26 août 2013

Ol' Man River, de boue et de sang

 missi

                             Voilà un roman de type plutôt traditionnel qui a obtenu un vif succès en Amérique.Avec Hillary Jordan on retrouve le Sud,celui d'Erskine Caldwell bien que la vie évoquée soit ici un peu plus tardive. Sans la truculence paillarde du Petit arpent du bon Dieu ou de La route au tabac. Mais avec autant de racisme, de violence et de boue. Le titre original Mudbound est à ce titre plus explicite. Henry et Laura cultivent une petite ferme dans le Mississippi. Autour d'eux une famille de métayers noirs, les Jackson dont le fils Ronsel vient de rentrer de la guerre en Europe ainsi que Jamie, le frère de Henry,de presque vingt ans plus jeune,plus jeune d'une guerre on va dire.Et puis Pappy,leur père qui vit dans la très modeste maison,vieux grigou adepte du Klan.Et un monde souvent féroce pour les noirs dans ce Sud peu enclin au mélange des genres, féroce aussi pour ceux qui ne détestent pas assez les descendants d'esclaves.

                      Mississippi, classiquement, donne la parole alternativement aux principaux protagonistes. On a souvent vu ça. L'histoire se déroule, un peu trop attendue cependant, vers le drame inévitable, sans forcément trop de vraisemblance.Les retours de guerre sont difficiles,ça aussi c'est un passage à peu près obligé dans ces romans américains ruraux où la réadaptation est chose presque impossible. La traduction fait parler les noirs petit nègre. Je n'ai jamais aimé ça bien que ça soit logique dans ce type de récit .Ces inconvénients n'empêchent pas une histoire rondement menée à laquelle on peut prendre plaisir. Pourtant il me semble que Gérard Collard, le célèbre libraire qui donne son avis un peu partout et n'exprime que lui-même, il faut le dire et le redire, s'enflamme un peu beaucoup tout comme les jurys littéraires américains quand ils parlent d'un des romans de la décennie. Je n'irai pas si loin et Dédale de Biblioblog, lui ,va encore moins loin.

Robert Johnson - Dead Shrimp Blues

                          Dernière perfidie de ma part envers ce livre qui m'a pourtant plu mais ne laissera guère de traces:pour la vie dans le Delta n'importe quel vieux blues m'en conte beaucoup plus en trois minutes. Par exemple Robert Johnson avec ce Blues de la crevette morte.

http://www.biblioblog.fr/post/2010/08/02/Mississippi-Hillary-Jordan

Posté par EEGUAB à 07:22 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


20 août 2013

Sortilèges de la maison Haasse

la-source-cachee-197171-250-400

                 Avec l'amie Valentyne chevauchant La jument verte de Val nous nous sommes abreuvés à cette Source cachée de la grande Hella S. Haasse,un livre qu'elle publia aux Pays-Bas en 1950.Petit bouquin de 140 pages, La source cachée s'avère bien cachée,un peu trop à mon gré.Il faut pas mal s'accrocher aux broussailles,s'investir dans les sentiers,se perdre dans des fragrances qui semblent parfois trop exotiques.Mais ça n'est pas sans beauté.L'héroïne de La source cachée est la maison Breskel, au coeur des bois et devant laquelle Jurjen, convalescent, tombe,en extase, presque en pamoison, alors que l'heure est à la liquidation de cette propriété familiale.Se replongeant dans les arcanes de la belle bâtisse secrète et ignorée, il va chercher à percer le mystère d'Eline, mère de sa femme Rina et disparue depuis l'enfance de cette dernière.

               La première partie est un long poème, une ovation à cette maison, écrite de manière sensuelle et tellurique, sacrée et onirique. Manifestement du beau travail d'écrivain mais j'en ai trouvé l'homme absent en quelque sorte. Ou tout au moins un peu éloigné. Et si Hella Haasse, très haute figure de la femme en littérature, avait composé ces lignes superbes en faisant de la maison Breskel une femme, susceptible d'impressionner, certes un homme, Jurjen, en fragilité et mal dans sa vie, mais,plus encore les femmes en général. Je n'ai jamais écrit cela d'aucun autre roman mais je vois La source cachée, romanesque à souhait mais aussi déterminé,comme une oeuvre maîtresse dans les deux sens du terme,où le rôle de la femme est absolument majeur y compris du côté lectorat.

