un doute, il s'insinue comme un reptile, il sème le doute, le doute. Le père a-t-il eu comme premier réflexe sa propre sécurité lors de la panique due au séisme? Ou finalement la mère a-t-elle mal interprété un premier geste? Pourtant tout allait bien pour cette exemplaire famille d'un pays prospère. Tout bien pesé, tout n'allait peut-être pas si bien que ça. Ca me fait penser à chez moi, tiens, sauf que nulle avalanche n'est nécessaire à la survenue d'une crise. Ca tombe bien, la Picardie est rare en avalanches. En crises elle est dans la bonne moyenne. Et chez vous?

                              Par petites inquiétudes, par bouderies en montage alterné, par le fameux et horripillant mutisme des enfants (qui n'a connu ça?), par larmes d'une véracité parfois variable, le maître de cette charge parfois hilarante conduit son film habilement, beaucoup mieux que certains chauffeurs de car de montagne. Spécialité nordique, la déconnection de la cellule familiale pointe ainsi des fragilités depuis longtemps mondialisées.

Posté par EEGUAB à 06:43 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : ,

11 mars 2015

Géographie, Shreveport, Louisiane

                                                Les passagers pour Shreveport dernier appel. Parce que là on le prend vraiment ce fameux bus. Dans la chanson Bus to Shreveport Kevin Gordon se souvient de ses douze ans et d'un voyage avec son oncle vers la troisième ville de Louisiane, au nord-ouest de l'état, proche du Texas et de l'Arkansas et assez éloignée des zones plus francophones de Baton Rouge, Lafayette ou La Nouvelle Orleans. Il y parle d'un concert de ZZ Top, de cuites et de  bagarres, pas vraiment de poésie sauf à trouver de la poésie chez les barbus texans et leurs fans, ce qui est finalement mon cas. Je connais un ruminant qui devrait aimer.

SHREVEPORT,_LA_banner

                                                Shreveport est surtout réputée pour son industrie du jeu même si ce n'est pas Las Vegas. Casinos flottants notamment sur la South Red River. La ville fut un très court moment capitale d'état en pleine Guerre de Sécession qui depuis a cessé c'est sûr. Est-ce drôle ça?

                                                Et pour finir un petit rappel traditionnel de cet itinéraire que je ne me résous pas à conclure, malgré mes promesses d'ivrogne.

                             Aberdeen, Abilene, Albuquerque,Asbury Park,Atlanta,Atlantic City, Austin, Bakersfield, Baltimore, Baton Rouge, Berkeley, Biloxi, Birmingham, Boise, Boston, Brooklyn,Cedar Rapids, Cedartown, Chattanooga, Cheyenne, Chicago, Cincinnati, Clarksdale, Cleveland, Dallas, Denver, Detroit, Dodge City, Flagstaff, Folsom, Fort Worth, Fresno, Galveston, Hopkinsville, Hot Springs, Houston, Jackson, Jacksonville, Joliet, Kansas City, Knoxville, Lafayette, Lake Charles, Lansing, Laramie, Laredo, Las Vegas, Leavenworth, Lodi, Long Beach,Los Angeles, Manhattan, Memphis, Mendocino, Miami, Milwaukee, Minneapolis, Mobile, Montgomery, Muscle Shoals, Muskogee, Nantucket, Nashville, Natchez, New Orleans, Oakland, Omaha, Oxford, Palo Alto, Philadelphie, Phoenix, Pine Bluff, Pittsburgh, Poplar Bluff, Portland, Postville, Rapid City,Reno,Rockville, Saginaw, St Louis, St Paul, San Antonio, San Bernardino,San Diego, San Jose, Santa Fe, Savannah, Shreveport, South Bend, Springfield, Statesboro, Tacoma, Tallahassee, Tampa, Texarkana, Tucson,Tulsa, Tupelo, Tuscaloosa, Ventura, Washington, Wichita, Youngstown, Yuma...

                        ...furent nos escales précédentes

09 mars 2015

Guerre, cinéma et vérité

                             Guerre, cinéma et vérité, ce trio a souvent été utilisé et souvent malmené. Quelques mots sans prétention quant à deux films très récents, qui reviennent sur la  Guerre d'Irak et sur la la Deuxième Guerre. N'étant pas historien ni spécialiste je livre un simple sentiment de spectateur. American sniper, très grand succès américain actuel, pas forcément pour de bonnes raisons, a déclenché une certaine polémique prévisible.

imagesD00A6JNZ

                                 On touche évidemment avec le dernier film de Clint Eastwood à ce thème hyperclassique du cinéma de genre, l'interventionnisme et ses composants. A travers le portrait du pour le moins controversé de Chris Kyle, "champion" des snipers en Irak, on assiste à un film très efficace qui, sur le plan du film d'action, est très bien mis en scène, le père Eastwood ayant depuis longtemps maîtrisé les codes du cinéma américain, mélo (Sur la route de Madison), western (Josey Wales, Impitoyable), thriller (Sudden impact), biopic (Bird). Alternance du front, catégorie spécial tireur planqué, ce qui diffère assez de la soldatesque confrontation d'un film de guerre classique, et des scènes familailes, même les snipers sont pères de famille. Pas très difficile de pointer un certain conservatisme, mais gardons-nous de trop juger à l'aune du vieux continent.

