22 février 2020

Je vous présente Emily

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                         Emily Maxwell est déjà apparue dans d'autres romans de Stewart O'Nan que je n'ai pas lus. De cet auteur j'ai lu par contre, et chroniqué, Des anges dans la neige et Derniers feux sur Sunset, très favorablement. Emily (Emily, alone en V.O) est l'héroïne de ce très beau roman. C'est une vieille dame, pas si fréquent en littérature. Veuve, elle vit à Pittsburgh, Pennsylvanie. Et tout le roman est une rencontre avec le quotidien de cette femme, disons middle-class, qui vit assez confortablement mais a l'habitude de faire attention. Elle soigne son chien Rufus qui lui coûte cher, plus très jeune lui non plus. Elle prend soin de sa voiture et avec sa belle-soeur, seule également, aime bien les  expos et la musique classique. 

                        Avec ses enfants éloignés c'est un peu difficile. Ses petits-enfants, elle ne les voit guère que our Thanksgiving ou Noël. Elle vit la vie de pas mal de vieilles dames seules. Elle fatigue un peu maintenant, Emily. Des souvenirs, des projets à sa mesure, une semaine par an de retrouvailles familiales, parfois décevantes. C'est donc une vie parmi d'autres que Stewart O'Nan, très fin observateur, nous invite à partager. Et je m'y suis senti bien, moi, dans la maison d'Emily, dans sa voiture malgré sa conduite mal assurée, à écouter ses coups de fil à ses enfants, à partager sa peine lors des mauvaises nouvelles de ses amies de son âge. 44 ans de profession de santé et des milliers de soins à domicile m'ont rendu sensible à la gériatrie. 

                        Bien sûr le temps passe et l'inquiétude grandit. O'Nan nous a si bien installés dans le récit, au plus près, des jours d'Emily. Ici un malaise, là une perte d'équilibre en son cher jardin. Peu de romans se penchent ainsi sur les aînés. De courts chapitres tels les jours et les heures d'Emily. La vie reste assez douce pour Emily, de bons voisins, un véto empathique avec Rufus, une femme de ménage de confiance. Mais le trouble demeure. Il n'est facile nulle part d'avancer, passé certaines bornes. 

                        Jamais grandiloquent, surtout pas ruisselant de pathos, terriblement humain, Emily est un livre d'une limpidité bouleversante. Bon sang, qu'est-ce que c'est formidable la littérature parfois.

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14 février 2020

Tout ce que nous n'avons pas fait, un jour tôt ou tard nous accable.

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                         C'est un livre français tout récent que j'ai découvert grace à Babelio, premier livre de Bruno Veyrès, médecin niçois, qui nous propose un roman qui m'a fait beaucoup penser à ceux de Philippe Labro dans les années 75, très empreints d'éléments personnels, L'étudiant étranger, Un été dans l'Ouest. Sauf que l'action se déroule une douzaine d'années plus tard, plus près de Jim Morrison que de James Dean. L'histoire de Clive, jeune homme modeste de l'Idaho, mort au Vietnam, nous est racontée par le prisme des souvenirs du narrateur qui passe l'été 1972 dans les Rocheuses, hébergé par sa mère dans la chambre de son fils disparu.

                         Bruno Veyrès explique avoir toujours été marqué par la guerre du Vietnam. Il dit surtout ne pas avoir écrit un livre de plus sur cette guerre. C'est un livre sans le moindre Vietnamien et assez peu de scènes du conflit. Rappelant aussi la magnifique première partie du film de Michael Cimino The deer hunter (Voyage au bout de l'enfer), assez fine description de la vie dans une bourgade de l'Ouest. Romanesque certes, avec idylle sur fond de drive-in, amitié sur Rolling Stones et banquette arrière suggestive. Ne pas attendre de Tout ce que nous n'avons pas fait tout ce que l'on voudrait foudroyant d'originalité ou fulgurant d'magination. Mais c'est un roman qui se lit avec plaisir, notamment pour quelqu'un né la même année que Clive (moi, par exemple).

