28 août 2011

Plus près de toi

Ohagan

      D'Ecosse nous arrivent Andrew O'Hagan et ce roman Sois près de moi qui nous présente un prêtre catholique muté dans la bourgade ouvrière de Dalgarnock,pas très loin de Glasgow,peu reluisante entre la bière,les bagarres et le Celtic Glasgow.Un livre intéressant sur un sujet devenu fréquent:les troubles de ce vicaire de Dieu vieillissant au contact de jeunes plutôt désoeuvrés.On n'est pas obligé de se passionner pour les problèmes existentiels du Père Anderton.On peut même souhaiter lire autre chose.Pourtant Sois près de moi ne m'a pas laissé indifférent.

     Le portrait du prêtre est attachant.L'homme ne se paie pas de mots,ne prétend pas détenir une vérité.Il cherche surtout à ne pas décevoir vraiment ses paroissiens qui en veulent à l'Anglais qu'il demeure.Quant aux autres,on sait leur opposition historique contre les papistes.Sa gouvernante,Mrs Poole est une femme peu commune qui ne le ménage pas,peu,impressionnée par les humanités du Père Anderton.Le passé du prêtre est douloureux sans être honteux.Sur ce chemin à la foi parcourue d'une houle discrète mais réelle et nourrie des réminiscences d'un père chirurgien mort brutalement et d'une mère écrivain et bien vivante quoiqu'éloignée le Père David se voit entraîné vers les tourments d'une affaire embryonnaire mais qui suffit aux commérages et aux représailles.La présomption d'innocence, on s'en doute,n'est pas trop bien partagée en ces terres méfiantes,voire hostiles.

    Le Père Anderton,très lucide sur ses faiblesses et sur la compréhension des hommes,aura à faire à sa hiérarchie et à la justice.Rien d'absolument catastrophique probablement.Assez cependant pour qu'on se prenne à aimer cet homme en ses erreurs et ses peines.Assez pour que personnellement j'ai songé à Georges Bernanos qui a si bien parlé de la tempête sur le crâne de l'homme de Dieu.Sois près de moi ressemble ainsi à ces îlots écossais désolés qur lesquels le Père David emmène ses jeunes gens.Parfois pour un début de perdition.

  

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20 mars 2011

Faux départ,parcours moyen,fin un peu mieux

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          Qu'est-ce qui fait une déception de lecture?Par exemple le hasard à la Bibliothèque Municipale,un titre un peu énigmatique,un auteur anglais inconnu.Mais ça n'a pas fonctionné terrible cette fois.Je vous expédie ça vite fait,injuste probablement car la fin du livre m'a quand même intéressé.David Carter, la cinquantaine, est frustré par la vie. Sa femme Eleanor s'enfonce dans une déprime interminable. Son poste de conservateur de musée lui échappe.Sa fille Kate s'est éloignée. Mais surtout il a appris que toute son existence a été construite autour d'un mensonge : il est un enfant adopté.Alors David n'a de cesse de se mettre en quête de son passé, à travers vieilles photos, lettres et vestiges ténus. Nous replongeons ainsi dans le Londres du Blitz, la ville de Coventry d'après guerre, et la campagne irlandaise.Cela avait tout pour me passionner,l'histoire récente d'un pays qui m'a toujours passionné,les racines disjointes et l'interrogation de David Carter.

   Pourtant à peine trois semaines après l'avoir lu je ne me "rappelle" plus Il n'y a pas de faux départ de Jon McGregor.Je suis sûr que cela vous est déjà arrivé.Pourquoi en parler?Parce que j'ai envie de dire que la littérature parfois ne suffit pas,pas plus mauvaise qu'une autre d'ailleurs.Mais tout cela sauf l'extrême fin du livre m'a laissé de glace.Un peu d'amertume aussi,le temps nous étant compté et le nombre de livres d'une vie fatalement dérisoire. 

