28 juillet 2008

Curiosité et propagande

     Curiosité à suivre...On comprend bien qu'Edward Robinson,né à Bucarest,Paul Lukas,né à Budapest et Anatole Litvak,né à Kiev,tous trois émigrés juifs à Hollywood aient eu envie de faire un film de pure propagande, sans grande originalité,mais qui avait pour objectif de dénoncer les infiltrations nazies aux Etats-Unis. Terriblement manichéen voire insupportable à la fin par son simplisme outrancier Les aveux d'un espion nazi se regarde comme un témoignage de la Warner,avant même le début de la guerre puisque sorti en 39.On y rencontre le si british George Sanders en officier nazi pur jus.Tout ce petit monde s'exprime évidemment en anglais.Peu importe l'objectif n'était pas de faire mais de faire savoir...

       On découvre ainsi les meetings des sympathisants sous l'oeil d'Adolphe et les svastikas.Saviez-vous qu'un certain Walt Disney y participa?Et que Joseph Kennedy(le papa) aussi?C'était ma minute de délation.Plus sérieusement la démocratie vaincra bien sûr.D'ailleurs le film se clot par cette phrase délicieuse et peu ambigüe: "L'Amérique ne fait pas partie des dernières démocraties.Elle est la démocratie".Je vous avais prévenus,il y a les bons et les mauvais. Merci à Patrick Brion qui continue inlassablement son travail sur France 3.Il arrivera aussi qu'un film de propagande,oui,soit aussi une oeuvre magistrale.N'est-ce pas Patron(Bogart)?Je parle évidemment de Casablanca et Le port de l'angoisse.O.K. Patron!

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18 juillet 2008

Le cinéma du New Deal et de Roosevelt

    Le toujours excellent et discret Cinéma de minuit sur France 3 a l'idée très originale de nous présenter quelques films qu'il n'est pas exagéré de qualifier de propagande.Casablanca et Le port de l'angoisse figurent au programme.Mais aussi,plus rares,quelques films peu connus comme ce Wild boys of the road du grand William A.Wellman que l'on commence à redécouvrir.( voir L'attractif traquenard tracassant de Track of the cat - ).Datant de 1933,tourné sans aucun acteur connu, ce film très peu distribué en France à mon avis n'est pas le meilleur de Wellman mais se révèle fort intéressant historiquement.Replaçons nous dans le contexte de la crise des années trente en Amérique,si bien évoquée par Steinbeck, Algren, Edward Anderson,ceci pour la littérature. Au cinéma Frank Capra bien sûr l'évoqua à sa manière,parfois un peu angélique mais si émouvante.

    Ne durant que 75 minutes Wild boys of the road est la simple histoire de trois adolescents victimes de la conjoncture qui jeta sur les routes non seulement les oakies bien connus des Raisins de la colère mais aussi des milliers de braves gosses qui sillonnèrent le pays en quête d'emploi et de survie.Les passages les plus intéressants sont évidemment les aventures ferroviaires de ces clandestins,ceci traité comme un livre d'images assez sages et édifiant.J'ai parlé de propagande et c'est bien cela,presque un film officiel.Mais un film officiel sympa dans toute sa naïveté où l'on peut finalement faire confiance aux institutions et au happy end inévitable.A voir comme on feuillette un vieil illustré retrouvé dans un grenier qu'auraient lu mes grands-parents ou vos arrière-grands-parents.

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11 juin 2008

Prague vue par Fritz Lang et Bertolt Brecht

   

            Prochainement l'un des meilleurs films américains de Fritz Lang ou quand même la propagande peut avoir du talent.1942:depuis quelques années Fritz Lang se consacre à la lutte antinazie depuis Hollywood. Ce tryptique comprend Chasse à l'homme,Les bourreaux meurent aussi et Espions sur la Tamise.Pour ce dernier film voir Les miettes du Ministère ou Londres,nid d'espions - BLOGART(LA ....Les éditions Carlotta proposent un très bon double DVD comprenant les deux versions de Hangmen also die.Bernard Eisenschitz, spécialiste du cinéma allemand nous donne quelques clés,essentiellement sur la collaboration entre les deux exilés,très différents,Lang et Brecht.C'est d'aileurs à peu près la seule intrusion directe du grand dramaturge allemand dans le cinéma..L'ami Oggy qui a déjà dégainé,n'aime pas le film et je le trouve bien sévère.

