11 avril 2018

Spécial Bison

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                            Entendons-nous bien, tout le monde a le droit d'écouter ce chef d'oeuvre. Mais, avec Twin Rocks, Oregon c'est surtout à mon vieil ami boucané Le Bison que j'ai pensé en massacrant ce pauvre Shawn Mullins, qui, heureusement a droit à la parole. J'ai traduit la partie parlée et un peu raccourci la chanson. It's yours now! Et une pensée pour notre amie Asphodèle qui a accueilli cette version de toute sa bienveillance.

  

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30 mars 2018

Mots luxes

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                             Un très beau roman, qu'on dira souvent roman d'adolescence, d'initiation, mixte de L'île au trésor et de L'attrape-coeurs. Mais surtout fascinante incursion dans l'univers d'un préado de 13 ans, Miles O'Malley, qui vit à Olympia, extrême Ouest américain, modeste capitale du Washington, sur les bords du Pacifique, ou plus exactement du Puget Sound, bras de mer qui s'infiltre vers le continent. Cette zone est réputée pour sa faune de mollusques et de crustacés. Et Jim Lynch parvient à nous intéresser à l'ahurissante existence de ces curieuses bestioles. Sûr que l'on en apprend de belles sur les hôtes de ce rivage à nul autre pareil. Et c'est déjà une vraie joie de faire connaissance avec le panope, plus gros mollusque du monde, plusieurs kilos et une trompe de près d'un mètre (évidemment annexé comme aphrodisiaque en Asie). Connaissez-vous les dollars de sable (cousins des oursins) et les serpules ( vers ou fleurs, on ne sait pas trop)? Tout cela est d'une verve poétique inattendue. Et le savoir n'est jamais asséné mais distillé comme un doux ressac sur une plage nord-californienne

                            Mais ces côtes pacifiques ne le sont pas toujours et Miles, avec ses découvertes de monstres marins inhabituels, mais c'est le propre de cette microrégion que de receler des curiosités, va se trouver malgré lui au centre d'une polémique, tel un gourou annonciateur d'apocalypse. déferlent sur les plages des touristes, des scientifiques plus ou moins sérieux, l'inévitable secte catastrophiste, et bien sûr des journalistes. Miles, qui peine à grandir, et son copain  Phelps, évidemment une grande asperge, continuent d'arpenter les rivages et de filer à vélo pour recueillir des échantillons grouillants de la vie marine et sous-marine locale. Quoi que travaillé sur le plan hormonal notamment par les seins de sa voisine Angie, d'une vingtaine d'années, accessoirement fille de juge et bassiste vaguement hard rock, Miles en est encore à s'étonner de la présence de certains types de méduses. "Les cinq vélelles connurent un succès instantané. Les puissants vents d'ouest rejetaient fréquemment des milliers de vélelles sur les côtes sablonneuses de l'état du Washington. Sauf que ces petites méduses-qui ressemblent à des spinnakers de voiliers miniatures-avaient visiblement traversé le Paicgique et vogué jusqu'à l'entrée de Skookumchuck Bay, ce qui en faisait des championnes de la navigation."

                            Je l'ai dit plus haut. Je l'ai dit plus haut. Il y a du Jim Hawkins et du Holden Caulfield dans ce gamin de Miles O'Malley. Mais les prestigieux parrainages de Stevenson et Salinger ne doivent pas impressionner ni faire craindre trop de redites. Jim Lynch a su créer un très beau monde original avec des relents d'originel, comme une aube d'humanité, ode à la vie marine et à la vie tout court. A travers Miles et croisant le fer face aux incertitudes de la pollution et aux préjugés tenaces on se prend à espérer de beaux jours sur ces rives pacifiques nord. Et de belles heures à lire Les grandes marées (Gallmeister), premier roman de Jim Lynch, que quelques-uns ont peut-être déjà lu sous le titre A marée basse (Editions des Deux Terres, 2008).

                           

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19 février 2018

Mean woman blues

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Masse critique

                              Case biographie musicale avec Babelio qui m'a fait confiance une fois encore. Cette collaboration est maintenant ancienne et permet de lire ce que peut-être on n'aurait pas lu. Ce qui est évidemment à double tranchant. J'étais plutôt séduit à l'idée de lire une bio d'une des deux grandes prêtresses du blues féminin historique. Car je connais mal l'une comme l'autre (Bessie Smith, Billie Holiday). Au point que je les pensais de la même génération alors que Billie était la cadette de Bessie de vingt ans. Et le nom de Stéphane Koechlin m'évoquait les riches heures du Rock et Folk d'antan où officia longtemps son père Philippe. Mais ce blues s'est avéré un peu mineur et loin d'être indispensable.

