BLOGART(LA COMTESSE)

30 octobre 2014

La poésie du jeudi, Seamus Heaney

South from Inishbofin

Apparitions

 

Inishbofin un dimanche matin.

Soleil, fumée de tourbe, mouettes, diesel, cales des navires.

On nous aidait à descendre l’un après l’autre

Sur une embarcation que chaque passager faisait tanguer

Dans un vacillement sinistre, avant de nous serrer

Sur les bancs de traverse, par petits groupes craintifs,

Obéissants et mal à l’aise ; nul ne parlait que l’équipage

À chaque immersion des plats-bords

Qui semblaient près de prendre l’eau.

Malgré le calme de la mer,

Les secousses du moteur obligeaient le pilote

À maintenir son équilibre en manoeuvrant la barre :

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La réticence et le poids de l’embarcation m’emplissaient D’épouvante.

Cela même qui garantissait notre salut

- soubresauts, légèreté, mouvement -

Faisait ma terreur. À chaque instant

De cette traversée, à la surface régulière

D’une eau profonde et calme, dont on voyait le fond,

C’était comme si j’observais la scène de très haut,

Sur un autre bateau voguant parmi les airs, effaré

Par les périls de cette plongée dans le matin,

Et j’avais pour nos têtes nues,

Courbées, comptées, un inutile amour.

trad. Patrick Hersant

heaney

                                         Seamus Heaney, (1939-2013), Nobel 95, est né en Ulster. Inishbofin est une petite île au large de Galway dans l'Ouest irlandais. J'ai eu l'occasion de m'y promener un peu il y a bien longtemps. Comme une peur d'enfance, sinistre, effaré, épouvante, craintifs, périls sont les mots du poète. Rien de rassurant...Mais comme je trouve ça magnifique j'ai voulu vous le proposer. Merci à Asphodèle sans qui les choses ne seraient que ce qu'elles sont.

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27 octobre 2014

Les Forty-niners

49

                                      Avec ce petit livre La Promo 49 (publié aux Etats-Unis en 1985, traduit maintenant), Don Carpenter (1931-1995), très méconnu, brosse en 24 instantanés de quelques pages les 18 ans d'une génération dont il fut. Portland, Oregon, fin du lycée et troubles divers, cuites, bals et jalousies, tout cela à l'américaine, pom pom girls et bagarres. Et en 49, attention, y avait pas encore Elvis pour se défouler Moi, j'étais bien jeune en 49, zéro ans, mais comme j'ai aimé ces délicieuses vignettes à propos d'une jeunesse pas si éloignée de la mienne vingt ans après. Everything was alright ou presque pour cette miiddleclass de l'Ouest. Même pas l'ébauche d'un Vietnam bien que la Corée, répétition générale, ne soit pas très loin. Est-ce pour autant un prequel du feuilleton sur les fifties Happy days?

                                    Justement non. Si La promo 49 peut faire penser à certaines teenage comedies dont le cinéma récent nous a abreuvé outrageusement j'ai pour ma part retrouvé l'ambiance des excellent films fin eighties Breakfast Club, Ferris Bueller, où l'on sentait fort bien poindre la gravité au delà de la gaudriole. C'est que, très habilement et très discrètement, tout est présent dans ce livre. Le sexe, les questions sur l'avenir de chacun, l'argent et l'american way of life, très important le dollar pour d'éventuelles universités, la place de la femme, souvent vue au mieux comme la Reine de la Fête, une jolie Peggy Sue en quelque sorte, gentiment écervelée. Une virée sur une plage du Pacifique, les sirènes d'Hollywood (Carpenter aurait été scénariste même si je ne trouve guère de films le citant), un examen raté, un accident de voiture, autant d'éléments précis et finement semés par l'auteur comme des pépites traçant la sortie envisagée des jeunes années. Voilà tout ce qui fait que l'on y croit, car nos adolescences et leur obsolescence programmée ressemblent à s'y méprendre à celles de Lew, Clyde, Sissy, Alice et les autres.

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                                    Portés par la plume désenchantée d’un écrivain de l'âge de ses personnages, ces portraits, ces esquisses sont comme les derniers jalons avant la bascule des années cinquante où ces jeunes vieux de vingt-cinq ans auraient rendez-vous, même s'ils ne le savaient pas, avec Presley, James Dean, voire Kerouac et la Beat Generation. Ceci est une autre histoire, un autre apprentissage. Très ami avec Richard Brautigan, lui aussi homme du Nord-Ouest,  Don Carpenter choisit la nuit tout comme lui. L'un en 84, l'autre en 95. The Class of '49 est une splendide découverte. Saluons 10/18 comme ils le méritent.

                                

                                     

                                    

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25 octobre 2014

Les plumes...by Asphodèle: Chant du cygne

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                                                                                     Regard-secret-main-larron-tiroir-drap-couverture-partager-tramer-connivence-confident-bêtise-proche-rival-neige-empathie-ensemble-amants-nacrer-nomade-noir. Voilà les 21 mots que notre dévouée Asphodèle  a recueillis dans sa besace. Il y a un bon moment que je n'avais pas écrit ici, alors voilà...