   Il est vrai que Lang a voulu en quelque sorte "polariser" le sujet(au sens film noir,pas au sens obsession) et je pense que cela peut effectivement choquer un peu.Il ne prétend pas faire oeuvre historique car Les bourreaux meurent aussi a été conçu dès le début comme un thriller,par Lang plus que par Brecht cela va de soi.D'une construction relativement éclatée avec plusieurs lignes directrices le film a décontenancé ses rares spectateurs à sa sortie aux Etas-Unis. Présenté en France en 47 avec nombre de films retardés il n'obtint guère plus de succès malgré un timing diminué de 25 minutes(reste encore 1h55).On connaît le sujet ,l'assassinat de Heydrich, "protecteur" de la Tchécoslovaquie. On ne voit pas l'évènement mais l'idée de Fritz Lang est bien ailleurs.Il a déclaré avoir voulu par le biais du canevas policier faire un film informatif sur l'idée même de résistance,méconnue forcément des Américains.Alors Oggy y a vu quelques grosses ficelles probablement et il n'a pas tort.Néanmoins je considère Hangmen... comme un film important,pas  si éloigné de Mabuse... et de M...,non seulement par la mise en scène qui retrouve quelques touches expressionnistes,ombre et lumière,menaces,scènes de rue et importance du "monumental" (façades, brasserie, immeuble), mais aussi par l'épineuse question des méthodes qui conduisent la Résistance et la Cause(bonne) à utiliser des moyens guère plus reluisants que ceux de l'oppresseur.Thème éminemment langien,voir les films précités mais aussi Fury,premier film américain,déjà chroniqué ici.

    La dispersion du film nuit certainement à la clarté,passant du rôle du collabo à la fuite du héros traqué et au sort des otages.Mais tout de même,quelques images frappantes demeurent,certaines ellipses foudroyantes, le chapeau de l'inspecteur gestapiste par exemple, roulant sur lui-même pendant que meurt le tortionnaire.Pour conclure je pense que ce film,peu diffusé je crois,est partie prenante de la cohérence langienne,dont je prétends à chaque article le concernant, qu'elle est totale depuis Les Araignées jusqu'au tout dernier,en 60,Le diabolique Dr.Mabuse.Enfin je ne peux que conseiller l'excellent film de Douglas Sirk Hitler's madman,de 1943,qui raconte la même histoire,plus centrée cependant sur l'évènement en soi, l'attentat contre Heydrich.Oggy s'il l'a vu,me donnera certainement son avis.

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11 mai 2008

Nous avons vu un bon film ce soir

      Nous avons gagné ce soir(1949) est sans contestation le meilleur témoignage cinéma  sur le monde de la boxe.On en parle mais avant,ce petit rappel d'une note ancienne où j'en disais déjà beaucoup de bien.

Septième et Noble Art

  Le sport favori du cinéma est sans conteste la boxe. Très peu de films en effet ont pu utiliser le football,le cyclisme ou le tennis et en faire d'authentiques oeuvres fortes,émouvantes ou dérangeantes. La boxe par contre semble avoir été inventée pour le cinéma tant par sa chorégraphie très particulière que par son insertion dans le genre très codé du film noir et de l'affairisme. Sans prétendre à l'exhaustivité voici quelques impressions sur les riches heures de la boxe à l'écran, sans chronologie ni classement quelconque. Simplement des films qui font mouche,des directs au coeur. Le BagarreurLe Bagarreur (The streetfighter) de Walter Hill(75) est l'un des très rares bon films de Charles Bronson,excellent tableau d'une Amérique en crise où le combat de rue, orchestré, est l'une des voies de salut pour les chômeurs de l'époque.    