                        Le titre, maintenant. Il est très beau. Tout ce que nous n'avons pas fait, ça nous concerne tous. Dans la vie l'important n'est pas toujours ce que nous avons réalisé, pas toujours. Il nous faut nous pencher sur les gestes que l'on n'a pas  su faire, les mots que l'on n'a pas su dire. Ainsi de Tom, notable local qui n'a pas vraiment aidé Clive, orphelin de père suite à un accident de travail dans la scierie de Tom. Ainsi de Susan, épouse de Tom, mère de Simon et Rose, qui a refusé la bienveillance à ce bouseux de Clive courtisant Rose. Ainsi de Clive lui-même qui comme beaucoup a oublié de dire à sa mère veuve tout son amour. Le roman exalte gentiment les bons sentiments, avec un côté intemporel rassurant. Bien sûr ce n'est pas tout à fait vrai et America will not be the same. Cinquante ans plus tard on voit les manifs pacifistes un peu différemment.  Comme toujours rien n'est si simple.

                       Ca finira mal et on le sait depuis les toutes premières pages. Et Bruno Veyrès se fait plus juste, je trouve, à l'heure des remords des uns et des regrets des autres. Car, inexorablement, pour tout ce que nous n'avons pas fait, il est bien tard maintenant. Ce sera tout ce que nous ne pouvons plus faire. Nos impuissances fatales, il nous faut vivre avec.

                        Merci à Babelio et aux partenaires d'édition. Ils me font confiance régulièrement depuis des années. Et réduisent un peu la liste de Tout ce que je n'ai pas lu

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07 février 2020

Qu'as-tu fait de ton talent?

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                   Premier livre en France pour Phillip Lewis, Les jours de silence est une oeuvre majeure. Je crois avoir deviné que ma colistière Valentyne La jument verte de Val sera de mon avis. On verra. Nos lectures communes, régulières, nous ont conduits cette fois à une découverte importante dans la déjà prolifique et souvent talentueuse littérature américaine. Phillip Lewis vit en Caroline du Nord et y a situé son roman dans lequel on ne peut s'empêcher de trouver des relents autobiographiques.

                  Comme souvent il faut citer le titre orginal qui éclaire un peu la lanterne du lecteur car les traductions sont souvent des tractations. The Barrowfields, ce sont les contreforts des Appalaches, ces montagnes de l'Est américain, tout en mousses grises, éminences rocheuses et souches pétrifiées. Une bourgade, Old Buckram, où le narrateur Henry a vécu avec sa famille, dans une grande bâtisse maudite, famille dont le père, Henry lui aussi, a un jour disparu sans laisser de traces. Henry le père était un intellectuel autodidacte qui admrait Thomas Wolfe, Faulkner ou Fitzgerald, et se livrait lui-même à l'écriture se rêvant l'auteur d'un roman-somme, le grand roman de l'Amérique. Ils sont quelques millers depuis deux siècles à avoir espéré cela. De Twain à Roth, de Dos Passos à Styron, and so on...

               Le dernier en date pourrait être Phillip Lewis tant son exploration des rapports familiaux, un père et son fils essentiellement, mais aussi frère et soeur, est aigüe et précise. Ces relations se développent dans l'immense maison sur les hauteurs, quasiment hantée, un quintuple meurtre-suicide y aurait été jadis perpétré. Confiné dans son immense bibliothèque, le père, avocat peu argenté et beaucoup alcoolisé, aime sa femme qu'il va quitter, respecte ses enfants qu'il va abandonner. Henry le fils, en quelque sorte suivra ses traces. Mais ce roman est si riche et profond qu'il faut s'y investir sans en savoir plus. 

              La passion pour la littérature, la difficile existence d'une famille, la relative misanthropie du père, les racines et les dévoiements, autant de pistes sinueuses et labyrinthique quelquefois, qui donnent toute sa valeur à ce grand roman américain. 

              (Le fils, parlant du père) Jusqu'à ce moment une part de moi avait voulu croire en lui sans réserve. A présent la façade soigneusement entretenue se dissolvait sous mes yeux, et j'en étais profondément blessé, car je voyais sur son visage éteint la tristesse entendue de qui sait que ceux qui croyaient en lui n'y croient plus.

              (Idem) Je pensais à lui, là, sous l'herbe mourante, lui que le temps implacable avait réduit au silence avant qu'il ait pu donner voix au chaos qui bouillonnait et rugissait en lui.

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24 décembre 2019

In the name of rock/Jane

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                        Bien des Jane dans l'histoire folkrockblues. Y en a bien une qui fera mentir le dicton où y a Jane y a pas de plaisir. Y a la Jane des très grands, Dylan, Velvet, Stones, et celle des un peu moins grands mais qui font tellement plaisir à réécouter. Par exemple les excités hurleurs glam-rock de Slade. Ah Slade qui sonnait le glas de mes vingt ans de leur accent cockney et de l'orthographe particulière de leurs titres. Mais pas de leurs textes hautement intellectuels. Tout comme ce billet.