                                                                                    Tulsa Train avait vécu. Du moins sous cette forme et Cal trouvait ça si douloureux, traînant les pieds dans l'escalier menant au  grenier de la M.J.C. où les trois autres et lui, après avoir joué les nomades de cave en grange durant six mois, avaient ensemble passé tant de soirées depuis un an et demi. Il se demandait si ces jours ne resteraient pas les plus beaux de sa vie, dix-neuf ans, quatre copains, la fin des sixties, le démon du rock leur collant aux basques, eux si proches, des larrons, des lurons au service de leur fougue jeunesse, nantis de bonne volonté et d'un bien mince bagage musical. L'orgue farfisa bien modeste, Cal l'avait acquis besogneusement, un coup de main à son père malgré sa légendaire répusion de la boucherie familiale, quelques fonds de tiroirs et un job d'été aux Cuirs de la S.A.L.P.A.

                                                                                     C'est vrai, ça s'était pas mal gâté les derniers mois, leur entente cordiale n'avait pas attendu qu'ils soient les Stones pour que leurs égos se titillent et que Reg tire un peu la couverture à lui. C'est du moins l'impression que ressentaient  les trois autres. Vrai aussi que Reg, lui, avait progressé à la basse, ayant bossé bien davantage, et que son regard sur les cymbales et les toms de Syd commençait à en dire long. Du moins quand Syd n'avait pas choisi de partager deux heures avec Christine au cinéma plutôt que de se les geler dans ce local certes gratuit mais rude et aux fenêtres disjointes qui n'effrayaient guère la neige du février de cette année là. Mais à bientôt vingt-et-un ans le chétif drap tendu en coupe-vent ne réchauffait plus guère les musiciens. Certes ça ressemblait à la mansarde d'un poète méconnu, version un peu électrifiée.Mais nul besoin d'être des pop stars pour sentir l'amitié filer comme sable entre les doigts. Nul besoin d'avoir donné plus d'un concert pour comprendre que Phil ne serait pas Morrison. Au moins il vivrait. Mais que se tramait-il vraiment au sein du quatuor?

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                                                                                   Ce soir, on n'échapperait pas au réglement de comptes. Cal sentait confusément que son adolescence s'était fait les malles quand il avait compris que son désir secret de faire quelque chose de simplement pas mal ne résisterait pas à l'explosion du groupe. La connivence si plurielle qui avait si bien réussi et réuni quatre garçons dans le vent avait laissé place au doute et si chacun se reprochait volontiers quelque bêtise aucun n'assumait réellement sa responsabilité dans l'échec du collectif. Cal, qui se pensait en toute immodestie la cheville ouvrière de l'entreprise, trébucha dans le noir, les dernières marches si mal éclairées. C'était l'ére du délabrement. Fut-il surpris, à peine, entrant dans la salle, tout le matériel de percussion volatilisé, la guitare de Phil telle celle des Who après "My generation", ne subsistaient que deux boutons nacrés près du chevalet?

                                                                                   Son orgue se contentait d'être muet, définitivement. Un coup des rivaux de Houston Speedboat, qui répétaient sur la rive gauche? Eux qui manifestaient une certaine empathie pour Reg, bassiste de son état qu'ils cherchaient à débaucher. Rien de tout cela n'était sérieux. C'était grave, infiniment, Tulsa Train venait de se crasher, misérable garage band qui rejoindrait l'imposante cohorte des rockers morts-nés. J'ai l'impression d'avoir été leur ultime confident. Ce n'était rien, ce n'était qu'un rêve brisé,il y en aurait d'autres, beaucoup d'autres.

* J'ai abandonné le mot "amants", peu adapté à mon histoire

** Je l'ai déjà dit, mes textes contiennent souvent une part autobio. Dans celui-ci la part est, disons, une très grosse part. Elle renvoie à l'un de mes billets antédiluviens, l'un de ceux qui me dévoilent le plus.

Attention groupe rock cultissime

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22 octobre 2014

Six cordes, vingt-quatre images/ Porte des Lilas

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                                                                                     L'homme qui ne vint qu'une fois au cinéma. Peu concluant, le film résiste mal au temps. Je crois qu'il vaut mieux lire La grande ceinture,  le roman de René Fallet, ce sympathique écrivain dit "populiste" avant que ça ne soit devenu une injure. Probablement par amitié pour Brasseur et Fallet Georges se laissa convaincre, tourna, et...n'aima pas. Dans le rôle de l'Artiste (c'est tout) il interprète quelques chansons. Les agents en pélerine, par contre et on s'en doute, ne dépaysèrent guère Brassens. Peu enclin au travail en équipe il refusera de jouer un berger pour Marcel Pagnol. Clap de fin pour la carrière d'acteur du grand Sétois moustachu.

Porte des Lilas, René Clair, 1957, Pierre Brasseur,Henri Vidal, Dany Carrel, Georges Brassens, Raymond Bussières

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19 octobre 2014

Rafale française...

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;; avec trois films français très récents et intéressants. Le cinéma français n'est pas souvent à mon goût, hyperclivé entre les comédies usées et la totale immodestie de pas mal de films dits d'auteur. Mais ces trois films très différents sont plutôt réussis. Notre multiplexe faisant beaucoup d'efforts de diversification, je vois à nouveau beaucoup de films, souvent déjà abordés sur les blogs, aussi ne dirai-je que quelques mots de chacun.

Le beau monde de Julie Lopes-Curval est une chronique sensible d'une jeune fille, brodeuse de talent qui tente de faire carrière dans le milieu de l'art parisien un peu snob. En délicatesse et en retenue Le beau monde se laisse voir avec plaisir, avant de se laisser oublier, en douceur également.

