10 septembre 2013

Table d'hôte

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                                           La table a souvent servi de décor,de (s)cène en littérature et au théâtre.Le souper, Le dîner de cons, Le festin de Babette,etc... L'auteur néerlandais Herman Koch nous la sert style film danois Festen.Deux frères dînent avec leurs épouses respectives dans un grand restaurant d'Amsterdam.L'un des deux est le possible futur premier ministre. Mais un cadavre va s'inviter à leur table,leurs enfants,un fils chacun,ont commis ensemble un acte ignoble et la rencontre a été initiée pour éventuellement faire front commun. Mais pas tout de suite,dînons d'abord dans cet établissement prestigieux où les deux couples, bien sous tous rapports,s'installent avec ce qu'il faut d'ostentation. Apéritif et mondanités,universellement connus à tous les étages de la planète, enfin sauf chez ceux qui se demandent ni ce ni quand ils vont manger,mais seulement s'ils vont manger.

                                         Les fleurets sont d'abord mouchetés selon l'expression consacrée. On se gausse du maître d'hôtel, un soupçon de mépris peut-être. Ces gens là ne nous emballent pas,dirait-on. Et puis sonnent les portables de ces gens très occupés, de bonne compagnie.L'un des deux couples a même adopté un jeune Africain, Faso. Serge et Babette et Paul et Claire devisent cinéma, Woody Allen se prête particulièrement bien à ce type de papotage bobo, bonne conscience du cinéphile depuis quatre décennies, à peu près sûr que la moindre sous-préfecture européenne propose le film. Je suis personnellement très proche du cinéma de Woody Allen,j'aurais fort bien pu dîner avec eux.

                                          Puis les questions se précisent et c'est à petites doses que le lecteur apprend l'innommable, à savoir l'horreur commise par les cousins, et le plus qu'innomable que j'appellerai l'ignominommable, à savoir que tout le monde est plus ou moins au courant et que ça n'a pas déclenché chez les parents autre chose que quelques soucis domestiques somme toute casables dans un petit coin de mémoire,tout petit le coin. Prise de conscience tardive? Pas sûr. Herman Koch s'abstient de tout parti pris dans ce dilemme,comme tout cela est froid.Glaçant. Au long des chapitres, Apéritifs, Entrée, Le plat, etc.. on peut trouver à ce Dîner intéressant des vertus émétisantes.

L'avis de Dominique de Nuages et vent    Hermann Koch Le Dîner

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07 septembre 2013

Le marin dans le placard

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                            Nous retrouvons la curieuse famille irlando-germanique de Sang Impur Une enfance à Berlin,non,à Dublin et c'est un vrai bonheur tant Hugo Hamilton est un auteur irlandais que sa double culture rend très original. Car le contexte irlandais commence à nous être pas mal connu à force de lectures sur la verte Erin. Avec Le marin de Dublin (et une fois de plus le titre français n'est pas bon du tout,puisque l'original fait référence à la photo d'un grand-père marin dans la penderie, The sailor in the wardrobe), on se rappelle ou on découvre si on n'a pas lu Sang impur,ce qui n'est pas grave,que le père interdit la langue anglaise à la maison,que la mère est venue d'Allemagne après la guerre,et que les jeunes Hamilton sont parfois appelés nazis par leurs condisciples scolaires.

                             Point de salut hors du gaélique pour le père, et de rudes souvenirs pour la mère,tout cela forme un couple,des parents, vaille que vaille,et qui élèvent leurs enfants entre tendresse et coups de trique,sur une côte est-irlandaise où le jeune Hugo,très tôt,traîne et bosse entre casiers à homards et calfatage goudronneux. Pas de drame véritable dans Le marin de Dublin, mais une très belle ambiance tanguant du cocasse au brutal, qui,en douceur, met le doigt sur la neutrissime neutralité du pays pendant la guerre,qui au pire finit par transformer la haine de l'Angleterre en sympathie pour le Reich.

