08 mai 2008
Mères et fils
A l'ami Yvon pour deux ans de chroniques irlandaises et plus largement littéraires,que je visite si souvent. Anniversaire!
On aura du mal à me convaincre que L'épaisseur des âmes transcrit correctement le titre irlandais Mothers and sons pour ce très beau recueil de nouvelles de Colm Toibin,dont j'au lu les,tous excellents,Le bateau-phare de Blackwater,Désormais notre exil,La bruyère incendiéee et Le maître Cher Maître . Composé de neuf histoires qui opposent une mère et un fils ce livre tisse une trame très fine sur ces rapports passionnels,jamais outrancièrement,plutôt musique de chambre qu'opéra wagnérien.Souvent en quelques phrases vers la fin de la nouvelle,pas à la Tennessee Williams à grand renfort de psychanalyse pesante,mais ponctuant une approche très sobre de la problématique familiale dans une Irlande moderne, pas trop cependant pour oublier la grande Histoire de ce pays.J'en citerai quelques-unes,ce livre confirmant la vitalité et la logique créative de ColmToibin.
Un prêtre dans la famille,le terrible désarroi d'une dame âgée dont le fils,prêtre,vient d'avouer les pires perversions.En une vingtaine de pages,un affrontement qui n'en est pas un,et la dignité,au-delà,la dignité...
Famous blue raincoat,revoilà ce vieil imper bleu de Leonard Cohen,pour une variation sur les années folk et un ado qui décide de compiler en CD les vieux enregistrements de sa mère et de sa tante,du côté de Fairport Convention.Bouleversant témoignage sur ces années et les traces des aiguilles.C'est douloureux, sobre et intense.
Sept pages suffisent pour faire Un trajet,une mère ramène son fils dépressif au chevet de son père.Ecrire si bien et si serré laisse rêveur.Et Une chanson finit par les presque retrouvailles entre Noel et sa mère, celle-ci chantant une déchirante ballade,dans un pub, peut-être pour lui tout seul.Je vous laisse découvrir ce bien beau recueil dont une ou deux nouvelles m'ont cependant laissé de glace.C'est mieux ainsi,je ne gôute pas trop la perfection.
07 mai 2008
Une chanson:Matthew and son

Il est bien sûr admis en général que le Cat Stevens,délicat folk-singer,celui des Lady d'Arbanville,Wild world,Sad Lisa,le magnifique Father and son,est de loin le meilleur.Et pourtant si vous saviez la tendresse que j'ai pour ce qui fut,je crois,son deuxième disque. Matthew and son est un tube pop,délicieux et inaltérable,avec violons et cuivres,récit ironique de la journée d'un employé de bureau à la City.Puis en 68 Cat Stevens tomba sérieusement malade et le chanteur à la mode qu'on pouvait croire un peu superficiel fit place à un jeune homme grave penché sur des oeuvres plus sombres,souvent très belles.Je ne reviendrai pas sur les choix ultérieurs de Cat Stevens ou certaines de ses déclarations.Mais qu'est-ce que j'aimais bien Matthew and son!Epoque où l'on ne se croyait pas encore obligé de donner des leçons,j'ai aimé cet éloge de la légèreté,souvent moins anodin qu'on ne le pense.
http://www.youtube.com/watch?v=4lFqtJRmjIo
Up at eight,you can't be late,for Matthew and son,they won't wait!
01 mai 2008
Une zombie féline amoureuse d'un léopard

Coming soon...une passionnante et définitive et modeste réflexion sur la trilogie de Jacques Tourneur qui rester le seul grand metteur en scène américain à être mort à Bergerac.Vaudou ne dure que 68 minutes et comme j'aimerais que nombre de bavards cinématographiques s'inspirent de cette brièveté.Un peu plus d'une heure pour aller à l'essentiel.Acteurs peu connus,budgets moyens mais un producteur éclairé,attiré par l'occultisme,Val Lewton,qui permettra la réalisation de cette trilogie pour le compte de la RKO.Alliance de poésie et de précision,Vaudou laisse sourdre le culte antillais progressivement sur fond de percussions nocturnes et entêtantes.Un magnifique symbole,la figure de proue figurant les mânes des ancêtres esclaves,marque notamment le film, fantômatique à souhait et traversé par les rictus des officiants,et le cri des crapauds et des chouettes.Vaudou est une vraie perle et laisse au spectateur sa part de libre arbitre et de re-création.Jamais le cinéma fantastique n'est aussi beau que lorsqu'il se contente d'effleurer la main de ce spectateur,à l'opposé des marchands de voyeurisme.

