08 novembre 2017

Une île

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                                 Vent du large au CinéQuai le lundi 6 novembre à 20h. Mais vent contrarié avec le très beau document de Loïc Jourdain Des lois et des hommes, couronné de plusieurs prix dans les nombreux festivals du réel. Loïc Jourdain vit la moitié de l'année dans le nord de l'Irlande et a tourné une dizaine de documents sur la vie là-bas, ou plutôt là-haut. Le travail sur Des lois et des hommes a duré près de huit ans. Tout cela pour ramener à 1h40 près de 500 heures de tournage. Résultat, le portrait de John O'Brien, pêcheur du Donegal, enraciné comme le whiskey dans la tourbe, irlandissime comme son nom l'indique et comme c'est pas permis, combattant sans trêve pour maintenir l'activité artisanale dans cette zone d'extrême Europe. Mais le film va bien au delà de la lutte de la minuscule île d'Inishbofin contre les lobbys industriels.

                            Car voilà, l'autre vedette de ce film est le Parlement Européen et Loïc Jourdain nous le présente bien loin des clichés habituels de bureaucratie et d'opacité. Il faut voir John O'Brien faire valoir ses arguments jusque dans les couloirs bruxellois et y trouver certaines oreilles attentives. Salutaire, non?

                            Ce que vous venez de lire est l'appel lancé aux spectateurs de venir un lundi soir, le premier soir de cette saison où il fallut la raclette sur le pare-brise, pour voir un très discret document sur un îlot perdu au nord-ouest du nord-ouest européen. Pas de quoi quitter son home, sweet home (pas toujours si sweet que ça) pour se coltiner 1h40 d'un doc en gaélique sur le rocher d'Inishbofin où les marins pêcheurs ont fait la gueule et se  sont battus huit ans, de 2006 à 2014, sous le futile prétexte qu'on les empêchait de pêcher. Sont susceptibles ces Irlandais.

                            Trèfle (Irish oblige) de plaisanterie, ils sont venus les spectateurs. Pas autant qu'à l'Aviva Stadium, Lansdowne Road, Dublin pour Irlande-France, mais ils sont venus. Et même, ça leur a plu, ce cinéma  à hauteur d'homme où le principal protagoniste n'a pas eu besoin des maquilleurs pour le vieillir de huit ans, ce qui nous change un peu des fictions. Oui, Des lois et des hommes a été apprécié et les échanges, terme que je préfère à débat, ont été très enrichissants. J'avais choisi ce film, vous connaissez mon erinesque passion, mais j'avais un tout petit peu planché sur le fonctionnement de l'Europe, que l'on connait si mal. Europe, not so bad. En gaélique je m'abstiendrai. Mais je remercie les fidèles de notre CinéQuai et sa directrice pour avoir permis de faire connaître un peu un tel film.

                            Retour à la fiction internationale prochainement avec deux films, hongrois et algérien. Côté partie de pêche dramatique, deux chefs d'oeuvre historiques oscillant entre le document et le fictionnel demeurent inoubliables, La terre tremble de Visconti et L'homme d'Aran de Flaherty. J'oubliais, ils sont en noir et blanc.

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20 avril 2015

Iceland scories

lave

                                 Asphodèle m'avait donné envie de retrouver Erlendur que je n'avais pas vu depuis dix ans. Bibliothèque Guy de Maupassant de ma vieille cité picarde, au pif je prends La muraille de lave, ce qui, après Le mur invisible très récemment, devrait logiquement me conduire au Mur de Sartre auquel je préférerai et de loin réécouter le Floyd et The Wall. Là dessus vous pouvez compter sur moi. Cette entrée en matière ne casse pas des briques mais bref Erlendur est en vacances dans ce roman et c'est l'un de ses adjoints, Sigurdur, qui s'y colle. Un bon polar avec un inspecteur pas très sympa dont la vie privée part à vau-l'eau mais il y  a longtemps que n'enquête plus nulle part dans le monde un commissaire Maigret que sa femme attend patiemment pour réchauffer le mironton.