Nous avons gagné ce soir

Nous avons gagné ce soir(The set up)de Robert Wise (49)raconte le combat de trop d'un boxeur vieillissant quià la magouille privilégie l'honnêteté jusqu'à y laisser son gagne-pain.Ce film, modèle de concision, devrait inspirer bien des cinéastes modernes qui ne prennent jamais le temps de faire court. Robert Ryan,qui fut lui-même boxeur y est saisissant. Que j'aime ce cinéma de la sobriété!   

      

     Gentleman Jim(42) de Raoul Walsh avec Errol Flynn raconte l'irrésistible ascension de Jim Corbett, tout en truculence et avec le sourire.Une success story à l'américaine où Flynn,acteur physique plus fin qu'on ne le dit,s'en donne à coeur joie. Fat City Fat City(72) d'après Leonard Gardner,mis en scène par John Huston est une très belle histoire de rédemption d'un boxeur alcoolique(Stacy Keach) qui retrouve le goût de vivre en aidant un jeune champion(Jeff Bridges).Le thème de la passation des pouvoirs est récurrent dans nombre de films sur la boxe.

Citons encore pour le cinéma américain Plus dure sera la chute(The harder they fall) de Mark Robson(56) pour Bogart dans son dernier rôle avec là encore la rédemption d'un journaliste qui prend soin d'un boxeur analphabète. Et Sang et or(Body and soul) de Robert Rossen en 47 avec le génial John Garfield. En règle générale le cinéma américain a bien traité la boxe, mythe très Nouveau Monde s'accordant bien avec cet art somme toute récent qu'est le cinéma.

     On ne peut ignorer évidemment Raging Bull(1980),numéro de haut vol des sieurs Scorsese et De Niro qui  transpire son italo-américain par tous les pores et qui mérite un chapitre à lui seul.La saga de Rocky Balboa  vaut également un coup d'oeil au moins dans sa première mouture,élégante et naïve,honnête et démocrate.      

   Le tout dernier en date,Million dollar baby(2005) est l'un des meilleurs films de Clint Eastwood,d'après une nouvelle de F.X.Toole,extraite de La brûlure des cordes. Il brasse tous les thèmes chers à la boxe: ascension, abnégation,"paternité" du vieil entraîneur, chute et drame du combat qu'il ne faudrait pas livrer. Le fait qu'il s'agit d'une boxeuse n'en est qu'émotionnellement plus fort. Eastwood s'y connaît en fêlures assassines.

   Retour sur The set-up ou Nous avons gagné ce soir,ou pourquoi ce film est le plus passionnant parmi bien d'autres sur la boxe.Le film de Robert Wise est fascinant de maîtrise,précis comme un reportage sportif,mais ancré dans une réalité quotidienne bien loin du glamour des combats de haut niveau de Vegas ou du Madison Square Garden.The set-up se déroule pratiquement en temps réel,chose rarissime.Si bien des films ont eu pour cadre la boxe celui-ci est la boxe dans sa dureté et sa bassesse,avec ses courages,ses peurs et ses combines.Très peu alourdi par une intrigue parallèle,seule la femme de Stolker Thompson apparaissant, étrangère mais peu à peu dégoûtée par ce monde,le film va ses 80 minutes sans compromis, dans une petite ville américaine de 1949,un samedi soir ordinaire sur fond de jazz et de néons.C'est très beau,noir et profondément prolétaire,qualité qui exclut l'artifice.Un modèle.

   Robert Ryan,grand acteur buriné,est saississant de vérité,dans son honnêteté qui lui interdit la magouille.On est happé par l'ambiance du bien modeste vestiaire,sur la porte duquel les noms sont inscrits à la craie(on est loin des aristos ferrarisés du football).Voilà les boxeurs,Stolker,35 ans,fin de carrière très besogneuse,un autre qui commence à perdre ses esprits,un tout jeune paniqué,un noir qui espère l'ascension sociale.Le combat entre Thompson et Nelson est filmé dans son intégralité,quatre rounds sévères,cadré au plus près.Au fait,un détail,je n'aime pas la boxe.Et puis il y a le plus impressionnant dans Nous avons gagné ce soir:la salle et les spectateurs.Quelques mots sur ces derniers,hallucinante galerie.