             Le seconde partie,pour moi,se perd un peu dans les méandres des papiers de famille, des documents divers que retrouve Jurjen et parmi lesquels  j'ai été aussi à l'aise que dans la salle des archives d'un notaire. Sauf pour les dessins sauvés du bûcher et qui conduiront cet homme à une étrange communion-communication avec cette femme inconnue. J'ai cru comprendre que Jurjen cherchait par là même à se réinventer,par ces souvenirs qui ne sont pas les siens, voire à repenser sa vie de couple avec Rina. Cela m'a semblé manquer un peu de simplicité.

              Pourtant il y a bien eu pour moi un sort jeté par la maison Breskel,très différent.Ne l'ayant pas trouvé je l'ai commandé par la toile.On m'a envoyé par erreur un livre pour enfants.J'ai contesté et ai commandé ailleurs,d'occasion,ça m'arrive et je n'avais pas à m'en plaindre à ce jour.Mais les petits bouquins vieillissent mal et La source cachée m'est arrivé tout dépareillé. Troisième coup du sort ,plus grave, je m'y suis trouvé certes au bord de la fontaine d'Aréthuse ,mais parfois sur les rives du fleuve ennui ,fleuve côtier puisqu'assez court mais somme toute décevant.Quel sera l'avis de Valentyne?Un autre mystère mais celui-là devrait s'éclaircir vite.

Posté par EEGUAB à 07:16 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,

17 août 2013

Bis repetita gaelica mea culpa

9782070452620

                          D'Irlande en livres je suis très rarement revenu déçu. Ce n'est pas encore pour cette fois. Dermot Bolger, l'un des plus connus auteurs de l'île, revient avec Une seconde vie sur les noirceurs de cette île,qu'on connait maintenant,notamment depuis le film The Magdalene Sisters. Sean Blake, photographe, cliniquement mort,survivra à son accident de voiture.Mais il n'est plus le même et se met en quête de retrouver sa mère biologique,l'une des si nombreuses filles mères au destin misérable d'humiliation.Pourtant on ne retourne pas cette gangue de silences et de boue sans risque.Mais Une seconde vie est aussi une curiosité littéraire.Il s'agit d'une deuxième version d'un livre publié en 94 sous le titre Le ventre de l'ange.Mais voilà,ce pays a quand même évolué et Dermot Bolger a complètement réécrit son récit en 2010.C'est somme toute une bonne nouvelle pour les irlandophiles dont je suis.

                       Il s'appelait Francis,sa mère,Lizzy,l'avait appelé ainsi avant de le laisser aux soeurs de si sinistre mémoire.Le roman explore aussi bien la quête de Sean,maintenant père de famille,sur les traces de celle qui l'a abandonné en une époque où il était presque impossible de faire autrement pour une jeune fille "fautive",que les derniers mois de sa mère biologique,qui a vécu l'exil en Angleterre,trois autres enfants,des filles,mais qui n'a jamais totalement assumé ce passé si lourd.Dieu (mais où était-il?),comme la vie était dure! A propos, l'Irlande de maintenant c'est pas encore tout à fait ça.Bref, j'ai lu des critiques assez mauvaises sur Une seconde vie,accusé d'une certaine mièvrerie clichetonneuse.Ce n'est absolument pas mon avis.

                       Dermot Bolger n'oublie pas le thème résurgent de l'adoption et trace le portrait de parents de substitution de bonne volonté, de braves gens qui, comme beaucoup, ont fait de leur mieux. La dualité de Sean/Francis se ressent douloureusement mais le chemin finira par s'éclaircir.On peut reprocher une sorte de" catalogue irlandais", football, pubs, oncle prêtre douteux, forcément douteux. D'accord. Il n'en reste pas moins qu' Une seconde vie est un roman qui colle à cette Irlande où la musique, la bière et la foi ont parfois couvert le pire.Pas toujours.Et un peu moins maintenant.

