09 avril 2018

L'Ecrivraquier/19/Désinvolture

 L'Ecrivraquier                            

                                  Elle aurait dû m'accompagner au moins par épisodes mais je ne lui ai jamais donné sa chance. Aux antipodes d'elle j'ai vécu, les épaules appauvries du faix de culpabilités inventées à partir des aléas qui nous jalonnent, mitrailles de nos enfances et nos adolescences. Elle a de mauvaises critiques, on la confond souvent avec la nonchalance. Je dis malentendu. Je crois qu'il faut y travailler lorsqu'on n'a pas la chance qu'elle nous soit presque innée. Pour elle, Dame Désinvolture, et moi, ce ne furent que rendez-vous manqués, y compris les plus précoces. Le manège ne tournera pas une seconde fois. Bien sûr je ne lui accorde pas un crédit total et je sais bien  qu'elle a fini par en désarçonner plus d'un. Pourtant maintenant, le maintenant de la vie, c'est l'automne, une saison propice à la réflexion, à l'autocritique, aux yeux humides. Il n'est que temps pour la belle Désinvolture, aux cheveux fous, amazone indomptable et rétive, papillon fugace, vif-argent, de me rejoindre. Essayons Dame, essayons de convoler enfin.

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15 mars 2018

Tendre jeudi

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Aujourd'hui cest jeudi

Je me souviens des jeux dits d'elle

De nos joutes à muses

Lesquelles étaient parfois

Rétives ou mutiques

Mais nous manquions rarement

Ce bimensuel rond-point

Et exprimions à qui mieux mieux

Parfois à qui pire pire

Notre amour de ces mots

Notre amitié d'Aspho(dèle)

Combien nous nous manque-t-elle?

Alors en votre nom

En votre nom à vous, fidèles

Je voudrais l'embrasser

En ce jeudi sans elle

En ce jeudi sans ailes.

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03 mars 2018

L'Ecrivraquier/18/A lyre, Le luth des glaces

L'Ecrivraquier

Le luth des glaces

A Gérard et son luth constellé

A Alfred au baiser de la muse 

Je veux apporter mon écot

Mon écho encordé

Je l'ai délié

Je l'ai dédié

A mes soeurs adjectives

A quelques frères aussi

De ceux qui dansent les mots

Qu'ils valsent avec ma lyre

Au printemps les poètes

Sur le carreau effacent

De nivose les traces

Qu'ils chantent avec moi

Jazzy, bluesy, breezy

 

 

 

 

 

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15 janvier 2018

L'Ecrivraquier/17/Portrait de groupe avec rupture

 L'Ecrivraquier

                                 Ils ont dix-neuf ans, tous les quatre, ou peu s'en faut. Dans ce grenier, dans la maison des parents de Philippe, pas très sain pour leurs jeunes bronches, entre tabagie d'époque et poutres plus très apparentes, ils se retrouvent pour assouvir leur passion et fantasmer sur un futur de musicien, lequel ne concernera que les quatre cinquièmes de la bande. Car il sont cinq, cinq comme d'autres, pas beaucoup plus vieux, quelques années, toujours à la une, et pour longtemps. Mauvais jour de janvier, en brume et en brouille. Une amitié qui pour certains remonte à une douzaine d'années malgré leur jeune âge, les deux tiers de leur vie, ça pèse lourd. Ils n'ont guère répété ce soir, Henry n'avait pas la voix des belles heures de cet automne et le blues éraillé, initié par Paul sur sa Gibson flambant neuve n'avait vu le jour que vaguement, que mollement. Le quatrième larron, tout pâle sur son tabouret de drummer, semble devoir vomir irrémédiablement dans les les deux minutes prochaines.

                                 Ca fait plusieurs mois qu'ils savent qu'il faut en arriver là, que ce n'est plus possible et et que ce boulet, désespérément scotché à son clavier, pathétique et confondant de naïveté, et qui décidément ne comprend rien à rien, ce pauvre Régis, toujours incapable du moindre accord de septième, doit quitter le navire. "Ces putains de combinaisons à quatre doigts, j'y arriverai jamais". Ils sont là, les quatre musiciens de Tulsa Train, comme des myriades de jeunes au monde à s'escrimer sur les rares partitions accessibles. Je vous parle d'un temps sans toile. Ils n'ont pas vingt ans et leur décision, bien lourde, qu'on trouvera dérisoire plus tard, est cette fois sans appel. A vrai dire ils aimeraient qu'on leur certifie que tout cela n'aura plus la moindre importance dans quelques années tout au plus. Il n'osent se regarder. Ils se la jouent hard boiled, pas de place pour les plus faibles. Tous quatre, à leur manière, saignent. Il monte l'escalier, on entend son pas lourd, il est un peu en retard. On aurait pu lui redonner une chance. Sans un mot, ils se sont regardés encore une fois. Couperet. "Il faut qu'on parle".