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21 octobre 2010

Le privé d'Unter den Linden

           Ce livre m'a été prêté et m'a vraiment beaucoup plu.Cette trilogie berlinoise regroupe trois aventures de Bernie Gunther,privé allemand juste avant et juste après la Guerre:L'été de cristal,La pâle figure et Un requiem allemand. Ces livres ont été écrits au moment de la chute du Mur.Bernhard Gunther est un privé qui a quitté la police officielle et ses nombreux services dans cette Allemagne 36 qui prépare la Nuit de Cristal et autres horreurs.Peu favorable au nouvel ordre mais prudent comme Philip Marlowe Gunther se garde bien de prendre partie ouvertement.Les trois livres sont compliqués à souhait comme toute investigation d'un enquêteur à son compte et je n'ai pas souvent terminé ce genre de polars en étant sûr d'avoir absolument tout compris sur les victimes et les assassins.Mais comme toujours peu importe.L'important c'est surtout l'ambiance ramassis d'opportunistes vénaux,de grosses légumes corrompus et de besogneux du trafic.C'est ce chacun pour soi avant le déluge annoncé,cet instant où l'on se doute que le crépuscule suivra très vite une aube radieuse.Notre ami Gunther n'échappera pas à certaines compromissions,plutôt moins que la moyenne,ce qui nous suffit pour l'adopter.Les codes du noir sont bien présents mais si Spade,Marlowe et consorts ont fort à faire avec trafiquants notoires, gangsters de haut vol avec comparses obtus Gunther,lui,se collète avec des voyous tout aussi gangsters et trafiquants mais célèbres en ces années de superproduction du film d'horreur.Ces premiers rôles se verront d'ailleurs.récompensés,mais pas tous,au festival de Nuremberg où leur carrière avait  commencé une douzaine d'années plus tôt.

    Les femmes ici sont entraîneuses (version soft),les faux papiers réversibles comme les consciences,et des Américains peu regardants croisent des Russes brutaux et des certificats de dénazification ont parfois battu des records de vitesse.Nous sommes maintenant en 1947.J'aime cet adage,je me le suis d'ailleurs attribué bien que je l'aie probablement pompé quelque part:"Les guerres sont terribles,les avant-guerre pas commodes et les après-guerre sinistres. Heureusement il y a le reste."Mais du reste Gunther n'en a guère,très occupé après 36 et 38 à Berlin,dans la Vienne de 47, plus très impériale,mais archivénale,interlope et n'ayant rien à envier à la capitale en cendres du Troisième Reich,celui qui devait durer 1000 ans et dura...toujours trop longtemps.Le vieux cinéphile lisant Un requiem allemand ne pourra ignorer Le troisième homme,sauf que pour la classe d'Orson Welles ou l'élégance de Joseph Cotten,on repassera.Fort pertinemment Philip Kerr termine son roman au Café Mozart,reconstitué pour le film de Carol Reed.

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14 août 2010

Le coup de Crace

   
  
 

 

 

                Jim Crace,encore méconnu en France,est né en 46 en Angleterre.Deux fois finaliste du prestigieux Booker Prize,il est l'auteur de L'étreinte du poisson, Quarantaine, Six ,Le garde-manger du diable. Et de De visu,curieux titre français de The pesthouse,dont je vous dis un mot ci-dessous.

            De visu est un roman de fin du monde dans un climat assez proche de Malevil.Nanti d'une jolie verve poétique ce voyage vers l'Est constitue ainsi l'avatar ultime et inversé de la ruée vers l'Ouest.Dans cette Amérique d'après la catastrophe(celle que vous voulez,Crace vous laisse le choix) Margaret et Franklin veulent retourner aux navires susceptibles,sur "le puissant fleuve à une seule rive",de quitter le continent pour l'autre terre promise.
              Parabole sur le Nouveau Monde,prématurément vieilli,livré aux pillards et aux maladies,De visu est une histoire d'amour qui devra passer par la case Moyen Age pour envisager à nouveau la sérénité.Et si le cauchemar futuriste servait au moins à cela:donner aux hommes l'occasion de faire mieux.