                               Le parcours de Bessie Smith (1894-1937) est plutôt classique pour une native du Sud dans le premier tiers du XXème siècle. Chattanooga, Tennessee, famille pauvre et nombreuse, père mort lorsqu'elle avait six ans. De tout cela on se doute bien un peu, de même que l'on imagine les conditions de vie de Dixie et la précocité de Bessie pour certaines choses, le sexe et le show à dire vrai. Tout cela, pour un amateur de blues qui connait davantage les voix mâles, a fait que j'ai trouvé dans Bessie Smith des routes du sud à la vallée heureuse une constellation de noms de chanteuses, de musiciens, de producteurs, d'escrocs et aigrefins divers. Trop. Digressions, et, de blues, pas tant que ça à mon avis. Tant d'instrumentistes sont ainsi évoqués que Bessie finit par se fondre dans la masse. Ce bouquin est un peu comme un marais du Sud, un bayou dont on peine à sortir convaincu.

                              Et le style de Stéphane Koechlin n'est guère enthousiasmant. D'abord il y a quelques fautes d'orthographes disgracieuses. Et il croit indispensable de truffer le livre d'actualités, la plupart concernant des accidents d'automobiles, à l'évidence avant-coureurs de celui qui devait coûter la vie à Bessie Smith. La méthode est un peu curieuse. Ainsi va se disperser cette histoire d'une grande chanteuse, nous laissant sur notre faim et, personnellement, ne m'engageant guère à creuser du côté des autres livres de l'auteur, consacrés à Hendrix, Brian Jones ou Dylan. Et, dans ces cas-là, une seule solution, (re)plonger dans l'écoute de la grande dame pas commode que fut Bessie Smith.

                              En fait on en sait plus sur la solitude en écoutant Empty bed blues et sur la crise des années trente en écoutant Yellow Dog Blues. Vous savez ce qu'il vous reste à faire quant à Bessie, the Blues empress.

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11 février 2018

C'est pas tout ça, rendez-moi les Beach Boys

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                            Ce bouquin est lauréat du Pulitzer 2016. Une référence. Méritée. C'est un grand livre. Et les chroniques ont été la plupart du temps très élogieuses. Je maintiens, c'est un grand livre, très bien écrit, qui ne vous lâche guère. A une condition, il faut être soi-même surfeur, et même, à mon avis, surfeur globe-trotter pour l'apprécier à sa juste valeur. William Finnegan, grand reporter,quand il n'était pas  sur les planches, a une plume magnifique pour épouser les rides, les droites et les gauches, décrire ses chevauchées sur les spots du monde entier. Mais vous n'arriverez pas à me faire croire que tant de lecteurs puissent sans s'estourbir le suivre dans ses encyclopédiques circonvolutions de short-board ou de pintail.

                            Nous sommes donc en présence, ça arrive de temps en temps, du chef d'oeuvre quasi illisible. Et pourtant je l'ai lu, j'en suis venu à bout, après force paquets de mer. Mais comme le temps m'a paru long à infiltrer des reefbreaks et à faire des duck-dives. J'en suis épuisé. Il m'a fallu un mois pour parcourir le monde entier en compagnie de Finnegan. J'en ai marre des outside de Madère, des lineup de Samoa, des cutback de Waïkiki. C'est le ton de Jours barbares et c'est peu dire qu'il reste assez peu de place, malgré 520 pages, pour la vie dans les îles du Pacifique Sud, voire les  écoles d'Afrique du Sud ou William Finnegan a trouvé un peu de temps pour enseigner.

                           N'empêche, ce récit a  du souffle, ce souffle vital aux surfeurs de Californie et du reste du monde. Ce monde qui semble tourner à 90% dans le but d'émouvoir les adeptes de ce sport, vaguement philosophie, plus sûrement addiction. On peut lire Jours barbares et le trouver assez fabuleux. C'est mon cas. On peut y avoir sué sang et eau salée. C'est aussi mon cas. On pourra aussi, syndrome d'Ulysse et Joyce, se montrer perplexe quant à ceux qui auraient pris leur pied (goofy foot ou regular foot) sans avoir parfois envie de sortir des rouleaux, un peu compresseurs.

                           M.Finnegan, vous êtes un grand auteur. Je  sais que vous étiez aussi au Soudan ou dans les Balkans. On surfe peu à Sarajevo. Si vous m'en parliez je vous écouterais volontiers. Les rares paragraphes non surfés, par exemple quelques lignes sur les autochtones de Madère, formidables, en sont témoins. En attendant rendez-moi un  le Surfin' U.S.A des Wilson Brothers. C'est un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. "C'mon! Brian, Carl, Dennis,c'mon!"