                       

Posté par EEGUAB à 06:57 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,

06 août 2013

Atout Coeur

imagesCA932CDY

                                     Vraiment une réussite que ce grand Coeur,bien au delà du roman historique classique, ou de la bio romancée bien agréable. Jean-Christophe Rufin, académicien toubib diplomate marcheur, rien là-dedans de déshonorant, nous immerge dans cette époque charnière si prometteuse après les interminables conflits de la Guerre de Cent Ans. Absolument passionnant.Foin d'Anglois boutés hors de France,c'est l'Italie et ses richesses qui vont changer la France et l'Europe. Le modeste fils de fourreur au nom inoubliable va devenir en quelques dizaines d'années un précurseur,un visionnaire en matière d'échanges et d'économie,alors même que la France sort exsangue du Moyen Age. De l'avènement et de la grandeur du bourgeois en quelque sorte,j'y reviendrai. Avant maudissons la langue française qui a presque fait de ce vocable une injure en ne retenant que le moins bon de ce nouveau venu sur la scène sociale et politique.

                              Jacques Coeur, compatriote berruyer de Jean-Christophe Rufin, est d'origine assez modeste (pas si modeste que ça selon certains historiens, peu importe) et de prestance très moyenne. Mais cet homme a de l'énergie à (re)vendre. Son histoire nous est contée sérieusement, sans grande fantaisie, mais l'auteur a parfaitement su éclairer la profondeur de cet homme et surtout ses dons de précurseur,presque de visionnaire quant à l'avenir d'un pays,le Royaume de France, dont le souverain Charles VII est surnommé le petit roi de Bourges. Coeur fut l'un des premiers en Occident a compris l'attrait de l'Orient pas seulement celui de Jérusalem.Il a compris aussi que l'ère du pré carré est appelée à disparaître.

                              Monnayeur ,commerçant, banquier, financier, armateur, à la tête aussi bien d'une gigantesque entreprise privée  que de la maison France sur le plan économie, Jacques Coeur dont l'intelligence en affaires se double d'une grande clairvoyance quant à ses collaborateurs,connaîtra des triomphes,puis la disgrace,la prison et la torture,puis l'évasion et la mort en grec exil. Cependant il aura eu le temps de restaurer l'autorité du roi et de lancer les prémices du mécénat,de la libre circulation des biens,du commerce moderne. Rufin est un écrivain que je n'avais pas lu et j'ai beaucoup aimé la justesse de ce portrait d'un homme en avance. On sait qu'il n'est pas confortable d'avoir raison trop tôt. Le grand Coeur s'honore aussi de fouiller les personnages de Charles VII et Agnès Sorel, première maîtresse officielle de l'Histoire de France, autrement que comme le prince chétif qui devait tout à Jeanne d'Arc et la courtisane sans vergogne avide de puissance

5471980725_655ab023b5_b

.                                Un beau roman, suffisament ample mais introspectif,assez pour que l'on regarde à Bourges, le fameux Palais Jacques Coeur ,à deux visages,l'un médiéval l'autre renaissance,superbe bâtisse qu'il n'eut pas le temps d'habiter, comme le témoignage d'un homme d'une grande complexité comme il y en eut peu dans l'Histoire. On a longtemps fait de Jacques Coeur un symbole de bourgeois.Je hais ces approximations. Admettons le toutefois comme un bourgeois, certes, mais alors très éclairé. Des comme ça,j'en redemande.

                 

Posté par EEGUAB à 19:07 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , ,

30 juillet 2013

Scènes de la vie de Bohème

 7474_aj_m_4965

                              Athalie A les lire  m'avait rappelé ce livre dont je ne connaissais que le nom,et vaguement cette notion d'humour tchèque déjà rencontré chez Bohumil Hrabal et chez certains cinéastes.Jiri Weil,juif tchèque,sait ce dont il parle:les prémices de l'horreur,déjà une horreur en soi.Si le ridicule avait tué le monde aurait échappé à bien des carnages.Car c'est avec le sens de l'absurde et un humour solide que Jiri Weil nous balade dans la Prague de 1942.L'épisode historique est connu, notamment grâce aux films de Fritz Lang, Les bourreaux meurent aussi, et de Douglas Sirk, Hitler's madman. Heydrich, sympathique Reichsprotector adjoint en Bohème-Moravie,est assassiné et c'est un enchaînement de répressions qui s'abat sur la Tchécoslovaquie. Attention,Heydrich n'était pas un second couteau,fût-il long. Ses ambitions étaient grandes et il fut l'un des plus méthodiques instigateurs de la Shoah.La mort de Heydrich n'est qu'un catalyseur dans Mendelssohn est sur le toit.L'important du roman est ailleurs.

