14 janvier 2016

Tout sur ma mère...

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                       ... a été dit fort justement par quelques-uns dont je partage les avis. Alors comme ça m'arrive de temps en temps je n'ai pas cru bon d'en rajouter. Je vous invite seulement à les consulter et à voir le film admirable de Nanni Moretti. C'est l'un de mes cinéastes favoris, plus que ça probablement. Vif succès en ciné-débat avec une belle audience. Paradoxalement peu de discussion, il fallait s'y attendre tant le film suscite d'empathie et de retenue. Mia Madre, en l'occurrence Nostra Madre rend plutôt réservé. Certains silences sont éloquents.

Avant la fin 1001 bobines

Mia Madre : le chant d’amour de Moretti à une mère Strum

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25 novembre 2015

Mon été avec le grand Will, scène 8

                                        Promis. Encore un billet la semaine prochaine et je ne vous embête plus avec mon copain Will. Jules César occupe une place un peu à part dans l'oeuvre de Shakespeare. Ni pièce historique (tous les rois d'Angleterre) ni tragédie HamMacOth (j'adopte parfois le langage geek) Jules César est toute entière centrée autour du climax du meurtre du consul, Jules n'ayant jamais été empereur. Peu de films vraiment axés sur la pièce, mais deux chefs-d'oeuvre qu'il m'a beaucoup plu d'évoquer devant mes élèves, les plus studieux qui soient.

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                                        1952, Joseph Mankiewicz réunit le très officiel acteur shakespearien John Gielgud, James Mason et leur adjoint à la stupéfaction générale Marlon Brando dont la toge en Marc-Antoine semble encore auréolée de la sueur de son tee-shirt dans Un tramway nommé désir. Mankiewicz refuse le spectacle, le peplum alors que triomphent La tunique ou Quo vadis. Le film Jules César magnifie le génie de Shakespeare sans grandes scènes de foule, juste les Romains devant le sénat lors des discours de Brutus et d'Antoine. Bien sûr on envisage la fameuse accusation de "théâtre filmé". D'abord pourquoi pas? Une pièce bien captée  peut valoir un film platement tourné. Et puis ce n'est pas vrai. Les ombres du verger des conjurés, les statues pontifiantes par exemple sont de belles idées de mise en scène. Et, morceau de bravoure, l'oraison funèbre de César prononcée par Antoine, douze minutes, est un régal de manipulation de l'auditoire servi par un Brando retors, cauteleux, démagogue de génie.

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                                         César doit mourir est une extraordinaire reconstruction d'une expérience ayant cours dans la prison romaine de Rebibbio. Les frères Taviani, octogénaires, bien délaissés depuis leurs chefs-d'oeuvre des années 70, frappent très fort à la Berlinale de 2012. L'Ours d'Or est attribué à ce film coup de poing, 1h15 au coeur et à l'estomac. La couleur très tranchée de la dernière scène de Jules César, représentation donnée par les condamnés longue peine, pas des voleurs de boosters, des durs, fait place après leur triomphe à leur retour en cellule. La vie continue, enfin la vie à Rebibbio. Retour au noir et blanc carcéral pour le casting, les répétitions de ce beau projet. Paolo et Vittorio ont retrouvé l'acuité de Padre Padrone ou de Saint Michel avait un coq.Les convicts s'investissent avec enthousiasme, s'accaparant les défroques de César, de Brutus, d'Antoine. Il y a même, oui, des sourires.

 

                         Quand sous l'oeil du génial duo et la plainte d'un saxo déchirant les taulards s'emparent de cet espace de liberté qu'est l'art, quand la fièvre du jeu, de la parole et la magnificence du texte déchirent les hauts murs de la périphérie romaine, on vit avec Cesare deve morire une expérience inoubliable, dirigée par le metteur en scène Fabio Cavalli. Et l'on a vu l'un des films les plus forts de ces dix dernières années. Cette totale congruence du théâtre relayée par un solide et bouleversant témoignage cinématographique semble héritée de Rossellini. On ne peut mieux dire. Nanni Moretti, autre grand ami, a permis la distribution de ce film. M'étonne pas de lui.