                                     

 

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11 janvier 2018

You know what? I'm lucky

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                           Ce film est une petite merveille, production modeste et qui se joue des clichés sur l'Amérique tout en utilisant quelques-uns de  ses  stéréotypes. J'ai été très heureux de le faire découvrir aux gens qui n'ont pas regretté d'avoir fait l'effort de sortir un soir de janvier. Premier film mis en scène par l'acteur John Carroll Lynch et dernière apparition du légendaire Harry Dean Stanton (faut-il rappeler le Travis de Paris, Texas?). Cet acteur à la dégaine inimitable n'aura eu dans sa longue carrière que deux premiers rôles. Précisément le film de Wim Wenders, devenu archétype de l'errance, et plus  de trente ans plus tard, ce Lucky. Ce film a été écrit pour le grand nonagénaire émacié et s'inspire de sa vie, disent les  scénaristes. Lucky, dans ce petit bled de poussière et soleil, vit un quotidien sans histoires entre jeux télé très moyens, mots croisés chez Joe's, et gym régulière en caleçon.

                           Au rayon des micro-évènements la disparition de President Roosevelt, la tortue de Howard (David Lynch, étonnant de simplicité), les petites querelles au bar d'Elaine, les insultes de Lucky à l'endroit d'Eve's, autre bar d'où il semble avoir été exclu pour avoir allumé une cigarette. C'est que Lucky joue parfois au misanthrope, en pure perte car en fait tout le monde l'aime bien. Ca pourrait même l'irriter un peu. Mais nous aussi, dans la salle, on l'adore cette petite communauté dans un ouest-sud américain assez bon enfant, même si tout cela  est un peu désargenté. Ancien marine, Lucky échange quelques mots au comptoir avec Fred (Tom Skerrit, pas vu depuis un siècle, formidable), quelques mots  sur la guerre du Pacifique et c'est bouleversant. Et la scène de l'anniversaire chicano est splendide. Lui-même folksinger à l'occasion, harmoniciste et amateur de musique mariachi, Harry Dean Lucky Stanton y est inoubliable. Il est un peu l'homme qui parle aux saguaros, aux criquets, et il restera au moins de ce beau film son sourire superbe, à peine désabusé, dernière image d'un personnage historique du cinéma américain.

                          Sourire également sur le visage des spectateurs, et enthousiasme pour ce film et sa philosophie. Quelqu'un a dit "Sur un cadre western les mots ont remplacé les colts". Un autre "On se prend d'affection pour ce pauvre Howard, esseulé depuis l'escapade de  sa tortue. Mais chut attendez la fin..." Ultime argument, décisif, on y entend Johnny Cash, pas longtemps, mais deux minutes de I see a darkness valent bien le déplacement.

                          Plus qu'ultime argument, je viens de lire chez Sentinelle que Ronnie adore ce film. Moi j'adore ce que dit Ronnie à propos de Lucky.

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07 janvier 2018

Le vieux dossier texan

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                                Qu'a pensé mon amie Val (La jument verte de Val) de cette lecture commune? Ils vont tuer Robert Kennedy est un livre très fort, qui vous poursuit et vous amène à vous remettre en question. Depuis longtemps Marc Dugain interroge l'histoire, les gueules cassées de 14-18, Staline, Hoover. A l'heure où l'on vient d'ouvrir de nouveaux documents sur Dallas, ce dont chacun sait bien qu'il ne faut rien attendre, l'auteur a curieusement amalgamé, et je crois que c'est un beau travail, les recherches d'un professeur d'histoire contemporaine sur les assassinats des Kennedy d'une part, et la mort violente de ses propres parents d'autre part. Sa mère, suicidée? Son père, éminent spécialiste de l'hypnose, un an après, mort accidentellement sur la côte californienne? JFK, Dallas, sous les balles de Lee Harvey Oswald? Robert, candidat à la Maison-Blanche en 68, Los Angeles, sous celle de Sirhan Sirhan? Bien sûr, mon âge fait que je me souviens de ça mieux que d'hier. J'avais 14 ans. C'est un facteur qui facilite un peu la lecture de ce roman, car c'en est un. Mais tout de même cette immersion dans les méandres de l'histoire récente est un bain d'intelligence, cette intelligence fût-elle parfois avec l'ennemi, ennemi qui reste à définir.

