La leçon de Twixt
Coppola a cessé les budgets pharaoniques depuis quelques années et se fait plaisir et nous fait plaisir. Twixt est un beau film qui revisite une Amérique très province,une petite ville où un auteur de polar en perte de vitesse et la bouteille facile fera une étrange rencontre et sera aidé par Edgar Poe en chair en en os.Il faut dire que Twixt revendique les influences de la littérature et du cinéma américain. Outre Poe en personne Roger Corman et Stephen King sont de la partie.Et en toute cohérence le traducteur français d'Edgar Poe est lui même carrément cité.Il s'appelle Charles Baudelaire.J'oubliais,le héros se nomme Hall Baltimore,comme la grande ville du Maryland où Poe est mort.
Val Kilmer n'a jamais cassé la baraque.J'aime The Doors,j'ai donc logiquement détesté The Doors.Il a pris de l'âge,du poids,du volume.Je le trouve plutôt crédible dans ce rôle d'écrivain sur le retour au public clairsemé. L'architecture de cette petite ville sans âge est très réussie.Notamment le beffroi,lorgnant un peu sur Les sept cadrans d'Agatha Christie.Hall Baltimore, relégué dans la quincaillerie,il n'existe plus de librairie,ne signe pas les livres que personne ne lui demande.Mais le shériff Bobby LaGrange,un nom de redneck fanatique de ZZ Top, lui, propose d'écrire une histoire à quatre mains.
Le soir même, il rencontre, en rêve, l’énigmatique fantôme d’une adolescente prénommée V. Il soupçonne un rapport entre V et le meurtre commis en ville, mais il décèle également dans cette histoire un passionnant sujet de roman qui s’offre à lui.Coppola,ravi de tenir en sept semaines des films peu coûteux,semble rajeunir. Culpabilité est souvent maître mot chez lui.A travers cette fiction épouvante pas toujours sérieuse c'est son propre passé qu'il interroge avec esprit,avec foi.Son fils Giancarlo est mort en 1986 et la quête en est forcémement marquée.Différents niveaux, rêves, éthylisme, souvenirs nous égarent un peu et c'est très bien comme ça.Mais manifestement si Francis Ford Coppola habite un de ses films c'est Twixt.
Revoir Bruce Dern bien vieilli dans le rôle trouble de Bobby LaGrange,si, longtemps après Retour,Gatsby le magnifique,On achève bien les chevaux,m'a fait plaisir.Tom Waits en narrateur ne gâte rien,on s'en doute. Dasola y a vu l'ombre de Washington Irving et Tim Burton,voire de David Lynch version Est. Neil insiste sur les couleurs.Ceci prouve la richesse d'échos de ce Twixt.
Neil http://lecinedeneil.over-blog.com/article-twixt-2012-francis-ford-coppola-101551295.html
Dasola http://dasola.canalblog.com/archives/2012/04/26/24099955.html
Francis Ford Coppola s'inspire de sa vie pour Twixt
Des mots,une histoire: Mare Dolorosa
Les mots proposés pour Désirs d'histoires 65 sont: encens-amour-marin-coquinerie-embruns-albinos-baie-ténébreuse-naufrage-pins-balai-ballon-phare-râler-froc-flot(s)-communion-mouette-sel-velours-changement-mammouth-réale-au revoir-chocolat .Le mot "mammouth" n'a pas été retenu. Parti pour un sonnet de forme classique ABAB-ABAB-ABB-ABB le vaisseau s'est un peu alangui.Mais le plus difficile fut incontestablement la construction du navire,entièrement aux Chantiers Navals de Monbureau.
Quand j'étais capitaine un étrange albinos
Vêtu d'un froc râpé s'en est venu vers moi
Dans un port du Levant,gravé sur du vieil os
Me vendit "Les réales,un naufrage",aux abois.
Coquinerie de sort et jusqu'aux pins derniers
Ce dessin d'une si ténébreuse envergure
Ne me quitta jamais,grimoire,échéancier
Encens,qu'une mouette eût sur les flots d'azur
Bien vite dispersé,rétif aux changements,
Un obsédant velours qui dissipant ma vue
Egara les marins et la Baie des Amants
Sel de leur vie d'enfer,à jamais disparue.
J'eus beau râler,pester,ma vie,elle ressembla
A ces dérélictions,ces ballons fourvoyés
Loin des livres d'enfants aux doigts de chocolat
Que le balai d'un diable aurait dépenaillés.
L'affiche,elle aurait pu en rester aux amours
Communions romanesques,et d'embruns et de phares
Les vents l'ont violentée,lambeaux,ses beaux atours?
Narcisse, en son reflet,en est à l'au revoir.
Géographie: Oxford, Mississippi
Oxford n'est qu'une petite ville de 20 000 habitants mais elle est assez célèbre.En histoire d'abord, Oxford,choisie comme siège de l'université du Mississippi,et nommée ainsi en référence à la grande école britannique,accueillit en 1962 pour la première fois un étudiant noir,James Meredith.Cela ne fit pas plaisir à tous.Mais cela donna naissance à plusieurs chansons sur le thème,floraison de textes engagés étant la norme dans les midsixties.Notamment celles de Bob Dylan et Phil Ochs.