                        Deux modestes fonctionnaires sont réquisitionnés pour enlever la statue de Mendelssohn du toit du Palais des Arts.On ne va quand même pas laisser ce compositeur d'origine juive parader dans la nouvelle Prague.Seul souci,aucun nom marqué,comment reconnaître l'auteur du Songe d'une nuit d'été? Au nez,pardi! Oui mais le nez le plus sémite,sur ce foutu toit,semble être celui de Wagner.Je vous laisse imaginer la théorie des dominos pour trouver un responsable et c'est toute la grandeur de l'écrivain Jiri Weil de nous donner à voir par le petit bout de la lorgnette les facultés d'adaptation de tout ce petit monde pour,un,ne pas trop se faire repérer,deux,sauver sa peau,objectif somme toute relativement compréhensible.

                      Donc,et Athalie le note très justement,pas forcément de grandes bassesses chez tous ces gens,mais des faiblesses,des accommodements. Et nous,qu'aurions-nous fait? Ballade du dérisoire et de l'absurde,à la lisière de la tragédie imminente et toute proche,à Theresienstadt par exemple,où mourut  Desnos ("Je pense à toi Robert qui partis de Compiègne" *),  Mendelssohn est sur le toit  jongle avec la drôlerie pour mieux désespérer.A Prague pour cela on en connait un rayon, de Franz Kafka au brave soldat Chveik,en passant par Ian Palach en ce printemps raté de 68.

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2013/07/06/mendelson-est-sur-le-toit-jiri-weil.html

* Robert le Diable,poème de Louis Aragon,mis en musique par Jean Ferrat

 

Posté par EEGUAB à 07:08 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


16 juillet 2013

Heurts du thé

     

    th_

                       Les couvertures sont parfois trompeuses.Ne dirait-on pas que Les seigneurs du thé est un magnifique roman d'une collection fleur bleue? A propos et en aparté lire "fleur bleue" c'est encore lire.La grande romancière néerlandaise Hella Haasse,plusieurs fois favorite du Nobel et souvent évoquée comme une Yourcenar batave,m'avait convaincu de la classer dans mes écrivains de référence avec un seul livre lu,mais quel livre, En la forêt de Longue Attente.Ce livre phare date de 1949 mais ne fut traduit en français qu'en 91.C'est bien plus tard dans sa longue vie que Madame Haasse a publié, en 1992, Les seigneurs du thé,beau roman dans le cadre colonial des Indes Néerlandaises,actuelle Indonésie,quatrième plus grand pays au monde.Hella Haasse a toute légitimité pour cette histoire.Née en 1916 à Batavia (Djakarta) elle vécut là-bas une bonne partie de sa jeunesse et Le lac noir,sa première nouvelle abordait déjà un thème important dans son oeuvre,les rapports entre autochtones et colons.Important mais pas unique sujet de la littérature chez Hella Haasse.Cette grande dame des lettres,terme classique dans les notes sur H.H.,fut aussi très francophile et vécut en France une dizaine d'années à la fin du siècle dernier.

                      Les années 1870, absents en Afrique les Pays-Bas disposent par contre en Asie de la pléthore d'îles qui devait devenir l'Insulinde puis l'Indonésie.Rudolf Kerkoeven rejoint ses parents déjà établis dans l'île de Java après ses études en métropole. D'immenses domaines,des collines entières sont consacrées au thé puis au quinquina. C'est cinquante ans de cette histoire que nous raconte Hella Haasse dans un récit fort documenté qui n'élude pas les difficultés d'adaptation,particulièrement celles des femmes pas toujours très bien considérées par leurs hommes d'affaires de maris .Les grossesses répétées par exemple et l'ennui de la vie en brousse conduiront la femme de Rudolf à la dépression la plus grave. Les relations avec les enfants baignent dans le rigorisme batave mais aussi dans le volontarisme et une certaine abnégation.Les riches descriptions de la nature de Java ne sont pas non plus le moindre attrait des Seigneurs du thé,mêlées de considérations économiques qui nous font un peu mieux comprendre l'aventure coloniale hollandaise,certes exotique mais aussi laborieuse.