                          Il serait injuste de ramener ce beau roman à cet antagonisme. Cest aussi une histoire d'adolescence, Hamilton est né en 53.Un gamin de quinze ans qui n'a pas le droit d'écouter les Beatles,son père préférant Elisabeth Schwartzkopf. Et les gifles volent assez bas. Très belles émotions aussi du côté du port quand les jeunes apprennent à se faire une poignée de livres irlandaises dans l'odeur de mazout et d'écailles,ce qui est incommode olfactivement parlant pour attirer les filles de la ville ou les premières touristes étrangères. Et puis on revient sur les souvenirs de la mère en son pays natal avec la visite d'un cousin qui ne supporte plus sa germanité à cause de l'attitude supposée de son propre père durant la guerre. Du coup ce cousin Stefan a la curieuse idée de débarquer à Dublin ... pour y disparaître ensuite, quelque part vers l'Ouest,vers Aran,comme pour s'y purifier.

                          Attention,je parle en connaissance de cause,l'Irlande ça fait du bien aux bronches, ça fait de la belle musique ,ça régénérerait bien un brin mais pour se purifier vraiment faut autre chose. Lisez Hugo Hamilton, aimez-le, son accent irlandais diffère un peu d'autres écrivains, tout aussi passionnants. Un Irlandais qui parfois, sait prendre un peu de recul pour resituer Erin quelque part au coeur de l'Europe. Quel pays pour avoir tant d'écrivains au mètre carré.

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30 août 2013

La dame du Michigan

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                    Athalie A les lire , déjà lectrice de quatre romans de Laura Kasischke, a partagé avec moi La vie devant ses yeux,une première pour moi que cette auteure américaine très présente sur les blogs littéraires. On parle beaucoup de Laura Kasischke ne serait-ce que dans le dernier Télérama qui m'apprendra au moins que ça se prononce Kasiski. Ah Télérama! Pardon. Bof! Voilà déjà un premier élément de ma chronique. Diana, une housewife pas desperate, avec un mari enseignant en philo, une petite fille modèle et un mi-temps comme prof de dessin.Quelque part dans le Middle West. C'est bien le Middle West et pour le lecteur français ça reste un peu indéterminé, alors on se le fait, son petit Middle West, à l'ouest du centre, au centre de l'ouest,dans une région moyenne et que des centaines de romans et de films ont fini par stéréotyper dans le rôle de l'Amérique profonde. Un zeste d'américanophobie l'accompagne parfois, ce lecteur hexagonal, à mon avis. J'ai dit parfois. Je pense souvent.

                 Sans que ce soit explicitement conté on a vite compris que Diana a été vingt-cinq ans plus tôt traumatisée par un drame au lycée. Et ces drames sont tellement américains,typiquement,à en reproduire les pires gestes comme usuels. Kasischke fait éclater la chronologie mais de cela non plus je n'ai guère été charmé. Ces ruptures dans la narration n'ajoutant rien à l'inquiétude qui devait sourdre en moi, moi lecteur, au demeurant peu concerné,j'ai lu, parcouru serait plus juste La vie devant ses yeux sans la moindre émotion. Ceci ne signifie pas que j'ai bâclé cette lecture, simplement que le roman ne m'a pas captivé,pas capturé pour que mon coeur se mette à la chamade,au moins un peu. La quatrième de couv. qualifie le roman de critique cruelle de l'Amérique petite-bourgeoise. Tellement moins impresssionnant qu' Elephant le film de Gus Van Sant qui, il est vrai, n'est pas dans le même registre. Ca encore,ce n'est pas grave,mais La vie devant ses yeux me semble bien peu innovant et bien peu motivant à aller plus profond dans l'oeuvre de Laura Kasischke. Souvent évoquée, la touche de "fantastique quotidien" m'a laissé froid. Constat un peu sévère,sûrement, mais Madame Kasischke est tellement encensée par ailleurs. Par exemple dans Télérama.