    Un aveugle,qu'on devine ancien boxeur,se fait raconter par le menu et invective l'un puis l'autre des combattants(photo).Une femme d'âge mûr en fait autant,harpie,l'insulte à la bouche "Kill him!",comme on en voit dans nos stades parfois.Un grand nerveux et sa femme,lui mimant les coups et elle essayant de le calmer, finalement le plus sympa.Un obèse se goinfrant de pop corn et proche de l'orgasme,roulant des yeux.Le magouilleur en chef,sûr de lui,puis inquiet,puis furieux.Les deux amis deThompson et "courage,fuyons".Tout un petit monde,un peu interlope mais au petit pied,que pous allons quitter vers 22h30,lumières éteintes, règlements de compte et clignotant "Dreamland" au fronton.

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01 mai 2008

Une zombie féline amoureuse d'un léopard

         Coming soon...une passionnante et définitive et modeste réflexion sur la trilogie de Jacques Tourneur qui rester le seul grand metteur en scène américain à être mort à Bergerac.Vaudou ne dure que 68 minutes et comme j'aimerais que nombre de bavards cinématographiques s'inspirent de cette brièveté.Un peu plus d'une heure pour aller à l'essentiel.Acteurs peu connus,budgets moyens mais un producteur éclairé,attiré par l'occultisme,Val Lewton,qui permettra la réalisation de cette trilogie pour le compte de la RKO.Alliance de poésie et de précision,Vaudou laisse sourdre le culte antillais progressivement sur fond de percussions nocturnes et entêtantes.Un magnifique symbole,la figure de proue figurant les mânes des ancêtres esclaves,marque notamment le film, fantômatique à souhait et traversé par les rictus des officiants,et le cri des crapauds et des chouettes.Vaudou est une vraie perle et laisse au spectateur sa part de libre arbitre et de re-création.Jamais le cinéma fantastique n'est aussi beau que lorsqu'il se contente d'effleurer la main de ce spectateur,à l'opposé des marchands de voyeurisme.

  Une ville frontalière ou presque,au Nouveau-Mexique,impératif pour le climat étouffant et la moiteur des nuits du Sud.Un cabaret peu glorieux et un félin en laisse.Nous sommes pourtant loin du scintillant Mr.Bébé de Howard Hawks.Le léopard de JacquesTourneur n'est qu'une modeste attraction de foire mais sa disparition va entraîner quelques meurtres de femmes,jeunes et aux abois.Film sans effets spéciaux L'homme léopard est une vraie pépite sertie dans sa concision et ses décors classiques mais éloquents.Un musée poussiéreux et son conservateur trouble,une rue d'où jaillissent dans la nuit des appels de mères inquiètes,un cimetière qui sent son Mexique si proche avec son culte des morts si omniprésent.Voilà quelques éléments que le noir et blanc du metteur en scène enchaîne parfaitement,faisant de cette histoire digne des dime novels,romans à deux sous,une pièce maîtresse de ce cinéma où rode la mort,de noir vêtue,comme en une gravure ancienne enluminée par un maître artisan.Souvent considéré comme le maillon faible de la trilogie ce n'est absolument pas mon point de vue et c'est fort bien expliqué dans les bonus de ce beau coffret.

       La féline reste le plus connu et finalement le moins surprenant peut-être parce que vu plusieurs fois. Surement aussi parce que les codes du genre sont hyperclassiques dans cette histoire d'attraction répulsion qu'éprouve Irena pour la panthère,ceci en liaison avec une histoire légendaire venant des confins de la Serbie.A noter que les Balkans ici évoqués font immanquablement penser aux Carpathes d'un certain comte bien connu des amateurs.Le noir couleur panthère va tout de même très bien à jacques Tourneur dans ce manège qui conduit immanquablement l'héroïne devant la cage du fauve,l'actrice française Simone Simon lui donnant un petit cachet vieille Europe très appréciable.L'ensemble de ces trois films forme effectivement une véritable cohérence,tournée en quelques mois,avec certains acteurs récurrents,et gagne à être vue dans son intégralité.J'ajoute que le coffret Montparnasse est beau et que l'intervention de Patrick Brion sur le rôle du producteur Val Lewton est limpide.