                    L'Histoire ne repasse pas les plats.Il y a eu conquête et colonisation aux Indes Néerlandaises comme ailleurs.Madame Hella Haasse en parle mieux que personne,femme issue d'un milieu cultivé mais qui peut figurer à sa manière dans une anthologie parmi celles qui auront contribué à changer les choses et les idées.On semble la redécouvrir enfin,les Nobel l'avaient ratée.Nul besoin de colifichet honorifique,l'écrivaine H.H. est (h)immense et j'aurai le plaisir d'y revenir prochainement en compagnie de Valentyne La jument verte de Val  pour La source cachée.Notre lecture commune sera commentée fin août.Si cela vous tente...

Posté par EEGUAB à 06:37 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

02 juillet 2013

Méfiez-vous des contrats que vous passerez à Bourg-Tapage

Francois-Garde_-Pour-trois-couronnes_int_carrousel_news

                     Deuxième livre de François Garde et deuxième réussite avec ce roman d'aventures et d'enquêtes et de  voyages. Cet homme là est un sacré raconteur. Karen Blixen puis au cinéma Orson Welles ont utilisé avant lui cette légende de tout temps, appelée d'ailleurs Une histoire immortelle,du marin qui,pour trois couronnes, accepte de suppléer à la stérilité d'un mari vieillissant.Dans un port mal identifié mais qui prête à la légende,tourné plutôt vers l'Asie,ce matelot disparaîtra. Des années après Philippe Zafar,lui même franco-libanais est nommé curateur aux affaires privées d'un riche homme d'affaires franco-américain qui vient de mourir. Dans ses archives,une mystérieuse lettre manuscrite évoque en trois pages cet épisode de la vie d'un matelot.

               Il mène ainsi l'enquête sur les secrets de Thomas Colbert et de fil en aiguille essaie de percer la vérité sur le passé de cet homme.La piste ira se perdre dans une île lointaine, probablement dans l'Océan Indien,cela reste indéfini.Entre temps les insulaires se sont révoltés,en grande partie sous la houlette de Benjamin Tobias, qui pourrait bien être l'enfant de la curieuse  transaction de 1949,sur le port de Bourg-Tapage.Zafar va patiemment renouer les fils de ce contrat,rencontrer les rares témoins indirects,interroger les lieux et les archives insulaires.Ce travail est assez ingrat,rien de spectaculaire. Mais le plus passionnant est probablement la réflexion,très fine,sur la décolonisation,qui évite de donner les sempiternelles leçons,discrète,comme je les aime et qui laisse le lecteur à ses interrogations.

            De père libanais mais lui-même n'ayant jamais vu le pays du cèdre Philippe Zafar trouvera sur cette quête d'un fils l'occasion de se réapproprier sa propre filiation  à travers le destin de son propre père mort accidentellement,ou pas,alors que lui-même n'avait qu'une dizaine d'années.Il envisagera alors son propre voyage au Proche-Orient,dans un modeste village des Monts du Liban.Mais avant il lui faudra décider ou non de dévoiler la vérité apprise,avec de multiples risques. François Garde sait disséminer les petits cailloux sur une piste très littéraire et qui nous amène immanquablement à nous prendre au jeu.Parions quelques sols que vous aimerez Pour trois couronnes.

Posté par EEGUAB à 12:45 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

30 juin 2013

Athalie,Paulina et moi

9782070366095_1_75

                           Lecture commune avec Athalie A les lire  , Paulina 1880,oeuvre dont le titre est relativement connu mais dont je ne suis pas sûr que les lecteurs aient été si nombreux,est un roman qui n'a guère d'équivalent,très ambitieux dans sa concision. Mais cette oeuvre,qui devrait être brûlante,ne m'a pas remué les entrailles,alors qu'il semble que beaucoup d'écrivains en aient été bouleversés.Le livre date de 1925 et l'histoire se situe dans l'Italie du Nord de la fin du XIXème Siècle.Paulina Pandolfini ,enfant,puis jeune bourgeoise milanaise, fille d'un marchand prospère, se complait dans la dévotion et le culte des images saintes et de la statuaire des nombreuses églises du pays.Cette tendance très forte cohabite en elle avec une irruption du désir,de plus en plus impérative,en la personne du Comte Michele Cantarini, une connaissance de son père.Paulina est encore très jeune lorsqu'ils deviennent amants,ce qui n'empêche pas la dualité de régner sur son esprit, Dieu et la culpabilité s'accomodant parfaitement des nuits chaudes mais silencieuses dans la demeure familiale.