                    Dasola a vu César doit mourir à sa sortie: http://dasola.canalblog.com/archives/2012/10/12/25278828.html

 

 

28 avril 2014

Mon coming out

                                  Voilà, il faut que je vous le dise, je crois qu'en bon français de maintenant on appelle ça un coming out. Allez, vas-y ( je m'adresse à moi-même). C'est pas facile, vous savez. Bon, alors j'y vais. Je change de paragraphe et j'y vais.

                                  Vous m'imaginez sûrement, si vous avez un peu de temps à perdre, comme un fan de rock, de blues, de folk, qui a beaucoup traîné musicalement outre-Manche et outre-Atlantique. Toutes ces chroniques,ces riffs, ces "yeah" et ces "baby", ces comptoirs enfumés, ces semi-bouges de sueur, de bière et de blues (comme ceux qu'on rencontre souvent du côté de tiens, un exemple au hasard ,Le Ranch sans Nom), ces inconnus gratteux et ces routards attardés, vous pensez que c'est un peu moi, pas mal même. Et vous avez raison, mais cependant...mon coming out... Allez, j'y vais...Je sors du picard placard.

                                  Et bien voilà, allez courage, moi qui ne jure que par John Lee Hooker, Cash ou The Byrds, entre autres, moi qui hante la Route 66 sur ma vieille bécane hors d'âge (là, nous sommes au sens figuré,suivez), moi qui rêve du Fillmore ou du Grand Ole Opry, moi qui ai vu de mes yeux Hendrix (là, c'est vrai), moi qui, moi que, après m'être si longtemps tu, je ne peux garder le silence plus longtemps, au risque de ne plus pouvoir me regarder dans la glace (c'est superbe cette expression et original, hein?). Voilà, j'avoue, c'est vrai, le rocker blanchi sous le harnais a gardé une âme de "midinet" et j'adore les deux bluettes, les deux roucoulades suivantes. Je crois que dans le rocker sommeille toujours le romain et que la Harley n'a pas totalement supplanté la Vespa.

 

                                                      Bon, je me suis trouvé deux petites excuses de ciné-ritalophile. Dans le clip de Il mondo on voit une image de L'Aurore de Murnau, le plus beau film de l'histoire du cinéma. Et Ritornerai est utilisée, fort bien, par Nanni Moretti dans le très beau final du très beau film La messe est finie. J'espère que cela suffira à conserver à ce blog ses côtés sérieux,intellectuel et modeste.

 

 

 

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31 mai 2012

Rome vile mallette

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        Au début des années 90 deux films sortent en Italie.Bien que très ancrés dans leur époque tous deux portent un titre évocateur,Le porteur de serviette,Le voleur de savonnettes.La référence n'est pas écrasante, plutôt amicale.Je viens de revoir le premier,réalisé par Daniele Luchetti.La Sacher de Nanni Moretti,cinéaste cinéphile ce qui n'est pas si fréquent,l'a produit.Silvio Orlando joue Luciano modeste prof de lettres,un peu nègre de romancier, embauché comme plume pour les discours d'un jeune ministre aux dents longues,Nanni Moretti.Univers doré,belles femmes,voitures rutilantes,facilités de paiement,comment Luciano va-t-il évoluer,lui plutôt bien-pensant, entendez par là à peu près à gauche tendance Chianti?

      Silvio Orlando le Napolitain a tourné plusieurs fois sous la direction de Nanni Moretti.Même génération, Luchetti, Orlando, Moretti ont réussi une très bonne comédie "politique",sans lourdeur démonstrative et aérée par l'humour. Exemple: Luciano le pur finira par apprécier de pouvoir dévoiler les sujets du bac à ses anciens élèves.Ce film date des années pré-Berlusconi et sa portée peut se voir somme toute universelle.Ca c'est ce qu'on lit dans beaucoup de critiques.D'accord mais je préfère y voir un héritage des comédies italiennes de l'âge d'or,sans la truculence plébéienne parfois un peu artificielle,mais tout cela mâtiné d'un zeste de Francesco Rosi qui rigolerait avec la présence d'un Moretti qui réussissait il y a vingt ans à nous faire sourire de son personnage pourri et néanmoins humain.Tour de force qui ne s'est jamais démenti depuis,à mon avis.