 

 PS. L'ami Princécrannoir m'a rappelé la merveille de Nick Drake, Hazey Jane I, car il y a sur le même album Hazey Jane II. J'ai rajouté la pochette. Ecoutez Nick Drake...

 

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25 novembre 2019

In the name of rock/Celia

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                              Phil Ochs, cest bien loin tout ça. Sa prometteuse carrière de folk-singer se brisa assez vite et seul Greenwich Village et quelques vieux fans inconsolables perpétuent le feu sacré d'une de ces légendes folk maudites, il y en a beaucoup. Pour l'ambiance voir le très beau Inside Llewyn Davis des frères Coen. Ce vieux Phil ne s'est pas fait que des amis avec ses engagements trés "engagés". Son succès personnel fut donc très restreint. Je l'ai un peu découvert sur quelques Rock et Folk plus que cinquantenaires et nous n'étions pas nombreux. 

                                Phil Ochs, engagé, je l'ai dit, presque enragé, eut beaucoup d'ennuis à cause de ses textes, notamment avec le FBI (pas très protest-song le FBI, en plein Vietnam) . Des problèmes psychiques croissants, les médocs et l'alcool, rien d'original vous voyez, le conduisirent à une marginalisation voire une clochardisation. En 76, chez sa soeur il décida de prendre une chaise et une corde. Non sans avoir fait un peu de prison en Amérique du Sud et failli laisser sa peau en Tanzanie. C'était la vie joyeuse de Phil Ochs qui, pour son album le moins méconnu, Rehearsals for a retirement en 1969 avait choisi la pochette ci dessous, déjà explicite. Et voici Celia.

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                                Et une autre Celia, qui parle aux phoques sur une île d'Ecosse, de mon si cher Donovan, Celia of the seals.

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17 novembre 2019

Morts à Venise

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Masse critique

                            L'opération Masse Critique de Babelio m'a entraîné cette fois à Venise sur les traces du commissaire Brunetti que je ne connaissais que par quelques épisodes télé d'une série, curieusement allemande, assez plats. Un peu d'air de la lagune m'a fait du bien, même vicié par une hélas banale histoire de drogue, comme partout ailleurs. Brunetti est sympa et puis tant qu'à hanter des lieux glauques à souhait autant le faire à quelques pas du Lido ou de la Douane de Mer. De plus le grand amoureux de l'Italie que je suis n'est jamais allé en visite à la sérénissime. Ceci dit nous sommes avec Donna Leon et La tentation du pardon dans des entiers, enfin des voies d'eau bien convenus. Nous n'aurons donc guère de surprises. Mais ne faisons pas la fine bouche à propos des enquêtes sur la lagune (une trentaine maintenant) de Signora Donna Leon, qui a depuis longtemps quitté son New Jersey pour vivre à Venise.

                           Les faits divers sont souvent l'occasion d'approcher la vie locale. Finalement pas tant que ça dans cet opus dans lequel Donna Leon parvient à occulter les touristes pour se consacrer aux turpitudes classiques du polar. Stupéfiants et escroqueries au menu dans le cadre prestigieux de la perle adriatique. Rien de vraiment neuf mais comment faire du neuf dans le domaine archibalisé de l'enquête policière? On peut certes changer le décor et l'époque et les auteurs de polars ne s'en sont pas privés. D'où un nombre hallucinant de romans policiers ethno-historiques la plupart du temps plaisants et oubliés très vite. Ceux de Donna Leon ne doivent pas échapper à la règle et Brunetti et sa famille sont des gens si bien élevés qu'on tout à fait le droit d'apprécier cette lecture. Je n'irai pas jusqu'à en dévorer l'intégrale. 

                            Une anecdote qui demanderait à être vérifiée. J'ai lu que Donna Leon refusait, bien que vénitienne depuis trente ans, la traduction de ses romans en italien, afin de conserver un relatif anonymat. D'ailleurs il semblerait qu'elle réside en Suisse la plupart du temps. La Dame a fui l'étrange cité aux 30 millions de touristes et aux 58 000 habitants. Capisco.

 

 

 

                            

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09 octobre 2019

La fureur d'écrire

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                        Le nom de James Agee est bien méconnu en France. Seuls quelques cinéphiles savent qu'outre les scénarii d'African Queen et La nuit du chasseur il est l'auteur de Louons maintenant les grands hommes,  brûlot signé avec le photographe Walker Evans sur la situation des fermiers du Sud dans les années trente, et bien plus tard d'Une mort dans la famille, Prix Pulitzer 1958 à titre posthume.