                                Vu d'ici, avec 300 000 habitants enfermés dont deux cinquièmes à Reykjavik, on pourrait croire que les Islandais se connaissent tous et qu'on y croise son voisin de palier dans tout bar qui se respecte ou qui ne se respecte pas, et que les secrets n'y sont pas faciles à celer. J'avoue préférer un pays où mentir n'est pas plus élégant mais un tout petit peu plus facile. Si je vous dis ça ce n'est pas pour étaler mes turpitudes mais parce que La muraille de lave joue sur les secrets qu'ils soient bancaires ou privés voire très privés, ce dans une île qui a joué avec le feu, pas seulement celui de ses volcans. Ce que j'ai aimé c'est que Sigurdur est loin d'être un parangon de vertu, n'agissant bien ni avec sa mère, à peine avec son père malade, et qu'il est somme toute assez misanthrope.

                              Pas d'armes à feu dans La muraille de lave, qui est à la fois un phénomène géologique insulaire et dangereux et le surnom d'un centre financier maléfique porteur de crise. On sait le désastre économique récent de l'Islande, et celui des Islandais. Des maîtres chanteurs, des photos compromettantes, des "recouvreurs" musclés pour des dettes plus que douteuses. Ainsi donc, et Dieu merci pour la littérature policière, même très au Nord, même très à l'Ouest, même très dans l'Atlantique, les voyous se portent bien. Ouf, ce n'est pas l'apanage d'East L.A. Parfois pourtant je regrette un peu les écluses de Simenon ou le presbytère de Rouletabille. Cette boutade ne doit pas masquer la qualité de l'écriture d'Arnaldur Indridason, bien connu maintenant des lecteurs français.

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07 janvier 2015

Les modestes d'Erin

 champs bleus

                                  Quelles belles nouvelles que ces huit textes issus du recueil A travers les champs bleus. Huit destins, huit histoires au coeur de l'Irlande, sauf une au Texas. Il est patent que la plupart des nouvellistes irlandais n'oublient jamais leur référence américaine historique. Des gens modestes vivent devant nous, mais pourquoi les gens modestes n'auraient-ils pas droit au tourment? Claire Keegan sait bien nous exposer leur quotidien de solitude, entre le bétail et l'église, entre les fautes avouées et le pli des regrets. C'est que la sacro-sainte tradition, si elle parfois un peu de bon, a surtout beaucoup de mauvais. Et les gangues patriarcales ou religieuses du pays ne cèdent que très doucement.

                                         Il y a ainsi des hommes cloués à leur glèbe et harassés de fatigue que seul le pub déride un peu. Des femmes que trouble le regard d'un prêtre. Plus rare, une écrivaine en résidence dans la maison du grand auteur allemand Heinrich Böll. Une curieuse empathie d'un paysan tourbier avec une chèvre nommée Josephine. Ce livre se penche bien évidemment sur les femmes d'Irlande, dans la lignée de la grande Nuala O'Faolain. Des femmes qui, parfois au sens propre, animal, marquent leur territoire. Souvent des gens de peu, accrochés à la simple idée de vivre, la nature y est proche, sans idéal. Des groseilliers, un agneau traverse un bout de champ, là-haut les étoiles. Et, lourd, le labeur, à peine des réminiscences de guerre civile, et là on se prend à imaginer que peut-être un jour de cela on ne parlera presque plus. Et dansent les Irlandais, bien que le pays ait changé depuis car ces nouvelles évoquent plutôt les années 70.

                                        Dans un recueil de nouvelles ce que j'apprécie toujours c'est que certaines ne trouvent pas le chemin de notre coeur. Et c'est très bien ainsi, conférant à l'ouvrage une diversité que le roman ne permet guère. Je confesserai une préférence pour Près du bord de l'eau, où un jeune étudiant texan prend difficilement ses distances avec sa famille. C'est dire que l'irlanditude ne quitte pas les exilés de sitôt, même au coeur d'un business-state tel que le grand état du Sud américain.