                       Après la mort du père,resté dans l'ignorance Paulina,qui l'aimait profondément,est à peu près libre,la femme du Comte Cantarini ayant perdu l'esprit.Pourtant elle se réfugie une première fois dans un couvent,confite dans ses remords d'avoir trahi son père.Chez les Soeurs de la Visitation de Mantoue le doute persiste et elle finira par retrouver le Comte à Florence mais ne connaîtra la paix qu'au prix du meurtre et d'une longue condamnation-expiation-rédemption.Paulina 1880,je l'ai dit a suscité beaucoup d'enthousiame au moins chez les poètes et les artistes.

                Problème:je ne suis ni l'un ni l'autre car ce livre,censé être un diamant sur le plan littéraire et censé metttre le feu aux âmes et aux coeurs m'a laissé presque de marbre.J'oserai même dire que cet ouvrage m'a pesé et que,et je prie Athalie de m'en excuser,l'ayant lu il y a deux mois environ je n'ai pas pris la précaution d'écrire immédiatement mes impressions,déjà mitigées.Donc nul envoûtement chez moi pour L'ange bleu et noir (c'est le titre d'un chapitre), nulle pression malgré la beauté de certains passages,nul trouble vénéneux.On cite souvent le livre de Pierre Jean Jouve parmi les très hautes incandescences de la littérature du siècle dernier.Mais les braises de Paulina 1880 m'ont-elles seulement effleuré?

Il viaggio

                   Bon,il restera toujours quelque belle prose  sur notre chère Italie,et de quoi rejoindre le cher voyage http://chezmarketmarcel.blogspot.fr/p/il-viaggio.html .Et puis on a,Dieu merci,le droit d'avoir une autre approche.C'est le cas d'Inganmic

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2011/12/paulina-1880-pierre-jean-jouve.html

Posté par EEGUAB à 10:20 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,

25 juin 2013

Reste le titre,peut-être

imagesCAQM4JCE

             Il se passe entre Ernest Hemingway et moi comme un divorce,rare.Mais je n'ai pas réussi à relire récemment les nouvelles de Paradis perdu,et cette adaptation hollywoodienne de Le soleil se lève aussi,que je n'avais pas vue depuis 40 ans ne m'a guère fait frémir.Bon,je n'ai jamais lu ce bouquin sur lequel les avis sont tranchés.Jadis considéré comme un bon roman de Hem il est maintenant systématiquement dénigré comme Hem lui-même d'ailleurs.Voici le temps du purgatoire pour le légendaire auteur-chasseur-buveur. Qui sait dans quelques dizaines d'années ce qui se dira de l'auteur de tant de nouvelles et de romans hélas (mal)traités par le cinéma, Les neiges du Kilimandjaro ou la seconde version de L'adieu aux armes entre autres.

                 Papa Hem,je l'aime encore bien au moins dans mon souvenir.Henry King a fait de très bons westerns, Jesse James, Bravados. Tyrone Power,quel magnifique Zorro en 1940! Ava Gardner,son personnage de La Comtesse aux pieds nus a donné son nom à ce blog. Errol Flynn,bondissant Robin des Bois, sémillant Capitaine Blood, quelle prestance! Mel Ferrer est l'un des deux héros du plus beau duel à l'épée du cinéma,celui de Scaramouche. Et le Paris américain de la Coupole et de Montparnasse,celui-même de Paris est une fête où Ernest et Scott comparent leurs anatomies respectives,and the winner is...Tout cela m'avait séduit jadis,très jadis.Mais que reste-t-il de cette sage chromo sur la Génération Perdue, entre deux guerres,entre deux rives,entre deux alcools?

le-couple-fitz

         Le sable s'est écoulé entre mes doigts depuis ma vision adolescente.Les livres d'Hemingway ne seront décidément pas ceux qui auront le mieux traversé le fleuve temps.Récapitulons.Dans ce film tous sont beaucoup moins bien qu'ils n'ont été. Bien sur ce sont des choses qui arrivent. Mais quelque chose comme une vague tristesse m'a traversé à revoir Le soleil se lève aussi.Une jolie phrase,une belle ville,des acteurs du passé,un film,somme toute,parfaitement démoralisant.Une envie peut-être, loin de cette Espagne de sable et de sang qui, inexplicablement,a tant plu à des gens que j'ai aimés,celle de boire,un verre,un peu plus,à la mémoire de ces héros de celluloïde,qui me semblent partir comme une vieille copie argentique.Le cinéma se meurt parfois.Avant de rejoindre le challenge de ma chère Asphodèle qui,de retour de la vie de Zelda,nous en a récemment appris de belles sur Hem et Scott.

