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                                                                                   Asphodèle, pétillante maîtresse de cérémonie de ce 14 juillet, a fait défiler les mots suivants, au nombre de dix-sept, et en rangs serrés: essentiel-réserve-regard-musique-félicité-observer-minute-nuit-agneau-son-muet-méditation-apaiser-angoissant-justesse-jacaranda-jouer.

                                                                                   Elle en avait assez d'être exploitée, ses congénères opinaient du bec, leur blancheur leur était devenue angoissante et elles n'en percevaient plus que la séculaire mièvrerie. Elles voulaient la colère pour enfin changer le regard des hommes, épuisées de n'être ad vitam eternam que ce symbole d'angélisme que seuls partageaient un peu les agneaux, mais ceux-ci ne bêlaient guère plus loin qu'un gigot pascal. Elles avaient l'intention de boycotter dorénavant  toute manifestation, marre de l'mmaculé prétendu apaisant de leur plumage, assez d'emboîter le pas à la minute de silence, vous savez, celle qui n'a jamais changé quoi que ce soit, et que beaucoup ont tant de mal à observer le temps de compter soixante.

                                                                                    Refusant décidément d'être les pigeons de la farce, ça c'est un coup d'aile au monopole des dindons, et sûres de la justesse  de leur cause, elle et ses collègues, après une longue méditation, et d'âpres négociations, avaient obtenu l'appui essentiel, et qui en surprendrait plus d'un, de la si prestigieuse Confrérie des Aigles, qui de leur côté n'en pouvaient plus d'être royaux voire impériaux, Habsbourg ou Napoléoniens, de fondre sur leur proies apeurées à la vitesse du son, enfin d'être les vedettes incontestées du royaume des cieux dont même la chute ou le crépuscule étaient orchestrées en une musique wagnérienne que joueraient des acteurs viscontiens. Ces maîtres de haut vol auraient donné beaucoup pour batifoler dans les jacarandas malgaches comme de braillards perroquets, pas tenus,eux, d'afficher réserve hautaine et dédain des petits et des sans grade.

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                                                                                    Alors, alors peut-être, bientôt verrait-on un étonnant lâcher d'oiseaux à l'aquilin et souverain profil entourer les ballons des enfants pour la paix quelque part et la félicité universelle. Ou bien verrait-on une escadrille de colombes en piqué terroriser une colonie de marmottes telles des rapaces relookés, nuit de cristal des innocents rongeurs. Sur ce possible bouleversement, torpeur estivale oblige,  les journaux télévisés restaient muets...