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05 décembre 2014

Automne meurtrier dans l'archipel

Constellation d'Adrien Bosc

                                   En partenariat avec Price Minister que je remercie, une belle lecture que cette sorte de musique de chambre, discrète et concrète, sur le destin foudroyé de 48 personnes parmi lesquelles et seulement parmi lesquelles Marcel Cerdan et la pianiste célèbre Ginette Neveu. Adrien Bosc, récompensé par différents prix, je ne suis pas ça de trop près, alterne la dramatique trajectoire du tout récent Lockheed Constellation F-BAZN d'Orly aux Açores, en cette fin octobre 1949, et des éléments disparates qui ont amené les 37 passagers à prendre ce vol. C'était un temps où l'on ne volait pas encore si souvent, à moins d'être un pro ou une star, aussi l'auteur met-il presque au même niveau les modestes bergers basques et le sportif adulé, l'homme d'affaires fortuné et la jeune fille dépressive. Il n'est de vrai que la vie, la vie de chacun.

                                   Dans Constellation l'auteur a su très bien saisir cette époque et collecter les hasards de la vie, la vie au petit bonheur la chance, celle d'une petite bobineuse de Mulhouse brusquement héritière industrielle à Detroit. Celle aussi d'un important collaborateur de Walt Disney qui fut en quelque sorte l'inventeur du merchandising. La Roche Tarpéienne est décidément bien proche du Capitole. Adrien Bosc a tenu à se rendre sur le Mont Redondo, qui plus est  à la date anniversaire précise de la catastrophe. Cela donne un récit qu'on pourrait qualifier de choral si l'adjectif n'était parfois galvaudé.

                                   Et puis il y a les faits, techniques, précis dans toute leur sécheresse, climatologique, mathématique. Sans s'apesantir et en quelques 200 pages voilà un auteur qui a su m'investir dans cette histoire tragique, par ailleurs banale et que résument bien ces quelques lignes dès la deuxième ou troisième page: "Sur le carreau, les deux jeunes époux, Edith et Philip Newton, de retour de leur lune de miel, faisaient les frais de la priorité de la célébrité..." Décidément la vie ne vaut rien même si rien ne vaut la vie. Parfois tenant du dérisoire comme de l'essentiel, de l'anecdotique comme du fondamental, Constellation est un très bon roman où rien n'est grandiose mais où tout est vital.

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30 octobre 2014

La poésie du jeudi, Seamus Heaney

South from Inishbofin

Apparitions

 

Inishbofin un dimanche matin.

Soleil, fumée de tourbe, mouettes, diesel, cales des navires.

On nous aidait à descendre l’un après l’autre

Sur une embarcation que chaque passager faisait tanguer

Dans un vacillement sinistre, avant de nous serrer

Sur les bancs de traverse, par petits groupes craintifs,

Obéissants et mal à l’aise ; nul ne parlait que l’équipage

À chaque immersion des plats-bords

Qui semblaient près de prendre l’eau.

Malgré le calme de la mer,

Les secousses du moteur obligeaient le pilote

À maintenir son équilibre en manoeuvrant la barre :

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La réticence et le poids de l’embarcation m’emplissaient D’épouvante.

Cela même qui garantissait notre salut

- soubresauts, légèreté, mouvement -

Faisait ma terreur. À chaque instant

De cette traversée, à la surface régulière

D’une eau profonde et calme, dont on voyait le fond,

C’était comme si j’observais la scène de très haut,

Sur un autre bateau voguant parmi les airs, effaré

Par les périls de cette plongée dans le matin,

Et j’avais pour nos têtes nues,

Courbées, comptées, un inutile amour.

trad. Patrick Hersant

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                                         Seamus Heaney, (1939-2013), Nobel 95, est né en Ulster. Inishbofin est une petite île au large de Galway dans l'Ouest irlandais. J'ai eu l'occasion de m'y promener un peu il y a bien longtemps. Comme une peur d'enfance, sinistre, effaré, épouvante, craintifs, périls sont les mots du poète. Rien de rassurant...Mais comme je trouve ça magnifique j'ai voulu vous le proposer. Merci à Asphodèle sans qui les choses ne seraient que ce qu'elles sont.