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10 avril 2008

Heures désespérées(un film du patron)

              Prochainement car par contrat je suis obligé de chroniquer tous les films visibles d'Humphrey Bogart, mon icône...La maison des otages(55) est donc un des derniers films de Bogie,dirigé par William Wyler.Ce n'est plus tout à fait le meilleur de Bogart bien sûr mais sa composition de gangster en cavale vaut le coup,ainsi que son affrontement avec Fredric March,ex vedette d'Hollywood,déjà passablement oublié en ces années cinquante.Je précise que March fut deux fois lauréat des Oscars pour Dr.Jekyll et Mr.Hyde en 31 et Les plus belles années de notre vie en 46,deux très bons films.

      Adapté d'une pièce de théâtre le film manque un peu d'espace et le paysage banlieue américaine fleure la naphtaline des fifties.Bogart et March, rétrospectivement, paraissent assez âgés pour leur rôle.Et la famille américaine baigne dans la convention la plus classique. Cependant dans le rôle du père Fredric March se durcit peu à peu jusqu'à ressembler au gangster.Ceci est assez bien amené et alors que l'on aurait pu croire que le criminel Glen Griffin,sobrement interprété par Bogart,allait finir par s'humaniser (dans mes lointains souvenirs je voyais d'ailleurs le film comme ça),c'est tout le contraire et justice sera faite.Dans un de ses rares rôles,du moins en vedette,totalement antipathiques le patron est une fois de plus inoubliable à voir et à entendre.Ce timbre de voix si unique,nasillant un peu,persiflant souvent,inquiétant toujours.Un blogueur cinéphile me donnera-t-il son sentiment sur le remake de Cimino,Rourke et Hopkins?Je ne l'ai jamais vu.

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30 mars 2008

Et bien finalement... non

     Permettez-moi d'abord de vous présenter les talentueux avocats de la défense,respectivement Maître Neil There will be blood (2007) Paul Thomas Anderson ,Maître Bastien There will be blood et Maître Systool THERE WILL BE BLOOD (Paul Thomas Anderson, 2007) .Et bien finalement...non,je ne les rejoindrai pas sur cette affaire.

  Je n'ai lu aucun roman d'Upton Sinclair,le Zola américain auteur de La jungle,Le pétrole(dont est adapté le film).Je connaissais seulement sa collaboration avortée avec Eisenstein lors du séjour de ce dernier en Amérique.Sinclair,grand lutteur,pourrait bien être plus un agitateur d'idées qu'un grand romancier.Il a énormément écrit.Trop?Sa carrière politique n'a pas été couronnée de succès et ses brûlots semblent bien loin.Nous ne statuons pas aujourd'hui, Mesdames et Messieurs,sur l'écrivain Upton Sinclair mais plutôt sur le chef-d'oeuvre annoncé à l'avance par presque toute la presse,le long (très) métrage There will be blood du sieur Paul Thomas Anderson dont je n'ai vu à ce jour aucun autre film.Déjà je suis mal à l'aise quand un film arrive avec un label quasi-officiel de chef-d'oeuvre.Certains termes me semblent ainsi bien galvaudés.