                 La vie devant ses yeux est aussi un film dont j'ignorais l'existence. Le metteur en scène m'est tout aussi inconnu. Uma Thurman en est l'interprète. En voici la bande-annonce. http://youtu.be/sPN1lR8R6JY

 

         

 

 

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26 août 2013

Ol' Man River, de boue et de sang

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                             Voilà un roman de type plutôt traditionnel qui a obtenu un vif succès en Amérique.Avec Hillary Jordan on retrouve le Sud,celui d'Erskine Caldwell bien que la vie évoquée soit ici un peu plus tardive. Sans la truculence paillarde du Petit arpent du bon Dieu ou de La route au tabac. Mais avec autant de racisme, de violence et de boue. Le titre original Mudbound est à ce titre plus explicite. Henry et Laura cultivent une petite ferme dans le Mississippi. Autour d'eux une famille de métayers noirs, les Jackson dont le fils Ronsel vient de rentrer de la guerre en Europe ainsi que Jamie, le frère de Henry,de presque vingt ans plus jeune,plus jeune d'une guerre on va dire.Et puis Pappy,leur père qui vit dans la très modeste maison,vieux grigou adepte du Klan.Et un monde souvent féroce pour les noirs dans ce Sud peu enclin au mélange des genres, féroce aussi pour ceux qui ne détestent pas assez les descendants d'esclaves.

                      Mississippi, classiquement, donne la parole alternativement aux principaux protagonistes. On a souvent vu ça. L'histoire se déroule, un peu trop attendue cependant, vers le drame inévitable, sans forcément trop de vraisemblance.Les retours de guerre sont difficiles,ça aussi c'est un passage à peu près obligé dans ces romans américains ruraux où la réadaptation est chose presque impossible. La traduction fait parler les noirs petit nègre. Je n'ai jamais aimé ça bien que ça soit logique dans ce type de récit .Ces inconvénients n'empêchent pas une histoire rondement menée à laquelle on peut prendre plaisir. Pourtant il me semble que Gérard Collard, le célèbre libraire qui donne son avis un peu partout et n'exprime que lui-même, il faut le dire et le redire, s'enflamme un peu beaucoup tout comme les jurys littéraires américains quand ils parlent d'un des romans de la décennie. Je n'irai pas si loin et Dédale de Biblioblog, lui ,va encore moins loin.

Robert Johnson - Dead Shrimp Blues

                          Dernière perfidie de ma part envers ce livre qui m'a pourtant plu mais ne laissera guère de traces:pour la vie dans le Delta n'importe quel vieux blues m'en conte beaucoup plus en trois minutes. Par exemple Robert Johnson avec ce Blues de la crevette morte.

http://www.biblioblog.fr/post/2010/08/02/Mississippi-Hillary-Jordan

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20 août 2013

Sortilèges de la maison Haasse

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                 Avec l'amie Valentyne chevauchant La jument verte de Val nous nous sommes abreuvés à cette Source cachée de la grande Hella S. Haasse,un livre qu'elle publia aux Pays-Bas en 1950.Petit bouquin de 140 pages, La source cachée s'avère bien cachée,un peu trop à mon gré.Il faut pas mal s'accrocher aux broussailles,s'investir dans les sentiers,se perdre dans des fragrances qui semblent parfois trop exotiques.Mais ça n'est pas sans beauté.L'héroïne de La source cachée est la maison Breskel, au coeur des bois et devant laquelle Jurjen, convalescent, tombe,en extase, presque en pamoison, alors que l'heure est à la liquidation de cette propriété familiale.Se replongeant dans les arcanes de la belle bâtisse secrète et ignorée, il va chercher à percer le mystère d'Eline, mère de sa femme Rina et disparue depuis l'enfance de cette dernière.