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22 juin 2014

Nuit dans les jardins d'Islande

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                                          Troisième tome de la somme romanesque d'exception de l'Islandais Jon Kalman Stefansson. L'ensemble tient du prodige littéraire mais du prodige un peu fatigant sur lequel il faut embarquer avec biscuits et morues salées. Si des néophytes veulent s'y aventurer je me permettrais un tuyau, disons deux. Un, notez les noms des personnages et leur situation, car ils sont nombreux et les prénoms islandais sont souvent difficiles à identifier comme ceux d'un homme ou d'une femme.Et deux, lisez les trois volumes, Entre ciel et terre, La tristesse des anges et Le coeur de l'homme presque dans la foulée. Car au pays de Stefansson, en passe de devenir un auteur cultissime pas forcément très lu, la recherche du plaisir littéraire nécessite du souffle, de bonnes chaussures, une vareuse à ne pas oublier (voir premier tome) et un pylore pas trop regardant sur le macareux boucané, que personnellement je goûte assez peu.

                                         Nous retrouvons le gamin rescapé d'un long voyage dans le nord-ouest du pays. Reprenant peu à peu ses forces chez le médecin, il doit songer à repartir. Et c'est le relatif printemps islandais. La communauté se querelle et se déchire parfois, les forces océanes y sont toujours cruelles, les scrupules tout aussi rares que sur n'importe quel continent. Beaucoup de personnages, je l'ai déjà dit, dans cet opéra de glace, j'y trouve parfois des relents wagnériens, les légendes nordissimes à fleur de pages. Une amazone prête à s'expatrier, un frère presque oublié, le vieux capitaine, Kolbeinn, aveugle et fataliste.Des femmes souvent fortes au nom imprononçable, et le gamin qui n'en est plus un, confronté au labeur immense,à la dépendance halieutique, à l'exil danois ou plus loin encore. Un monde extraordinaire, éprouvant parfois pour le lecteur. Un de ces ensembles romanesques qui vous laissent un peu pantois et pantelants, comme assommés par un sac morutier congelé, qui en ces latitudes fait office d'arme assassine, de couche clandestine,de ration de survie.

                                         Moyen mnémo pour retenir cet objet littéraire léviathanesque, mais aussi résumé à ma manière de l'ampleur de cette littérature: Tout là-haut, Entre ciel et terre La tristesse des anges fond sur Le coeur de l'homme. Allez, Bless! (au revoir en islandais, pour une fois quelque chose de simple).

Poésie meurtrière Entre ciel et terre

La lyre d'Islande La tristesse des anges

 

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21 mai 2014

Les verts dimanches d'Erin ou Curragh, bossons

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                                                           Et Dieu fit le dimanche... est un joli recueil du "Galway man" Walter Macken (1915-1967) dont j'ai déjà présenté ici Le Seigneur de la Montagne. Treize nouvelles plutôt rurales et insulaires, plutôt versant Ouest que Dublin. Publié en 1962 le livre est une délicieuse promenade dans ce versant océanique de l'Irlande  où rien ne manque. Bien sûr, ayant déjà beaucoup lu le pays, on retrouve des traits communs à d'autres auteurs dont le pays est si riche mais j'ai appris depuis bien longtemps qu'à trop chercher la singularité la littérature peut parfois se fourvoyer. Trêve d'exégèse, quelques nouvelles des nouvelles de Walter Macken en ce florilège dont je vous ai proposé une illustration en version originale non pas parce que je l'ai lu ainsi, ça me serait assez difficile, mais parce que je l'ai trouvé bien jolie.

                                                           On y rencontre de modestes pêcheurs réparant leur curragh, petit bateau traditionnel du côté de Dingle. On y rencontre un prêtre, élément à peu près obligatoire. Mais voilà, le Père Henderson, dit Solo, n'est pas le personnage torturé digne des Magdalen Sisters, mais un brave type courageux qui ne dédaigne pas le football gaélique et penche plutôt du côté de L'homme tranquille de Maurice Walsh mais annexé par John Ford. S'il faut défendre un simple d'esprit ou une fille perdue, deux autres figures très présentes dans les lettres irlandaises de ces années-là, il n'hésitera pas à faire le coup de poing (Solo et la pécheresse, Solo et le simple d'esprit). Ces histoires paraissent parfois presque naïves, dans leur rudesse, où de bons chiens de bergers sauvent les moutons, où les fameux "tinkers", ces nomades irlandais ne sont pas (trop) pourchassés,où même la lutte fratricide et séculaire des deux clans connait quelques relâchements individuels, quelques bonnes volontés. On n'est pas chez le O'Flaherty du Mouchard ou d'Insurrection.