   There will be blood démarre très bien et la première heure m'a paru excellente.L'induction du sujet sur les premiers forages pétroliers est bien vue et j'ai vraiment beaucoup aimé une certaine force tellurique qui émane du métal des conduites,du maniement des explosifs,de l'or noir qui s'apprête à embraser le pays et Wall Street.Il s'échappe de toutes ces séquences une véritable poésie de l'ére industrielle débutante qui m'a touché.On sent le bois des derricks respirer comme le coeur d'une grande nation qui s'apprête à l'envol. Monde rude, monde de pionniers,monde d'une grande brutalité,que le cinéma d'Anderson transcrit tout à fait bien et qui n'est pas sans rappeler les classiques américanissimes et ardents comme Griffith ou Ford.Jusque là vous aurez compris que je souscris.L'esprit des collines est là et bien là.Celui de Jack London par exemple et ce n'est pas un mince complément.Pourquoi faut-il que P.T.Anderson commence à s'ennuyer manifestement pour qu'il se mette à la facilité, voire au ridicule lorsqu'il s'apesantit sur la lourdissime dichotomie américaine Dieu et le business?

   On est alors très loin du Malin de John Huston d'après Flannery O'Connor.There will be blood trace alors le sillon très couru de la violence croissante chez Plainview,dont l'appétit de réussite n'aura d'égal que le manque de scrupules.En ce sens il y a effectivement un petit air de Kane dans ce personnage de Daniel Day Lewis pour qui le succès n'a pas d'odeur.Mais pas d'odeur nous monte au nez comme disait le grand Jacques et si Daniel Plainview est haïssable son double prédicant l'est tout autant,expédiant ainsi deux figures mythologiques fondatrices de l'Amérique dans les affres d'une mise en scène qui tourne au spectacle de Grand Guignol(je n'ai pas dit Guignol qui n'a rien à voir).Ainsi caricaturés au maximum,outranciers comme jamais,nantis de leur seule déraison bien mal exploitée dans la seconde partie du film,le prospecteur et le pasteur versent dans la fable édifiante finalement très ordinaire.Ne dérangeant personne ce film est pour moi,mes chers confrères magistrats,une production relativement toc.Je comprends mal l'engouement journalistique presque unanime.Daniel Day Lewis est bien sûr un bon acteur mais ce rôle est loin d'être le plus intéressant de sa carrière.

    Pour conclure cette plaidoirie à charge pour ce film qui ne réclame pas trop de mansuétude eu égard à l'ambition énorme,je parlerai plutôt de prétention,dont il nous est arrivé accompagné,encore une fois presque officiellement,je demanderai au moins le sursis avant de le béatifier.Reprenez-vous mes amis.Que ceci ne nous empêche pas de trinquer ensemble au Bar du Palais comme d'habitude.Un dernier mot:pour l'oscar du meilleur film de bowling je préfère Les tontons flingueurs ou The big Lebowski.

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09 mars 2008

Horizons verticaux

northbynorthwest04.jpg

          Rassurez-vous je n'ai pas l'intention de vous infliger le énième commentaire éclairé ou obscur sur ce film.Qu'on me permette seulement de m'enthousiasmer une fois de plus pour ce modèle de générique imaginé par le grand Saul Bass.Nord Nord-Ouest est le titre du film et en deux minutes ces génies que sont Hitchcock, Bass,Hermann ont tout dit.Voulez-vous qu'on y regarde ensemble d'un peu plus près?

      Leo de la MGM rugit...L'impressionnant score musical de Bernard Herrmann foudroie le silence et semble zébrer l'écran.Cet écran est traversé par les lignes horizontales et verticales,délimitant de petits carrés qui deviendront fenêtres de  ce grand immeuble newyorkais. Cette grille,oblique,imprime déjà au film son mouvement vers les deux directions.Implacablement,comme toujours chez Hitch,le générique se met en place et apparaissent les noms venant d'en haut ou d'en bas puis s'éloignant pour sortir du cadre,souvent accompagnés de petits parallélogrammes au même destin.Remarquez les flèches orientées de North et de Northwest.Puis la descente commence et les voitures dans la rue strient les cases-fenêtres, toujours en cette opposition horizontale et verticale.En bas de l'immeuble la ruche de la vie bourdonne.Un escalier qui mène en sous-sol puis un bus fend l'image,vertical donc suivi d'horizontal.Un autre escalier de balcon et des gens s'engouffrant dans un taxi. Symphonie hyperactive du déplacement La mort aux trousses clot son ouverture par un gros monsieur frappé d'immobilisme en ratant son autobus.Un gros monsieur de connaissance me semble-t-il.