En littérature,Rowan Oak, grande demeure sudiste (photo), a abrité William Faulkner, son épouse, ses livres et ses alcools,tout cela n'étant pas forcément dans l'ordre préférentiel.Quant à James Meredith,les choses étant souvent plus complexes que la droite ou la gauche,par exemple,ou le blanc et le noir,il devint un soutien des Républicains.
http://youtu.be/1PLFKimdUOA Phil Ochs Ballad of Oxford
http://www.deezer.com/music/track/7365745 Bob Dylan Oxford Town
Mort d'un caïd
William Riley Burnett (1899-1982),vous le connaissez sans le savoir peut-être,si vous êtes amateurs de films noirs.Voyez les photos ci-dessous.Nobody lives forever,Fin de parcours date de 1943 et c'est un très bon roman noir dont l'originalité est que le gros coup dont il s'agit n'est pas du tout un meurtre,mais un mariage d'argent que le caïd d'âge mûr (c'est à dire quarante ans pour l'époque) envisage comme une escroquerie.Il y en a de pires.Et la presque totalité du roman se passe sans un coup de feu,bien qu'il y ait comme un coup de foudre de la veuve en or pour le gangster bien habillé.
Donc pratiquement pas de privé,ni de flic ici mais quelques comparses,seconds rôles comme le polar hard-boiled ou le cinéma noir les affectionnent.Doc,sous perfusion toxico,maître-chanteur accessoirement,Windy,bas de plafond,Johnny l'avocat forcément véreux indispensable à la défense d'un boss du business,et Toni, vénale, fatale un peu,sexy pas mal,et vulgaire à la folie.La Californie des années quarante,le Mexique comme fuite éventuelle,une vague allusion à la guerre,en Europe ou dans le Pacifique.Certains prennent des pruneaux en Floride,d'autre des obus en des îles lointaines.Ce n'est pas trop ça qui empêche Farrar,ou Lloyd (il a pas mal de pseudos) de dormir.La peur de la taule,oui d'où les tendances suicidaires du personnage.
Horace,Raymond et Dashiell (ils m'accompagnent depuis si longtemps que je les appelle par leur prénom) ne sont pas les seuls.Et les films adaptés de WRB sont légion.Il a d'ailleurs aussi adapté les autres,Scarface notamment.Cette littérature, on le sait maintenant,est essentielle. Quelques exemples de noirs mais il faut savoir que certains bouquins ont aussi été tournés en version western,La ville abandonnée,L'or du Hollandais.
Ma cabane en Alaska
Impressionné comme beaucoup par Sukkwan Island j'ai attendu un peu pour aborder Caribou Island.Ca me rappelle une jolie chanson qui s'appelle J'irai jamais sur ton island.Parce que les islands vues par David Vann c'est pas de la tarte.Le premier livre était assez désespéré.Le second,Désolations,pour une fois le titre français n'est pas trop mal vu,serait plutôt désespérant.C'est pire.D'abord David Vann a le chic pour nous présenter des personnages médiocres, inintéressants, souvent pas mal beaufs,vaniteux.Inintéressants? C'est pas sûr finalement.Un homme n'a qu'une obsession,bâtir une cabane de rondins dans une île paumée en Alaska.On ne sait même pas vraiment pourquoi.Son couple est en train de sombrer,sa femme malade traîne un boulet freudien lourdissime.Et puis l'Alaska n'est pas la Floride,on finit par s'y geler les neurones.Tous deux manipulent billes de bois péniblement transportées sur un bateau besogneux.Douleurs articulaires et blessures aux mains assurées.
Ils ont bien eu deux enfants,adultes.Enfin,adultes,ça se discute.Le fils n'est vraiment lui-même que camé ou bourré.Le type même du gars qu'on n'a pas envie d'avoir comme ami.Il y en a comme ça.Les cadences péremptoires de la pêche au saumon, industrielle,en haute saison ne tendent certes pas vers la poésie mais cet homme n'a manifestement pas grand -chose à foutre de ses parents.Sa soeur,physiothérapeute (mais ce n'est pas par confraternité que je la sauve),très mal attelée avec un dentiste menteur comme un arracheur de dents,a bien conscience du malaise grandissant puis culminant chez ses parents.Elle fera ce qu'elle pourra mais chez David Vann,jusqu'à présent car il n'y a que deux romans,toute grâce semble vouée à l'échec.
Ainsi donc le mari et la femme,j'ai oublié leur prénom et rendu le livre, n'échangent plus que des efforts harassants pour bâtir cette odieuse cabane,entre insultes et mépris.D'évidence ce ne sera pas "Home,sweet home".Désolations est un bon livre, fort bien documenté sur la nature alaskane d'une clémence relative.Je veux bien go West mais pas à ce point-là.Pour vous remonter le moral ne comptez pas sur David Vann.Pour une lecture de qualité mais réfrigérante,si.Pour voir une ébauche de label Vann,eh,peut-être.