Il portaborse, 3

            Après le joli conte voltairien Domani,domani (88),Le porteur de serviette ,présenté à Cannes en 91,devint un succès populaire relativement important.Daniele Luchetti n'encombra guère pour ça les écrans et depuis vingt ans,tout au moins en France,on n'a guère vu que Mon frère est fils unique et La nostra vita.Quant à Maurizio Nichetti,auteur du Voleur de savonnettes sur lequel j'espère revenir il semble que son dernier film remonte à 2001.Pour l'un comme pour l'autre je suis de ceux qui le regrettent.Quant au film qui inspira au moins leurs titres,Le voleur de bicyclette,il trône au panthéon depuis plus de six décennies.

Il viaggio

     

 

 

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11 novembre 2011

Mention mieux que papable

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          Je ne rate jamais un film de Nanni Moretti.Il y en a plusieurs que j'ai vus trois ou quatre fois.C'est un cinéaste dont je me sens proche.Quelques semaines après sa sortie voici ma chronique de Habemus papam,l'un des dix films environ que j'aurais vus cette année,films récents,j'entends,puisque comme vous le savez pour le cinéma je suis plutôt "patrimoine".Nullement un pamphlet anti Vatican, l'homme Moretti est plus intelligent,c'eût été si facile.J'ai lu quelques critiques peu enthousiastes.Moi je trouve à Habemus papam un bel élan d'humanité. J'y ai vu une institution pas  si sûre d'elle-même,des hommes en proie au questionnement, guère de caricature,un vieillard paniqué, un psychologue,double morettien depuis quelques années,somme toute plausible.

   Moretti oublie rarement d'être drôle et tendre.Et son pape élu en cavale n'est pas si loin de Don Giulio,le jeune prêtre de La messe est finie,l'un des plus beaux opus de Nanni Moretti.Souvenez-vous,à la fin Giulio part en Patagonie,est-ce une fuite ou un salut?Et cette Place Saint Pierre suspendue.J'aime aussi dans Habemus papam cette sorte de constat,que Rome sera toujours une ville un peu autre,un peu différente,avec cette présence d'une entité nulle part aussi mêlée à la vie de la Gente di Roma(film de Scola).Bien sûr on sourit beaucoup au film et la coupe du monde de volley-ball imaginée par Moretti avec ces pourpres cardinalices smashant à qui mieux mieux est bien sympathique.

        Le Cardinal Melville,Michel Piccoli surpris,inquiet,affolé,vibrant,terriblement humain,ne se sent pas les épaules pontificales.Pérégrinations dans Rome,trouille bleue,regrets du théâtre,sa vocation première.Même si les encens du Vatican abritent bien des conventions scéniques et que les fourberies comme partout y cotoient les dignités. N'osant chausser les souliers de Saint Pierre, Melville dans ce fameux cri presque expressionniste nous transporte dans l'aventure humaine d'un homme dont la complexité n'empêche pas l'humilité.Et si le personnage du psy,très morettien on l'a dit,semble un tantinet plus attendu,l'amico Nanni,pas forcément grand acteur,y apporte néanmoins toute sa vérité.Et la vérité du cinéma de Moretti est d'une très belle cohérence depuis Je suis un autarcique.J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur la plupart de  ses films.

  Beaucoup de blogueurs ont écrit sur Habemus papam et notamment l'ami lusitanien ,toujours très pertinent,un homme qui poste moins,mais mieux.Obrigado D&D.http://25images.over-blog.com/article-habemus-papam-de-nanni-moretti-ou-le-vatican-fantome-88472723.html

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22 janvier 2011

Moretti:le dévoilement

    

           La décennie 1990-2000 a vu Nanni Moretti ne réaliser que deux longs métrages,en fait un dyptique Journal intime et Aprile.Rarement cinéma n'aura été aussi narcissique et universel cependant.Depuis Palombella rossa Moretti est devenu producteur,la Sacher Film,du nom de sa célèbre pâtisserie préférée.Les autres jeunes cinéastes, Mazzacurati, Luchetti, Calopresti, peuvent compter sur lui.Un peu moins la France qui distribuera tout ça chichement.1993, le film "manuscrit" Caro diario est en fait composé de trois parties de 30 minutes dans lesquelles Moretti s'implique corps et âme,même si ses films-rôles antérieurs,du Michele de Bianca au Don Giulio de La messe est finie n'ont en fait été qu'une très longue introspection, toujours en cours depuis 35 ans.En vespa est une superbe virée en scooter dans une Rome quasi déserte ou Moretti donne libre cours à son amour pour la ville,peut-être un clin d'oeil à Fellini et à la cinéphilie,ce gravissime virus qui nous vaut un hilarant règlement de comptes avec un critique et une balade sur les plages où vécut et mourut Pasolini.