    On a compris que dans North by Northwest ça bougera,mais méthodiquement,presque arithmétiquement. Ca bougera sur la carte des Etats-Unis de New York au Dakota du Sud.En long en large et en travers.En ascenseur inquiétant et hilarant,en voiture ivre sur corniche,en avion et couché dans le maïs sous un autre avion,en train trépidant et plein d'ardeurs.Jusqu'au comble de la verticalité des Monts Rushmore.Tout cela finit par nous donner des sueurs froides.N'allons pas jusqu'à verser dans la psychose.

http://www.youtube.com/watch?v=jIlqatMQSgI Aouh!(ça c'est Leo qui rugit)

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08 mars 2008

Terrence Malick,l'aube

        Voici déjà l'avis de Bagheera Badlands, de terrence Mallick ainsi que celui de Jade .Je ne rajouterai finalement pas grand'chose tant je me reconnais dans leurs mots.Les deux jeunes comédiens, Martin Sheen plus âgé  quand même que Sissy Spacek,sont confondants de naturel.Comme le dit Jade on ne peut pas ne pas penser à James Dean,rien que dans la façon de se mouvoir.Comme quoi le cinéma n'a pas besoin d'être plèthorique,la rareté fait parfois le prix des choses(quatre films en 35 ans).La balade sauvage ce n'est ni De sang froid,ni Les tueurs de la lune de miel,ni Bonnie and Clyde.Mais Jade l'a si bien dit...

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03 mars 2008

Entêtement à l'extrême ouest

    Avec un peu d'irritation...

         Ce film a bien des qualités,les grands espaces libres,les eaux,les oiseaux et la nature,rude parfois et que le jeune étudiant décide de toucher au plus près.Sean Penn jouit en France d'un énorme capital de confiance.En effet,féroce opposant à George Bush,il ne saurait se tromper.J'avais bien aimé les précédents The Indian runner,The crossing guard et The pledge,ancrés plus solidement dans une réalité de violence et d'enfance meurtrie.Ici la fable ne fonctionne pas pour moi simplement parce que ce jeune homme ne m'intéresse guère.Et c'est bien mon droit de ne pas cautionner le jusqu'auboutisme du héros,suicidaire au fil des jours,ce qui à tout prendre ne me paraît pas la meilleure façon d'en finir.Mis ainsi un peu de mauvaise humeur je reconnais que ce film peut plaire,pas forcément pour de bonnes raisons.Et s'il s'exhalait de ce récit initiatique en quelque sorte un parfum d'une démagogie,mais d'une démagogie branchée qui ne dirait pas son son vrai visage et ses principes.A savoir que seul l'égoïsme transcende la médiocrité ambiante,que les parents sont sinon à tuer,mais au moins à radier,et que "hors de moi-même point de salut".Voilà pour le passif.

     Into the wild reste un grand spectacle malgré la relative animosité qui m'oppose à lui.Au crédit de Penn le souffle de sa mise en scène,les ballades à la guitare,de vieux potes morts ou éparpillés(Roger Miller, Canned Heat),la nostalgie des seventies et ce couple hippie quinqua comme il en est beaucoup,sympa mais pour tout dire un peu vain et artificiel,ressemblant à une attraction touristique.Plus forte me semble être la relation paternelle,voire grand-paternelle entre Emile Hirsch et Hal Holbrook,ce grand comédien peu connu et âgé maintenant.Lourdement symbolique qaund même parfois,avec sa montagne à gravir ou cette chasse à l'élan nauséeuse.N'est pas Jeremiah Johnson qui veut.Ces mots dépassent un peu mon propos et Into the wild mérite un accessit pour qui s'enflamme assez vite dès que s'élève l'altitude.On me permettra d'y voir un brin de jeunisme exacerbé.

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