Un trio de jeunes réalisateurs signe Party girl, remarqué à Un certain regard Cannes 2014. Forbach, la Lorraine en crise, et deux acteurs amateurs très justes,Angélique et Joseph. Elle qui a soixante ans passés persiste à son job de party girl, c'est mieux qu'entraîneuse. Et lui qui veut la marier. Mais Angélique a sa conception de la liberté. A quel point? Tourné avec uniquement la famille et les amis, une authenticité qui rompt pas mal avec les conventions du cinéma français. Salutaire et solitaire.

Mange tes morts de Jean-Charles Hue, présenté ici avec quelques-uns des acteurs,est une immersion turbulente dans le quotidien des gens du voyage. Ca décoiffe pas mal, une virée en voiture, pas dénuée d'une certaine poésie, parfois naïf, souvent touchant, qui évite à peu près les simplismes. Et le plaisir de discuter avec Joseph Dorkel, soixante piges, le plus disert des participants à cette soirée, qui parle si bien de la vie des siens. Merci Joseph.Le film a obtenu le Prix Jean Vigo, une référence. Vigo s'y connaissait,en turbulences.

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16 octobre 2014

La poésie du jeudi, Max Jacob

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Le Phare d’Eckmühl

 

Si tu as perdu ta route sur la lande tu regardes à droite ou à gauche

et tu vois où est Saint-Guénolé.   

 

Depuis que je vous connais, Marie Guiziou,

j’ai cherché vos yeux sur toutes les mers de cette terre-ci.   

 

Mais vos yeux tournent de côté et d’autre

partout où il y a des amoureux.

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Marie Guiziou, Marie Guiziou !

La vie est comme la lande pour moi

et vous êtes pour moi comme le phare d’Eckmühl.                                                                      

 

Marie Guiziou !

Ma vie est comme l’océan autour de Penmarch !

et si je ne vois vos yeux, je suis un naufragé sur les rochers

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                                                                                   Non loin de son Quimper natal, le phare de l'enfance de Max Jacob,des mots simples, presque enfantins. Juif,Breton,poète, peintre, Max Jacob mourut en 1944 au camp de Drancy.

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14 octobre 2014

Des hommes et des guitares/Miss Williams' guitar

                                               En l'occurrence aujourd'hui plutôt une femme et sa guitare. Ca me rappelle quelqu'un, enfin quelqu'une dont beaucoup d'enfants se souviendront comme leur Miss Williams avec sa guitare. Une qui soi-disant massacre Souchon. Miss Williams' guitar est extrait de l'album Tomorrow the green grass (1996), le dernier avant la séparation Gary Louris-Mark Olson, les deux leaders des Jayhawks, groupe du Minnesota.

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                                              Le pire est rarement sûr. Mais c'est le cas aujourd'hui avec ce qui suit. Pourvu que la Miss Williams en question me pardonne mon outrecuidance. J'ai une petite circonstance atténuante, je ne sais pas publier en audio seulement (d'où l'expression l'audio du village). Et puis elle l'aura voulu, me demandant de reprendre ma guitare. Mais pour les massacres elle ne m'arrive pas à la cheville. Qu'elle sache que je l'embrasse.

 

 

 

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12 octobre 2014

Le cinéma, mon vélo et moi / 4 / Ferrare antebellum

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                                                                                   Années trente. Une famille juive dans Ferrare la belle,le magnifique roman de Giorgio Bassani, l'un des derniers films de De Sica, une Italie du Nord, certes assez éloignée du Néoréalisme historique, mais tout aussi vraie. Je m'imagine, en blanc, mince et sportif, chevalier servant de Dominique Sanda et  rejoignant de toute la vélocité de ma bicyclette Le jardin des Finzi-Contini. Trente ans  après Le voleur de bicyclette le vélo retrouve toute sa place dans le cinéma italien. Un homme dans la ville. Et merci encore à Asphodèle pour la belle illustration de cette chronique.

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09 octobre 2014

Le vallon rouge

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                                         The cove, titre original peut se traduire par la baie ou par le gars. Le gars en l'occurrence est un inconnu, hagard et muet, qui est retrouvé blessé après une chute dans un  vallon perdu de Caroline, au coeur des Appalaches. Nous sommes dans les derniers mois de la Grande Guerre. Hank Shelton, de retour du front français où il a laissé une main et a soeur Laurel,une jolie fille hélas disgraciée par une tache de vin, recueillent ce Walter qui ne s'exprime que par la flûte dont il joue avec baucoup de  sensibilté. On sait que dans ce contexte la germanophobie a été virulente aux Etats-Unis, surtout après l'entrée en guerre du pays, Steinbeck l'évoque dans A l'est d'Eden si j'ai bonne mémoire. Et les autochtones ne brillent pas par leur esprit éclairé.

                                         En peu de jours Walter est apprécié de Hank qu'il aide aux travaux de la ferme, difficiles sur cette terre noire et sèche, et du vieux voisin Slidell, un brave type qui refuse de hurler avec les loups. Il est juste de dire qu'il est encore plus apprécié de Laurel, quand deux handicaps se conjuguent... Ron Rash décrit très bien les travaux et les jours de poussière et de boue, la fatigue qui plante son glaive, l'espoir naissant de Laurel en un nouveau destin. Et si le vallon n'était pas si maudit... Plus rare, il sait aussi nous faire partager la peur de la fin de la guerre là-bas si loin à l'Est. Car la guerre a ceci d'unique que sa fin programmée n'arrange pas tout le monde, et surtout qu'on a vu des paix toutes neuves guère plus engageantes que les conflits qui les ont précédées. Car quel bel exutoire que la guerre pour défouler l'homme dans ce qu'il a de plus homme, c'est à dire sa haine et sa bile envers les responsables idéaux, si ce n'est toi c'est donc ton frère, ici l'Allemand, là le Juif et autres...