               La première partie est un long poème, une ovation à cette maison, écrite de manière sensuelle et tellurique, sacrée et onirique. Manifestement du beau travail d'écrivain mais j'en ai trouvé l'homme absent en quelque sorte. Ou tout au moins un peu éloigné. Et si Hella Haasse, très haute figure de la femme en littérature, avait composé ces lignes superbes en faisant de la maison Breskel une femme, susceptible d'impressionner, certes un homme, Jurjen, en fragilité et mal dans sa vie, mais,plus encore les femmes en général. Je n'ai jamais écrit cela d'aucun autre roman mais je vois La source cachée, romanesque à souhait mais aussi déterminé,comme une oeuvre maîtresse dans les deux sens du terme,où le rôle de la femme est absolument majeur y compris du côté lectorat.

             Le seconde partie,pour moi,se perd un peu dans les méandres des papiers de famille, des documents divers que retrouve Jurjen et parmi lesquels  j'ai été aussi à l'aise que dans la salle des archives d'un notaire. Sauf pour les dessins sauvés du bûcher et qui conduiront cet homme à une étrange communion-communication avec cette femme inconnue. J'ai cru comprendre que Jurjen cherchait par là même à se réinventer,par ces souvenirs qui ne sont pas les siens, voire à repenser sa vie de couple avec Rina. Cela m'a semblé manquer un peu de simplicité.

              Pourtant il y a bien eu pour moi un sort jeté par la maison Breskel,très différent.Ne l'ayant pas trouvé je l'ai commandé par la toile.On m'a envoyé par erreur un livre pour enfants.J'ai contesté et ai commandé ailleurs,d'occasion,ça m'arrive et je n'avais pas à m'en plaindre à ce jour.Mais les petits bouquins vieillissent mal et La source cachée m'est arrivé tout dépareillé. Troisième coup du sort ,plus grave, je m'y suis trouvé certes au bord de la fontaine d'Aréthuse ,mais parfois sur les rives du fleuve ennui ,fleuve côtier puisqu'assez court mais somme toute décevant.Quel sera l'avis de Valentyne?Un autre mystère mais celui-là devrait s'éclaircir vite.

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17 août 2013

Bis repetita gaelica mea culpa

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                          D'Irlande en livres je suis très rarement revenu déçu. Ce n'est pas encore pour cette fois. Dermot Bolger, l'un des plus connus auteurs de l'île, revient avec Une seconde vie sur les noirceurs de cette île,qu'on connait maintenant,notamment depuis le film The Magdalene Sisters. Sean Blake, photographe, cliniquement mort,survivra à son accident de voiture.Mais il n'est plus le même et se met en quête de retrouver sa mère biologique,l'une des si nombreuses filles mères au destin misérable d'humiliation.Pourtant on ne retourne pas cette gangue de silences et de boue sans risque.Mais Une seconde vie est aussi une curiosité littéraire.Il s'agit d'une deuxième version d'un livre publié en 94 sous le titre Le ventre de l'ange.Mais voilà,ce pays a quand même évolué et Dermot Bolger a complètement réécrit son récit en 2010.C'est somme toute une bonne nouvelle pour les irlandophiles dont je suis.

                       Il s'appelait Francis,sa mère,Lizzy,l'avait appelé ainsi avant de le laisser aux soeurs de si sinistre mémoire.Le roman explore aussi bien la quête de Sean,maintenant père de famille,sur les traces de celle qui l'a abandonné en une époque où il était presque impossible de faire autrement pour une jeune fille "fautive",que les derniers mois de sa mère biologique,qui a vécu l'exil en Angleterre,trois autres enfants,des filles,mais qui n'a jamais totalement assumé ce passé si lourd.Dieu (mais où était-il?),comme la vie était dure! A propos, l'Irlande de maintenant c'est pas encore tout à fait ça.Bref, j'ai lu des critiques assez mauvaises sur Une seconde vie,accusé d'une certaine mièvrerie clichetonneuse.Ce n'est absolument pas mon avis.

                       Dermot Bolger n'oublie pas le thème résurgent de l'adoption et trace le portrait de parents de substitution de bonne volonté, de braves gens qui, comme beaucoup, ont fait de leur mieux. La dualité de Sean/Francis se ressent douloureusement mais le chemin finira par s'éclaircir.On peut reprocher une sorte de" catalogue irlandais", football, pubs, oncle prêtre douteux, forcément douteux. D'accord. Il n'en reste pas moins qu' Une seconde vie est un roman qui colle à cette Irlande où la musique, la bière et la foi ont parfois couvert le pire.Pas toujours.Et un peu moins maintenant.