                               Robert Kennedy est bien sûr la figure principale du livre et Marc Dugain, sans l'idéaliser béatement, en dresse néanmoins un portrait assez favorable. Est-ce justice de nous le décrire, lui, Bob, troisième choix pour le père Joe Kennedy, dont plus personne n'ignore les sinistres penchants carrément pro-hitlériens, comme un homme tout de bonne volonté, ayant à coeur de faire la paix au Vietnam et d'améliorer la vie des petites gens? Je ne me prononcerai évidemment pas. Ce qui est sûr, c'est que Marc Dugain est vraiment un grand écrivain, à la manière très élaborée dont il entremêle les innombrables interconnections de la société américaine des  sixties. On connait un peu les théories complotistes et on finit par se demander qui est complètement innocent de l'assassinat du président Kennedy. Le livre est très riche, Oswald et Ruby, simples marionnettes, ont-ils été utilisé? Et par qui?

                             400 pages après, on n'en sait pas plus sur les meurtres eux-mêmes. Ce n'était pas l'objectif. Mais on croit comprendre que l'assassin est bien identifié. Il s'agit de l'Amérique, immense arbre aux rameaux schizophrènes, et, accessoirement coupable idéal de tant de maux qui permettent à bien d'autres de s'exonérer un peu vite de tout défaut.

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30 octobre 2017

Un ange est passé, un peu maudit

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                             45 ans séparent la rencontre de Ligeia et des frères Bill et Eugene dans une bourgade des Appalaches, en Caroline du Nord, et la découverte des ossements de cette dernière. Elle avait dix-sept ans et su tourner la tête aux deux frangins sous la coupe de leur grand-père médecin et notable local, peu enclin aux nouveautés de la fin des sixties, ni en musique ni en libertés. Ligeia est presque un archétype, celui de la jeune fille moderne et qui se lance à corps perdu dans les expériences toute fraîches. Dame, c'est bon  de vivre cette époque du presque tout est permis. Manque un peu de jugeote la Ligeia. Et là intervient mon inamovible couplet sur la similarité entre la rebellion et la convention. A savoir que des milliers de jeunes crurent se singulariser en faisant appel à la chimie des paradis artificiels et tombèrent vite, très très vite pour certains, dans la triste banalité des chambres d'hôtel d'où l'on ne se réveille guère. Fin d'aparté.

                            Ron Rash n'a besoin que de 200 pages pour aller à l'essentiel. A savoir que c'est un peu un ange exilé qui a bouleversé la vie des frères.  L'ange exilé (Look homeward Angel) est aussi le titre du roman posthume de Thomas Wolfe, auquel Par le vent pleuré (The Risen) fait référence. Thomas Wolfe est une icône de la littérature américaine que peu de gens ont finalement lue. Je vais quant à moi essayer de pallier cette carence. Ce n'est pas vraiment la rivalité ni la jalousie qui vont dégrader la fratrie au contact de la très libérée Ligeia. Plutôt une différence d'appréciation peut-être due aux quelques années qui les séparent. Au bout du compte, quarante ans plus tard, l’écart entre les deux frères ne s'est plus jamais réduit jusqu'à leur mise en cause concernant l'éventuel meurtre de la jeune fille. Bill est un chirurgien réputé, engagé socialement, bon père de famille. Eugene est un écrivain qui n'a pas écrit grand-chose, alcoolique en rupture avec sa femme et sa fille. Caïn et Abel en quelque sorte.

                           Comme bercé pas les effluves rock  de Jefferson Airplane ou Moby Grape, et moi, rien que de lire ces noms dans un roman m'emporte déjà, le beau récit de Rash, sans être inoubliable, instille une petite musique qui m'a touché, de celles qui sinuent tout au long d'une vie, la mienne, ou celle de ces deux frères tout deux brisés, chacun à sa manière. Le fait que ce soit complètement ma génération n'y est bien sûr pas étranger.

L'avis d'Eva  Tu vas t'abîmer les yeux (que je viens  de découvrir).

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16 octobre 2017

Subterranean rhapsody in blues

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                                     Encensé par la presse française lors de la rentrée littéraire Underground Railroad est effectivement un bon livre. Pas tout à fait l'oeuvre majeure comme le disent certains. Il faut dire que Ballades pour John Henry m'avait tellement sonné il y a quelques années que j'ai trouvé ce dernier roman un peu plus appliqué. Je crois que le sujet est un peu connu maintenant, du moins pour ceux qui suivent les parutions car on en a pas mal parlé et il se vend assez bien. Ce fameux Underground Railroad est en fait le réseau mis en place vers 1850 par les abolitionnistes américains pour faire évader les esclaves noirs des plantations du Sud. Point commun avec le working class hero John Henry, on finit par ne plus démêler le vrai du faux, la légende de la réalité. Alors imprimons la légende (John Ford mais vous savez tous ça).