                                         En résumé Une terre d'ombre est un très bon roman d'un auteur que je n'avais encore jamais lu, souvent commenté sur les blogs, et qui incite à continuer sa découverte. Le mutique Walter est un personnage attachant et les défauts de l'Amérique ont ceci de pratique qu'ils permettent de ne pas  trop se pencher sur les nôtres. Comme un exutoire, en quelque sorte.

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06 octobre 2014

In the name of rock/Nadine

                                           Nadine a 50 ans et je la connais depuis mes 14 ans. Enfin je parle de la Nadine de Chuck Berry avec son riff d'enfer et ses trois accords. Mais croyez-moi, ces trois accords là faut s'les bouger. Un petit air de rock'n'roll époque des pionniers particulièrement dédié à une autre Nadine qui me fait souvent le plaisir d'une visite depuis la Belle Province, une voyageuse du Yucatan des Mayas à l'Asie de Kessel, une amoureuse amarrée et à marées, montantes et descendantes, toujours passionnante et qui m'a fait l'amitié de m'inscrire sur son rôle d'équipage. Je l'embrasse et l'engage à passer 2mn30 avec Chuck Berry qui a cru voir sa fiancée descendre du bus, monter dans une cadillac couleur café, et qui est plutôt du genre jaloux. "Nadine, Honey is that you?". Mais pas moi, Nadine, rassure-toi.

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03 octobre 2014

Vérité australe, australe austérité

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                                         Cet écrivain est absolument majeur pour moi. Rarement un pays aura été analysé dans son histoire, ses soubresauts et ses rapports sociaux avec autant de coeur et de délicatesse. Des voix parmi les ombres est le cinquième roman de Karel Schoeman paru en France et je les ai tous lus, et tous chroniqués. L'Afrique du Sud est toute entière dans l'oeuvre de Schoeman, qui n'en finit pas de revisiter les vieux démons du siècle dernier. Schoemen fait partie de ces très grands, Paton, Gordimer,puis Brink, Coetzee qui ont contribué à changer le pays même si je crois que l'influence des intellectuels est à relativiser.

                                         Un brin d'histoire peut s'avérer intéressant quand on lit Karel Schoeman. Assez touffue l'histoire en Afrique du Sud, Transvaal, Etat libre d'Orange, Colonie du Cap, deux guerres dites des Boers dont la seconde en 1901, entre les descendants des Hollandais et les colons britanniques. Cest sur ce dernier conflit que revient Karel Schoeman quand un commando de Boers investit la petite ville de Fouriesfontein, près de cape Town. L'auteur a bâti un roman exigeant tout autant que passionnant, en se plaçant sur deux axes de lecture à un siècle d'intervalle.

                                          Dans la première partie un explorateur et son photographe mènent une enquête sur ces évènements de cent ans d'âge dont les traces curieusement sont assez peu visibles. Tout l'art de Schoeman est dans le quotidien de cette communauté, qui va vivre des évènements tragiques, que les deux enquêteurs peinent à reconstituer, allant presque jusqu'à se perdre, les plus belles pages peut-être de ce roman, quand ils ne sont plus sûrs du tout, au point de sentir leur raison vaciller. Pourtant ils sont bien sur les lieux de ces affrontements mais tout se passe comme si le pays était comme frappé d'amnésie. Des silhouettes, des ombres...

                                          Trois voix, Des voix parmi les ombres en l'occurrence, s'élèvent alors dans la seconde partie,Alice, fille du magistrat anglais local, Kallie, jeune clerc de ce même homme de loi, et qui ambitionne d'écrire, et Miss Goby, vieille fille soeur du médecin britannique lui aussi. Ces trois témoins ne sont pas des grandiloquents, chacun est comme à sa petite fenêtre, entre les microévènements du journalier et les rares et relatives intensités, un bal, une chorale,un pique-nique. Pas de scènes de guerre, une occupation étrangère parmi les étrangers, un pays non miscible entre les Africains, les Métis, les Afrikaners, les Anglais. Présence de l'église ou plutôt des églises, pas très miscibles non plus, avec en commun un sérieux réformé qui fait que la future nation arc-en-ciel ne semble pas dotée d'un humour exceptionnel en ces années 1900. C'est donc par des scènes ordinaires, un repas, un achat, un jardin, que Karel Schoeman parvient à nous plonger au coeur battant de cet étonnant pays, tout de douleur et de rancoeur. Cet écrivain, parfois un tout petit peu ardu, dont je crois qu'on chuchote le nom du côté de Stockholm, est à découvrir d'urgence. J'ai chroniqué les quatre autres romans parus en France. Mon préféré est En étrange pays. A noter que ses livres sont écrits en afrikaans, contarirement à Gordimer et Coetzee.

Mourir à la Fontaine aux Fleurs(Bloemfontein)

                                         Hasard de mes lectures, trois parmi les cinq ou six derniers livres ont une grande part d'ombre, Et toujours ces ombres sur le fleuve..., Des voix parmi les ombres, Une terre d'ombre (chroniqué prochainement). Un signe quelconque?