     Dans Les îles Moretti retrouve un ami dans l'archipel des Eoliennes.Il trouve dans l'insularité et dans l'éloignement motif à se colleter à ses thèmes de prédilection,le rôle aliénant de la télé,l'éducation des enfants,le portrait d'une génération alors quadragénaire.Comme toujours chez lui une certaine gravité souriante irradie le film.C'est qu'il n'a jamais été dupe de la relative réussite de son cinéma,ni de l'engagement,ni de sa propre position,une sorte de leader en Italie,qu'il n'a surtout acquis que dans les années 2000.Journal intime est un hymne à l'écrit au moins autant qu'au cinéma.le générique silencieux et écrit,les têtes de chapitre,les ordonnances.Moretti a écrit tous ses films,souvent seul.Et comme l'écrit Alexandre Tylski,de la revue Cadrage,on peut considérer Journal intime comme un générique entier,rejoignant l'étymologie avec une sorte de genèse retrouvée au contact des volcans,en une Méditerranée où naviguerait toujours Ulysse,d'îles en îles justement.

  Ce chapitre sur les îles Salina,Stromboli,ramène aussi aux ancêtres,Rossellini bien sûr,mais aussi de façon très drôle et à travers les tyrannies téléphoniques des enfants à un certain manque de communication,celui d'Antonioni dont le film le plus célèbre, L'Avventura,se déroule lui aussi dans une île.

   La troisième partie de Journal intime est évidemment encore plus personnelle.Woody Allen à qui Moretti fut souvent comparé pointe un peu ses lunettes mais l'hypocondrie allénienne légendaire est battue en brèche par la réalité morettienne puisque Nanni a vraiment vécu les affres du cancer et les rebonds de spécialiste en spécialiste,ici nommés le premier dermatologue,le deuxième dermatologue,le troisième dermatologue,le prince (?) des dermatologues,le remplaçant du prince des dermatologues.C'est en se penchant sur lui-même,de façon épidermique,c'est le cas de le dire,que Moretti touche à son pays,intégralement,le radiographiant tout comme son propre corps dans le scanner.C'est bouleversant,caustique et hilarant.Peu,très peu de cinéastes en disent autant.

    Aprile en un sens va plus loin encore puisque Moretti endosse ici son engagement politique au même titre que son travail de cinéaste et finit par les mêler à sa propre existence et notamment à la naissance de son fils Pietro.Tant et si bien qu'on ne sait plus ce qui incombe à la fiction et au document et c'est en cela qu'Aprile est une grande réussite. Commencé avec la défaite de la gauche en 1994 et la première victoire de Berlusconi,devant la télé,avec sa mère,la vraie, le film embraie ensuite avec l'arrogance d'un journaliste français et cette impression de mouvement,cette impression de mise en marche,ce sentiment d'éveil qui constellent Aprile au long d'une balade à l'italienne sur ces deux ou trois ans de vie politique et privée.

               La désormais célèbre scène où Moretti jouant Moretti récite une surréaliste liste de publications qu'il achète afin d'en faire un mur,non,une couverture voire un linceul,se déguste toujours avec délectation.Cette démarche citoyenne,mais je déteste ce que l'on  a fait de ce mot,se mélange avec les interrogations sur le prénom de son enfant,partagées avec sa compagne,et entrecoupées d'appels téléphoniques souvent en lien avec le cinéma.Père et fils dans le miroir,ceci après le départ de Silvio et les cris de victoire de Nanni,pour la naissance de Pietro plus peut-être que pour le succès de la gauche,nous emmènent vers la fin du film,en vespa,cela va de soi.

            La conclusion d'Aprile,un brin traumatisante,joue du temps qui passe,qui a passé.Il est vraiment plus que temps de réaliser cette comédie musicale toujours remise au lendemain,sur la vie d'un pâtissier trotskiste incarné par Silvio (Orlando évidemment,pas l'autre).