                                   Cora est une jeune esclave en fuite qui traversera plusieurs états depuis la Georgie et connaitra des fortunes diverses tout au long de ce fameux réseau dont Colson Whitehead nous conte les détails de fonctionnement avec  ses gares, ses chefs de train, ses tunnels, tout cela avec une belle imagination. Mais du ferroviaire l'organisation possède surtout la terminologie  et c'est d'ailleurs assez fascinant. Quoi qu'il en soit Underground Railroad a le souffle d'une locomotive performante et les ramifications d'une carte secrète. Habilement construit tant sur le plan chronologique que géographique le périple de Cora s'avérera épique et dangereux, tributaire des mauvaises rencontres fréquentes et des bonnes volontés, plus rares. La haine et le mépris pouvant prendre différents visages, la crédulité aussi.

                                  Une  expérience de ferme participative dans l'Indiana sera cruciale dans  le destin de Cora. N'en disons pas trop, le voyage au coeur américain du XIXème Siècle, se lit comme un roman, un grand roman qu'il est, et qui explore en une parabole qui frôle le fantastique, voire plus, avec ce train fantôme surgissant de nowhere, la face sombre de la construction d'un empire presque galactique où le grandiose a souvent chevauché avec l'abject. Comme partout. Je crois savoir qu'une série devrait être tirée rapidement de ce chemin de fer clandestin, sous la houlette de Barry Jenkins (oscarisé pour Moonlight).

Ce qu'en  a pensé Claudialucia  ici

                                   

                          

                                  

 

 

 

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02 juin 2017

West Coast Promotion

Un verre

                               Roman posthume de Don Carpenter, écrivain que l'on redécouvre ici, 10-18 en soit remerciée, Un dernier verre au bar sans nom est mon quatrième livre de cet auteur. J'ai chroniqué ces trois autres romans. Avec beaucoup d'enthousiasme La promo 49, avec ennui Deux comédiens, avec intérêt mitigé Sale temps pour les braves. Mais ce dernier verre m'a régalé. Je pense au Bison qui devrait apprécier ce tableau de groupe de la Côte Ouest, une douzaine d'années fin fifties début sixties. Don Carpenter arrive après la génération beat, Kerouac, Burroughs, Ginsberg. Il n'est pas un écrivain de la route, plus proche de Richard Brautigan. Comme beaucoup Carpenter a cafouillé un peu du côté d'Hollywood sans laisser beaucoup de traces.

                              Dans Fridays at Enrico's (en V.O.) il nous immerge dans la vie littéraire et libertaire de cette bohème californienne des années soixante juste avant l'explosion flower. Un couple, Jaime et Charlie, tous deux écrivains, Jaime plus douée que Charlie, entre succès d'édition et impuissance créatrice.  Tout ce bobo monde est remarquablement bien campé par Carpenter qui connait le sujet. Et puis il y les autres, les amis, souvent rivaux, Dick, Stan, parfois passés par la case prison, toujours par l'inévitable et si conformiste case paradis artificiels, ça  me fatigue ça. Certains feront même fortune, piscine et "parties", en quête de ce qui pourrait ressembler au bonheur. Cette "pursuit of happiness" se révèle la plupart du temps "so vain". Je sais, j'ai truffé de mots anglais mais honnêtement ce livre est tellement  West Coast... (tiens, je recommence).

                            C'est donc une formidable balade dans cet univers de marginaux parfaitement snobs, n'ayant pas peur des contradictions, mal à l'aise dans le milieu mais crachant rarement sur les royalties. C'est aussi un roman écrit par un Carpenter malade et déprimé qui, on le sait, rejoindra son vieux pote Brautigan dans l'ultime nuit volontaire. Le plus difficile dans ce beau roman est de ne pas s'effondrer de nostalgie, de ne pas céder aux sirènes du Pacifique et du c'était mieux avant. Et puis après tout on s'en fout. Ce texte est souvent très fort et on les aime ces semi-losers qui ont été là, sur Laurel Canyon, finalement au bon endroit au bon moment. Je vous conseille d'y faire un tour. Moi, j'ai aimé, bien que ma West Coast à moi soit plutôt seventies et se réfère surtout aux musiciens. 

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30 mai 2017

Allman will be brothers now

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                            Gregg Allman (1947-2017). Deep down in rockin' South. Très modeste tribut.

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