      

   

Posté par EEGUAB à 15:06 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

03 juin 2013

Fitz au Ritz

le-couple-fitz

               Avec l'éternel retour du sémillant Jay Gatsby j'ai eu l'occasion de lire quelques nouvelles de Fitzgerald.Il y en a presque trop dans ce recueil de 27 textes dont le plus célèbre donne son nom à l'ouvrage.Elles ne m'ont pas toutes séduit outre-mesure. J'avais pourtant envie de m'enflammer sur les jeunesses perdues de Scott,de Zelda et de moi par la même occasion.J'ai presque peiné à m'intéresser à certaines de ces chroniques d'une jeunesse étudiante puis adulte,à tous ces personnages qui d'ailleurs se croisent dans un univers un peu frelaté d'aisance et de conformisme.Mais rien n'est si simple avec Scottie et quelques textes sortent du lot malgré tout.

             A travers cette inégalité qualitative j'ai cependant découvert cinq ou six pépites où l'émotion affleure en quelques dizaines de pages.Le plus souvent tout semble terriblement autobiographique dans ces lignes,Fitzgerald a surtout écrit sur Scott et Zelda. Dans ce moments j'ai retrouvé la grandeur et la douleur de The great Gatsby et Tendre est la nuit,les deux incontournables qu'on aurait tort de contourner.

             Retour à Babylone s'avère bouleversant et explore le très "people" Paris des écrivains américains de l'entre-deux guerres. Charlie Wales a vécu quelques années folles entre Ritz et Montparnasse avec sa femme Helen et sa petite fille.Krach et crises aidant la vie est devenue plus difficile.Revivra-t-il avec sa petite Honoria,pour l'heure sous la tutelle de la soeur de son épouse décédée?Cette nouvelle touchera tous les pères,sans grandiloquence et pathos.On s'en doute, l'alcool coule allégrément au long du recueil, dans Un voyage à l'étranger par exemple où un jeune couple très glamour,ça rappelle quelqu'un,est confronté lors de  ses escales européennes à un autre couple,en fait eux-mêmes,un peu plus vieux.Effrayant.

Fitzgerald

             La lie du bonheur est une énième variation sur le malentendu amoureux qui conduit l'homme et la femme à sacrifier leur félicité au souvenir .Souvent le monde dépeint par Fitz nous semble privilégié.L'est-il vraiment,je n'en suis pas certain.Sans nul doute par contre,et même si cet ensemble se révèle disparate et frise parfois le ridicule,ce monde s'avère d'une immense fragilité où l'on a vite fait,très vite fait,de perdre la santé,voire la raison,voire la vie.Parmi les dernières nouvelles,très brèves,j'ai aimé surtout La mère d'un écrivain,quatre pages où une vieille dame meurt en confondant son fils,auteur,avec un duo de poétesses bon marché. Splendide humiliation.Et aussi Trois heures entre deux avions,brèves retrouvailles  de Nancy et Donald,plus de vingt ans après une amourette d'enfants,en fait une méprise.Et qui se termine par cette désespérance "Donald avait pas mal perdu au cours de ces quelques heures entre deux avions,mais étant donné que la seconde moitié de la vie est un long processus d'abandon de certaines choses,cet aspect-là de son expérience n'avait pas probablement pas d'importance."

        Désespérant,je vous l'avais dit,surtout que la deuxième moitié de la vie,pour Fitzgerald,commença à 21 ans.Paradoxalement le dernier texte,La fêlure,qui traite de l'impuissance créatrice qui saisit Fitzgerald assez rapidement m'a laissé de glace,malgré cette belle métaphore,"J'avais le sentiment d'être debout au crépuscule sur un champ de tir abandonné,un fusil vide à la main".C'est pourtant une phrase qui s'applique à toute panne.

          

Posté par EEGUAB à 06:55 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,