Une ville frontalière ou presque,au Nouveau-Mexique,impératif pour le climat étouffant et la moiteur des nuits du Sud.Un cabaret peu glorieux et un félin en laisse.Nous sommes pourtant loin du scintillant Mr.Bébé de Howard Hawks.Le léopard de JacquesTourneur n'est qu'une modeste attraction de foire mais sa disparition va entraîner quelques meurtres de femmes,jeunes et aux abois.Film sans effets spéciaux L'homme léopard est une vraie pépite sertie dans sa concision et ses décors classiques mais éloquents.Un musée poussiéreux et son conservateur trouble,une rue d'où jaillissent dans la nuit des appels de mères inquiètes,un cimetière qui sent son Mexique si proche avec son culte des morts si omniprésent.Voilà quelques éléments que le noir et blanc du metteur en scène enchaîne parfaitement,faisant de cette histoire digne des dime novels,romans à deux sous,une pièce maîtresse de ce cinéma où rode la mort,de noir vêtue,comme en une gravure ancienne enluminée par un maître artisan.Souvent considéré comme le maillon faible de la trilogie ce n'est absolument pas mon point de vue et c'est fort bien expliqué dans les bonus de ce beau coffret.

La féline reste le plus connu et finalement le moins surprenant peut-être parce que vu plusieurs fois. Surement aussi parce que les codes du genre sont hyperclassiques dans cette histoire d'attraction répulsion qu'éprouve Irena pour la panthère,ceci en liaison avec une histoire légendaire venant des confins de la Serbie.A noter que les Balkans ici évoqués font immanquablement penser aux Carpathes d'un certain comte bien connu des amateurs.Le noir couleur panthère va tout de même très bien à jacques Tourneur dans ce manège qui conduit immanquablement l'héroïne devant la cage du fauve,l'actrice française Simone Simon lui donnant un petit cachet vieille Europe très appréciable.L'ensemble de ces trois films forme effectivement une véritable cohérence,tournée en quelques mois,avec certains acteurs récurrents,et gagne à être vue dans son intégralité.J'ajoute que le coffret Montparnasse est beau et que l'intervention de Patrick Brion sur le rôle du producteur Val Lewton est limpide.
29 avril 2008
Quand il est mort le poète

Joli roman poètique et enquête policière en quelque sorte que ce livre de Giuseppe Conte qui nous emporte sur la côte ligure en 1822,sur les traces de Shelley qui y trouva la mort lors d'un naufrage douteux.Poète romantique anglais n'était alors pas un brevet de longue vie.Keats mourut à 26 ans,Byron à 36 et Shelley à 32.N'ayant pas précisément vécu d'eau fraîche ni même de balades le long de la plage la mort violente est souvent la dernière muse de ces messieurs.Giuseppe Conte nous narre ainsi les dernières semaines, très agitées,du poète.Ses querelles avec Lord Byron,ses frasques extra-conjugales,et ses lubies à vouloir se croire marin firent de son bateau une épave et du grand écrivain un maudit.
Sur cette trame Conte brode une investigation policière menée par un commandant italien,ancien officier de Napoléon et qui voue aux Anglais une rancoeur tenace.Mais le Commandant Medusei se prendra au jeu et sera séduit par l'aura de Shelley,chantre des libertés,prêt à soutenir les premiers soubresauts d'une Italie en route vers son destin.On sait par ailleurs l'explosive équipe formée par Lord Byron, Shelley, Mary Shelley éprise d'absolu et mère de Frankenstein. Autour d'eux gravitent marchands désabusés,espions à la solde de la Couronne Anglaise,mâitres-chanteurs et enfants malades comme il sied à des poètes romantiques qui auraient détester aller bien. Curieux comme j'ai déjà eu cette impression,de vivre un peu plus fort quand rôdent par exemple la rupture ou les questions.Je cite rarement des extraits mais la prose de Conte est tès belle et traversée d'images parfois sombres come les brisants de Viareggio:"La haine s'accumule et s'alimente d'elle-même,à moins qu'elle ne se cache,la nuit,sur les branches d'un arbre comme une chouette ou un chat-huant,prête à ouvrir ses ailes et à pousser ses cris douloureux".Et puis ce genre de livres me poussera peut-être à me repencher ou plutôt à me pencher sur les vers de Percy Bysse Shelley.