L'avis de Claudia http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2011/10/david-vann-desolations.html
Brion pour nous
Titres français insipides en finirez-vous jamais?On a affublé le très beau noir Cry of the city (1948) du nom La proie,qui ne correspond pas à l'histoire.Robert Siodmak ( Les mains qui tuent,Double énigme,Les tueurs), cet Allemand exilé,est l'auteur de quelques beaux tableaux noirs.Ici ,deux belles gueules oubliées,Victor Mature et Richard Conte,amis d'enfances de Little Italy s'affrontent,flic et gangster pas très éloignés,dans un film très bien fait dont Scorsese,et c'est une évidence,pense grand bien.
Pas plus inspiré quant au titre,voici le plus rare La proie du mort,Rage in heaven (1941),de W.S Van Dyke,très marqué par la psychanalyse très à la mode en ce début des forties.Un milliardaire torturé manigance la perte de son meilleure ami en arrangeant sa propre mort.Tiré d'un roman peu connu de James Hilton (Goodbye Mr.Chips,Horizons perdus),bénéficiant de fortes présences,Robert Montgomery,et les toujours impeccables Ingrid Bergman et George Sanders,ce film peu connu que je voyais pour la première fois m'a surpris,situant une part de l'intrigue dans une aciérie britannique.Le côté freudien n'est pas trop lourd malgré une mère,comme il se doit,possessive et hitchcockienne.
Mais la palme absolue du titre nul revient sans contestation au très bon film,plus célèbre,Le port de la drogue,traduction comme chacun sait de Pickup on South Street.En 53,pleine guerre froide,la censure française remplaça le microfilm par un sachet de drogue,faisant croire à une guerre des gangs sur les docks.Outre cette anecdote ridicule et si les deux films précédents sont bons,celui-ci est une perle du film noir.Samuel Fuller savait tenir une histoire,action et ambiance confondues. Parlons du climat,si important dans un thriller.New York by night,la cabane de bois sur pilotis où crèche le nerveux Richard Widmark,si souvent inoubliable.Deux scènes de pickpocket fabuleuses qui ouvrent et finissent le récit.Remarquable utilisation des transports,métro,escaliers,tout le mobilier urbain.La musique de Lionel Newman,ce jazz fifties si descriptif.Une informatrice pas vraiment indic (l'adorable Thelma Ritter),avec un code moral et une affection toute maternelle.Une fille peu farouche et embringuée dans une ahurissante affaire de secret défense.Et tout cela en 80 minutes.Une brièveté à laquelle les auteurs des souvent pénibles polars actuels feraient bien de songer. Décidément Patrick Brion et son Cinéma de Minuit sur France 3 m'auront été d'un grand secours depuis longtemps.
Le fils du "Désert"
Robert Hasz est né en 1964 en Voïvodine,minorité hungarophone de la Yougoslavie.Mais ça c'était à sa naissance. Depuis c'est devenu compliqué dans ces coins là et il a choisi de vivre en Hongrie.La mort du Maréchal et l'explosion balkanique ont maintenant fait de la Voïvodine une province autonome de la Serbie où on dénombre six langues officielles.Ca doit être pratique..Ne confondez pas avec le Kosovo ni le Montenegro,et encore moins avec l'une des trois entités de la Bosnie.Suis-je assez clair?Le pire est que tout ça n'est pas sans rapport avec La forteresse.
L'éditeur évoque Kafka,Borges,Gracq,Buzzati,ce qui fait beaucoup.Mais Robert Hasz est loin de démériter dans ce pays des confins pas mal fréquenté en littérature.Livius,à la veille dêtre démobilisé est muté là-bas,à la forteresse dans la montagne,près de la frontière.Quelle frontière,on ne sait pas.Et quels drôles de militaires.Pas d'armes dans cette caserne,mais les mets les plus succulents et les vins les plus fins au mess.Des véhicules hors d'usage.Des subordonnés à qui leurs supérieurs demandent de les tutoyer.
Pas de courrier non plus.Officiers et soldats patientent sans révolte,c'est ainsi.On creuse bien un tunnel,une belle excavatrice erre de ci de là.Evidemment on pense à Dino et à un autre lieutenant,mon frère Giovanni Drogo.Mais une fantaisie frissonne ici qui n'était pas de mise au Fort Bastiani.Les quelques personnages, peu hiérarchisés,autre différence notable avec Le désert des Tartares,finissent par découvrir une porte au fond d'un entrepôt fantôme.Paranoia,un Ordre semblerait dicter sa loi,mais rien n'est sûr.Je vous laisse là,mais quand même ça m'inquiète bien un peu.
Autre livre de Robert Hasz Magyar,vous avez dit Magyar
Par le sang des innocents
Le challenge de Nathalie Chez Mark et Marcel est plutôt à vocation littéraire.Pourtant j'ai pensé que cet article pouvait trouver une petite place dans la botte d'Il viaggio.Il était assez difficile de voir Le Christ interdit, seul film de l'écrivain italien Curzio Malaparte.Je l'avais vu adolescent mais ne me souvenais que de quelques rares images,peu festives.Car il n'est pas léger léger ce film et Malaparte traîne encore un parfum sulfureux. L'ayant déjà évoqué (Chasse aux alpins) je rappellerai brièvement le chemin sinueux parcouru par Malaparte, engagé pour la France dans la Grande Guerre,fasciste puis antifasciste.Il aurait même rejoint le PCI sur son lit de mort.