                       

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06 août 2013

Atout Coeur

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                                     Vraiment une réussite que ce grand Coeur,bien au delà du roman historique classique, ou de la bio romancée bien agréable. Jean-Christophe Rufin, académicien toubib diplomate marcheur, rien là-dedans de déshonorant, nous immerge dans cette époque charnière si prometteuse après les interminables conflits de la Guerre de Cent Ans. Absolument passionnant.Foin d'Anglois boutés hors de France,c'est l'Italie et ses richesses qui vont changer la France et l'Europe. Le modeste fils de fourreur au nom inoubliable va devenir en quelques dizaines d'années un précurseur,un visionnaire en matière d'échanges et d'économie,alors même que la France sort exsangue du Moyen Age. De l'avènement et de la grandeur du bourgeois en quelque sorte,j'y reviendrai. Avant maudissons la langue française qui a presque fait de ce vocable une injure en ne retenant que le moins bon de ce nouveau venu sur la scène sociale et politique.

                              Jacques Coeur, compatriote berruyer de Jean-Christophe Rufin, est d'origine assez modeste (pas si modeste que ça selon certains historiens, peu importe) et de prestance très moyenne. Mais cet homme a de l'énergie à (re)vendre. Son histoire nous est contée sérieusement, sans grande fantaisie, mais l'auteur a parfaitement su éclairer la profondeur de cet homme et surtout ses dons de précurseur,presque de visionnaire quant à l'avenir d'un pays,le Royaume de France, dont le souverain Charles VII est surnommé le petit roi de Bourges. Coeur fut l'un des premiers en Occident a compris l'attrait de l'Orient pas seulement celui de Jérusalem.Il a compris aussi que l'ère du pré carré est appelée à disparaître.

                              Monnayeur ,commerçant, banquier, financier, armateur, à la tête aussi bien d'une gigantesque entreprise privée  que de la maison France sur le plan économie, Jacques Coeur dont l'intelligence en affaires se double d'une grande clairvoyance quant à ses collaborateurs,connaîtra des triomphes,puis la disgrace,la prison et la torture,puis l'évasion et la mort en grec exil. Cependant il aura eu le temps de restaurer l'autorité du roi et de lancer les prémices du mécénat,de la libre circulation des biens,du commerce moderne. Rufin est un écrivain que je n'avais pas lu et j'ai beaucoup aimé la justesse de ce portrait d'un homme en avance. On sait qu'il n'est pas confortable d'avoir raison trop tôt. Le grand Coeur s'honore aussi de fouiller les personnages de Charles VII et Agnès Sorel, première maîtresse officielle de l'Histoire de France, autrement que comme le prince chétif qui devait tout à Jeanne d'Arc et la courtisane sans vergogne avide de puissance

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.                                Un beau roman, suffisament ample mais introspectif,assez pour que l'on regarde à Bourges, le fameux Palais Jacques Coeur ,à deux visages,l'un médiéval l'autre renaissance,superbe bâtisse qu'il n'eut pas le temps d'habiter, comme le témoignage d'un homme d'une grande complexité comme il y en eut peu dans l'Histoire. On a longtemps fait de Jacques Coeur un symbole de bourgeois.Je hais ces approximations. Admettons le toutefois comme un bourgeois, certes, mais alors très éclairé. Des comme ça,j'en redemande.