J'ai rencontré un voyageur venu d’une terre antique
Qui disait : « Deux immenses jambes de pierre sans le tronc
Se trouvent dans le désert. Près d’elles, sur le sable,
Sombrant à moitié, un visage brisé est allongé, dont les sourcils sont froncés,
Et les lèvres plissées, et qui sourit froidement sur commande,
Ce qui montre que son sculpteur a bien compris ces passions,
Dont survivent encore, empreintes sur ces choses sans vie,
La main qui s'est moquée d'elles et le cœur qui les a nourrit,
Et sur le piédestal ces mots apparaissent :
'Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois :
Contemplez mes œuvres, Ô vous les puissants, et désespérez !'
Rien à côté ne reste. Autour de la décomposition
De cette colossale épave, illimitée et nue,
Seul les sables plats s'étirent au loin. "
26 avril 2008
Entre chien et loup,à l'heure ambigüe

Les films de Georges Franju,déjà peu nombreux,sont rarement diffusés.Certaines pantalonnades que je ne citerai pas,le sont davantage.Je viens de voir Judex (63) pour la première fois avec beaucoup de plaisir.Dans la veine,bien modeste du fantastique à la française,je considère ce film comme une grande réussite,hommage au grand Louis Feuillade et à nos merveilleux feuilletonnistes d'antan.Ambiance début de siècle,enfin le vingtième,parfaitement maîtrisée par Franju,cet éternel amoureux des images,de la fantaisie à condition qu'elle soit inquiétante,et un noir et blanc comme intemporel même si Cocteau peut-être...

Cape soignée et déguisements fréquents,le justicier sort de la nuit.Ce n'est pas Zorro mais Judex,créé par Arthur Bernède et Louis Feuillade et que ce dernier avait lui-même mis en scène en 12 épisodes vers 1918.Joué par un comédien inconnu,Channing Pollock,Judex n'apparaît que relativement peu,les personnages plus importants étant les deux femmes,la victime,Edith Scob,et sa persécutrice,Francine Bergé.Mais à la lisière du criminel et du fantastique,nanti d'allégoriques oiseaux et d'une superbe musique de Maurice Jarre,doté de l'humour du détective Cocantin par exemple, traversé de verticales obscures qui approchent l'univers des contes cruels de l'époque romantique,Judex est un poème d'amour qui préfigure le surréalisme et donne aux toits de banlieue et aux bord de Marne,aux routes de campagne que sillonnent de rares voitures ce cachet merveilleux,amalgame de nos histoires à faire peur aux enfants et de nos enquêtes policières toute en élégance lupinesco-rouletabillienne.
24 avril 2008
Est-ce bien,Clair?
Alors que Renoir,Carné,Duvivier font toujours la une des blogs cinéphiles René Clair semble traverser son purgatoire.Regardons de plus près deux de ses classiques du début des années trente.
Datant du tout début des années trente ces deux films appartiennent à la veine presque musicale et gentiment anar de René Clair.Mais l'anarchie chez Clair est tout en poésie,en ritournelles et en rues que semble baigne un bleu de ciel.Tout s'arrrange dans ce petit monde sympa où même les hommes politiques finissent par devenir des sous-préfets aux champs.Seulement y a le temps,le vilain temps qui passe et...si Monsieur Clair et ses créatures étaient devenus surannés, délicieusement mais surannés quand même...Ma réponse sera normande car la façon dont sont introduites les chansons dans Sous les toits de Paris est apparue à mes yeux comme antique et totalement kitsch, appartenant au cinéma sonore plus que parlant.Le cinéma sonorisé,besogneusement la plupart du temps,me semble rétrospectivement avoir conjugué les mimiques excessives du muet et le style revue de music-hall franchouillard un brin passéiste.J'ai pourtant conscience de l'inanité de ces critiques tellemnt tardives qu'elles paraissent relever de références antédiluviennes.Mais,je le confesse,j'ai eu du mal à m'intéresser aux querelles du chanteur des rues(Albert Préjean,à lui seul un monument de gouaille) et de son ami.Les décors sont jolis,exhumant ce Paris d'avant et ce "bon petit peuple".René Clair est déjà bien loin des expériences surréalistes de Paris qui dort ou Entr'acte.

