Poésie du jeudi 

                                   C'est bien sûr pensant très fort à Asphodèle, initiatrice, que j'ai eu envie d'un dernier poème de l'année. Et c'est bien volontiers que je lui dédie ce texte de Pierre Reverdy. Il y a une deuxième raison. Reverdy fut un  temps très proche du Bateau-Lavoir de Montmartre dans les années 1910. Et Arte nous a proposé une admirable série mi animation mi archives intitulée Les aventuriers de l'art moderne, d'après le livre de Dan Franck Le temps des bohèmes, que je regarde en replay. Six épisodes passionnants en compagnie de Picasso, Apollinaire, Modi, Dada, les Surréalistes, Montparnasse, Man Ray, Dali, etc...  Soit quarante années qui ont changé le monde des arts et le monde tout court.

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A double tour

Je suis si loin des voix

Des rumeurs de la fête

Le moulin d'écume tourne à rebours

Le sanglot des sources s'arrête

L'heure a glissé péniblement

Sur les grandes plages de lune

Et dans l'espace tiède étroit sans une faille

je dors la tête au coude

Sur le désert placide du cercle de la lampe

Temps terrible temps inhumain

Chassé sur les trottoirs de boue

Loin du cirque limpide qui décline des verres

Loin du chant décanté naissant de la paresse

Dans une âpre mêlée de rites entre les dents

Une douleur fanée qui tremble à tes racines

je préfère la mort l'oubli la dignité

je suis si loin quand je compte tout ce que j'aime

Pierre Reverdy (1889-1960)

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