                        Rodolphe Barry, déjà auteur de Devenir Carver, passionné des lettres américaines, nous plonge dans la vie agitée, douloureuse, presque sacrificielle (le terme ne lui aurait pas déplu) de James Agee (1909-1955). Né dans le Tennessee Agee, tiers-mondiste avant la lettre, très engagé en une gauche américaine loin de se satisfaire du New Deal de Roosevelt. Au point qu'on peut se lasser de sa perpétuelle attitude de révolté donneur de leçons. C'est un peu mon cas à la lumière de l'excellent ouvrage de Rodolphe Barry. C'est que James Agee coche toutes les cases. Hypersensible, alcoolique, tabagique au possible, débauché au sens moral de l'époque, antiestablishment maladivement. Ecrivain, journaliste, critique littéraire et cinématographique admirateur et admiré de Charlie Chaplin, il n'eut de cesse de pourfendre les injustices. 

                       Hollywood fit appel à lui. Il n'y fut guère heureux mais aucun écrivain de talent ne fut à l'aise comme scénariste à Hollywood tant leur imaginaire fut bridé par les majors. Rodolphe Barry n'occulte pas l'asociabilité d'Agee ni ses si tumultueuses relations avec ses femmes, dont trois épouses et de nombreuses et parfois très jeunes maîtresses. Le critique cinéma ne se fit pas non plus que des amis tant il avait la dent dure. Barry cite ainsi à propos d'un film de guerre:" Quand un groupe de dix acteurs maladroits tombent maladroitement et font semblant d'être morts un sourire maladroit aux lèvres, est-ce rendre justice à la réalité endurée par des soldats?"

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                       Agee fut l'un des rares à soutenir Chaplin jusqu'au bout et Barry raconte l'émouvante scène de James venu sur les quais de Manhattan saluer le départ du Queen Elisabeth qui emmène le maître du Septième Art en Europe, la plupart des Américains ne le reconnaissant plus. Les deux hommes ne se reverront jamais. Cette approche de la vie de l'un des grands Américains du siècle dernier, l'un des moins célébrés, est un passionnant roman vrai qui m'a donné envie de relire Une mort dans la famille. Même si je pense que le meilleur Agee se niche dans les textes courts, articles, critiques.

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04 octobre 2019

Je pense plutôt du bien de...

rICORDI

                               Jolie promenade cinéma à travers Ricordi? dont il ne faut surtout pas oublier le point d'interrogation. Le rare Valerio Mieli (deuxième film en dix ans) explore avec bonheur une histoire d'amour à travers le prisme des souvenirs. La mise  en scène est belle, un peu trop précieuse pour certains. Ce maniérisme ne m'a pas gêné tant la valse-hésitation des souvenirs est universelle, car on a beau avoir vécu une histoire d'amour, on n'a pas souvent la même perception des choses du passé. Ce cinéma "proustien" reste malgré la mise en images réussie une prouesse qui ne me déplait pas, rester une aventure littéraire. Ca me convient tout à fait. Peu distribué (nous avons dans ma ville beaucoup de chance) Ricordi? sera un joli souvenir, sans point d'interrogation.

VINDRA

                             Viendra le feu du Franco-espagnol Oliver Laxe relèverait presque de l'ethnologie tant ils'inscrit dans une veine de cinéma rural et lent ( j'ai vaguement pensé à L'arbre aux sabots, un peu aux livres de Jean Giono). Très sobre tranche de vie d'un incendiaire revenu dans sa Galice après une peine de prison, aux antipodes de toute esbrouffe et de toute hypertrophie sentimentale, c'est un  beau film où le metteur en scène revient sur le pays de ses parents. Du lyrisme mais pas d'emphase, à tel point qu'on peut rester un peu en dehors. A noter que c'est le premier film pour moi en langue galicienne, avec quand même des éléments de castillan. Comme le film précédent, auditoire quantitativement acceptable et intéressé. Mais des difficultés chroniques à agrandir le cénacle et à rajeunir l'audience.

AD

                             Le cinéma de James Gray ne m'a jamais déçu. Ad astra n'est que son septième film. L'homme prend le temps de bien faire. Son incursion dans la science-fiction s'avère passionnante. Comme dans ses films noirs la relation d'un fils avec son père est primordiale. Et si le message est inquiétant, parabole sur un certain totalitarisme ou le risque planétaire environnemental, c'est bien la quête de Brad Pitt sur les traces de Tommy Lee Jones qui émeut profondément. Pour cela il faut aller jusqu'à Neptune. Ca vaut le coup. Lisez sur ce film les notes de Newstrum et Le Tour d'Ecran, des maîtres ès CCC (critiques cinéma contructives).