A nous la liberté,par contre,que Chaplin cita comme référence et c'est bien le moins qu'il pouvait faire tant la dénonciation du machinisme du film de René Clair préfigure Les temps modernes, demeure un film délicieux tenant à la fois des Pieds Nickelés et du Front Populaire,comme le dit justement l'ami Fantasio, même si ce Front Populaire ne devait voir le jour que cinq ans plus tard.Mais ce printemps vu par René Clair n'a pas le pessimisme de Duvivier ni le militantisme un peu lourd de Renoir.Il est vrai qu'en 1931 les différentes menaces n'étaient pas encore si prononcées.A nous la liberté c'est l'ode à l'amitié,à la fratenité sans véritables slogans et c'est tellement mieux,et pour moi finalement plus fort.Henri Marchand et Raymond Cordy ne sont jamais devenues des vedettes mais comme on a envie de les accompagner au long de la route buissonnière,après avoir échappé à la prison et à une autre prison,la fortune.Et puis aussi bien Sous les toits de Paris que A nous la liberté ne nous offrent-ils pas de merveilleuses affiches?
22 avril 2008
J'peux vraiment pas les voir en peinture(1)

Nouvelle rubrique sobrement intitulée J'peux vraiment pas les voir en peinture... sans émotion, admiration, ferveur,fascination,etc...Peu de mots en cette catégorie.Les blogs en usent tant,des mots.Mais l'envie de vous faire partager quelques toiles qui font plus que de me toucher et qui,elles,n'ont besoin ni de phrases,ni de sous-titres,ni de bande sonore.Un simple tête à tête,ou,près des yeux,près du coeur.
Le colosse de Francisco Goya(1746-1828) est terrifiant de puissance devant la débandade des pauvres humains.Goya fut aussi l'auteur des Majas vestida et desnuda et des Massacres de mai.
20 avril 2008
Danse macabre en Amérique Latine
Ce livre,bien qu'écrit en américain,a sa place plutôt dans la littérature d'Amérique Latine.Daniel Alarcon,né en 77 au Pérou,a vécu en Alabama et préside aujourd'hui à un grand magazine littéraire de Lima.Mais surtout ce livre s'inscrit dans une littérature sud-américaine de combat dont les grands noms sont connus.Norma anime à Lost City Radio,dans une quelconque capitale d'un pays à peine sorti de la guerre civile,une émission où elle évoque le sort des disparus.Car l'Amérique Latine a pour spécialité outre les lamas,les barbus révolutionnaires dont le plus célèbre poster du monde et le tango,les disparus.Attention on disparaît bien partout mais il semble qu'on disparaisse encore mieux sur ce continent, de forme triangulaire comme les Bermudes.Etonnant,non?
Mais voilà,le seul fait de lire une liste est un acte hautement politique dans ces contrées musclées et Norma va se trouver face à son passé et à la mémoire de son mari Rey,évanoui lui aussi,non sans avoir laissé de traces vivantes.Pas d'ennemi immédiatement identifiable dans ce livre,c'est bien plus ambigu,c'est bien plus "la jungle" si j'ose dire.Une Ligue Insurrectionnelle,probablement mais existe-t-elle vraiment et la Lune,cet espace-prison,on finirait presque par en douter,tant Daniel Alarcon excelle à l'abstraction de ce pays dont on sait seulement que le temps d'après la guerre c'est encore la guerre.Toute l'Amérique du Sud,de vrai tyran en faux libérateur, respire dans ce grand livre où plane aussi la magie,pas très loin du vaudou ou du candomblé.
Lost City Radio ne raconte pas la lutte des braves contre les salauds,dans un déluge romanesque qu'on imagine facilement,somme toute assez démagogue.Bien plus profond Lost City Radio missionne sur cette terre d'outrance et d'incendie un envoyé spécial qui pourrait être Kafka.On peut être tenté de l'accompagner mais de grâce, gardez-vous à gauche,gardez-vous à droite.Et rendez-vous comme convenu, nous tâcherons d'y être.
19 avril 2008
Une chanson:Indian reservation