                                                            Et puis Walter Macken décrit si bien les nuances de ce pays parfois âpre, tellement laborieux, mais si attachant. "De paresseuses volutes bleues montent des cheminées"."Les agneaux avaient l'air de ballons de laine blanche que les brebis poussaient à coups de pattes". Et Dieu fit le dimanche... est une délicate offre de voyage dans un pays qui n'existe plus tout à fait mais qui a cependant la chance d'avoir attiré assez tardivement les curieux pour savoir garder in extremis quelque chose en lui de Walter Macken.

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02 juillet 2013

Méfiez-vous des contrats que vous passerez à Bourg-Tapage

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                     Deuxième livre de François Garde et deuxième réussite avec ce roman d'aventures et d'enquêtes et de  voyages. Cet homme là est un sacré raconteur. Karen Blixen puis au cinéma Orson Welles ont utilisé avant lui cette légende de tout temps, appelée d'ailleurs Une histoire immortelle,du marin qui,pour trois couronnes, accepte de suppléer à la stérilité d'un mari vieillissant.Dans un port mal identifié mais qui prête à la légende,tourné plutôt vers l'Asie,ce matelot disparaîtra. Des années après Philippe Zafar,lui même franco-libanais est nommé curateur aux affaires privées d'un riche homme d'affaires franco-américain qui vient de mourir. Dans ses archives,une mystérieuse lettre manuscrite évoque en trois pages cet épisode de la vie d'un matelot.

               Il mène ainsi l'enquête sur les secrets de Thomas Colbert et de fil en aiguille essaie de percer la vérité sur le passé de cet homme.La piste ira se perdre dans une île lointaine, probablement dans l'Océan Indien,cela reste indéfini.Entre temps les insulaires se sont révoltés,en grande partie sous la houlette de Benjamin Tobias, qui pourrait bien être l'enfant de la curieuse  transaction de 1949,sur le port de Bourg-Tapage.Zafar va patiemment renouer les fils de ce contrat,rencontrer les rares témoins indirects,interroger les lieux et les archives insulaires.Ce travail est assez ingrat,rien de spectaculaire. Mais le plus passionnant est probablement la réflexion,très fine,sur la décolonisation,qui évite de donner les sempiternelles leçons,discrète,comme je les aime et qui laisse le lecteur à ses interrogations.

            De père libanais mais lui-même n'ayant jamais vu le pays du cèdre Philippe Zafar trouvera sur cette quête d'un fils l'occasion de se réapproprier sa propre filiation  à travers le destin de son propre père mort accidentellement,ou pas,alors que lui-même n'avait qu'une dizaine d'années.Il envisagera alors son propre voyage au Proche-Orient,dans un modeste village des Monts du Liban.Mais avant il lui faudra décider ou non de dévoiler la vérité apprise,avec de multiples risques. François Garde sait disséminer les petits cailloux sur une piste très littéraire et qui nous amène immanquablement à nous prendre au jeu.Parions quelques sols que vous aimerez Pour trois couronnes.

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16 octobre 2012

Alors la mer se calma

              Jean Epstein fut un cinéaste très novateur d'une approche qui annonçait le Néoréalisme.Le tempestaire, court métrage de 23 minutes est son dernier film,en 1947.Les plus connues de ses oeuvres sont plus anciennes et muettes,La chute de la maison Usher et Finis terrae datent toutes deux de 1928. Voir Onirique qui mal y pense.Une référence:l'un des salles de la Cinémathèque de Bercy a été nommée salle Jean Epstein.Il m'a semblé que ce film avait sa place dans le challenge plein d'entrain et plein d'embruns de Claudia.