 
   
 
 

 

 
 
 
   
 
 

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24 décembre 2009

Grace d'Ecosse

                                         Deuxième livre pour moi de cet auteur écossais(voir Le coeur de l'hiver http://eeguab.canalblog.com/archives/2007/01/23/2924105.html Cet écrivain commence seulement à être traduit en France,trente ans après la publication originale.C'est une plume très riche que Dominic Cooper.En moins de 200 pages il nous intéresse à Murdo Munro,forestier écossais qui vient de quitter sa femme à 58 ans,le jour du mariage de leur fille.après avoir accessoirement incendié sa maison.Fuyard,perdu,Munro,plutôt bon bougre,erre dans cette forêt d'Ecosse péninsulaire,en quête d'un restant d'avenir bien ténu.Les collines,les lacs,les ruisseaux de ce petit bout d'Ouest 'Ecosse n'ont pas de secret pour Dominic Cooper.C'est extrêmement bien décrit,à en frôler le vertige du lecteur.Qu'il parle des nuages ou des oiseaux il nous enchante.Tout petit extrait:"Survolant les collines en direction du sud,quatre corneilles,des lambeaux noirs devant la lumière plus haute,passèrent devant la montagne et disparurent bientôt."

   Drame de l'usure des sentiments et de la solitude,Vers l'aube,est un superbe poème de cette Calédonie tellurique,cette Ecosse rude et enclavée,ces rochers d'Occident aux prises avec la mer.A mille lieues de la littérature du nombril que je déteste prenez une pinte de cet alcool aux forts effluves que n'auraient renié ni Stevenson ni Conan Doyle.Je ne sais s'il y a d'autres romans de Cooper à paraître mais d'ores et déjà ce bel écrivain d'embruns et de fougères rejoint mon album photo.Il y sera en bien belle compagnie.

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13 octobre 2009

Vingt ans après

           Henry Porter,né en 53,britannique comme il se doit,est l'un des maîtres actuels du roman d'espionnage.Vingt ans après les coups de masse et les embrassades il nous replonge dans les arcanes de la fin de la RDA,quand Chemnitz portait encore le doux nom de Karl-Marx-Stadt.

            Brandebourg,c'est juste avant la chute du Mur et ça raconte une histoire d'espionnage où comme dans toutes les histoires d'espionnage il y a des microfilms ou des disquettes dont on ne saisit pas très bien la nature.Il y a aussi plusieurs services de contre-espionnage dont on ne saisit pas toujours la clarté.Il y a enfin des agents doubles,triples,etc...J'ai cru y voir un Soudanais proche du KGB,un Vladimir appelé à de hautes responsabilités,un Polonais mort à Trieste mais était-il vraiment polonais quoique bien mort à Trieste.Pour toutes ces raisons je ne lis pas très souvent d'espionnage.
         

         Mais il y a dans Brandebourg et c'est passionnant les derniers soubresauts du régime d'Erich Honecker,les manifs de Leipzig,les manipulations terminales et essoufflées de la douce Stasi,la fuite d'un professeur d'art lui-même ancien collaborateur de cette même Stasi,comme tout le monde.Il y a ainsi un bon roman qui nous resitue cette histoire vieille de vingt ans juste avant que ne résonne le violoncelle de Rostropovitch près d'une ligne de démarcation qui avait connu pire musique.

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29 juillet 2008

Deux livres de Norman Lewis

    Norman Lewis,je ne le connaissais pas.J'ai par contre beaucoup lu Graham Greene.Et les deux hommes se sont croisés à plusieurs reprises,hantant les mêmes lieux.Si grand est le talent de Greene,largement popularisé par le cinéma,très intéressante est la musique de Norman Lewis,catalogué comme écrivain voyageur,ce qui m'énerve un peu car tout écrivain voyage,tout lecteur également d'ailleurs.Ce qui est génial quand on découvre un auteur tardivement c'est que l 'on a d'un seul coup une flopée de romans,ou récits,à se mettre sous la dent.Ceci pour les gens qui lisent avec les dents,souvent des gens très incisifs qui ne mâchent pas leurs mots.Lewis le Gallois est mort très âgé il y a quelques années et semble avoir réussi à s'effacer toute sa vie de toute médiatisation.Cette discrétion de bon aloi lui vaut peut-être un relatif anonymat que je vais modestement tenter de réduire un tout petit peu mais les amis de Parfum de livres s'y sont déjà sérieusement attelés.