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16 décembre 2010

Grand autel

   

   Deuxième volet de ce que je considère comme un admirable dyptique (après Bianca) La messe est finie date de 1985.Don Giulio,jeune prêtre plutôt traditionnel,pas traditionnaliste pour autant,quitte sa paroisse du Sud pour une modeste banlieue romaine,bien éloignée du Vatican.Giulio a bien des traits communs avec Michele l'étudiant de Je suis un autarcique et Ecce bombo,le cinéaste de Sogni d'oro et surtout le professeur assassin de Bianca.Dostoievskien comme c'est pas permis Don Giulio,épris de pureté,est le frère du Michele de Bianca,presque un jumeau.Si Michele avait l'obsession d'une pureté,la rigueur idéologique (se rappeler notamment la première scène de Bianca où il met le feu pour désinfecter  la salle de bains) Giulio,lui,c'est institutionnellement qu'il est amené à s'occuper des problèmes d'autrui.Ce devoir de s'immiscer,le jeune prêtre s'y applique, avec toute sa rigidité,ses bases de moralité et d'absolu.Mais le chemin de Don Giulio n'est pas si éloigné de celui de Nazarin de Luis Bunuel,quoique sur un ton tout de même infiniment plus familier.Mais au contact,rude,de sa famille,de  ses fidèles,de ses amis de jeunesse qu'il a retrouvées à Rome,Giulio sera conduit,subrepticement grace à l'épatant scénario de Moretti et Sandro Petraglia,à accepter au moins partiellement les autres dans leur réalité.

   Quelle est-elle,cette réalité?Ses vieux amis de jeunesse ,l'un ayant flirté avec le terrorisme des années de plomb,un autre reclus et désocialisé,un troisième illuminé ne lui sont d'aucun secours.Son prédecesseur en cette pauvre paroisse,défroqué se pâme d'admiration devant son gamin.Sa famille se fêle avant de se fracturer, séparation,suicide,avortement.Tout cela est bien lourd pour le jeune prêtre en quête d'une éthique et d'une perfection qu'il va devoir apprendre à amender.Et l'enseignement de Don Giulio,cette utopie comportementale,sera bousculé par le récit qui s'charnera à détruire ses certitudes.

     On retrouve la chanson,la danse,le ballon,ces madeleines délicieuses qui ponctuent le cinéma de Nanni Moretti.Et l'on comprend que si Moretti n'est ni Michele Apicella,ni Don Giulio,il est un peu tous les autres personnages,chacun suivant son chemin malaisé,mécompris des autres et bien peu en paix avec lui-même.Non exempt d'une certaine brutalité,comme la vie,voir l'ahurissante "noyade" de Giulio,La messe est finie se termine avec le départ de Don Giulio por un pays où le vent rend fou,mais surtout avec ce sourire inoubliable du jeune prêtre dont l'impuissance va de pair avec l'espoir de l'aube malgré tout,et et avec la dernière danse dans l'église sur l'air de Ritornerai.Bouleversant oeuvre d'un cinéaste encore très jeune La messe est finie me touche comme il ya 25 ans.

http://www.youtube.com/watch?v=WUBZb0ynkqY  Andate in pace con Ritornerai

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08 août 2010

Je suis un morettiste

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        Premier film de Nanni Moretti,en des conditions rudimentaires de super 8 et de budget famélique,Je suis un autarcique s'avère déjà passionnant tant le personnage,toujours très proche de Moretti lui-même,et ses acolytes savent nous ramener à leurs obsessions de fin seventies,et plus encore de début de la fin de leur jeunesse.Et ça c'est universel.Bien sûr tout ça est pas mal bricolé,ou mis en scène comme bricolé parfois,mais j'ai marché,j'ai suivi les premiers pas de Moretti avec ce film que je n'avais jamais vu.Michele Apicella et ses amis,peu laborieux,rêveurs de lendemains qui chantent,quelle idée,détracteurs du cinéma d'avant,comme tout le monde,n'est-ce pas la Nouvelle Vague,"donnent" dans le théâtre d'avant-garde.Ca vous pose un homme,ça.Ca vous pose surtout un groupe,mi TNP grande époque mi Pieds Nickelés.Ou 20% TNP 80% Pieds Nickelés.Il faut vous dire que j'adore les Pieds Nickelés,bien oubliés des bédéphiles à propos.J'ai noté une citation extraordinaire d'un critique théâtral dans le film;"Le cinéma meurt, seul le théâtre dessine encore des hyéroglyphes signifiants".Cette phrase est merveilleuse...

   Encore quelques hyéroglyphes signifiants dans cette chronique si vous l'acceptez.Peu de vie de famille dans Je suis un autarcique,cela ressemblerait à des histoires de fratries ou de mères siciliennes,de ce cinéma maudit sur lequel Nanni Moretti,homme que je tiens d'une haute intelligence,pas si fréquent au cinéma,a bien sûr changé d'avis.Dans les bonus on le  voit d'ailleurs se chamaillant avec Mario Monicelli.Comme si Nanni n'était pas à la fois le dynamiteur et le continuateur de ces généraux sublimes,Roberto, Vittorio, Luchino, Federico, Michelangelo mais aussi Mario, Luigi, Dino,Francesco, Pietro, Mauro, Valerio....Comme si l'oeuvre totale de Nanni Moretti ne s'inscrivait pas parfaitement dans l'immense cohérence du plus beau cinéma du monde.

   Moretti a un peu la main lourde sur ce théâtre contemporain.En cela il n'est pas si loin de cette comédie italienne.Il ne sera pas si loin non plus de Fellini dans Aprile,de Rosi dans Le caïman.Voir Je suis un autarcique plus de 30 ans après permet d'apprécier le cheminement de ce créateur assez peu prolixe,mais qui ne craint pas d'aborder le cinéma dans toute son envergure depuis la blague potache jusqu'au drame familial,et ce en toute italianité,ce qui ne peut que me séduire.Voir l'avis de Ed Nanni Moretti (coffret dvd : les premiers films)

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18 juin 2010

Les jeunes années de Nanni

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        Ecce bombo n'est que le deuxième film de Nanni Moretti,1978.Et déjà s'affirme l'importance d'un cinéaste nouveau.Auteur complet,acteur,Moretti s'immerge à fond,de sa veine autobiographique qui constitue tout son cinéma.Les tribulations de ce groupe d'étudiants un peu tardifs,sur fond de sensibilité de gauche,mais toujours à l'italienne,infiniment plus fine qu'il n'y paraît et surtout que le cinéma français,m'ont parfois semblé assez proches des élucubrations des Vitelloni,Fellini 1953.Plus intellectualisé certes,plus cadré politiquement,mais avec le même amour des personnages.Michele a du mal à avec sa vie d'adulte,parfois infantile et souffrant un peu du syndrome de Tanguy.Vaguement dépressif et frustré il se comporte comme un tyran notamment envers ss soeur.Et puis surtout Michele-Nanni parle.Mais alors il parle...

    Avec quelques amis nantis d'une conscience politique un peu élastique il devise,il cause,il pérore,il la ramène.Et de refaire le monde,de groupes de paroles en radios libres.Nanni Moretti au long de sa filmo aura souvent parlé de lui,mais sans jamais devenir l'histrion que l'on aurait pu craindre.C'est que manifestement ce cinéaste manie l'intelligence du propos et la tendresse du regard,comme un sportif doué dans une piscine de water-polo.Ce sera plus marquant encore dans ses films ultérieurs,Palombella Rossa,Bianca,La messe est finie sur lesquels nous reviendrons.Dans ce beau coffret DVD Moretti,interrogé sur Ecce bombo, revient sur la genèse du film,l'autoconscience,spécialité morettienne relayant la conscience politique vacillante à juste titre,et ce n'en est que plus ambigu,plus intéressant.Son direct,retour à un certain classicisme sociétal (on est en présence d'une jeunesse bourgeoise et romaine),emploi de certains non-professionnels dont le propre père de Nanni Moretti,donnent à Ecce bombo une jolie brise d'authenticité.Moretti,pas toujours très disert,n'a tourné que dix films en 34 ans.Aucun n'est à négliger.L'ami Ed est d'accord:Nanni Moretti (coffret dvd : les premiers films)

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