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01 octobre 2014

New York ville ouverte

 OPZEN CITY

                                           Val  Open city – Teju Cole  et moi avons lu Open City de Teju Cole, jeune auteur américano-nigérian. Julius, mère allemande et père nigérian, vit à New York, psychiatre et chercheur, et passe de longs moments à marcher dans la ville. Julius parle assez peu de sa vie privée, c'est que l'homme est un solitaire. S'il arpente New York c'est tout en rêveries et en rencontres. Mêlant ses souvenirs d'Afrique et d'Europe, Bruxelles surtout où il vécut quelque temps et où il revient quelques mois, c'est cette partie qui m'a séduit le plus, une pérégrination cosmopolite dans cette ville, curieuse capitale transnationale, facilement  brocardée mais si fascinante. Réflexion aussi sur le racisme, un peu confuse à mon esprit, et très légèrement condescendante m'a-t-il semblé, avec pas mal de références aux philosophes avec lesquels mes relations ont toujours été froides. Ainsi je n'ai pas toujours emboîté le pas de Julius avec un égal bonheur.

                                          Quand il déambule dans New York City Julius croise des personnages très différents. Mais ne vous attendez pas à du "haut en couleurs", ce n'est pas le genre de la maison. Souvent marqués par une double culture ou une difficile acculturation, ces deux termes relevant parfois du pléonasme, le vieux professeur de lettres nippo-américain, le cireur haïtien, ont peiné à me passionner vraiment. C'est parfois ésotérique et pompeux, un dictionnaire peut s'avérer utile, ce qui ne me gêne pas, j'aime les dicos. Mais le holisme, j'en ignorais tout et après consultation je n'ai guère compris davantage. Les errances, mais le terme ne convient pas, de Julius, ne m'inciteront pas poursuivre avec Teju Cole dont c'est le premier roman.

                                          Cet homme là est protéiforme, photographe, musicologue, je crois, au vu des influences de Mahler ou du jazz dans ses promenades urbaines. Passionné d'architecture aussi à l'évidence vu la construction du récit et les digressions sur le développement de la ville.Open City m'a trouvé un peu fermé. Si hommes et surtout idées y circulent, le sang manque, comme lymphatique. Julius, double de Teju, est un type brillant, trop pour moi. On a évoqué Dos Passos . Lourde hérédité sur laquelle je ne m'étendrai pas, ma lecture de la somme  Manhattan Transfer étant  ancienne, malgré un souvenir très fort de chef d'oeuvre dont à la réflexion je ne suis plus très sûr.

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29 septembre 2014

L'Anglaise et le continent

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                                          Gemma Bovery, le film d'Anne Fontaine, pour moi, est une entreprise très sympa, sur laquelle nous avons un peu discuté lors d'une séance au cinoche. Et puis j'ai ainsi appris ce qu'était réellement un roman graphique car c'est la première fois que j'en lis un. J'avais pris soin d'apporter le bouquin de Posy Simmonds et de le faire un peu circuler car notre multiplexe proposait comme souvent un verre de l'amitié après le débat. Les spectateurs ont ainsi eu une idée du style de l'auteur, de ses dessins noir et blanc, de la ressemblance de Luchini avec le Martin Joubert du livre. Plus qu'à Gustave Flaubert les spectateurs ont été sensibles à deux axes, le numéro d'acteur de Fabrice et la peinture des Anglais en France, de l'idée qu'ils se font de la France et plus encore de l'idée que les Français se font de l'idée qu'ont les Anglais de la France.

GEMMA 2

                                            Les critiques ont été divisés sur Gemma Bovery, lui reprochant sa peinture bobo de la Normandie sous influence britannique, et un côté imagerie bien sage, moins féroce en tout cas que celle de Flaubert sur les notables, le pharmacien Homais en tête. Reprochant aussi la récurrente exagération de Fabrice Luchini. Outre qu'il soit ici relativement sobre, je trouve que cet acteur n'est jamais envahissant tant son amour des lettres et des textes transfigure le plus ordinaire de ses films. Et l'addiction de Martin Joubert à Madame Bovary, au point d'en perdre les pédales, au moins est une addiction peu banale. Et puis si un ou deux spectateurs se mettent à lire Flaubert, c'est tout bon,non. Lequel Gustave, sauf erreur, n'apparait qu'au générique de fin, dans les remerciements au Livre de Poche pour l'utilisation de sa couverture. Lequel livre est au coeur de ma bibliothèque, souvenir de mon père, qui fut lecteur patenté, de la génération qui quittait l'école à douze ans. Ca laisse un peu rêveur. Ci dessous deux avis amis.

Gemma Bovery - Anne Fontaine / Mademoiselle Julie - Liv Ullmann (Dasola)

Gemma Bovery (Aifelle)

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27 septembre 2014

En territoire bien connu

Mmasse critique

 

 

 

 

                                                                                     Tout d'abord je remercie  Babelio et les éditions Presses de la Cité, Terres de France, de m'avoir fait gracieusement parvenir, dans le cadre de l'opération « Masse critique », le tout récent roman de Nathalie de Broc. J'ai cependant eu tort de m'engager cette fois. Mais Et toujours ces ombres sur le fleuve..., par ailleurs sérieusement documenté, ce qui est un bon point, appartient au roman historique, genre dont je ne suis plus très friand, en ayant lu trop peut-être. Bien évidemment rien de déshonorant dans ce livre et je serais fort mal venu de donner des leçons. Mais ce livre aurait gagné à mon sens à être un peu plus long plutôt que de mettre en place dès le début une dramaturgie hyperclassique, du traumatisme de l'enfance à la vengeance programmée, mais qui prendra du temps et se fourvoiera au long d'au moins une ou deux suites un peu trop évidentes.