   Comme à la guerre est mon premier choix,au pif,sorti une première fois en 66 sous le titre traduit littéralement Une petite guerre sur commande.Court et sans divagations,strié d'un humour sarcastique,de ce type d'humour qu'on rencontre effectivement dans de bons romans sur l'espionnage ou la Guerre Froide.Cette drôlerie n'épargne aucun des deux camps puisque l'action se déroule au moment du débarquement de la Baie des Cochons à Cuba.Charles Fane,anglais sympathisant de Moscou et surtout de La Havane,se retrouve manipulé par la C.I.A et envoyé en reconnaissance sur les plages cubaines avant le grand jour.Il ne trouve rien de mieux que tomber amoureux,ce qui n'est pas une bonne idée.Rapidement on a compris qu'on ne comprendrait pas,jamais,qui utilise qui et qui sortira vainqueur de ces histoires de dupes.On comprend que Fane ne comprend plus.Mais surtout en moins de 200 pages Norman Lewis trousse une aventure passionnante où les pauvres humains sont vite réduits à l'état de fantoches.Tout ça pour la Cause.Laquelle?Ca je ne sais pas très bien.Mais après tout chacun sa cause et la Baie des Cochons  sera bien gardée.

   Mais c'est ainsi que sur une plage qui aurait pu être de rêve le théâtre s'est révélé sanglant et que l'imbroglio politique et économique a continué de perdurer.Cela ne s'est probablement pas tout à fait passé comme le raconte finement Norman Lewis.Mais imprimons la fiction,elle est plus vraie que nature.

Photo de LEWIS Norman

Norman Lewis(1908-2003)

 

                      Le deuxième livre s'appelle L'île aux chimères et son action se déroule dans une petite île de l'archipel des Canaries après la guerre,île qui jouit d'une certaine autonomie, ce qui permet aux notables de ne pas trop se soucier du gouverneur jacobin en poste à Vedra.Ainsi le chef de la police,le représentant de l'Eglise,celui des propriétaires et les autres vivent leurs petits trafics,leurs alcôves et leurs petits secrets sans que tout cela ne tire vraiment à conséquence.Société un tantinet médiévale mais où les yeux et les oreilles savent se fermer Vedra vogue ainsi sur l'Atlantique et espère continuer.

   Mais le temps à tous se plaît à faire un affront et la petite île,non pas paradisiaque, mais où "l'on s'arrange" va finir par basculer dans une certaine modernité qui prendra l'habit d'une compagnie de pêche de la métropole espagnole,mettant ainsi en péril le subtil équilibre de Vedra,jusque là épargné.Peut-être,mais ce n'est que mon avis,est-il possible de rapprocher cette délicieuse chronique,souvent hilarante d'autres écrivains "de la bougeotte" comme Redmond O'Hanlon l'auteur du Voyage à Bornéo.Humour et causticité garantie comme le Graham Greene de Notre agent à La Havane.Le cinéma anglais (surtout les studios Ealing dans les années cinquante) est aussi une parfaite émanation de ce climat où la perfide Albion essaie toujours de tirer son épingle du jeu,Passeport pour Pimlico,L'homme au complet blanc,La souris qui rugissait.

   Bien que gallois  Lewis est doté d'une solide drôlerie,de  celle des PG.Woodhouse ou plus tard Tom Blott.On sait depuis longtemps que Gallois,Ecossais,Irlandais et même Anglais ne sont d'accord sur rien,sauf quand il s'agit d'être drôles mais très sérieusement, attention.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 novembre 2007