                 

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30 juillet 2013

Scènes de la vie de Bohème

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                              Athalie A les lire  m'avait rappelé ce livre dont je ne connaissais que le nom,et vaguement cette notion d'humour tchèque déjà rencontré chez Bohumil Hrabal et chez certains cinéastes.Jiri Weil,juif tchèque,sait ce dont il parle:les prémices de l'horreur,déjà une horreur en soi.Si le ridicule avait tué le monde aurait échappé à bien des carnages.Car c'est avec le sens de l'absurde et un humour solide que Jiri Weil nous balade dans la Prague de 1942.L'épisode historique est connu, notamment grâce aux films de Fritz Lang, Les bourreaux meurent aussi, et de Douglas Sirk, Hitler's madman. Heydrich, sympathique Reichsprotector adjoint en Bohème-Moravie,est assassiné et c'est un enchaînement de répressions qui s'abat sur la Tchécoslovaquie. Attention,Heydrich n'était pas un second couteau,fût-il long. Ses ambitions étaient grandes et il fut l'un des plus méthodiques instigateurs de la Shoah.La mort de Heydrich n'est qu'un catalyseur dans Mendelssohn est sur le toit.L'important du roman est ailleurs.

                        Deux modestes fonctionnaires sont réquisitionnés pour enlever la statue de Mendelssohn du toit du Palais des Arts.On ne va quand même pas laisser ce compositeur d'origine juive parader dans la nouvelle Prague.Seul souci,aucun nom marqué,comment reconnaître l'auteur du Songe d'une nuit d'été? Au nez,pardi! Oui mais le nez le plus sémite,sur ce foutu toit,semble être celui de Wagner.Je vous laisse imaginer la théorie des dominos pour trouver un responsable et c'est toute la grandeur de l'écrivain Jiri Weil de nous donner à voir par le petit bout de la lorgnette les facultés d'adaptation de tout ce petit monde pour,un,ne pas trop se faire repérer,deux,sauver sa peau,objectif somme toute relativement compréhensible.

                      Donc,et Athalie le note très justement,pas forcément de grandes bassesses chez tous ces gens,mais des faiblesses,des accommodements. Et nous,qu'aurions-nous fait? Ballade du dérisoire et de l'absurde,à la lisière de la tragédie imminente et toute proche,à Theresienstadt par exemple,où mourut  Desnos ("Je pense à toi Robert qui partis de Compiègne" *),  Mendelssohn est sur le toit  jongle avec la drôlerie pour mieux désespérer.A Prague pour cela on en connait un rayon, de Franz Kafka au brave soldat Chveik,en passant par Ian Palach en ce printemps raté de 68.

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2013/07/06/mendelson-est-sur-le-toit-jiri-weil.html

* Robert le Diable,poème de Louis Aragon,mis en musique par Jean Ferrat

 

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16 juillet 2013

Heurts du thé

     

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                       Les couvertures sont parfois trompeuses.Ne dirait-on pas que Les seigneurs du thé est un magnifique roman d'une collection fleur bleue? A propos et en aparté lire "fleur bleue" c'est encore lire.La grande romancière néerlandaise Hella Haasse,plusieurs fois favorite du Nobel et souvent évoquée comme une Yourcenar batave,m'avait convaincu de la classer dans mes écrivains de référence avec un seul livre lu,mais quel livre, En la forêt de Longue Attente.Ce livre phare date de 1949 mais ne fut traduit en français qu'en 91.C'est bien plus tard dans sa longue vie que Madame Haasse a publié, en 1992, Les seigneurs du thé,beau roman dans le cadre colonial des Indes Néerlandaises,actuelle Indonésie,quatrième plus grand pays au monde.Hella Haasse a toute légitimité pour cette histoire.Née en 1916 à Batavia (Djakarta) elle vécut là-bas une bonne partie de sa jeunesse et Le lac noir,sa première nouvelle abordait déjà un thème important dans son oeuvre,les rapports entre autochtones et colons.Important mais pas unique sujet de la littérature chez Hella Haasse.Cette grande dame des lettres,terme classique dans les notes sur H.H.,fut aussi très francophile et vécut en France une dizaine d'années à la fin du siècle dernier.