Présenté à Cannes en 1951 Le Christ interdit suscita des polémiques et entretint le trouble,il dure toujours, sur la personnalité de l'ambigu Kurt Suckert,Toscan de père allemand.Sadoul,le peu nuancé critique français très encarté du côté d'Oncle Jo,intitula sa chronique Le Christ interdit,film néofasciste de Curzio Malaparte.L'excellent Jean Gili,passionnant spécialiste du cinéma italien,cite dans le livret du DVD Edoardo Bruno : "Le film donne,avec une extrême clarté,une confirmation de la confusion,de la pingrerie morale et de la niaiserie de l'auteur".C'est vrai que cinq ans seulement après la guerre le film prêtait aux controverses.A ma connaissance il n'est pas resté dans le coeur des Italiens pourtant très attachés à leur cinéma,très peu lié au Néoréalisme et si loin de la comédie.Tentative d'explication, c'est un peu lourd,mais pas sans intérêt soixante ans après.
Bruno (Raf Vallone),prisonnier de guerre,rentre au pays.Des difficultés de l'après-guerre j'ai déjà souvent disserté (Rossellini et le Néoréalisme,une fois de plus).Il a l'obsession de venger son frère,trahi et exécuté.Mais le silence règne,tout noir sous le soleil toscan et dans les vignes qui reprennent lentement le goût de vivre.Très lentement comme les villageois,à commencer par sa propre mère.Elle sait,sa cousine sait,son amie Nella sait.Mais à quoi bon revenir sur ce que l'on ne peut plus empêcher.
Tout cela a fortement décontenancé la critique italienne,l'oeil rivé vers l'Est.Déjà que Malaparte était pour le moins discuté,hors du sérail.Pire encore on n'aime guère le titre ni cette représentation de la foi dont on ne sait si elle est sincère ou hérétique.L'hallucinant personnage du tonnelier,joué avec son austérité coutumière par l'homme sans sourire Alain Cuny,ne détend pas l'atmosphère, figure christique plus encore que dostoïevskienne. On n'est pas très loin du bouc émissaire,cette théorie actuellement tellement dévoyée et démago.Très mal à l'aise aussi la très catholique Italie devant cette représentation,un défilé des objets de la Passion et des porteurs masqués. Irrévérence ou profondeur,personne ne le sait vraiment.On cherche un volontaire pour figurer le Christ (scène de Gino Cervi en prophète illuminé).On ne trouve qu'un chien.Le Christ interdit,je l'ai dit en préambule,est un film très pesant,de ceux qui vous laissent un goût de cendre,tout presque athée que l'on soit.
Et puis il faut remonter au, début des années cinquante et je considère que ce Christ a été le fossoyeur du Néoréalisme tout en en empruntant les derniers oripeaux,version rurale,alors que c'était plutôt la cité qui concentrait les meilleurs éléments néoréalistes.Trop de psychologie tue la vraisemblance.Mais revoir ce film 45 ans après une première vision procure une sensation indéfinissable.On a le droit de ne pas aimer le film de Curzio Malaparte.L'histoire du cinéma italien,une fois n'est pas coutume,l'a un peu vite écarté.Au nom d'une certaine morale?Allez savoir."Il est plus facile de pardonner que d'oublier",nous propose de méditer l'auteur complet (y compris la musique).
http://youtu.be/LqRDFPOhslE Quelques minutes de Il Cristo proibito
Des mots,une histoire: Affres de cinéphile
Les mots imposés pour l'édition 63 de Des mots,une histoire sont: tard-pelage-lettre-muguet-tornade-prélude-oiseau-temps-plateau-duel-éternité-bégayer-toxique-merveilleuse-soleil-film-fugitif-interdit-carnage.
"Duel au soleil" se terminait dans son apothéose incendiaire,Gregory Peck en méchant comme dans aucune autre production.Il quitta le temple de Bercy, remonté. C'en était donc fini de son cycle western.Il se sentait prêt à affronter les plateaux télé pour la grande finale nationale de "Qui qui s'y connaît le plus en films de cowboys?". Cette année il avait consacré énormément de temps à revoir d'obscures séries B des fifties,à enchaîner des noir et blanc rarissimes,à veiller tard sur le câble pour apercevoir un cavalier fugitif dans le couchant.Encore fallait-il l'identifier sans bégayer lors de l'émission,et ne pas s'emmêler dans les multiples versions de O.K.Corral.
A la lettre,il suivrait à la lettre les conseils de son coach pour sa préparation,y compris l'interdit sur tout alcool.Une semaine restait avant la tornade médiatique, très relative entre nous et de niveau très local,qui saluerait sa merveilleuse connaissance de ce sujet si important,du prélude dit " des sales gueules" de "Il était une fois dans l'Ouest" au carnage final de "The wild bunch".
Gare de Lyon,mai oblige,il pensa in extremis au muguet et reprit son train pour cette ultime phase de bachotage avant l'épreuve.De toute éternité il avait savouré l'histoire de l'Ouest,depuis les gravures d'oiseaux d'Audubon et les romans de James Oliver Curwood,somptueux pelage d'ours en couverture et flèches toxiques des Indiens du Nord au long des pages de son enfance.Ceci ne l'empêcherait pas de signer après demain sa biographie de Rossellini à la Grande Librairie,Place de la Basilique.On est pluraliste ou on ne l'est pas.