                               C'est fait, Tulsa Train, groupe rock en devenir, en cet âge où tout est permis, souvent le pire, vient d'envoyer son organiste ad patres. Et c 'est peu dire que ça s'est mal passé. Les yeux mouillés il a dévalé les marches et claqué la porte. Sa vieille dauphine, qui les trimballait, si valeureuse, au fait, les avait bien un peu inquiétés depuis quelques jours. La suite... Peu d'heures dans les quarante-cinq années  suivantes devaient être aussi difficiles.

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01 janvier 2018

Foggy dew and Happy New Year

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Un air d'Irish Trad.

Pour les dûment affiliés

Ou vous qui passez

 

"bliadhna mhath ùr 2018"

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29 décembre 2017

L'Ecrivraquier/16/J'aurais voulu danser

L'Ecrivraquier

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                                  Bien sûr mais que croyez-vous donc, bon sang? Les choses en auraient été tout autres, je suis pas sûr, mais tout de même un peu. J'aurais voulu savoir, virevolter, enchanter. J'en ai jadis rêvé, j'aurais voulu tourner, valser, rock'n'roller. Etre Gene Kelly sous la pluie, George Chakiris au delà du grillage, Lancaster immuable et changeant. Dans le tourbillon repartir, de bon pied, c'était avant qu'is soient enserrés. Ainsi je me suis efforcé, l'élégance de De Sica, quitte à finir sur le pré, mais je n'ai pas toujours eu Darrieux dans mes bras.

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                               J'aurais voulu danser, j'aurais voulu sourire. Ténébreux et intro, mutique à l'occasion, cela ne dura pas toujours. Mais il y eut des rechutes. Et puis c'est dur d'être à l'aise parfois, les autres ne dansent pas tous très bien au grand bal du monde. Alors on se heurte, on se jauge. Certains sont grands et forts. J'aurais voulu danser, queue de pie et Katherine, du temps du noir et blanc. La grace ne m'a pas touché et Terpischore m'ignore encore. J'aurais voulu chalouper, cavalier argentin aux rives du Rio  de la Plata, mais je tiens mal à cheval. J'aurais voulu, dame, un peu plus de prestige, on a tous nos faiblesses, et des regards un peu plus insistants.

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                                J'aurais voulu danser, n'import où, ors viennois, bords de Marne, aristo ou populo, qu'on me voie.  Le temps n'est plus aux entrechats. Pourtant oui j'ai dansé, pas très bien, tout modeste, doucettement, comme ce couple déchirant d'Une aussi longue absence, merveille de film tout en pudeur et retenue, couronné en 1961 et que j'ai vu hier pour la première fois. Même le cinéphile a sa part d'ombre et ses zones d'amnésie.

 

 

 

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22 décembre 2017

L'Ecrivraquier/15/Giovanni

 L'Ecrivraquier

                              C'est la fin de l'après-midi, peut-être en ce commencement d'hiver, on dirait que ça nordaille, une logique en gris, où les effigies parfois grotesques imposées au coeur de nos villes me donnent un début de nausée alors que sonnera bientôt l'heure des libations et des sourires de circonstance. Je n'ai jamais aimé beaucoup, mais cette année moins encore. Et pourquoi donc? Serait-ce une crainte de l'obscurité sournoise et précise, qui, comme dans la cité, en tous points conforme, a initié sa dernière toile, m'enserrant les pieds, à me faire trébucher. Et cette fois, dis-moi, Giovanni, dis-moi, me relèverai-je? C'est vers d'autres que se tendent les bras blancs. Giovanni, tu m'entends?

P.S. La chanson du grand Robert est immense, immense.

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26 novembre 2017

Tombé bien bas

                     Pour une pile alcaline j'ai fait alliance avec cette canaille.