Suggestion pour le Neverland de Lamousmé

  ou    sûrement disponible à Neverland la librairie de l'imaginaire

    La blogosphère réserve parfois de belles histoires et celle de Neverland en est une.Je ne connaissais pas vraiment Neverland avant que mon amie Holly de son talent et de son enthousiasme,ne m'emmène au pays enchanté de Peter Pan et de son père littéraire James Matthew Barrie.J'avais comme beaucoup une fausse idée de ces classiques qu'on nous avait infligés en de mièvres versions infantiles plus que de jeunesse.Et voilà que Neverland devient une librairie sous l'égide de Lamousmé .Bonne nouvelle à l'heure où les mots se meurent tous les jours un peu sous le flot d'images et de "messages" illettrés.J'ai donc écrit ce petit billet pour que le vol de Kirrick le rouge-gorge,héros de cette Guerre des Oiseaux,allégorique et poétique,l'emporte à Neverland,Librairie de l'Imaginaire,Deuxième Etoile à droite,puis tout droit jusq'au matin.L'épopée de Kirrick et de ses amis est due à la plume de Clive Woodall,chez Albin Michel.Mais le titre anglais est plus fort,infiniment,ne trouvez-vous pas?

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29 juin 2007

Poussières de l'Empire des Indes

Titre français:Quelques jours avant la nuit.

   Paul Scott est un peu connu pour la somme Le quatuor indien,tétralogie racontant sous forme romanesque les derniers soubresauts de la présence indienne aux Indes. Dans la continuité de cette fresque il écrit à la fin de sa vie Quelques jours avant la nuit,qui a obtenu le Booker Prize en 73.Staying on est une histoire plus intime qui nous transporte aux premières années de l'Inde indépendante à travers le portrait d'un couple de vieux militaires qui a choisi de rester sur place entre habitude,regrets et nostalgies sans pour autant donner dans les clichés du colonisateur racorni.

   Quelques jours avant la nuit est en fait un long poème,un poème où une certaine désuétude frise le génie et où le burlesque cotoie le tristounet.Le tristounet,pas le tragique car la calme déliquescence de ce vieux couple,ayant cessé de fonctionner dans l'empire ressemble tant au crépuscule de n'importe quel couple, ayant cessé de foctionner dans n'importe quel atelier,administration,etc... qu'elle en vient à acquérir une patine universelle. Ceci est, attention, parfaitement capable de nous émouvoir.

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27 mai 2007

Les palétuviers du Honduras

   Je découvre Patrick McGrath auteur entre autres de Spider,son oeuvre la plus connue relativement depuis le film de Cronenberg.En potassant un peu j'apprends qu'on lui a longtemps accolé l'étiquette "néo-gothique". Passons,sans intérêt.Mais Port Mungo est très loin d'être sans intérêt.Un peintre très jeune,d'un certain talent rencontre une sorte de virago,artiste elle aussi et quitte Londres puis New York pour le Honduras,genre Mosquito Coast pour le climat(rappelez vous le film avec Harrison Ford d'après Päul Theroux).Ensemble entre jungle et alcool,entre bagarres et inspiration ils vont vivre un amour ravageur et avoir deux filles,elles aussi marquées.McGrath ne fait pas toujours dans la nuance et irrite légèrement par ce parti pris qui me fatigue un peu,à savoir  ce côté artiste maudit dont la vie est forcément plus intéressante.On peut penser à Gauguin,Modi,Gogh et aussi à Verlaine,un peu aussi aux écrivains de la beat generation.Il y a évidemment de la déglingue dans l'air.Cette réserve émise Port Mungo touche juste.

   Juste parce que derrière les tics du couple marginal apparaît la quête universelle d'une certaine estime de soi-même.Et l'écriture de McGrath oscille entre la paix des âmes,rare et fragile,et l'explosion éthylique de tous les personnages.Exorciser le drame passé dans le Golfe du Honduras,exorciser aussi si possible les traumatismes d'enfance quotidienne de Meg,disparue et que réincarne plus ou moins la cadette Anna?Gin,la soeur de Jack est un peu le grand témoin de cette descente aux affres de la création,seule à peu près d'aplomb dans ce navire qui ne joue même pas à faire semblant d'être une famille.Au total un livre assez dérangeant,non exempt de facilités mais qui laisse des traces comme le limon des tempêtes tropicales sur les toiles de ce peintre fatigué.

    

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