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                                                      On connait les ressorts du roman historique depuis longtemps mais sans remonter à Dumas on peut évoquer les héroînes un peu fondatrices d'écrivains contemporains, j'ai nommé Caroline chérie et Angélique,Marquise des Anges. Il y en a bien d'autres.Points de repère: une époque précise, génératrice de conflits et de changements, c'est à dire presque n'importe quand, un héros voire plutôt une héroïne, d'abord victime puis vengeresse, des rebondissements, un bon qui s'avère ignoble ou un salaud qui en fait combat l'injustice, etc... Et surtout un territoire, un terroir, une ville, un fleuve, qui permet l'identification quand bien même on n'aurait jamais mis les pieds là-bas.

                                                      Nathalie de Broc nous entraîne sur les pavés de Nantes, la Loire, négrière, et assassine en cette fin de XVIII° siècle, les beaux hôtels particuliers et les bouges du port, tout ça à peu près interchangable. La Révolution est en marche et sur l'estuaire ligérien le sinistre Carrier célèbre ses mariages républicains, c'est à dire ses noyades par couples. Les parents de Lucile sont du lot et elle-même n'y échappe que par miracle. 1793, à douze ans, Lucile devient Albane et trouve refuge parmi les voleurs, un peu sa nouvelle famille. L'histoire n'est pas finie mais ce volume ne nous mène qu'à ses dix-sept ans, ce qui augure de nouvelles livraisons pour lesquelles je ne m'inscrirai pas.

                                                     On apprend pas mal de choses sur la ville de Nantes, les bords de l'Erdre et les navires en partance, aussi sur les maisons closes, un passage ultraclassique dans le roman historique dont le personnage principal est féminin,en général sauvé avant "consommation" si je peux me permettre. Ce qui m'a le plus amusé c'est quelques injures d'époque, car pour le coup, là, on peut dire que c'était mieux avant. "Jean-fesse, valet de toupie, bougre de groin,savon à culotte", il me semble que j'aimerais bien être insulté ainsi. Trêve de billevesées Et toujours ces ombres sur le fleuve... (le titre même semble avoir été soigneusement décidé) ne m'a pas vraiment intéressé mais libre à chacun d'espérer la suite des aventures de Lucile de Neyrac, forcément attendues dans les deux sens du terme.

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24 septembre 2014

Géographie, Tampa, Floride

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                                    The Jayhawks, du bon, Gary Louris et son harmonica en tête, nous emmènent à Tulsa, mais nous avons déjà visité cette ville d'Oklahoma. Par contre Tampa, ville de départ de ce voyage, n'avait pas encore eu l'honneur d'une chronique. Non que la troisième ville de Floride soit particulièrement pittoresque mais les beautés urbaines américaines ne sont pas le centre d'intérêt de cette chronique. Par contre j'aime énormément ce groupe de folk rock très mélodique et peu racoleur. Voici une version récente de Tampa to Tulsa en tournée européenne.

 

                                     Tampa comte 300 000 âmes, ça au cas où tous les habitants auraient une âme, ce qui reste à prouver. Fondation espagnole à l'origine comme toute la Floride, la ville célèbre le culte du pirate Jose Gaspar en un Gasparilla Festival où je vous convie, tous les chemins menant au rhum. Plaisanterie qui sent la fin du voyage, je vous le concède. Pour les Jayhawks, là, je suis très sérieux, je rigole pas avec ça.

 

 

 

21 septembre 2014

Le petit air de la calomnie

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                            Quel auteur splendide, encore un, que l'Irlandais octogénaire William Trevor. The children of Dynmouth est un roman déjà ancien, 1976, qui paraît seulement en France cet automne. Dynmouth est une petite ville côtière de la côte du Dorset dans les années 70. C'est un petit monde pas très folichon mais la vie passe avec ses petites petitesses chez tout un chacun. Personne n'est parfait. Timothy, un ado perturbé, passe son temps à épier les habitants, à les harceler, à taper l'incruste si j'ose, à seule fin de laisser ses délires miner la petite ville. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose (Beaumarchais avait vu juste). Un ancien officier serait attiré par les jeunes garçons, un autre ne serait pas étranger à la mort accidentelle de son épouse, etc... Les touches sont plutôt délicates et c'est par petits bonds que la perversion de Timothy contamine l'ambiance trop tranquille de cetet sation balnéaire sans histoire.

                           Timothy n'est pas l'ange de Théorème et n'apporte pas vraiment le glaive. Ce serait lui accorder une importance excessive et un honneur usurpé. Mais tout de même c'est un prurit ce graçon qui clame ainsi son venin du haut de ses quinze ans, du genre, je dis ça, moi, je dis rien... Là est la force de ce roman, des dialogues entre lui et les autres habitants,simples et lourds de conséquences. La vérité, la vraie, est-elle si éloignée de ses propos? La rumeur, ce cinquième cavalier de l'Apocalypse, le pire, puisque la nier est encore l'alimenter, la rumeur ira-t-elle jusqu'à devenir meurtrière? D'où vient chez Timothy ce goût du poison? Son enfance, comme souvent est-elle en cause? Les enfants de Dynmouth, roman très fin et très précis, chronique de l'ennui, ne m'a pas séduit autant que Ma maison en Ombrie ou Les splendeurs de l'Alexandra, mais presque. Voir Ballade ombrienne et  La splendeur du bref.