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12 novembre 2017

Microguerre

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                                    Qelques alexandrins à la manière de Leconte de Lisle. Peut-être certains d'entre vous se souviennent-ils vaguement du Parnasse, ce mouvement littéraire du XIXème. L'un de ses Poèmes Barbares s'appelle Les éléphants. Pour un petit cercle qui s'amuse, pas toujours, à l'écriture j'ai rétréci le propos. Ca donne Les Minuscules. Probablement difficile de faire plus désuet.

Les Minuscules

La modeste prairie est imaginative

L'herbe y est océane et là, sous les brindilles

Les larves sont féroces et la moindre chenille

Combattrait vaillammment en la steppe arbustive

 

De leurs venin munis de hideux scolopendres

Romaines  centuries, belliqueux manipules

Et d'estoc et de taille, escortés  de cent iules

Font du sol table rase et du vivant, des cendres

 

Luisant d'un noir de jais les carabes immondes

Tueurs impénitents immolent vermisseaux

Lucanes oublieux, buprestes du bouleau

Univers souterrain à l'implacable ronde

 

Seule la gent ailée finira la tuerie

Rémiges et becquées du noir auront raison

Les heures ténébreuses, et la peur à foison

Du ciel ainsi armé subiront la furie.

 

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05 novembre 2017

J'écris

                     J'écris sur le blues parce que bien que cette musique s'égrène la plupart du temps sur trois accords  je suis incapable de la jouer un peu pas trop mal. Et parce que pour le chanter il faut du ventre et du coeur, ce qui doit me manquer. Enfin je me persuade que c'est surtout la voix qui manque. Après tout tout le monde n'a pas eu la chance de crever de faim sur les routes du Sud américain, ni de jouer dans un bouge du Mississippi pour un plat de haricots.

 

                      J'écris sur le folk depuis toujours. Je crois que j'écrirais sur le folk même si je pouvais faire autrement. au moins  cette question-là ne se pose pas. Je suis un songwriter fantôme, un folksinger virtuel. Mes frères aînés avaient nom Robert Zimmerman ou Donovan Leitch. Et puis d'autres encore plus tard, glorieux, ou pas du tout. Maintenant je cède aux  sirènes de la facilité. Un ou deux clics et ils paraissent, folkeux de quatrième série parfois, mais qui me touchent de trois arpèges, me blessent d'un la mineur, me tuent d'une ballade pour une femme partie (régle générale, la femme est souvent partie, ou malade). Le folk c'est rarement du burlesque. Mais ça tombe bien, j'me sens mieux quand j'me sens mal. Et j'écris souvent automne, comme le chante Gordon Lightfoot, dont je préfère la version de Changes à celle du créateur Phil Ochs. Rassurez-vous je dis ça à personne. On en interne pour moins que ça.

Le%20désert%20des%20tartares

                     J'écris sur les livres depuis que je sais lire. J'ai su lire très tôt et c'est un grand tort. On devrait apprendre à lire sur le tard. Et puis non, on devrait ne jamais apprendre à lire. C'est trop humiliant. On comprend vite qu'on ne saura être aussi inquiétant que Buzzati, aussi lucide que Marai, aussi finaud que Simenon. Donc, disais-je, j'écris sur les livres. Ca m'évite d'écrire un livre. Qu'est-ce que je raconte, là?

                     J'écris sur le cinéma. Je décortique un film guatémaltèque que j'ai vu un jour seul dans la salle. Oh j'ai pas peur, seul au ciné, ça m'arrive toutes les semaines. J'en parle aussi, du cinéma, assez souvent. Je parle et j'écris, donc je suis. Enfin je suis pas tant que ça, me semble-t-il. Assez pour oublier que j'étais trop jeune pour être le Tancrède du Guépard, et que je suis trop vieux pour être le Prince Salinas d'un éventuel remake. Dieu ou diable nous préservent d'ailleurs d'un tel projet. Voyez...J'écris sur le cinéma.

 

                         J'écris, j'écris quelques commentaires sur quelques blogs que j'aime. J'écris parce que d'autres ont écrit. J'écris ainsi sur ce qu'ils ont écrit. Souvent ils écrivent aussi un peu sur ce que j'écris. Vous suivez? Se sentent-ils, se sentent-elles, obligés-ées (inclusive, le ridicule ne tuant pas)? Je l'ignore mais j'aime bien quand ils écrivent, et souvent ce qu'ils écrivent. A quelques-uns j'écris aussi directement mais chut!

                         De temps en temps, rarement, je me mets à écrire, à écrire tout court. Mais souvent, il me faut bien le dire et l'écrire, je trouve que ça tourne court.

 

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