Double jeu
Que vous inspirent les cinq premières photos? C'est un jeu cinéma mais j'ai rajouté deux indices en 6 et 7 qui devraient faciliter le travail si nécessaire.Suis-je bon et généreux...
Géographie: Hopkinsville, Kentucky
Ville découverte grâce à l'ami Thierry sur son site musical où il parvient si souvent à présenter des gens absolument inconnus voici Hopkinsville que vous ignoriez,ce dont vous ne vous portiez pas plus mal.32 000 habitants vivent là dans un coin du Kentucky.Mais il ne faut pas leur en vouloir.Cependant,the road must go on et il nous faut si on ne veut pas rester en rade parfois accepter des villes dont le prestige reste à prouver.C'est au nord-ouest d'Hopkinsville que la durée de l'éclipse solaire d'août 2017 sera la plus longue (2 minutes 40 secondes).C'est tout ce que j'ai trouvé sur Hopkinsville.Alors on se retrouve là bas l'été 2017.Promis.
http://youtu.be/v8b7EuvWSrc Hopkinsville Darrell Scott
Et merci encore à Thierry pour l'autre découverte,Darrell Scott, folkeux de talent.Il y en a comme ça des centaines sur Jazzbluesandco ,et du blues,du jazz,comme le nom l'indique,ainsi que des musiques du monde,du fado,du brasiliana,etc..
Décollage et déshabillage
Je n'avais jamais vu le premier film aux Etats-Unis de Milos Forman. Souvent oublié dans la filmographie plus ou moins élastique du mouvement hippie Taking off vaut son pesant de patchouli.Luc Lagier dans cette édition DVD présente très clairement en six minutes le contexte de Taking off.C'est remarquable de concision et de précision et je me contenterai d'en reprendre quelques éléments.Fin 67, Milos Forman,intéresse la Paramount après ses trois films tchèques, pugnaces, drôles, corrosifs. Il s'agissait de L'as de pique,Les amours d'une blonde,Au feu les pompiers. Avec son complice,ce touche-à-tout de Jean-Claude Carrière,ils se retrouvent à New York,logeant au célébrissime Chelsea Hotel,si bien chanté par Leonard Cohen,temple hippie de la côte Est.Ils souhaitent faire un film sur ce mouvement libertaire qui s'avèrera très vite plutôt conformiste.Mais n'allons pas trop vite.
Ils rencontreront même les étoiles filantes au si court avenir, Jimi, Janis, etc...Mais Forman s'ennuie vite car les hippies c'est surtout substance et somnolence et lui fourmille d'idées.Il lui faudra trois ans pour concrétiser ce projet qui abordera le phénomène hippie par la bande et par l'humour,et sans démagogie.Parce que l'Histoire, simplement l'en empêchera,en 68-69,elle est si forte l'Histoire quand elle s'y met et éclipse tous les scénarios. Assassinats de King et Kennedy II,manifs contre la guerre du Vietnam,pavés volants dans bien des capitales, Dubcek redevient jardinier à Bratislava. Il y a des années où il vaut mieux faire autre chose que d'écrire des trucs qui seront toujours moins forts que la réalité.
Deux ans plus tard bien des choses ont fait long feu comme Jan Palasz place Wenceslas.Forman et Carrière, pas dupes,vont écrire un scénario qui traite plus des parents de hippies que de ces derniers.Qui sait s'ils ne sont finalement pas plus intéressants,confrontés,un peu ahuris,mais d'être parents,vous savez,ça peut arriver à tout le monde.En focalisant sur le phénomène des fugueurs qui rejoignent une communauté ils vouent pas mal de tendresse à ces quadras déboussolés,souvent moins obtus qu'on veut bien le dire.C'est ainsi que Larry erre dans Manhattan à la recheche de sa fille Jeannie(hé non,rappelez-vous,nous ne sommes pas en Californie et Woody n'est pas si loin),faisant quelques expériences qui le changent de ses séances d'hypnose.
Taking off,à la fois décollage au sens spatial,et déshabillage,comme les jeux de cartes "strip" auxquels ils prennent goût,narre ces quelques semestres où les jeunes ont crû (vraiment?) changer le monde en s'asseyant et où leurs parents ont commencé à comprendre le trouble immense de l'Amérique.J'allais oublier de dire que ce film est très très drôle,très proche du ton tchèque de ses premiers films, teinté d'amertume et d'absurde.Beaucoup d'irrévérence,un certain courage de ne pas aller forcément dans le sens du poil,Forman sera probablement plus mainstream avec Hair (à propos de poil).Et une infinie affection pour ses héros,cravatés et cheveux courts,et si proches.Une scène culmine,tordante et d'une fausse naïveté,celle du casting de chanteuses folk.
2010 - [bande-annonce] TAKING OFF de Milos Forman (extrait 1)
Des mots,une histoire: Elle,lui,le soir et les autres
Les mots imposés pourDes mots, une histoire 62 sont : immédiateté – assiette – création – café – peau – trille – absence – bergamote – confiance – peigne – hermétique – insouciance – facile – tristesse – sourire – diable – déception – labyrinthe – sang – coincidence – chavirer – connexion.