 

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18 septembre 2014

La poésie du jeudi, Knut Hamsun

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Ainsi je vagabonde encore

Que veut mon cœur, où vont mes pas ?

La forêt sera solitaire ?

Je viens de laisser ma maison,

je flâne à travers les villages

et je m’arrête tard la nuit.

 

Je vois un monde qui sommeille,

si silencieux à mon oreille.

La ville est si grande et si grise

et tous, oui, tous veulent y aller,

et mon amour, que vais-je faire ?

Un bruit ? Est-ce le clocher sur la colline ?

 

Ainsi je vagabonde encor dans la paix de la forêt

en pleins minuits.

Je sais l’endroit qu’un merisier parfume

où j’étends ma tête dans la bruyère

où je m’endors dans la forêt sauvage.

 Un bruit. C’est le clocher sur la colline.

Knut Hamsun (1859-1952)

 

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                                                        Knut Hamsun, le Norvégien, Prix Nobel 1920, n'est maintenant guère plus connu que pour l'extraordinaire roman La faim, et son engagement prohitlérien sans ambiguité. Il a cependant écrit quelques poèmes dont ce vagabondage d'inspiration plutôt romantique. Merci à Asphodèle qui remet sur orbite ces incursions bimensuelles en pays de poésie.

 

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16 septembre 2014

Douze ans d'âge

                                          Plus disponible je suis un peu de retour dans les salles obscures et vous proposerai dorénavant mon avis sur quelques films nouveaux,ce qui ne m'est pas arrivé depuis longtemps. Les 2h45 de Boyhood ne sont pas de trop, chose rare dans un cinéma où la moindre comédie, qui a cessé d'être drôle au bout de trois minutes, s'étire lamentablement durant 1h55.

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                                        Le tournage dura...douze ans. Richard Linklater, franc tireur américain, a suivi une famille de fiction, tournant quelques semaines par an, avec les mêmes acteurs, ayant grandi et vieilli comme les personnages. C'est absolument passionnant. Ce metteur en scène avait commis un précédent, l'excellente trilogie Before sunrise, Before sunset, Before midnight, qui nous présente un couple tous les neuf ans, avec Ethan Hawke et Julie Delpy, savoureuse chronique dont je n'ai vu que les deux premiers volets. Boyhood c'est Ethan Hawke à nouveau, divorcé de Patricia Arquette, une fille, Samantha, et un garçon un peu plus jeune, Mason, que l'on suivra de huit à vingt ans. C'est un film américain sur un foyer américain, la vie y est américaine, en fait pas si différente de chez nous, mais de ce côté ci de l'Atlantique on regarde souvent une vie américaine d'un peu haut.

 

                                        Ce film très personnel développe chez le spectateur un attachement rare. Crédible, le mot est lâché, car souvent les films avec des acteurs différents, enfants, ados, jeunes adultes, sonnent un peu "maquillage". Dans la démarche de Richard Linklater, et pour peu qu'on soit ouvert à cet aspect presque documentaire, on est entraîné dans les aléas de la vie des quatre personnages, mère courage, père dépassé, absent mais pas mauvais bougre longtemps immature, des gens ordinaires, des gens dont la vie est un long scénario avec temps morts et colères, espoirs et désenchantements. Jamais de grandes scènes clefs, "à faire", jamais de moments saisissants ou impérissables. Non, mais quelque chose de fascinant, bien au delà du volet expérimental du film, quelque chose de la vie, la vie au cinéma, et c'est digne du plus grand intérêt, pour peu que chacun, metteur en scène, acteurs, tous formidables, notamment les deux enfants, et spectateurs s'embarquent pour le voyage et jouent le jeu.

                                        La chanson Hero du groupe indie folk rock Family of the year est par ailleurs bien jolie et ne doit pas vous faire craindre une quelconque mièvrerie.

 

 

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14 septembre 2014

O'Arte +7

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                                                                                   Le rejeu (j'ai décidé de traduire replay) d'Arte permet pas mal de souplesse et j'ai pu ainsi découvrir deux films à peu près inédits qui me renvoient à ma chère Irlande, l'un dans la très catholique campagne des années cinquante, l'autre dans Belfast à feu et à sang des années quatre-vingt. Stella days est un joli film où dans une petite ville vers 1955 un prêtre âgé, ancien bibliothécaire au Vatican, qui n'avait pas forcément la vocation, entreprend d'installer dans la cité un cinéma, le Stella. Ce n'est pas que la programmation envisagée soit olé olé mais dans le pays à cette époque tout est considéré olé olé dès que ça change un tout petit peu.

                                                                                  Le maire est plutôt obtus et le Père Barry se bat de son mieux pour faire aboutir son idée. Le film est agréable mais trop "raisonnable" et les graves problèmes sont abordés en catimini, que ce soit les relations avec Londres ou l'éducation des enfants. Mais Martin Sheen, acteur assez âgé maintenant compose un beau rôle de prêtre ouvert et tolérant, qui voudrait réformer les choses, doucement. On finit par apprendre que son choix de vie fut plus ou moins, et surtout plus, orienté par ses parents. J'ai pensé à Spencer Tracy devant ce personnage de douceur et parfois de colère. Du même metteur en scène Thaddeus O'Sullivan j'ai vu jadis l'excellent Ordinary decent criminal.