Comme plus personne ne le sait The Sorrows,groupe de Coventry,eut ses deux années de succès vers 1966.Originaires de ce centre industriel de la perfide Albion (notons que la perfide Albion fut bienvenue dans ma vie et l'égaya considérablement au moins par sa musique),les Sorrows mériteraient une petite flamme du souvenir plus tonique me semble-t-il.Comme tous les groupes du monde y compris celui très underground de votre serviteur,ils s'engueulèrent très rapidement.Et le plus fort en gueule sous le nom de Don Fardon eut vers 70 un succès colossal en Amérique avec sa reprise de Indian reservation,de John D.Loudermilk, lui aussi anonyme et pourtant auteur entre autres du classique du delta Tobacco Road, enregistré par tout le monde.Le titre complet,plus explicite et plus beau,est The lament of the Cherokee Indian reservation.S'il vous plaît de vous lamenter avec moi... http://www.youtube.com/v/clux1gLimUo&hl=en&color1=0x2b405b&color2=0x6b8ab6"></param><param >
17 avril 2008
A propos de Pirandello

L'oeuvre de Pirandello,immmense romancier poète dramaturge sicilien est une de celles qui me fascine...En 1936 le cinéaste Pierre Chenal et les dramaturges Roger Vitrac et Armand Salacrou adaptent son roman Feu Mathias Pascal sous le titre L'homme de nulle part.Déjà adapté au temps du muet par Marcel L'Herbier en 1925 il le sera à nouveau par le grand Mario Monicelli en 85 avec Mastroianni dans le rôle titre.Même si je crois qu'il sera difficile de mieux comprendre Pirandello que les frères Taviani dans Kaos ce vieux film français n'est pas inintéressant.Il faut faire abstraction de l'interprétation notamment féminine, particulièrement datée, l'audibilité de la version de notre cher Cinéma de minuit n'étant pas géniale.Broutilles tant le travail de Patrick Brion contribue-t-il vaillammment à la pérennité du cinéma.
Ce qu'on garde de L'homme de nulle part c'est surtout l'interprétation de Pierre Blanchar,assez habité en Mathias Pascal,nanti d'une seconde vie tant la première était platounette, certes assez théâtrale mais honorable surtout en première partie,le Mathias Pascal un peu benet et barbichu,relatif contre-emploi pour Blanchar.Et surtout celle du plus grand voleur de scènes du cinéma français,j'ai nommé Robert Le Vigan.La Vigue étant l'acteur excentriquissime numéro un,celui que l'on n'oublie jamais,même en quatrième, cinquième,voire dixième rôle.Quelque exemples:Goupi Mains-Rouges, La bandera,Le quai des brumes.
Feu Mathias Pascal est une fable sur l'identité et le paradoxe de l 'homme dans toute sa complexité.Tout homme est mutiple mais j'en connais qui sont simples,si simples que c'en est effrayant.Ainsi Mathias Pascal, prisonnier d'un mariage raté et d'une vie banale (pas loin de Kafka ou du Bartleby d'Herman Melville),est-il contraint de se "tuer" deux fois avant d'émerger d'une sorte de léthargie et d'assumer pleinement son existence.Ce roman de l'absurde est plutôt joliment illustré par Pierre Chenal dans une atmosphère sordide de manigances au début, avec quelques éclairs lorgnant vers le réalisme poétique prévertien,lequel Prévert avait d'ailleurs failli participer au film.