armand seguin challenge breton

                  Près de vingt ans après Finis terrae Epstein, qui n'a guère été reconnu, revient à la Bretagne qui le passionne.Sur la côte bretonne, dans une chaumière, une jeune fille,au rouet avec sa grand-mère, est dans l'angoisse en entendant le vent. Son fiancé n'est-il pas au large, pour la pêche à la sardine? N'y tenant plus elle obtient de la vieille dame un conseil.Le tempestaire est une sorte de sorcier qui domine les éléments.Pourquoi pas? C'est une Bretagne rude de noir et de blanc,les grand-mères sont en deuil et les jeunes filles bien crédules.Belle-Ile en Mer n'est pas encore une annexe du RER avec son NGV. L'homme, Le père Floch, refuse car il ne veut pas d'histoire. Il finit toutefois par sortir une boule de cristal et calme la tempête. La bourrasque décline, le fiancé rentre au port.

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          Peu de personnages dans Le tempestaire.Et,on s'en doute,du côté des taiseux.Pas loquace,le fiancé,pas démonstratif.Le tempestaire en personne est plus proche du mur de pierres bretonnes que du sauveur.Et les gardiens de phare, quoique plus modernes dans leur tour de guet,n'ont guère de solution.Bien sûr tout finira bien,enfin pour cette fois.Mon antique cinéphilie maladive lorgne,et ça va de soi,vers le Visconti de La terra trema et le Flaherty de L'homme d'Aran.Flaherty Visconti,même combat.

       Quelques vieux marins scrutent l'horizon.D'autres tirent ou ravaudent leurs filets.Et la mer,toujours recommencée.Les rochers de Belle-Ile et les gerbes d'écume font un casting étincelant.Et encore une fois...un film de silence.Pas de verbiage,pas de leçon,la vie là-bas,à l'Ouest.

 

                                        

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04 août 2011

Ultime isole

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            On a certes beaucoup écrit à et sur Venise.Personne ne l'a fait comme Paolo Barbaro.Cet homme était ingénieur hydraulique,vénitien de toujours,auteur d'essais sur la construction des barrages.Plus de chroniques, récits,réflexions que de romans dans son oeuvre.J'avais lu il y a 10 ans Lunaisons vénitiennes dans la jolie collection Odyssées de 10/18.C'était une invitation à vivre douze mois dans une Venise insoupçonnée,proche du requiem mais aussi chatoyante des mille miroirs de cette anti-cité,pierres lumineuses et sensations méphitiques tout à la fois.Un chapitre en septembre s'appelait déjà Iles perdues. Barbaro ne nous emmène pas à la Douane de Mer ou à San Marco.Pas de soupirs des condamnés au Rialto et guère plus de gondoliers.La formation scientifique de Paolo Barbaro le conduit plus sur des sentes géographiques,géologiques,voire ichtyologiques.On peut être désarçonné par la prose de cet auteur original qui n'oublie pas cependant de parler des hommes et des femmes de ces lagunes,îlots,péninsules,le tout mouvant au possible.

   Le narrateur,et ce n'est nul autre que Paolo Barbaro en personne,ou tout comme, a pour tache dans les environs de Venise,années cinquante,et en tant que technicien,de remonter le niveau de certains îlots,de restaurer un phare, d'évaluer la pollution,et autres travaux.Ce qui est extraordinaire c'est l'osmose entre l'homme et le terrain si particulier de Venise.On ne sait plus où finit le solide et où commence le liquide. Barbaro connaît ça comme sa poche et nous y invite volontiers.C'est certes un peu surprenant et constellé de vocables véntiens.Mais on se laisse facilement embarquer et séduire par ces herbes folles et ces créatures mi-sirènes mi-femmes,on se laisse ensabler par ce récit qui frôle parfois des lisières fantastiques. Ce bel ouvrage mérite d'intégrer le rayon "insulaire" de toute bonne bibliothèque.Mais attention on s'y enfonce,s'y envase,s'y enterre si l'on n'y prend pas garde.La preuve:même mon illustration scannée flotte entre le visible et l'imaginaire.Sortilèges de la sérénissime,eaux douces,salées,saumâtres mais je n'ai pas trouvé plus stable.Qu'il est beau ce titre original,Ultime isole...

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