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                                        On aurait pu traduire ce film par Cinquante vies sauvées. Mais non, ce film s'appelle en français La guerre de l'ombre. C'est idiot mais fréquent. Brutal, n'occultant pas le fait que les violences aient été bilatérales, tourné souvent à la façon d'un reportage de guerre, ce film de la réalisatrice canadienne Kari Skogland, d'après le récit autobiographique de Martin McGartland, revient sur le très difficile point d'équilibre en Irlande du Nord entre l'I.R.A. et les forces loyalistes. Erin,que d'horreurs commises en ton nom!

                                        Martin est un petit délinquant sans trop d'envergure. Mais dans Belfast qui brûle "fraternellement",il est  arrêté, il est sollicité par l’officier Fergus pour devenir indic et informer les Anglais. Bientôt recruté par l’IRA, il se trouve rapidement en porte à faux. Réalisé fiévreusement parmi les décombres et les hangars, comme déshumanisé, il me semble que le film sonne juste. Cependant McGartland lui-même s'en est totalement désolidarisé. A croire que la vérité sera difficile à établir, comme souvent dans les guerres civiles. Selon lui-même et quelques autres ses "renseignements" auraient sauvé cinquante Irlandais. Selon des points de vue différents il est considéré comme un traître et, même si la situation s'est améliorée, n'est pas sûr de finir ses jours dans son lit. J'ai bien aimé ce film, qui fait froid dans le dos, et je songe, un peu rêveur, au référendum écossais, et, alors que ce blog évite soigneusement toute polémique, alors même que j'essaie de ne pas amalgamer tout et n'importe quoi, j'ai envie de dire "Gentlemen, n'allons pas trop loin".

                                        Dans cette optique la superbe Aurore/Sunrise de Neil Hannon (The Divine Comedy) en version symphonique me paraît illustrer parfaitement mon propos.

 

 

 

 

 

 

 

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09 septembre 2014

Ritorno a casa

                                         Des mois que je ne vous avais pas cassé les pieds avec le cinéma italien. Rassurez-vous, j'ai toujours le virus. Tiens, trois films très différents, on en cause un poco,si? Si l'un d'entre eux constitue un sequel assez indigeste les deux autres sont plutôt sympas à découvrir.

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                                         Quinze ans après son hallucinante galerie des Monstres (63) Dino Risi, flanqué cette fois de Mario Monicelli et Ettore Scola, échoue avec Les nouveaux monstres, assez lamentable pochette de sketches lourdissimes et démagogiques en diable. On sourit quand même parfois tant les géniaux cabots habituels en font des tonnes, Gassman, Tognazzi,Sordi. Et ces gens-là m'ont tellement donné de plaisir cinématographique que je ne saurais leur en vouloir. Vu en plus sur un catastrophique DVD où la V.O. se met d'un seul coup à la V.F. sans la moindre explication. Mes chers amis (sic) Dino, Mario, Ettore, Vittorio, Ugo, Alberto, lei amo tante, che vergogna!

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                                             Bien antérieur mais surtout plus pimpant, Séduite et abandonnée de Pietro Germi (1964), sans atteindre à son chef d'oeuvre Divorce à l'italienne,nous ramène en Sicile, où une toute jeunette Stefania Sandrelli a maille à partir avec son père cause faute et déshonneur.Parfois hilarant avec ses mâles qui n'ont pas encore compris que bientôt ils ne maîtriseraient plus grand chose de la vie de leurs enfants et qui se croient encore propriétaires de l'avenir de leurs filles. La sociologie italienne moderne doit tant au cinéma et notamment à Pietro Germi qui, tout en restant drôle avec ses archétypes, en dit long sur cette terre ultra-méridionale des années soixante. Saro Urzi, surnommé le Raimu italien, à juste titre tant sa présence est éclatante sans vampiriser le film comme le faisait Jules, joue un père en équilibre sur son amour pour sa fille et l'honneur, ah, l'Honneur! Truculence et personnages traditionnels, femmes en noir confites en dévotions, tout homme ou presque est selon les us et coutumes Don Quelque chose, mais le feu couve sous la glace. Une vraie réussite.

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                                        Plus surprenante en 1965 l'ncursion d'Elio Petri, cinéaste plutôt ouvertement "politique", dans une pop-science-fiction adaptée du roman de Robet Sheckley La septième victime qui devint à Cinecitta La dixième victime. Dans un futur indéterminé, pour canaliser l'agressivité de la population dans une société où les guerres ont disparu, des chasses à l'homme mortelles sont organisées entre des participants volontaires. Un ordinateur désigne le chasseur et la victime. Caroline, avec neuf victoires à son actif, se voit désigner une dixième victime : Marcello, neuf victoires lui aussi. Voir Mastroianni en rouquin aux trousses d'Ursula Andress est assez jubilatoire. Une bande son pop assez gainsbourgienne sixties,des décors à la Barbarella, un clin d'oeil aux cinéphiles qui s'amuseront devant cette pochade préberlusconienne où le terme "néoréaliste" est uitilisé comme une injure.Au rayon des curiosités donc, mais pourquoi pas...

 

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