09 mars 2017

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

 Haïkus

Tes pleurs, mon printemps

Demeureront vains, il faut

Cesser de nous voir. 

*

Saison, doux réveil

Et la gente fleurie perce

Sous l'astre radieux

*

Dans l'air un refrain

De l'eau, comme un tourbillon

Doux avril revit

                     Je dédie bien volontiers ces trois petites pièces à Asphodèle actuellement aux intempéries et qu'on a hâte de retrouver.

Posté par EEGUAB à 07:50 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , ,


09 février 2017

La poésie du jeudi, Pablo Neruda

Poésie du jeudi

                                Je sais que c'était un jeudi plutôt vert mais Neruda que j'ai beaucoup pratiqué ces derniers jours n'a eu aucun mal à ôter les mots de ma plume, cette dernière plutôt paresseuse. A Matilde sa troisième épouse il consacra une centaine de poèmes. Il les a appelés ses Sonnets de bois.

Extrait de La centaine d'amour

Matin

J'ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche,

sans manger je vais par les rues, et je me tais,

sans le soutien du pain, et dès l'aube hors de moi

je cherche dans le jour la bruit d'eau de tes pas.

Je suis affamé de ton rire de cascade,

et de tes mains couleur de grenier furieux,

oui, j'ai faim de la pâle pierre de tes ongles,

je veux manger ta peau comme une amande intacte,

et le rayon détruit au feu de ta beauté,

je veux manger le nez maître du fier visage,

product_9782070328925_195x320

Je veux manger l'ombre fugace de tes cils,

J'ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule

et je te cherche, et je cherche ton coeur

brûlant comme un puma dans le désert de Quitratùe.

Pablo Neruda (1904-1973)

 

 

 

21 janvier 2017

L'Ecrivraquier/10/ La lecture de trop*

L'Ecrivraquier 

                                Giovanni est assis sur le lit dans cette chambre d'auberge, là dans la vallée qui s'ouvre vers les villes. Les oliviers renaissent de leur hiver semi-montagnard. Son prénom lui pèse, au lieutenant, à l'ancien lieutenant. Que reste-t-il de Giovanni rejoignant à cheval la citadelle? Plusieurs barettes tapissent maintenant les épaulettes de son ultime uniforme. C'est le dernier et Giovanni sait qu'il devra le remiser dans l'armoire de la maison de famille qui l'attend près de Parme, froide et vierge de cris d'enfants et comme dévitalisée. Il la rejoindra, officier désormais comme en disponibilité. C'est d'ailleurs le terme officiel sur les documents d'identité, pour solde de tout compte. Le voyage cahotant de la diligence l'a fatigué et le miroir tacheté dans cette pièce sans âme lui rejette un visage aux traits prononcés, et des filets entiers de cheveux jonchent son écharpe marron. Il repense aux chevaux qu'il a tant aimés, les siens et les autres, les sauvages en lisière du désert, dont la blancheur dans l'aube dolomitique irradiait les hivers tout de rigueurs, climatique et disciplinaire. Linaria, pour qui battait alors son sang, a quitté depuis longtemps la province. Vit-elle seulement quelque part? Ou a-t-elle rejoint d'autres cortèges, qui ne sont ni d'escadrons triomphants, ni d'oriflammes claquant? Giovanni n'a pas envie de  descendre dîner. Son oeil droit ne cesse guère de sautiller et le voile de ces derniers mois n'a fait que s'épaissir. Il lui arrive rarement désormais de songer à ses supérieurs, morts pour la plupart, et allongés du sud au nord de ce long pays douloureux. Vieillards souffreteux et acerbes, il doit bien en rester quelques-uns. Comme tout cela s'est éloigné aujourd'hui. Giovanni n'a plus ni ordre à exécuter ni décision à prendre. Giovanni craint le moindre bruit dans cette bâtisse sinistre où il paraît bien seul. Assez vite il comprend qu'il n'est pas si seul. Il ne lui reste qu'à attendre. Et Giovanni songe, mieux, Giovanni souhaite ne pas attendre longtemps.

* Chemin faisant je mesure ma gratitude à D.B. Et un peu de rancune aussi pour l'influence de Giovanni sur le fil de mes jours.

Posté par EEGUAB à 20:43 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,

12 janvier 2017

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

Poésie du jeudi

Ecriture

Tes doigts, noir et blanc

Octaves, tant d'émotions

Oui, Rachmaninoff

 

                          Je crois que les haïkus n'ont pas de titre. Pas eu vraiment le temps de faire long. Mais comme j'aime Serguei. Puis, prenant conscience  de ma pingrerie...

Elle a dit -"paresse"

"C'est pas un peu court, jeune homme?"-

-"Mais bien sûr. Pardon."-

 

 

 

 

Posté par EEGUAB à 10:29 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

31 décembre 2016

Haïku de l'an neuf

A vous tous, le mieux

L'Ecclésiaste a bien raison

Tout sera à l'heure

                           L'une de mes chansons de référence. On peut compter sur Bruce pour me comprendre. Roger McGuinn (The Byrds, autre prestige à mon coeur) le rejoint. Vous savez bien que Turn, turn, turn... Et que cela tourne bien pour vous 2017!

20170101_04

Posté par EEGUAB à 13:38 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


22 décembre 2016

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

Poésie du jeudi

Ecriture

La Dame aux traits tirés

 

Alors te voilà, attendue, crainte,

Espérée, laide et magnifique.