                      Les années 1870, absents en Afrique les Pays-Bas disposent par contre en Asie de la pléthore d'îles qui devait devenir l'Insulinde puis l'Indonésie.Rudolf Kerkoeven rejoint ses parents déjà établis dans l'île de Java après ses études en métropole. D'immenses domaines,des collines entières sont consacrées au thé puis au quinquina. C'est cinquante ans de cette histoire que nous raconte Hella Haasse dans un récit fort documenté qui n'élude pas les difficultés d'adaptation,particulièrement celles des femmes pas toujours très bien considérées par leurs hommes d'affaires de maris .Les grossesses répétées par exemple et l'ennui de la vie en brousse conduiront la femme de Rudolf à la dépression la plus grave. Les relations avec les enfants baignent dans le rigorisme batave mais aussi dans le volontarisme et une certaine abnégation.Les riches descriptions de la nature de Java ne sont pas non plus le moindre attrait des Seigneurs du thé,mêlées de considérations économiques qui nous font un peu mieux comprendre l'aventure coloniale hollandaise,certes exotique mais aussi laborieuse.

                    L'Histoire ne repasse pas les plats.Il y a eu conquête et colonisation aux Indes Néerlandaises comme ailleurs.Madame Hella Haasse en parle mieux que personne,femme issue d'un milieu cultivé mais qui peut figurer à sa manière dans une anthologie parmi celles qui auront contribué à changer les choses et les idées.On semble la redécouvrir enfin,les Nobel l'avaient ratée.Nul besoin de colifichet honorifique,l'écrivaine H.H. est (h)immense et j'aurai le plaisir d'y revenir prochainement en compagnie de Valentyne La jument verte de Val  pour La source cachée.Notre lecture commune sera commentée fin août.Si cela vous tente...

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02 juillet 2013

Méfiez-vous des contrats que vous passerez à Bourg-Tapage

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                     Deuxième livre de François Garde et deuxième réussite avec ce roman d'aventures et d'enquêtes et de  voyages. Cet homme là est un sacré raconteur. Karen Blixen puis au cinéma Orson Welles ont utilisé avant lui cette légende de tout temps, appelée d'ailleurs Une histoire immortelle,du marin qui,pour trois couronnes, accepte de suppléer à la stérilité d'un mari vieillissant.Dans un port mal identifié mais qui prête à la légende,tourné plutôt vers l'Asie,ce matelot disparaîtra. Des années après Philippe Zafar,lui même franco-libanais est nommé curateur aux affaires privées d'un riche homme d'affaires franco-américain qui vient de mourir. Dans ses archives,une mystérieuse lettre manuscrite évoque en trois pages cet épisode de la vie d'un matelot.

               Il mène ainsi l'enquête sur les secrets de Thomas Colbert et de fil en aiguille essaie de percer la vérité sur le passé de cet homme.La piste ira se perdre dans une île lointaine, probablement dans l'Océan Indien,cela reste indéfini.Entre temps les insulaires se sont révoltés,en grande partie sous la houlette de Benjamin Tobias, qui pourrait bien être l'enfant de la curieuse  transaction de 1949,sur le port de Bourg-Tapage.Zafar va patiemment renouer les fils de ce contrat,rencontrer les rares témoins indirects,interroger les lieux et les archives insulaires.Ce travail est assez ingrat,rien de spectaculaire. Mais le plus passionnant est probablement la réflexion,très fine,sur la décolonisation,qui évite de donner les sempiternelles leçons,discrète,comme je les aime et qui laisse le lecteur à ses interrogations.

            De père libanais mais lui-même n'ayant jamais vu le pays du cèdre Philippe Zafar trouvera sur cette quête d'un fils l'occasion de se réapproprier sa propre filiation  à travers le destin de son propre père mort accidentellement,ou pas,alors que lui-même n'avait qu'une dizaine d'années.Il envisagera alors son propre voyage au Proche-Orient,dans un modeste village des Monts du Liban.Mais avant il lui faudra décider ou non de dévoiler la vérité apprise,avec de multiples risques. François Garde sait disséminer les petits cailloux sur une piste très littéraire et qui nous amène immanquablement à nous prendre au jeu.Parions quelques sols que vous aimerez Pour trois couronnes.

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