En avait-il fréquenté des cafés,des cafés littéraires,des cafés philo,des cafés ciné,etc...Dans les troquets du centre ville,une assiette anglaise fadasse sur un coin de table,avec parfois les cris de supporters dans la salle voisine,prêts à faire la peau des gars d'en face,et en toute absence de vraie connexion,lui aussi avait devisé, parfois des heures durant,et se cachant presque d'elle qui détestait ces sempiternelles et si faciles séances de nombrilisme,qu'elle traitait d'un sourire meurtrier.Cest vrai que ce genre de réunions s'était propagé,le moindre chef-lieu de canton dissertant maintenant de Kierkegaard ou Bret Easton Ellis.Elle,si secrète,n'y entendait que trilles de passereaux pépiant,ceci proche d'un degré de création insignifiant.Lui,curieusement,commençait à penser comme elle,à pencher vers elle.Il retenait de ces conversations essentiellement une tristesse,précise, vis à vis de ces solitudes mises en ligne,au bar comme sur la toile.Il se demandait s'il ne fallait pas laisser dormir Kant en un tiroir hermétique et relire plutôt Hammett que Tolstoï.
C'est ainsi que peu à peu il cessa de passer au peigne fin les surmoi et les questions existentielles,dont l'immédiateté ne lui sautait plus aux yeux.Au diable ces jeudis à 18 heures et ces cheveux coupés en quatre.Il allait se décider,retrouver confiance,la reconquérir,qui sait.Il reprendrait son roman inachevé,et pour tout dire presque incommencé.Il surmonterait sa déception bien que son insouciance,celle qui lui avait inspiré ses textes les moins mauvais,ait chaviré depuis un bail.Dans le labyrinthe de feuilles volantes qui jonchaient son bureau il saurait bien retrouver quelque antique composition et de quoi trousser de nouvelles chansons.Il allait leur montrer.Il allait lui montrer.
Coïncidence,insupportable,la radio passait "La chanson de Paul",ce personnage d'un vieux Sautet que Reggiani interprétait de toute son émotion.Il repensa à ces films,ces films de ses vingt ans et c'est bouleversé qu'il cherchait un goût pour sa bouche,une praline,une bergamote.Un certain avait beaucoup fait pour la madeleine. Reggiani,lui,égrenait "Cette nuit je vais écrire mon livre.Il est temps,depuis le temps". Lui, songea, simplement "Bon sang,il est tard".
Merci à Jean-Loup Dabadie,Serge Reggiani,Claude Sautet.Ils ont compté.
Barcelone en berne
Marina ressemble à un roman de nos adolescences lointaines,revisitées gothiques si l'on veut.Rien n'y manque.Grand manoir décrépit dans Barcelone, souvenirs de mythes frankensteiniens,l'un des personnages s'appelle Shelley,deux adolescents dont Oscar bien seul en son pensionnat et Marina,au lourd secret (un secret est rarement light),et,plus gênant invraisemblance ahurissante du mystère qui n'assume cependant pas tout à fait son aspect fantastique.Ce livre m'a semblé tout de même très inférieur à L'ombre du vent, grand succès de Carlos Ruiz Zafon.
Ajoutez une très mystérieuse dame en noir,une sombre histoire de jumeaux,très courus en littérature fantastique.Enfin des manipulations génétiques dont un génial immigré tchèque très doué pour la chirurgie réparatrice use et abuse.Au bout du compte j'ai trouvé que l'exagération avait atteint ses limites et qu'au moins le souvenir de ce livre,lui,ne serait pas immortel.Gaston Leroux et le cinéma sont déjà passés par là depuis belle lurette.Ils ne sont pas les seuls.Et comme les grands thèmes du fantastique sont heureusement éternels je reconnaîtrai, à la décharge de Marina, devoir confesser une hispanophilie assez mitigée.Ceci explique en partie cela ainsi que la brièveté de cet article.
Géographie: Chattanooga, Tennessee
N'oublions pas,n'oublions jamais Bill.Je sais que Chattanooga choo choo c'est surtout Glenn Miller mais je vous propose l'interprétation de 1954 de Tonton Bill,officieux parrain du rock'n'roll,ce qui n'est pas absolument évident à première vue.Son physique n'a rien d'un sex symbol sauf sa mèche sur le front et son jeu de scène n'est pas celui d'Elvis the Pelvis,tant s'en faut.Mais tourne le temps,Rock around the clock a définitivement jeté les bases d'une immensité musicale qui n'en finira plus.
http://youtu.be/Ul22mBkkKww Chattanooga choo choo Bill Haley
Chattanooga est la quatrième ville du Tennessee, 180 000 habitants environ.Située dans le sud-est de l’État, sur la rivière Tennessee, et jadis noeud ferroviaire important,la ville est par son nom même impérativement au classique swing de Glenn Miller.Elle fut aussi le siège d'une importante victoire de l'Union face aux Confédérés en 1863. Tout ça c'est bien beau mais à toi Bill!Let's go!