                                 Reste ce monsieur, Chris Kyle, excellement campé par Bradley Cooper, dont la personnalité pour le moins discutable, d'ailleurs rendue un peu plus présentable par le film, offusque pas mal nos européennes âmes. A juste titre, ajouterai-je. L'homme Kyle, bardé de médailles, revendiquait plus de 250 tirs létaux, c'est comme ça que ça s'appelle. Dont 160 officiellement validés. Je ne suis pas sûr qu'il faille faire dire à American sniper plus qu'il ne le mérite. C'est ainsi que ça s'est passé, au moins là-bas. Arrangez-vous avec. Les discussions interminables ne sont pas de mise. Elles seront, surtout pour un film comme American sniper, encore plus stériles que d'habitude. Quant à moi j'ai trouvé le temps long dans la salle ce jour là, et l'ennui un peu létal, ce qui n'enlève rien aux qualités strictement cinématographiques du film. American Sniper - Clint Eastwood vous donnera l'avis de Dasola, pas très éloigné.

208_300292

                                 Le thème d'Imitation game a été classé secret pendant cinquante ans. Le film est l'histoire vraie d'Alan Turing, génial mathématicien britannique, qui réussit à déchiffrer le code Enigma du Troisième Reich pendant la guerre. Turing était-il l'homme qui en savait trop? Rôle à oscar comme d'ailleurs celui de Bradley Cooper susdit, cet homme (incarné par le brillant Benedict Cumberbatch) ne suscite pas lui non plus une sympathie énorme, un tantinet inadapté depuis son jeune âge, une sorte de surdoué qui plus est homosexuel en des années où ce n'était pas la mode. La romance avec sa collaboratrice Joan Clarke me semble un artifice mais après tout je n'ai pas lu la bio d'Andrew Hodges dont le film est tiré.

                                 Alan Turing travaille en équipe, une équipe dont il devient le chef respecté, mais peu aimé. Il n'est pas du genre très amical et le metteur en scène norvégien Morten Tyldum ne cherche pas à l'humaniser davantage. De même après la résolution de l'énigme Turing n'hésitera pas à ce qu'on appelle la Realpolitik, ne pas trop divulguer cette découverte pour ne pas attirer trop vite l'attention allemande, c'est à dire sacrifier par exemple certains bâtiments anglais. Il plane sur Imitation game, et bien que ce ne soit pas à priori un film d'espionnage, une ambiance à la fois lourde et feutrée, qui évoque Graham Greene et John le Carré. Les célèbres agents doubles des années cinquante, Burgess et McLean, y sont cités.

                                 L'après-guerre, facile pour personne, le sera encore moins pour Alan Turing, considéré ingérable voire dangereux. Son homosexualité sera le prétexte idéal pour l'aliéner en le bourrant de médicaments contre le silence sur ses rencontres. Son suicide à 41 ans conclura une vie en marge,mais ça on le savait depuis le début, considérant ses problèmes d'intégration d'élève trop brillant dès les années de collège. Il n'a jamais été recommandé de trop sortir du lot. J'ai aimé ce film, pas bouleversant d'originalité, mais qui revient sur un aspect très méconnu de la guerre. Ainsi, avec Foxcatcher récemment chroniqué, trois histoires vraies ont donné trois films très différents, tous trois dignes d'intérêt.

 

Posté par EEGUAB à 06:04 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

07 mars 2015

Rien ne sert de courir...quoique...

Masse critique

                                                                Bingo avec Babelio ce mois-ci? Pas le gros lot mais un bouquin agréable et actif, du moins au début, qui nous mène des taudis de Nairobi, Kenya, à la possibilité d'une Amérique. L'Afrique, hélas, ne sort pas indemne de ce tableau de la vie ordinaire dans les rues de la capitale kenyane. Bingo, quinze ans est un coureur-livreur, pas un chauffeur-livreur comme chez nous, non, un petit gars qui court vite, passe partout et livre sa marchandise sous forme de poudre blanche essentiellement. Faune de Nairobi, pas très encourageante pour l'avenir de l'Est africain, violence, prostitution, trafics en tous genres, et corruption puissance dix. Bingo's run se lit vite comme le semi-marathon d'un Ethiopien, passant joyeusement outre la vraisemblance, et pouvant se lire comme un conte de là-bas, nanti souvent de légendes intercalées pour faire local. Rien n'est désagréable, mais surtout rien n'est inoubliable même si le le rythme est soutenu. Du moins au début. En dire plus serait en dire trop.

bingo

                                                               James A.Levine l'auteur est professeur de médecine en Amérique et auteur pour l'ONU d'enquêtes sur le travail des enfants et engagé dans ce que l'on appelait avant l'aide au tiers monde. Sûrement un homme qui sait ce dont il parle et à travers le bidonville de Kimera c'est tout le continent qui fouille les immondices de Lagos à Khartoum, du Caire à Kinshasa. Il y a évidemment du vécu là-dedans mais tout de même la dernière partie du livre est presque sans intérêt, la mixture thriller métropole Afrique Noire et conte traditionnel devient artificielle. Les différents parrains de la poudre auront un sort qu'on devine, le prêtre n'est dévoué qu'à sa propre cause, et tout n'est qu'escroquerie. On le sait d'ailleurs dès le début. Reste un peu d'humour, saupoudré plus rare que cette fameuse poudre qui me sort par les yeux (sens figuré). C'est vrai que j'aurais aimé un autre Kenya, pourvu d'hommes honnêtes et responsables, de femmes la tête haute. James A.Levine a plutôt choisi le ton de la farce macabre, qui n'épargne pas les mouvements caritatifs, un moyen de dédramatiser peut-être. Bof...Merci à Babelio pour cette nouvelle collaboration.

Posté par EEGUAB à 07:01 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags :