03 janvier 2017

En passant, pourquoi pas?

Tarcy

                                 Ne boudons pas notre plaisir car notre plaisir n'est pas si fréquent. Une amie de rando m'a prêté deux livres. L'un, le dernier de Bernard Werber, sans intérêt malgré mon grand intérêt pour les chats. L'autre, hyperclassique dans sa forme, bien agréable. L'innocence (Burning bright en V.O.), de Tracy Chevalier (La jeune fille à la perle), conte l'arrivée à Londres d'une modeste famille de menuisiers du Dorset. 1792, des idées nouvelles arrivent de la France où ça bouge pas mal. Les deux adolescents Kellaway vont découvrir la plus grande ville du monde, ses vertiges et ses dangers. Leurs aventures sont assez attendues, les personnages les plus intéressants étant le poète graveur épris de liberté William Blake et Philip Astley, patron de cirque, une sorte de magnat du show-business de ces temps-là.

                                Grace à ces deux, en quelque sorte "précurseurs" tant des idées que du spectacle, L'innocence prend un certain relief et lorgne vraisemblablement vers une suite, peut-être déjà publiée, je ne sais. Et là, ce faisant, ou ce écrivant, je m'aperçois que je n'ai rien de plus  à dire. Ce fut donc une lecture plaisante, un roman sur fond historique, où l'on ne voit pas le temps passer, j'oserai dire "glissament" car j'adore inventer des adverbes. Et puis on se dit qu'on n'aurait pas perdu grand-chose à l'ignorer. Et lire plus viscéral. Mais bref, pas si mal, et surtout pas si nécessaire. Je sais, ce sont des réflexions du temps qui presse un peu.

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16 novembre 2016

Huis clos + Chaos = K.O.

AFFICHECLASH

                             1h30 dans le panier à salade dans les rue du Caire en été 2013, c'est là que Mohamed Diab nous enferme dans ce huis clos envahi par le chaos. Alors là, pesons nos mots. C'est ce que j'ai tenté de faire hier en présentant Clash. Après la révolution de 2011 qui déposa Moubarak l'Egypte se débarrasse de Morsi, président élu et membre des Frères Musulmans, en une (contre) révolution, ça c'est selon le camp qu'on choisit. Manifestations monstres des partisans de Morsi, répression, cycle habituel et pas seulement égyptien. Sauf que la plupart des Egyptiens voudraient simplement tenter de vivre.

                            On sort de Clash, épuisé, exsangue,comme les 25 occupants du fourgon, dont assez vite on ne sait plus de qui ils sont sympthisants ou partisans. L'Absurdie, ce pays de partout, occupe manifestement l'Egypte contemporaine. Si le huis clos si bien maîtrisé par Mohamed Diab semble nous inclure et nous éprouver dans ces quelques mètres carrés de tôle corsetée le chaos urbain, lui, nous tombe sur la tête, assourdissant vacarme zébré de très pénibles lasers verts. On ne voit pourtant rien de l'immense métropole ingérable qu'est devenue Le Caire. A travers les barreaux, simplement, vociférations et invectives. Là un militaire s'écroule. Là-haut un sniper dévisse de sa terrasse. La guerre, civile, appelle-t-on ça. Cette vision comme quadrillée accentue la sensation d'enfermement et l'incompréhension. Voire la stupéfaction. Comment en est-on arrivé là?

                          Les gens ont plutôt aimé le film, très épuisant malgré tout. Malgré une relative accalmie à la faveur de la toute aussi relative fraîcheur de la nuit, où les gens se parlent, voire s'entr'aident. J'ai d'ailleurs peiné à le croire.Mohamed Diab, peu prophète en son pays, a divisé la critique là-bas, en défavorables et en mécontents. Chacun trouvant son camp maltraité. Une chose reste évidente: les printemps arabes restent suspendus à un avenir pour le moins aléatoire. C'est peu dire.

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03 mai 2015

La tête des autres

peuple

                                Auteur jeune, François-Henri Désérable  a choisi pour ce recueil une héroïne heureusement démodée mais qui eut ses heures de gloire, la veuve de Saint Pierre, la Louisette, le rasoir national. Mais j'ai un faible pour la moins connue abbaye de monte-à-regret. Au générique de cet article ce sera donc starring la Guillotine. Dix textes, j'hésite à dire nouvelles, qui nous replongent dans la Terreur, cette époque bénie où tel qui décapitait vendredi pouvait perdre la tête dimanche. Et tout ça est très finement raconté avec humour et réflexion. Souvent à travers les souvenirs d'un gardien de prison ou de différents témoins on revit ainsi les derniers instants de célébrités, à commencer par l'Autrichienne.

                              Le titre du livre est la dernière phrase prononcée par Danton lui-même. Danton narre ainsi en personne ses heures ultimes. On sait le tempérament jouisseur de cet homme et son opposition à l'autre, le poudré, le rigide. La truculence est donc bien là dans les adieux de Danton et Désérable y fait merveille, "Les cuisses des femmes me guillotineraient, le mont de Vénus serait ma Roche Tarpéienne". Mais ne nous y trompons pas, toute la hideur de l'institution capitale parcourt le livre.

                             Le plus grand esprit français du siècle dernier évoque la haute figure du savant Lavoisier. C'est génial. "Devant l'échafaud il continua de lire jusqu'à ce que son nom fût appelé. Alors il sortit de sa poche un signet, le plaça à la page où il avait arrêté sa lecture et, sans prononcer une parole, posa sa tête sur le billot". Le grand chimiste aurait pu tenir un blog littéraire.

                             Mais tous les épisodes de Tu montreras ma tête au peuple valent le détour. Les confidences du petit-fils de Sanson, Sanson, exécuteur de son état dont le descendant n'hésite pas à louer le sens de l'humain, "On a beau dire, répétait souvent mon grand-père, la guillotine est une grande avancée". Le chagrin de Marie-Joseph Chénier, culpabilisant de la mort de son frère André. Les pages Marie-Antoinette, consacrée à la gorge ex-royale, et à Charlotte la jolie normande marassassine. Ce livre de François-Henri Désérable, qui devrait se méfier, avec ses prénoms très Ancien Régime, est passionnant, pas seulement pour qui aime l'Histoire, mais aussi pour le courage et la classe de certains condamnés, leur drôlerie parfois, leur pathétique parfaitement mis en scène, de façon très concrète par l'auteur né en 87, très prometteur. Il est vrai qu'il est picard, comme moi...Et hockeyeur professionnel, comme moi. Non, pas comme moi.

 

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27 septembre 2014

En territoire bien connu

Mmasse critique

 

 

 

 

                                                                                     Tout d'abord je remercie  Babelio et les éditions Presses de la Cité, Terres de France, de m'avoir fait gracieusement parvenir, dans le cadre de l'opération « Masse critique », le tout récent roman de Nathalie de Broc. J'ai cependant eu tort de m'engager cette fois. Mais Et toujours ces ombres sur le fleuve..., par ailleurs sérieusement documenté, ce qui est un bon point, appartient au roman historique, genre dont je ne suis plus très friand, en ayant lu trop peut-être. Bien évidemment rien de déshonorant dans ce livre et je serais fort mal venu de donner des leçons. Mais ce livre aurait gagné à mon sens à être un peu plus long plutôt que de mettre en place dès le début une dramaturgie hyperclassique, du traumatisme de l'enfance à la vengeance programmée, mais qui prendra du temps et se fourvoiera au long d'au moins une ou deux suites un peu trop évidentes.

 9782258093270

                                                      On connait les ressorts du roman historique depuis longtemps mais sans remonter à Dumas on peut évoquer les héroînes un peu fondatrices d'écrivains contemporains, j'ai nommé Caroline chérie et Angélique,Marquise des Anges. Il y en a bien d'autres.Points de repère: une époque précise, génératrice de conflits et de changements, c'est à dire presque n'importe quand, un héros voire plutôt une héroïne, d'abord victime puis vengeresse, des rebondissements, un bon qui s'avère ignoble ou un salaud qui en fait combat l'injustice, etc... Et surtout un territoire, un terroir, une ville, un fleuve, qui permet l'identification quand bien même on n'aurait jamais mis les pieds là-bas.

                                                      Nathalie de Broc nous entraîne sur les pavés de Nantes, la Loire, négrière, et assassine en cette fin de XVIII° siècle, les beaux hôtels particuliers et les bouges du port, tout ça à peu près interchangable. La Révolution est en marche et sur l'estuaire ligérien le sinistre Carrier célèbre ses mariages républicains, c'est à dire ses noyades par couples. Les parents de Lucile sont du lot et elle-même n'y échappe que par miracle. 1793, à douze ans, Lucile devient Albane et trouve refuge parmi les voleurs, un peu sa nouvelle famille. L'histoire n'est pas finie mais ce volume ne nous mène qu'à ses dix-sept ans, ce qui augure de nouvelles livraisons pour lesquelles je ne m'inscrirai pas.

                                                     On apprend pas mal de choses sur la ville de Nantes, les bords de l'Erdre et les navires en partance, aussi sur les maisons closes, un passage ultraclassique dans le roman historique dont le personnage principal est féminin,en général sauvé avant "consommation" si je peux me permettre. Ce qui m'a le plus amusé c'est quelques injures d'époque, car pour le coup, là, on peut dire que c'était mieux avant. "Jean-fesse, valet de toupie, bougre de groin,savon à culotte", il me semble que j'aimerais bien être insulté ainsi. Trêve de billevesées Et toujours ces ombres sur le fleuve... (le titre même semble avoir été soigneusement décidé) ne m'a pas vraiment intéressé mais libre à chacun d'espérer la suite des aventures de Lucile de Neyrac, forcément attendues dans les deux sens du terme.

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