Des mots,une histoire: Disque adéquat
Les mots imposés pour l’édition 61 de Des mots, une histoire sont : hiberner – sentiment – tendresse – cachette – étagère – indécis – traîner – émanation – garnements – manque – spinalien – béant – désorienté – interdit – nocturne – caricature – caractère – banalisé – dosage – bleu – isoloir – enquêter – lointain – épaule – train – repartir – voyage.Le mot spinalien n'a pas été retenu.Pourquoi pas castelroussin ou mussipontain?
Le compte à rebours touchait à sa fin.Pourtant il aurait aimé un ultime sentiment,quelque chose d'indécis qui aurait flotté un moment,des bribes qui seraient restées là,à traîner comme si la semaine prochaine les rendez-vous étaient appelés à continuer comme les quarante dernières années d'une vie professionnelle pléthorique consacrée aux épaules meurtries et aux vieillards désorientés.Les fatigues de tous ordres traçaient leurs bleus sur ses avant-bras,des avant-bras hexadécennaux,riches encores de bien des tendresses mais dont la lointaine arrogance,un peu séduisante parfois,lui semblait comme une borne,là-bas,au début du voyage.Autant dire aux origines du monde.
Un monde ou,garnement de vingt-deux ans,la blouse blanche lui allait à merveille,sans plisser sur quelques capitons.Un monde où,quelques années plus tard,de furtives visiteuses se faufilaient presque en cachette dans son cabinet mi isoloir mi chapelle.Il avait aimé ces complicités très souvent platoniques,en avait consigné quelques chapitres,en tout petits caractères,émanations amusées ou émues de cette jeunesse dont même les murs désormais s'éloigneraient.Maintenant l'attendait la dernière ligne droite,longueur inconnue mais rectitude à peu près acquise,parcours banalisé et probable manque d'imagination.En fait il était terrorisé à l'idée d'hiberner sans printemps rédempteur et pour tout dire affolé devant l'espace béant qui s'annonçait.Le temps allait venir,des peurs nocturnes et des trains aux heures creuses.Sûr que rien n'était formellement interdit sauf d'espérer repartir dans l'autre sens il espérait sans trop y croire trouver le si savant dosage nécessaire à une disponibilité nouvelle.
Sur l'étagère,juste entre deux caricatures de kinés,célèbres dans leur petit monde professionnel,et sans enquêter,chose rare dans sa gargantuesque discothèque,il saisit le vieux vinyl de Phil Ochs qui n'avait jamais cessé de l'obséder,Rehearsals for retirement,de circonstance.
Charly le Calamiteux
Pochade de potache.Palsambleu,certes,mais rudement troussée et qui bouscule l'Histoire,tous cotillons voltigeant.Les premières pages me sont apparues presque trop appliquées,comme un numéro de music-hall un peu laborieux,Teulé est d'ailleurs un peu un enfant de la télé.Puis j'ai trouvé que la langue était belle, verte certes,mais d'un picaresque qui parvenait à faire bien rire des Guerres de Religion,particulièrement hilarantes, il est vrai.Certains se sont offusqués de ce qu'ils considèrent comme une pantalonnade.Pas si faux mais qu'importe.Charly 9 m'a au moins aidé à comprendre le rythme d'une époque,très accélérée par rapport à la nôtre.Notamment les derniers Valois,François II,roi à quinze ans mort à seize.Son frère Charles IX,roi à dix ans,mort à vingt-quatre,et n'ayant survécu que deux ans à la Saint Barth(oui,je suis un peu snob,je dis Saint Barth).Mais vraiment quelle belle histoire de famille,aimante et tendre!
Quand on parle fin de race on peut penser que ça s'applique tout à fait bien à cette invraisemblable fratrie sous la houlette de la Mère Catherine de Médicis,le vrai patron de ces Valois hors d'usage.J'ai oublié de vous présenter Alençon,le benjamin,aimablement surnommé Hercule étant donné sa difformité.Les morceaux de "bravoure" sont légion dans les deux dernières années de la vie de Charly.A condition d'avoir de la bravoure une approche un peu particulière.Quand il joue à la paume avec ses deux frères et son cousin Navarre,qui entre parenthèses, pue l'ail à cent lieues,pendant que le royaume est à feu et à sang.Quand il chasse le lapin ou le cerf dans les salles d'apparat du Palais du Louvre,égorgeant au besoin lévriers et valets.Ou ses ratés de faux monnayeur.
Certains ont détesté,invoquant les incroyables libertés avec l'Histoire.Vraiment détesté parfois.Je ne prends pas Teulé pour un très grand écrivain mais j'ai passé un très bon moment à lire ce que je considère pas si éloigné de la vérité historique telle que la concevaient par exemple les Monty Python.Après tout l'Histoire en a vu bien d'autres et les lecteurs sauront faire la part des choses,sans être spécialistes de cette époque si brutale et si expéditive.
Un autre avis favorable http://www.laruellebleue.com/6088/charly-9-jean-teule-julliard/
Un avis très défavorable http://mesaddictions.wordpress.com/2011/04/17/charly-9/
Lettres et le nez en (???),vraiment pitoyable comme titre
A la recherche d'un écrivain...J'espère seulement que pour l'intérêt du jeu on ne pourra pas trop zoomer sur la dernière photo.Sinon j'aurai l'air malin.Merci de répondre par courriel pour préserver l'insoutenable suspense.