18 septembre 2019

In the name of rock/Mary Lou

                                 Au dessus de la mêlée se tenait cet homme. Nous étions nés la même année. Avec Bob, Leonard et Neil il formait un carré d'as majeur et magique. Mais lui il avait quelque chose en plus. Mais qu'est-ce qui me prend? Je parle de lui au passé. Du coup je crois bien que de moi aussi je parle au passé. Le Boss est bien là. Son dernier album, Western Stars, tout de nostalgie un tantinet FM, est quand même rudement bien n'en déplaise à certains.  On y salue le soleil, on y fait du stop, on y roule au Nord vers Nashville, on fait une pause au Sleepy Joe's Cafe, on y prend le train pour Tucson, etc... Ca ressemble un peu au périple musical transaméricain de jadis sur ce blog, ce blog qui lorgne doucement vers l'Ouest et le soleil couchant. 

 

                                  Mais bon après tant d'années Bruce Frederick a bien le droit à un petit air de Sunset. Tournée européenne 2020 tout de même. Stade de France semble-t-il. Why not? Mais j'oubliais qu'on est là pour parler des filles. Je sais que ça ne se fait pas. Pas d'inquiétude, mes filles à moi, et celles du Boss, sont maintenant au patrimoine. Cynthia, Mary Queen of Arkansas, Janey don't you lose heart, Frankie, Linda let me be the one, Kitty, Rosalita...Mary Lou.

 

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15 septembre 2019

Les bleus d'enfance du Danube

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                          Val https://lajumentverte.wordpress.com/ et moi n'avons pas hésité à nous lancer dans l'enfance et la jeunesse de Janos Szekely. Je pense qu'elle sera de mon avis pour considérer L'enfant du Danube comme un très grand roman, entre Dickens et Gorki, par exemple. Mais il nous faut dire un mot de l'auteur (1901-1958), hongrois d'origine, scénariste à Berlin, Vienne puis Hollywood. Paru en 1946 aux Etats-Unis sous le pseudo original de John Pen et le titre Temptation, le livre sort en Hongrie en 48 où il est très vite retiré des librairies. En 56, plus ou moins (?) chassé par le maccarrthysme, Janos Szekely revient s'installer à Berlin. Il y fait une demande de retour en Hongrie. Malade, il ne reverra pas son pays natal. Une vie.

                          C'est son enfance et son adolescence que raconte Szekely au long de 850 pages, passionnantes, rudes, pittoresques et bouleversantes. Ignoré, au sens propre, de son père de hasard, quasiment abandonné de sa mère aux mains d'une vieille prostituée, mais pas au grand coeur car les filles dites de joie peuvent aussi être des carnes (on pense bien sûr à l'univers londonien d'un Dickens, déjà cité). On suivra ainsi Bela une quinzaine d'années. le plus passionnant pour moi est la vie d'un grand hôtel de Budapest où il débute à 15 ans. Cette sorte d'hotel de luxe où tout peut arriver, souvent vu au cinéma, avec sa faune de demi-mondaines, je suis mesuré, d'escrocs, d'indics, d'homme d'affaires plus ou moins véreux, de girouettes politique. La foule des petites gens aussi, travailleurs inlassables, souvent noctrnes, et qui rentrent à pied dans leur lointaine banlieue, le tramway trop coûteux.

                          Roman d'apprentissage évidemment, de tous les apprentissages, y compris celui du sexe, une beauté fatale et alcoolisée, aux doigts troués, vaguement épouse de sénateur, fera l'affaire en ce qui concerne Bela. Les amitiés, les trahisons, les tentations, le mauvais alcool, et la conscience politique pas très claire encore, tout cela mène au rêve de la valise, Vienne, premier port, si j'ose dire, pour l'Amérique.

                          L'enfant du Danube est une fresque, pas un roman choral malgré la multiplicité des personnages. Szekely est bien sûr en grande partie Bela. de très beaux portraits, la mère de Bela, son père, à éclipses, la faim, elle aussi est presque un personnage. La lecture est très fluide et c'est un grand livre de la ténacité, une immersion dans cette Mitteleuropa dont j'aime tant l'histoire pour le moins chaotique. Ne craignez pas d'affronter ce pavé car il est d'une bien belle facture.

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