J'ai toujours su que tu viendrais,

Tu es femme de rendez-vous,

Il suffisait d'un soir.

As-tu un prénom?

Ne te soucie pas, je t'en donnerai un,

J'en ai tant écrit et chanté

Qui m'ont brûlé les ailes,

Ordinaires pourtant.

Je me surprends à t'accueillir, presque bienvenue 

Il est, il fut 

Des compagnes moins proches,

Plus clandestines, plus âpres

A l'amertume tenace.

Ainsi voyagerons-nous tous deux,

Deux vieilles connaissances,

Au long des docks d'antan,

Ils ont bien changé.

Méconnaissables, et la ville et la vie,

J'y suis bien moins à l'aise,

Même les fantômes passés

Semblent avoir déserté.

Je me voulais princier

Et ne suis que servile.

J'ai cru jouer avec les fées,

Mais tombé de l'arbre,

Je me relève mal.

Rien dans mon cas ne doit révolter,

J'ai eu ma chance.

Quelques rencontres m'ont enorgueilli

Mais souvent leurs dagues m'ont frôlé.

Il en est qui m'ont bien meurtri.

Sans me permettre

Ni gloriole ni allégresse.

Maintenant que tu es là tout ira mieux,

Désenchanté, enfin sans sortilèges,

A l'abri,comme au chaud,

Pourvu du bel alibi,

Celui de la tournée d'adieu,

Que, cabotin malgré tout, l'on souhaite,

Incorrigible de vie,

Et, pianiste de bar claudiquant,

Interminable.

Posté par EEGUAB à 08:04 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , ,

17 novembre 2016

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab, vraiment pas tout seul

Poésie du jeudi

Ecriture

Quitter la table

L'avalanche nous l'a brisé

Il était notre homme

Plus noir, plus noir, disait-il hier encore

Pas une façon de dire au revoir

A elles toutes,les Dames de Minuit,

De l'Hiver, de la Solitude 

Nous demeurons nombreux

Mais chacun, seul, un oiseau sur le fil

A qui le tour, par l'eau, par le feu?

Nous l'avons tant chanté

La chanson de l'étranger

La chanson du maître

Boogie Street, les soeurs de la Miséricorde

Il fut l'homme de l'an dernier

Il y a si longtemps de ça, Nancy

Chelsea Hotel tremble sous les ombres

Eternal Ladies, Janis, Nico, Patti

J'y étais un peu

J'y reviens, d'abord, reprendre Manhattan

Tout le monde le sait

L'amour nous appelle par notre nom

Commençons de rire et de pleurer

L'adieu à Marianne

Et à l'inoubliable dont un soleil miel

Ruisselait sur Notre Dame du Port

Parmi les ordures et les fleurs

Nous avons vu le futur

Il est meurtre.

                   Vous aurez compris que bien peu de choses dans ce texte sont vraiment de moi.

 

Posté par EEGUAB à 07:37 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 septembre 2016

L'Ecrivraquier/9/Fuyance

L'Ecrivraquier

Que n'ai je plus souvent pris un train

Lesté d'un simple sac, d'une gabardine?

Que n'ai-je visité au couchant

Le beau port de Fuyance

Grand Occident, soleil déclinant

Il n'est pourtant pas si beau 

A la vérité les quais y sont gris

On s'y mire, boue et flaques

Les marins bien peu avenants

L'alcool un brûle-gueule

Peu me chaut, je n'y eusse guère été fringant

Crevant de peur, d'hésitation

Me retournant, prêt à mollir

Suspicieux de moi-même

Ne rêvant déjà plus

Mais, partance oblige

Route ou marée allante

Les yeux étrécis par l'ailleurs

Plus d'arrangements

Plus de mensonges

Que n'ai-je rejoint

Fuyance port ordinaire

Ouvert?

 

 

 

                   

Posté par EEGUAB à 07:54 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :

08 septembre 2016

L'Ecrivraquier/8/Rentrée

L'Ecrivraquier

Septembre gris bleu

Les si beaux marrons, marron

Cours moyen, moyen.

arbre-fruit-automne-1

 

 

Posté par EEGUAB à 07:49 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

02 juillet 2016

L'Ecrivraquier/7/L'amour du lot

                                Ce texte, délivré par L'Ecrivraquier, s'inscrit aussi dans la délicieuse fantaisie ludique et mensuelle de  Filigrane (La Licorne), qui ce mois-ci nous priait d'un sonnet dont le premier vers serait celui d'un poème célèbre.

L'Ecrivraquier 

Les nuages couraient sur la lune enflammée

L'avait bien dit, l'Alfred et l'agonie canine

En une lande alpestre ou faut-il dire alpine

Eut son petit succès, hop, un quatrain. Calmé,

vigny-timbre

Canis lupus, se sachant ainsi en sursis

Ni agneau ni renard lui laissant le beau rôle

La Fontaine tari, la Faucheuse le frôle

Maître Loup voit sa fin, le mode en est précis.

Fables_5_1995

Oublions le cruel et ne pensons qu'aux yeux

Lubriques à souhait que le Tex intégral

Lui octroya devant des appâts généreux.

129_001

Ainsi je m'ysengrine, ainsi, je m'enlouvise

Exophtalmé,  étoilé devant le sein graal

Qui et le coeur et l'âme et les sens m'atomisent.

                            Outre la Licorne je me dois de remercier par ordre d'entrée en scène Alfred de Vigny, Jean de La Fontaine et Tex Avery.

                               

 

                          

Posté par EEGUAB à 11:57 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,