Se mettre au Prévert
Si Jacques Prévert fait merveille,et mêmes Démons et merveilles,aux côtés de Marcel Carné,n'oublions pas sa magnifique collaboration avec Jean Gremillon sur Lumière d'été en 1942.J'ai une grande tendresse pour ce film,romanesque au possible qui "enferme" en quelque sorte en pleine nature mélodramatique une poignée de personnages lourds d'une symbolique,le peintre raté et alcoolique, l'aristo dévoyé,la danseuse d'opéra éloignée du monde par amour,la jeune femme naïve et victime.Prévert nous offre quelques beaux moments,moins célèbres que Quai des brumes bien sûr ou que les dialogues étincelants des Enfants du paradis.Mais la magie des lieux fonctionne bien.Le joli hôtel de Haute Provence accueille donc Madeleine Robinson et son amant Pierre Brasseur, histrionnesque mais parfait dans ce rôle d'artiste fauché,parasite et éthylique.La patronne, Madeleine Renaud n'a d'yeux que pour Paul Bernard,grand comédien oublié,riche voisin oisif.Tous deux partagent un secret mais on n'est pas dans le suspense.L'intérêt de Lumière d'été est ailleurs.
L'artifice est au coeur de l'action du film et les morceaux de bravoure peuvent même sonner théâtre. Qu'importe, la démesure de Brasseur décidant de ne peindre que du blanc dans la grand salle du château, l'humour de certains mots d'auteur, quand ce même Brasseur s'insurge contre le vieil urbaniste,seul autre client de l'hôtel,car il ne supporte pas "que l'on dise du mal de la Tour Eiffel".Ce parigot de Prévert a toujours sa tendresse lutécienne.Et Jean Gremillon réalise un beau point culminant lors du bal masqué,Brasseur-Hamlet ivre déclame sa tirade au son du Barbier de Séville.Cette farandole rappelle celle,stupéfiante, de la fin des Enfants du paradis,film ultérieur,rappelons-le.Bien sûr il y a une certaine convention des personnages mais bien malin le cinéaste qui peut s'affranchir totalement.
Parmi les dialogues cet aphorisme: "Le malheur,c'est pas terrible le malheur!Ce qui est terrible,c'est l'ennui" proféré par Brasseur.Ou ce constat sur l'amour,certes moins flamboyant que "Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour",déclaration de Garance-Arletty à Frédéric-Brasseur dans Les enfants du paradis:"Une petite femme,un petit coeur,un tout petit amour.Et une épouvantable,une immense jalousie" que le châtelain Paul Bernard balance à Madeleine Renaud.
Les plumes de l'année: Risque d'histamines
Voici les mots recueillis par Asphodèle pour ce défi hebdomadaire. Poussiéreux (se) – pluie – pré – persévérance – parcimonie – picorer -page – perdu(e) – pétillant(e) – procrastination* – pédalo – putréfaction – pollen – pardon – persan – pivoine – partage – poudrer.Le mot procrastination n'a pas été retenu.Je procrastine pourtant beaucoup mais à mon sens on ne peut chacun apporter chaque semaine un mot plus ou moins savant et manifestement implaçable autrement que très artificiellement.
Salle de bains,intérieur jour.Elle n'en finit guère de se poudrer les ailes du nez,inquiète à l'idée des pollens prédateurs qui menacent chacune de ses sorties d'avril.C'est tous les ans la même obsession,ces heures printanières qui la poussent à rechercher la pluie,la pluie vengeresse de ces poussiéreuses attaches,ces odieuses particules qui la font ahaner,rougir comme une pivoine,et finalement choisir l'enfermement dans cet appartement certes plutôt coquet,où ronronne Hollywood,persan de trois ans,et où les belles pages d'Emily Dickinson l'attendent sur la petite bibliothèque de sa chambre.Désuètes?
C'est avec une parcimonie très savamment pesée qu'elle accepte les invitations.Mais il lui plait de le retrouver et de marcher dans la ville,dans les allées du Parc Jacques Braconnier,n'étaient-ce ces fâcheux platanes qu'il lui faut contourner sous peine de lui demander pardon toutes les cent secondes de ses éternuements qu'il finirait par considérer comme des atermoiements.Elle se sent pourtant d'humeur pétillante,décidée à picorer ces instants inédits,prometteurs peut-être,au long de cette après-midi à la fois urbaine et aérée.Bien sûr Celsius est encore un peu pingre pour le pédalo sur le bel étang d'Isle,mais par pour le pré aux jonquilles.Bien sûr les putréfactions carbonifères,laideur syntaxique mais bonheur olfactif,d'une forêt automnale,lui conviendraient mieux.Mais elle ne manque pas de persévérance,et,décidée, ferme sa porte.Elle descendra à pied,le genou un peu douloureux,cette surcharge pondérale commence à lui coûter.Un tout petit peu perdue,pourvu que de plus ce ne soit pas la rhinite en partage.




















































